Chapitre 4

Dédié à CorrectriceChloe, Jeannebio et ktyknk

Les gloussements de Lord et Black se font entendre pendant que je suis surprise par l'audace de Pandora. Elle offre un sourire sournois et s’assoit finalement comme si de rien n’était. On reste bouche bée, excepté Aymeric qui la fusille du regard.

Elle est folle cette fille !

L’avocat commence son récit essayant d’ignorer mon accompagnatrice et allant droit au sujet.

La police a eu une plainte dans laquelle Ash était accusé de détournement d'argent. Mes yeux s'écarquillent en pensant à l'argent caché. Ils n’ont pas encore des preuves de quoi que ce soit, mais vont faire une perquisition au salon de tatouages.

Je bois les paroles d’Aymeric et mon coeur s’emballe à chaque syllabe. Il faut réagir vite.

-Y a-t-il une chance que nous soyons impliqués ? demande Lord frottant sa mâchoire.

-Fort possible.

-Putain ! jure-t-il furieux. Tous les dossiers portant le nom du club doivent être retirés.

Mes yeux suivent les interlocuteurs sans réaliser immédiatement de quoi ils parlent.

-Il faut aller au salon !

La voix ferme de Lord m’illumine.

Mais bien sûr, Ash faisait du blanchiment de l’argent à travers de sa boutique au profit du club. Je tremble sur le banc, ne me sentant pas bien. C'est pire que ce que je pensais ! En plus de l'argent caché, il y a aussi le blanchiment.

J'ai la tête qui tourne.

-Merde on ne peut pas ! crache Lord. On n’a pas de clef et on ne peut pas demander à Vera. Cela soulèverait des soupçons.

-On fait comment alors ? demande Black.

-Il faut réfléchir.

-Si vous ne voulez pas aggraver le cas d'Ash, alors l’hypothèse de s'introduire par effraction est hors de question, suggère Aymeric.

-Putain !

J’ai du mal à respirer.

Mon regard évite constamment celui de Lord pour qu’il ne lise aucune info ou émotion qui puisse me trahir. Il faut que je mette Ash à l’abri. Heureusement que personne ne sait pour l’argent. Il sera qualifié de traître, même s’il protège son meilleur ami, il n’aurait jamais dû mêler le club dans ses merdes.

-Je ne veux pas qu'Ash aille en prison pour nos affaires.

J’admire Lord pour son implication d’essayer de sortir son VP de ce pétrin. Et pourtant, s'il savait ce qui se cachait encore derrière.

Je me sens fiévreuse !

Lord porte toujours son regard ténébreux, avec ses fossettes trop prononcées, lui donnant un air effrayant. Il est comme Manel, maigre, mais avec des muscles définis.

-Aymeric, t’as dit qu'il y eu une plainte, savons-nous qui l'a fait ? réalisant subitement Black qu’ils n’avaient pas questionné l’origine.

-Non, plainte anonyme.

-Bien sûr ! ironise Lord.

-Lord, ça veut dire que nous pouvons avoir un traître parmi nous, affirme Black.

Il acquiesce et plaque son regard vers moi. Je déglutis difficilement voyant ses yeux chargés d’interrogations auxquelles je ne peux pas répondre.

Ma tension a chuté en quelques secondes. Je sens une boule se former dans ma gorge qui me donne la nausée. J’ai besoin de partir d’ici rapidement.

-Bon, pour l’instant ce sont toutes les informations dont je dispose, dès que j’ai du nouveau, je vous préviens.

-Merci Aymeric.

Les bikers se lèvent serrant la main de l’avocat. Dès que j'ai l'autorisation, par le regard de Black, de quitter la chapelle, j'ouvre la porte en trombe.

Putain ! Je vais vomir !

Je traverse le bar en marche rapide jusqu'à la sortie.

J’ai besoin de respirer ! Ma poitrine se comprime et le coeur bat à une vitesse folle. Les bras étendus sur la moto de Pandora et la tête penchée en bas, je prends une grande respiration pour me calmer fermant les yeux.

Une crise d’angoisse ! Merde ! Ça fait des années que ne m’était pas arrivé.

Pandora se penche vers moi, sans doute préoccupée, mais ne dit rien. C’est une de ses qualités que j'apprécie le plus, son silence. Elle ne demande pas, elle n’insiste pas. Elle attend que la personne soit prête à parler d’elle-même.

Lorsque j’arrive à respirer quasi normalement, je me redresse et monte sur la moto. Il faut que je parte loin d’ici. Mes muscles me font mal, chaque mouvement est un supplice. Pandora conduit doucement jusqu’à mon boulot pour que je récupère ma RAM noire.

Elle me laisse à côté du parking de mon travail et c’est avec difficulté que je descends de la moto lui rendant la casquette avec un demi-sourire. Je n'aime pas conduire quand je suis trop bouleversée, mais je n'ai pas le choix !

J'enlève le manteau à l'intérieur de ma voiture, l'angoisse bouillonne mon corps. J’ouvre la fenêtre et roule doucement pour arriver saine et sauve en bas de chez moi.

Me sentant encore agitée et avec aucune envie de rentrer, je décide de marcher. Sans savoir vers où, mes pieds me guident pendant que le froid pénètre ma peau, mon corps, mon esprit, mes veines. Je regarde les personnes et les rues sans vraiment les voir. J’accuse le coup de cacher une vérité trop lourde sur mes épaules et aux personnes qui ont toujours été loyales envers moi.

Comment me suis-je laissée aller dans cette folie ?

-Ayla ?

La voix masculine arrive à mes oreilles, mais quand mon menton se lève, mes yeux ne reconnaissent personne.

J’aurais dû rêver !

Dont je regarde le trottoir opposé et un regard chaleureux me fixe de l’autre côté de la rue. Thomas ? Il traverse la route en courant et saisit mes bras pour me faire la bise.

-Tu es gelée ! constate-t-il en regardant mes lèvres violettes et sentant mes bras.

Sans plus attendre, il enlève son manteau à manches marteaux et le met sur mes épaules me frottant ensuite.

-Qu’est-ce que tu fais ici sans un manteau ? Tu veux être le prochain bonhomme de neige ou quoi ? me taquine-t-il.

Sans savoir comment, je me mets à rire. Même dans une situation sérieuse, il arrive à me faire sourire. Incroyable !

Doucement on se remet en marche, toujours avec ses bras autour de mes épaules. Son corps me guide entre les rues où l’automne se montre plus dur. On arrive au début de novembre et le temps ressemble plus au mois de décembre. Les arbres n’ont plus de feuilles, les fleurs ne fleurissent pas, le ciel est plus gris et nuageux et la température entoure les quinze degrés celsius.

-Incroyable comment tes joues ont pris de la couleur avec mon manteau, remarque Thomas avec un sourire accueillant.

-Merci Thomas, chuchoté-je.

-Merci pour t’avoir évité l’hypothermie ou d’être un comédien ?

-Merci d’être toi, avoué-je.

Son regard s’accroche au mien choqué par ma réponse et nos pas s’arrêtent. Je crois que je suis allée trop fort.

Retiens-toi Ayla ! Il ne mérite pas de souffrir.

Ses mains s'emparent de mon visage et son nez vient effleurer le mien me laissant sans voix.

-Alors, c’est moi qui te remercie pour que tu me laisses être moi-même.

Même sans le manteau, ses mains restent chaudes et me réconfortent. Lorsqu’on arrive à l’intersection au bout de la rue, je fais demi-tour lui montrant que je retourne chez moi. Silencieux, Thomas m’accompagne toujours avec son sourire pétillant.

Dès que nous approchons de mon immeuble, j'enlève le manteau et le lui donne.

-Merci encore une fois.

-Maintenant que je sais où tu habites, il ne manque plus que ton numéro.

Je souris, timide et je prends le portable qu’il me tend. Peut-être que je ne devrais pas lui donner des faux espoirs, mais il me transmet du réconfort et sa présence me fait du bien.

-Tiens.

-Bonne femme de neige ? C’est un bon surnom, sourit-il avec ses dents immaculées.

Ses agates marron me scrutent encore une fois et ses doigts viennent toucher mon visage. Lentement sa bouche brûlante embrasse mon front et je ferme les yeux profitant de ce geste de tendresse avant qu’il s’en aille.

En pénétrant lentement dans mon appartement, j’inspire d’aise. Je regarde les poutres qui ornent le plafond avant de laisser mon sac sur la commode dans le hall de l’entrée. Chaussures enlevées, je me dirige verd la salle de bains où une bonne douche chaude m'appelle.

Pendant que je passe le shampooing, des souvenirs d'Ash me reviennent en fixant la paroi. Le moment où nous avons fait l'amour sous la douche de la chambre du motel, qu’il avait réservé exprès pour nous. Ses caresses sensuelles, son sexe dans le mien, ses baisers excitants, ses yeux qui me dévorent. Il me complétait dans tous les sens du terme, me remplissant de bonheur et des sensations jamais ressenties auparavant. J’ai connu la magnitude de la passion et de l’amour en une seule personne.

Et pourtant tout s'était brisé du jour au lendemain. Il m’a montré que la vie peut être cruelle et que ces sentiments n’étaient pas pour moi, que trop de choses se mettaient à travers de notre chemin. Le lien qu’on a senti était puissant pour moi, mais pas suffisant pour lui. 

Ses douces paroles me reviennent, les gestes, les regards amoureux et les baisers volés.

C’était quoi tout cela ? Il a tant fait pour quoi ? Pour me blesser ? Pour à la fin me quitter ?

Mes yeux s’ouvrent et à travers de la fenêtre, je vois que la nuit était tombée. Je me sens tellement vide, fatiguée de cette rancune que remplit mon cœur à chaque fois que j'y pense.

J’enveloppe mon corps du peignoir paresseusement et une serviette sur les cheveux. J’étais sur le point d’aller m’habiller quand la sonnette retentit me faisant souffler, exaspérée. C’est impossible de rester tranquille pour une fois ?

Marchant jusqu’à la porte, je me questionne si j’ouvre ou non jusqu’à entendre à nouveau la sonnette.

-Tu t’es endormie ou quoi ? Je t’ai appelé centaines des fois, m’agresse Manel qui rentre comme une furie.

-Bonsoir à toi aussi.

Je ferme la porte derrière lui avec violence, me dirigeant vers ma chambre le laissant en plan sur le couloir.

-Alors ? Le jugement d’Ash est pour quand ? Quelle est la stratégie ? Qu’est-ce qu’ils ont dit ? demande-t-il impatient derrière moi.

-Hey merde ! crie-je. Tu vas te calmer ? Putain !

Je vais pour vêtir quelque chose quand Manel s’assoit sur mon lit.

Il veut me faire chier ce gars !

Il passe sa main sur ses cheveux et me fixe attendant la réponse, néanmoins mon silence et mon regard orageux lui montrent que je ne suis pas d’humeur.

-Comment tu vas ? se reprend-il, plus calme.

-Très bien. réponds-je sarcastique, croisant les bras.

-Je suis là, ok ? Il t’a fait souffrir, je comprends. Même si tu t’es fait des espoirs pour rien.

Je sors de la chambre en trombe. Mais qui pense-t-il être pour me juger ? Si c’est comme ça qu’il pense me calmer, il se trompe complètement.

 Dans la cuisine, je prends un verre d’eau pour me donner du courage et je soupire ensuite en lui voyant arriver. Bon assez, c’est mieux que je déballe tout pour pouvoir être tranquille.

-Ils pensent que c’est à cause du blanchiment de l’argent du club qu’il s’est fait arrêter. Ce qui veut dire qu’il faut agir vite, car si la police entre dans la boutique ou même Lord et trouve l’argent, il est foutu.

-L’avocat est quelqu’un de bien ?

-Il travaille pour le club depuis des années. Apparemment, il est implacable. S’il y a quelqu’un qui peut le sortir de prison ou diminuer sa peine, c’est Aymeric.

-Je vois. Tant mieux ! Je ne veux pas qu’Ash fasse de la prison par ma faute.

-Il ne fallait pas le mêler à tes histoires de merde alors, craché-je.

Son regard déterminé cède la place à un autre, plus peinard, rempli de remords. Je regrette de suite mes mots. Buvant la dernière gorgée de l’eau, j’essaie de minimiser la situation.

-Mais c’est la faute aussi à celle qui lui sert de copine. La plainte est anonyme, mais nous savons tous les deux qui est derrière cela. Si elle n’avait pas porté plainte, Ash serait encore là.

Je vois de la surprise dans son regard pour avoir pris sa défense.

Bien sûr, Manel et Ash ont leur part de responsabilité, mais si cette mégère n’avait pas porté plainte, personne ne serait en prison et moi je ne serais pas là à risquer ma vie.

Il s’approche timidement et avant de tendre les bras, il me questionne du regard. Comme réponse, les miens s’ouvrent, après avoir déposé le verre sur le plan de travail, et il m’enveloppe. Cette fois pas de larmes que de la rage. Envers elle ? Envers lui ? Envers moi ?

-Il te manque ?

Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top