Chapitre 25

Brian Reitzell - Towers of the Void

La voix de Lord fait écho dans la nuit sombre. La lune se cache derrière les nuages foncés qui promettent une tempête.

Lord et Black montent sur leurs Harley, tandis que nous rentrons dans la voiture. Black ouvre la route devant nous et Lord reste derrière. Mon cœur cogne dans ma poitrine accusant le stress, je pose ma main sur celle-ci pour me calmer. Igor est à côté de moi avec Suit et les deux autres devant. Je les regarde, ils ont cette allure de bikers, intouchables, ténébreux, sanguins. Je distingue leurs noms pendant l’échange entre eux : Bull et Sky. Je hausse le sourcil face au surnom du dernier, mais je ne m’attarde pas plus que ça. Les deux sont costauds, avec des muscles bien saillants qui semblent exploser sous les manches de leurs cuir. Bull a le crâne rasé de côté avec une frange longue blond foncé au milieu et Sky a les cheveux mi- longs bouclés et noirs, il me semble.

Fatiguée de les observer, j’essaie de canaliser ma respiration et mon pouls pour mieux contrôler mes émotions. L’ambiance est lourde même si mes compagnons de route blaguent et rigolent à tout va. Je vois le panneau avec le nom de la ville passer et je constate qu’on sort de notre zone.
Des questions commencent à envahir mes pensées. Est-ce que Manel va bien, est-ce qu’il a survécu pendant tous ces jours, est-ce qu' on va au bon endroit ? Est-ce qu’ils l’ont tué ? Torturé ? Pleines de questions et encore celle de savoir si le gang de la Mafia allait nous laisser tranquille aussi facilement.

Les routes se succèdent, les lampadaires se font rares et je ne sais pas du tout où on va. Je vois juste l'ombre des arbres du bord de la route et les lumières de quelques villages au loin. Je commence à angoisser, mes doigts se torturent entre eux, pour après passer au tour de mes cheveux qui subissent les mêmes sévices. Igor prend ma main droite et la retient sur sa cuisse sans me jeter un regard continuant à parler à ses frères.  Ce geste a le don de me calmer un peu me sentant moins seule.

Le 4x4 tourne dans un chemin de terre qui n’a pas de signalisation ni d'éclairage. Igor dépose un baiser sur le dos de ma main et me fixe.

On est arrivé !

 Bull s’arrête, nous nous regardons mutuellement avant de sortir. Black pointe du doigt une cabane au loin qui semble en piteux état. Je la fixe et la température de mon corps chute d’un cran.

Une arme à feu est mise dans ma main me sortant de mon observation. Mon regard se tourne vers la personne qui a osé me donner ceci. Lord me fixe, je saisis avec peur l’objet que je n’ai jamais utilisé.

- Tu es sûre que tu veux venir avec nous ?

- Il le faut. J’étais avec lui et il m’a protégé. C’est la moindre des choses.

Il hoche la tête, pas très convaincu mais n’insiste pas. Les uns derrière les autres on avance, plus on s’approche plus on entend des voix et des verres cassés. Mon cœur s’emballe et mes doigts glissent dans le métal de l’arme à feu que je porte.

Avant qu’on puisse avancer plus loin, Lord nous arrête. Black s’approche et essaie de voir par la fenêtre combien ils sont.

- Ils sont trois mais il peut en avoir plus à l’intérieur, informe Black.

- Suit, Bull et moi allons par derrière pour initier l’assaut. Igor, Sky et Black partez devant, ordonne Lord.

Alors que les bikers se préparent à vérifier leurs armes et les chargeurs, Lord se dirige vers moi visage fermé.

- Ayla, on va rentrer. Toi, tu attends qu’on te fasse signe pour venir chercher Manel, d’accord ? Seulement, quand tu auras le signale, est ce que t’as compris ?

J’hoche la tête incapable de parler. Des sueurs froids glissent sur ma peau tellement la situation est dangereuse.

- Bien. On y va les gars !

Je reste en retrait, cachée au coin de la cabane. j’écoute Lord crier et ils rentrent en même temps. Des coups de tirs commencent à sortir dans tous les sens. Mon cœur semble sortir de ma poitrine tellement il est comprimé. Je tremble comme une feuille sans pouvoir l’éviter et j’enroule mes bras autour de moi m'assoyant par terre. J’entends des cris, mais je n’arrive pas à les distinguer.

La cabane semble s'effondrer à chaque tir, les fenêtres explosent et le bois craque à chaque coup. Ma respiration se fait plus rare et je n’arrive pas à gérer la panique qui me gagne.
Soudain, la porte d'entrée s’envole dans un bruit sourd me faisant crier. Un homme sort en courant pointant l’arme derrière lui. Par ses gestes et sa veste, j’arrive à reconnaître que ce n’est pas un des bikers.

Putain il va s’enfuir !

Je me relève prête à ne pas le laisser s’échapper quand il se rend compte de ma présence.

-  Salut ma beauté !

C’est un des kidnappeurs ! Sa voix est une de celles que j’ai écouté le soir ou Manel a été enlevé !

Mes membres se paralysent, j'essaie de pointer le revolver cependant, je sais que mon geste est trop lent. Il me regarde avec haine et rigole en me visant avec son arme. Mes paupières se ferment et un coup se fait entendre. Essoufflée, ayant la gorge en feu d'avoir crier avec toutes mes forces, j’ouvre les yeux et je me touche.

Je n’ai rien ? Oh mon Dieu je n’ai rien.
Je vois le kidnappeur s'effondrer au sol les yeux retournés. Je le fixe terrorisée avec appréhension qu’il se relève. Un craquement de branche me fait dévier le regard. Une forme se dessine derrière les motos et la voiture. Je frotte les yeux avec le dos de mes mains pour regarder à nouveau cette silhouette qui semble me fixer se retournant ensuite pour partir.

- Ayla !!!

La voix de Black me percute me sortant de ma contemplation. Peureuse, j’avance vers l’entrée de la cabane regardant tout de même en arrière pour voir si je la voyais encore, mais rien.

 Black attrape mon bras et m’amène de l’autre côté du logement où Manel est installé avec les mains ligotées. Celles-ci sont tachées de sang ainsi que son visage meurtri par les coups. J'ouvre la bouche de stupeur, une montée de larmes remplie mes rétines.

- Manel c’est moi Ayla, tu m’entends ? chuchotai-je.

Je coupe les cordes et jôte le bandeau qui couvre sa bouche. J’essaie de le redresser, lorsque Lord et Black s’approchent pour aider Manel à marcher.

- On peut partir maintenant ! déclare le Président de Micli Riders.

Une mer de sang inonde le sol et l’odeur est insoutenable, d'autant plus que j’ai envie de vomir sortant à peine de ce lieu. Je me sens sale, à bout de force après cette dure épreuve. Trop d'émotions que je sais que je ne vais pas arriver à les gérer facilement.

Une fois dehors, les deux bikers portent Manel jusqu’à la voiture pendant que je vide le contenu de mon estomac. Une petite bouteille d’eau apparaît devant moi de la main de Lord. Difficilement je la prends, buvant des petites gorgées. Ma gorge me brûle tellement, mes yeux sont gonflés de toutes les larmes que j'ai lâchées pendant mon moment moins glorieux.

D’un pas peu rassuré, j’entre dans la jeep derrière les autres. Bull fait demi-tour et c’est là que j'aperçois la cabane en train de se consumer par des grosses flammes, qui semblent avoir vie tellement elles se montrent majestueuses.

L'image de la cabane en train de se consumer hanta mes rêves durant toute la nuit. Un cauchemar qui s'arrêta avec mes cris désespérés.



Manel a été amené à une clinique privée par Lord et moi. Les Micli Riders ont de l’influence partout et Lord a usé de ses bénéfices pour étouffer le cas pour ne pas mêler la police à ça. S’il savait comment cette décision m’a soulagé. Pouvoir garder notre secret, et mettre Manel en sécurité était la priorité.

Il a été pris en charge immédiatement, le médecin responsable de son état nous a transmis qu’il fallait le mettre en coma artificiel pour qu’il ne souffre pas davantage pendant les opérations. Je suis restée à son chevet tout le temps par culpabilité de le laisser affronter ses démons seul, alors qu’il était là pour moi quand j’ai eu besoin. Il a été mon premier baume pour la guérison de mon cœur. Il m’a fait l’amour pour me montrer qu’il y avait encore de la douceur dans ce monde tordu. Je ne pouvais pas l’abandonner.
 



Une semaine est passée sans que je ne vienne chaque jour. Le réveil était imminent, a dit le médecin, je priais que ce soit le plus rapidement possible. Encore une fois, je rentre dans sa chambre, je m’assois sur le banc de cuir blanc qui se situe à côté du lit. La chambre est grande, de couleur jaune clair et une grande fenêtre donnant sur la route, et pourtant trop impersonnelle, pas de meubles, pas de déco.

Une semaine que j'attends avec impatience son réveil pour que le cauchemar ferme définitivement sa porte.

Je saisis sa main dans la mienne, la serrant légèrement et je m’approche de son oreille. Je ne sais pas s'il m'entends mais lui parler me conforte.

-  Manel ? Ouvre les yeux. S’il te plaît ! Je suis là.

Je pose mon front contre sa tempe en continuant de murmurer s'il te plaît.

-  Ayla ?

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