Chapitre 3
Sa question me prend de court. Est-ce que je dois tout lui raconter ? Au risque de passer pour la fille stupide qui est tombée amoureuse du mauvais garçon ?
– Manel, je ne crois pas que ce soit une bonne idée... soufflé-je.
– Je ne te jugerai pas, me coupe-t-il.
Facile à dire !
J'ouvre la porte pour gagner du temps et faire comprendre à Manel qu'il doit partir. Mais non, monsieur rentre même sans être invité. Il regarde l'appartement en tournant la tête à gauche et à droite tandis que je reste appuyée contre la porte les bras croisés, furieuse.
– Je suis tombée amoureuse de lui. Satisfait ?
– Non, répond-il durement se retournant vers moi.
– On a couché ensemble et on a ressenti un truc... Je veux dire, moi j'ai aimé nos moments ensemble et lui aussi, enfin du moins c'est ce qu'il m'a dit.
– Et Vera dans tout ça ?
– Il m'a raconté qu'elle l'a accusé d'être un tyran égoïste. Il ne pensait qu'à lui et ne la laissait pas vivre sa vie. Alors pour se venger, elle partait des jours ou semaines sans prévenir. Son portable éteint, pas de messages, pas d'appels.
Durant mon récit, son visage n'affiche aucune surprise. Pourtant je sais ce qu'il pense de moi. J'avais été une fille naïve comme Ash aimait m'appeler et une demoiselle stupide pour croire à une relation qui n'avait pas d'avenir.
Je le devance et me dirige vers le salon pour m'asseoir sur le canapé. Silencieusement, il me suit et s'installe à mes côtés.
– Tu sais, on passait nos journées et nos nuits à parler de tout et de rien. J'étais là pour lui tout le temps même lorsque sa mère est tombée malade. Il a dû diriger l'hôtel seul ne sachant pas s'il en serait capable. Tu sais que sa mère détient un hôtel depuis le décès de son père ? continué-je.
– Oui, je sais.
– Il me disait qu'il m'adorait et qu'il aimerait être avec moi plus souvent. Il me faisait des scènes de jalousie à cause de collègues de mon boulot. Il me disait que ma voix était apaisante au point de s'endormir en m'écoutant. Je le regardais dormir paisiblement pendant de longues minutes, avoué-je rêveuse. Souvent il me répétait que j'étais l'unique femme que lui faisait de l'effet sans même me toucher, qu'il suffisait de m'entendre, d'imaginer mon corps sur lui pour l'exciter.
Je souffle pour retenir tous ces souvenirs qui restent ancrés en moi et qui me font mal, à chaque fois, que j'en parle. Je relève mon regard blessé pour fixer Manel qui n'avait pas bougé d'un millimètre.
– Il ne m'a jamais rien promis c'est vrai. Mais il ressentait quelque chose, je sais. On le percevait tous les deux.
Je respire profondément encore une fois pour calmer la douleur qui se propage dans ma poitrine. Durant ce monologue, mon cœur s'emballe pour ressentir les sentiments de ces moments passés.
– À chaque silence de sa part, je lui envoyais des textos et il me disait qu'était désolé. Lors de ses longues absences, je devenais amère et je finissais par lui hurler que je le détestais. Et tu sais ce qu'il me répondait ? souris-je amèrement. Je sais que non, il savait que je tenais sincèrement à lui.
Mes larmes coulent abondamment et je m'énerve de laisser encore une fois la faiblesse me submerger.
Je le déteste pour me faire souffrir autant !
Les bras de Manel m'entourent et je le laisse faire. J'en ai besoin. Mes mains sur son torse, je sens sa respiration qui m'apaise au fur et à mesure que mes larmes cessent. Je me sens bien contre lui et je ne veux pas le lâcher. Ses doigts caressent mes cheveux et sa mâchoire se pose sur ma nuque me réconfortant comme une enfant. Je suis peut-être égoïste de ne penser qu'à moi, mais en cet instant, ça n'a pas d'importance.
Après son départ, je me suis faite une salade de poulet, morceau de pêches, pâtes, fromage râpé et des noix. Un vrai repas ! Mon palais s'est régalé et mon estomac, n'en parlons pas. Pour la première fois depuis des années, j'ai dessiné en mangeant. Assise par terre avec l'assiette et un carnet de dessin sur la table basse du salon, j'étais comme apaisée même si la noirceur de mon cœur était toujours là. À chaque bouchée, je faisais un trait sur le papier.
Le dessin était ma passion quand j'étais petite, j'adorais tout ce qu'on pouvait dessiner sur la planche à dessin à l'école. Les gommes, les règles, les crayons étaient mon univers. Dès que j'avais un crayon et un papier, j'étais heureuse !
Je souris amèrement à ce souvenir que me paraît très lointain. Je finis mon assiette et j'admire mon œuvre. Mon regard devient sombre en voyant que j'ai dessiné une femme à moitié cachée. Je me reconnais dans le dessin. Cachée. Effacée.
Après toutes ces émotions, je laisse le sommeil m'envahir, m'enveloppant doucement dans un autre monde.
Au milieu de la nuit, je me réveille en sueur. Tout est noir. Je n'arrive pas à voir clairement et encore moins réfléchir.
Où suis-je ?
S'habituant peu à peu à la faible luminosité, mes yeux reconnaissent ma chambre : mon lit en bois massif, les cadres de mes copines et moi ou ceux de mon frère, la fenêtre en double vitrage, les murs pastel. J'inspire bruyamment et me laisse tomber sur le matelas.
Un cauchemar !
J'étais avec Ash, il me regardait, mais ne semblait pas me reconnaître. L'un face à l'autre, il me scrutait avec ses yeux gris. Alors que je perçus du dégoût dans son regard, je le vis s'éloigner me laissant toute seule au milieu d'une rue déserte et sombre, sans l'ombre d'une âme vivante. J'ai paniqué. J'ai essayé de crier, mais aucun son ne sortait de ma bouche.
Voilà ce que mon subconscient m'offre comme cadeau. Je tremble et je ne sais si j'arriverai à m'endormir...
Le lendemain, comme convenu, Pandora vient me chercher en moto en début de l'après-midi pour aller au QG de Micli Riders. Elle s'aperçoit de mes cernes et de ma pâleur, mais ne dit rien. C'est déjà épouvantable de me planter ici comme une fleur alors avoir à répondre à un interrogatoire ne me chante guère.
Micli Riders est club de bikers dont Ash est le Vice-président depuis deux ans. Étant moi-même une passionnée des motos, on s'est connu à Biketoberfest qui se déroule à Daytona. Je me suis laissée impressionner par l'engin de Suit, le secrétaire du club. De couleur bleu pétrole avec ses têtes de mort noires, elle m'avait tapé dans l'œil. C'était dans ce rassemblement que j'ai connu Ash et tous les membres du club.
De fils en aiguille, j'ai appris qu'ils avaient leur QG à San Francisco où j'habitais. Dès lors, j'ai commencé à le fréquenter. Lord était déjà à la tête comme Président et Black comme Sergent d'Armes. Ils me traitaient comme une reine jusqu'à que mon cœur se décide à rebeller tombant dans le charme du vice-président. Et depuis notre rupture je n'ai plus jamais remis les pieds dans le club.
Mes yeux se posent sur le devant de ce lieu familier et j'aperçois une Mustang rouge est garée devant le portail. J'en déduis que c'est Aymeric, l'avocat qui va défendre Ash, vu que personne chez Micli Riders n'oserait conduire ce type de voiture. Le club ne travaille qu'avec lui. Apparemment, il est implacable et se fait une réputation intouchable.
Pandora suit mes pas, inquiète, de ne pas comprendre ce que je fais ici, mais reste muette. En rentrant, on voit Black et Suit assis sur les tabourets devant le comptoir en bois qui se trouve au fond de la pièce. On s'approche et Black est le premier à nous voir. Ils paraissent surpris et se demandent sûrement ce que je fais là.
Ils nous font la bise, lorsque je vois l'avocat et Lord à l'entrée de la chapelle à l'opposé du bar. Lord est le Président de Micli Riders et l'amoureux de Ravena.
J'essaie de garder mon calme et avec un demi-sourire, j'avance.
– Aymeric.
Il se tourne et son regard est aussi surpris que ceux de Black et Suit passe de moi à Pandora.
Je prends l'initiative de le saluer et ma copine fait de même, mais Aymeric se crispe quand elle le touche. Ma copine pose ses yeux sur moi et je hausse les épaules pour qu'elle ne lui donne pas d'importance.
– Ça fait un bail ! remarque l'avocat.
– En effet, je viens aux nouvelles de Ash.
Lord me fixe, essayant de voir la vérité dans mes propos, mais je ne rajoute rien de plus. Je suis déjà assez stressée comme ça pour encore me justifier.
– D'abord, on va parler du procès de Gorka. Ensuite tu pourras entrer si Lord ne voit pas d'inconvénient.
– Non Aymeric. C'est bon.
– Parfait. On y va.
Les garçons rentrent vers la chapelle, suivis par Black pendant que Suit quitte le lieu. Black leur emboîte le pas, il doit être le nouveau Vice-Président en attendant qu'Ash sorte de prison. Nous nous asseyons sur les tabourets et je plonge dans les lumières rouges implantées au plafond. Les murs blancs et gris donnent un air sombre tandis que les sofas marrons semblent plus chaleureux, l'arrière le comptoir est bien rangé et la barmaid s'efforce à tout nettoyer pour la soirée.
Le stress monte petit à petit à la mesure que les minutes passent.
– Ayla ? Une fois à la boutique tu avais fait référence à un avocat du club qui partageait des femmes avec un biker. C'est Aymeric, c'est ça ? demande ma copine pour briser le silence pesant.
– Oui. Avec Gorka, il fait partie du club jusqu'à son arrestation. Je pense qu'il va sortir bientôt de prison.
– Il est bizarre pour ne pas dire un autre adjectif encore pire. Mon Dieu quand je l'ai fait la bise j'ai pensé qu'il allait me gifler.
Je rigole pour l'extrême pensée de mon amie en secouant la tête.
– Il n'est pas habitué à autant de familiarité avec des inconnues. C'est juste ça ! tenté-je de justifier.
– Sympa ! Dommage qu'il soit beau comme un dieu avec un caractère de merde alors.
Je souris encore. C'est vrai que Aymeric n'est pas mal de tout. Les hommes en costume avec de beaux yeux bleu lagon et bien bâti en font rêver plus d'une, mais peu sont les femmes qui acceptent une relation à trois.
Une heure est passée et mon souffle se fait lourd. Ma tête commence à peser et je doute de ma venue jusqu'à penser à Thomas. Ses agates, sa peau bronzée, ses cheveux châtains, son côté dragueur. Je souris face à ma rêverie. Je me surprends à ressentir son manque.
C'est possible ?
– Les filles !
Black me sort de mes pensées. Le moment est venu d'entrer dans la fosse aux loups. Pandora derrière moi, j'avance à un rythme normal pour ne pas avoir l'air nerveux ou pressé.
La chapelle est grande, pouvant accueillir une cinquantaine de personnes. Les murs sont peints de blanc et de longs bancs rectangulaires en bois poli sont disposés. Je me dirige vers un banc qui est plaqué contre le mur, à droite de la table du Lord et où le logo du club se dresse fièrement. Pandora me suit, mais avant de gagner sa place, je vois son regard de défi vers Aymeric, qui se trouve assis près de moi et je m'attends au pire.
Oh oh !
– Est-ce que je peux m'asseoir à côté de toi ? Ah pardon, on ne se connait pas, répond-elle faussement gênée. Je veux dire à côté de vous ?
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