Chapitre 2
Une ombre couvre les yeux de Leila, et son estomac prend froid tout à coup. Elle reste quelques instants en état de choc avant de se lever et de se diriger vers la chambre, située à l'autre bout du couloir, sans plus prêter attention au couple. Elle pénètre dans la pièce d'un pas décidé, tente d'allumer la lumière, sans succès.
Alors elle se rapproche en tâtonnant du lit qui trône au milieu de la pièce, et approche son visage du corps qui est allongé sous les draps. Une respiration sifflante mais régulière émane du dormeur à intervalles réguliers. Matthieu et Amélie sont derrière elle, l'air grave, près à encaisser des cris, des pleurs, ou toute autre manifestation de peine et d'incompréhension. Mais c'est un soupir de soulagement que pousse Leila. Estomaqués, Matthieu et Amélie se rapprochent à leur tour de l'être endormi.
- Tu respires ! s'écrient-ils à l'unisson.
Ils retournent tous dans le salon tels des zombies, désorientés et hagards. La situation leur semble totalement improbable et irréelle, comme la lumière du ciel qui confère à la scène un aspect fantomatique. Le trio reste muet de longues minutes, chacun ayant besoin de reprendre pied face à la folie de la situation.
- Nous sommes des fantômes, dit Amélie en regardant Leila droit dans les yeux.
- Oui, enfin, c'est comme ça que vous nous nommez, ajoute Matthieu d'un ton contrarié.
- Incroyable, murmure Leila, qui les observe différemment après cette révélation, fascinée et effrayée à la fois. Cependant la nouvelle ne la perturbe pas autant qu'elle l'aurait pensé. A croire qu'elle a déjà basculé mentalement.
- Et toi, qu'es-tu exactement, si tu n'es pas morte ?
Leila se rapproche prudemment du canapé gris et s'assoit sur l'accoudoir d'une façon inconfortable. Elle essaie de rassembler ses esprits.
- Je ne sais pas trop. Je me rappelle avoir fait un exercice de relaxation dans mon lit, car je n'arrivais pas à dormir.
- Et que s'est-il passé ?
- Eh bien, le but de l'exercice est d'arriver à vider son esprit complètement, ce qui n'est pas facile car des pensées de toutes sortes apparaissent sans cesse sans qu'on arrive à les contrôler. Il faut donc essayer de les canaliser, et pour cela je visualisais mes poumons inspirer et expirer de l'air, en imaginant que l'air expiré contenait les toxines accumulées par mon corps.
Cela paraît idiot mais focaliser son attention sur une seule chose demande beaucoup de concentration ; des idées en tout genre parasitent facilement l'esprit. Bref, au bout de quelques minutes, l'exercice commençait à porter ses fruits. Je ne pensais plus qu'à l'air qui s'engouffrait et s'expulsait de mon corps, et mes muscles se détendaient peu à peu. Des petits réflexes nerveux faisaient bouger légèrement mes doigts à mesure que mon organisme se calmait, et mon rythme cardiaque ralentissait.
Mon cerveau semblait anesthésié, comme dans du coton. Une chaleur bienfaisante irradiait en moi. Tout à coup un bourdonnement dans mes tympans, comme les ailes de papillons qui se seraient logés dans mes oreilles. Mon esprit était devenu minuscule et s'enfonçait dans le matelas.
Je me suis levée, mais ce n'était pas mon corps qui bougeait. Je me suis retrouvée flottant au plafond, contemplant mon corps qui restait étendu sur le lit. Je me sentais légère comme une plume. Libre.
Leila fait une courte pause dans son récit, ce qui impatiente le couple, avide d'informations. Raconter son histoire la calme considérablement, le fait de prendre du recul par rapport aux évènements lui permet de souffler un peu.
- Je suis restée ainsi ce qui m'a semblé être une éternité, sensation très étrange je dois dire. Mais je n'étais pas paniquée, juste exaltée par la situation. Le décor avait changé subtilement, mais je ne saurais dire en quoi. Sûrement ma perception des choses qui n'était pas la même. D'ailleurs elle n'est toujours pas normale, le salon ne m'apparaît pas de façon habituelle. Dans cet univers tout me parait plus serein. C'est peut-être pour ça que je ne deviens pas complètement marteau en ce moment même ! Donc voilà, après, mes pieds ont touché terre, au moment précis ou je décidai de le faire, et je me suis dirigée vers le salon, attirée par des voix étrangères. Et là je vous trouve allongés sur mon canapé !
- Et nous ne nous attendions pas à ça ! se plaint Matthieu. Amélie enroule son bras autour de son dos, pour le calmer.
- Dire que vous êtes des fantômes ! Et je vous parle comme si vous étiez des personnes normales ! Mais que faites vous chez moi ? Comment me connaissez-vous ?
Matthieu pousse un soupir. Leila détaille son visage mince et pâle. Il porte un masque de jeunesse mais ses expressions trahissent un âge avancé.
- On te connaît très bien ... Trop bien à notre goût d'ailleurs ! lance t-il. Amélie réprime un rire.
- C'est-à-dire ?
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