Chapitre 1
Mais qu'est-ce que je fais ici ?
Mon cœur bat à cent à l'heure, mes mains sont moites et je suis nerveuse.
Que suis-je en train de faire ?
Il m'a abandonnée et maintenant j'accepte de l'aider ?
Je suis avec... Manel. Quel prénom à la con ! Non, ce n'est pas le prénom qui est con, c'est la situation dans laquelle il m'a mise. Je suis énervée. Énervée contre lui. Énervée contre moi.
D'une main tremblante, je montre ma pièce d'identité et laisse les objets personnels dans le bac. Je ne me sens pas bien tout à coup. Plus j'avance dans ce couloir, plus la nausée s'accentue. Je vais vomir mon dernier repas.
Oh Seigneur !
Je ferme les yeux quelques secondes, afin de reprendre le contrôle de mes émotions et surtout de mon estomac qui joue au yo-yo.
Inspire, expire, inspire, expire.
Manel me jette un regard silencieux me demandant si je vais bien. Je l'ignore et pénètre dans la salle des visites. Ma poitrine se comprime, je me sens oppressée dans cette pièce sans fenêtre, c'est glauque. Mon cœur s'affole, l'oxygène n'atteint plus mon cerveau et je reste statique, telle une statue de pierre. J'observe la pièce, grande, impersonnelle avec cette odeur qui caractérise la prison. Une odeur âcre qui picote le nez.
- Ça va aller ! m'encourage Manel.
Sa voix est lointaine, je vais finir par m'évanouir, c'est trop pour moi. Je me dirige vers une chaise libre. Bien sûr cette entrevue n'est pas privée, d'autres personnes rendent visite à des détenus. Des combinaisons orange se mélangent aux tenues civiles. Je croise mes doigts entre eux, puis lorsque la porte grince, je le vois.
Ses yeux gris s'ancrent aux miens et je suis obligée de baisser le regard, car je suis incapable de le soutenir.
Trop de souvenirs, trop de douleur.
J'entends ses pas résonner alors qu'il s'approche de nous. Il s'installe en face de moi et je peux sentir son regard pesant se poser sur ma silhouette. J'attends qu'il parle, je n'ai rien à lui dire de toute façon. Je ne sais même pas ce que je fais ici, je devrais faire demi-tour, rentrer chez moi et oublier cette journée à jamais.
- Merci Ayla !
Je frissonne à l'entente de mon prénom, puis j'inspire un bon coup pour m'encourager et lève mes yeux noirs vers lui.
- Je sais que... ça n'a pas dû être facile d'accepter...
- Tu ne sais rien Ash ! Et je n'ai encore rien accepté du tout ! craché-je durement.
Sa bouche s'entrouvre, mais aucun son n'en sort. Il réfléchit et moi j'attends. J'attends qu'il m'explique, qu'il me dise la vérité pour une fois.
- Elle m'a dénoncé, Ayla. Elle m'a menacé et cette fois elle l'a fait.
- Et ?
- Il faut juste que tu m'aides. Tu es la seule en qui j'ai confiance.
- Tu as Manel !
- Il n'y arrivera pas tout seul !
- Demande à Micli Riders, alors.
- Non.
- Pourquoi moi ? soufflé-je.
- Parce que tu connais mon secret ! Tu sais qui je suis et tu sais qui elle est !
Un sourire hypocrite étire mes lèvres. Mais quel culot de me demander de l'aide, alors qu'il m'a laissée tomber comme une merde, putain !
- Les frères vont essayer de leur côté avec l'avocat. Je te donnerai son numéro aussi.
- Pas besoin ! Tu oublies que je connais tous les membres.
- Oui, c'est vrai... Excuse-moi.
- Tes excuses tu peux les mettre où je pense ! craché-je.
- Ayla... S'il te plaît ! J'ai besoin que tu essaies de rentrer dans la boutique et d'y retirer toutes les preuves qui peuvent être utilisées contre moi.
- Tu veux dire l'argent qui est planqué là-bas ? Par ta faute, rétorqué-je en désignant Manel.
Le regard des deux hommes se croise, je souffle d'exaspération. J'ai envie de pleurer. Encore. Alors que j'ai déjà trop lâché de larmes pour lui.
J'avale difficilement ma salive et je repousse les larmes qui tentent de s'échapper. Je relève la tête prête à l'affronter.
- Je vais réfléchir.
- Merci. Je te remercierai toute ma vie.
- J'ai une condition.
Il me fixe avec appréhension.
- Je ne veux plus de toi dans ma vie. Plus loin tu seras, mieux je me porterai. Une fois cette histoire réglée, tu oublies jusqu'à mon existence.
Son regard se remplit de tristesse et de déception. Mais je m'en moque, je refuse de tomber à nouveau dans son piège, c'est terminé.
- C'est ce que tu veux ? Vraiment ?
- Oui.
- Visite terminée, numéro six, informe le garde.
Il me semble voir les yeux d'Ash briller comme s'il voulait pleurer. Mais je détourne la tête et je pars vers la sortie sans même un dernier regard.
Lorsque Manel ouvre la voiture, je me précipite à l'intérieur et je craque. Je pleure de le voir là, enfermé dans cette prison, pour son abandon, pour les sentiments que j'ai pour lui et je crois que c'est le plus pathétique dans tout ça. Comment je peux encore ressentir des choses pour cet homme ? Il m'a infligée une telle souffrance. Je finis par me calmer. Manel reste concentré sur la route sans prononcer le moindre mot et je le remercie.
Arrivée chez moi, je pousse un long soupir. Cette visite m'a épuisée et j'ai besoin de m'allonger quelques minutes. Je traverse le salon/salle à manger avec sa rambarde en bois laquée pour les séparer et sa cheminée en brique au beau milieu de la pièce. Tous les meubles présents me rappelle l'ancien siècle.
J'arrive à ma chambre et je tombe comme un poids mort sur le lit. Les deux poutres qui allongent le plafond rempli mes rétines, laissant place à l'imagination.
Cet appartement ressemble aux maisons de forêt où le bois est présent en chaque pièce. Et c'est pour ça que je l'ai choisie. Elle me transmet un sentiment de paix, hors du temps. J'inspire profondément pour me laisser imprégner de ce silence apaisant et laisser mes pensées affluer.
Qu'est-ce que je dois faire ?
Je l'aimais.
Est-ce que je l'aime encore ?
Je ne sais pas. C'est encore trop flou dans ma tête.
En regardant mon portable, je vois des messages de Ravena, Pandora et Manel que je viens de quitter. Le message de ce dernier s'affiche :
« Je serai chez toi vers 10 heures. On doit parler. »
Je ne lui réponds pas.
Mais de quoi je me mêle ?
C'est de la folie tout ça. Je souffle tellement j'ai mal à la poitrine et je fixe encore une fois le plafond comme s'il pouvait me donner les réponses dont j'ai besoin.
Après m'être douchée, je prends mon courage et ouvre les messages de mes amies. Pandora en premier.
« Cc Louloute ! J'espère que tu vas bien ? Ça fait quelques jours que tu ne donnes pas de nouvelles. J'ai deux jours de congé, on pourrait se voir. Bisou »
Je lis ensuite celui de Ravena
« Hello ! Je voulais savoir si tu veux passer boire un verre à la maison ? »
Ça fait deux mois qu'elle a emménagé dans une maison avec Lord. Ils s'entendent très bien, le couple idéal et parfait. Et en ce moment le bonheur m'insupporte ce n'est pas contre eux, c'est plutôt contre ma vie et moi-même.
Je réponds à Pandora qu'elle peut venir me rejoindre et je laisse la réponse de Ravena en suspens. Je verrais plus tard.
Je me dirige vers la cuisine après m'être habillée d'un jogging et un tee-shirt, puis je prépare de quoi grignoter. J'ouvre le placard en bois et je regarde les cacahuètes et les chips.
Ça fera l'affaire !
Je les dispose en bols séparés puis les mets ensuite sur la table basse du salon, quand la sonnette se fait entendre. Je me précipite pour ouvrir la porte et je prends Pandora dans mes bras sans lui laisser le temps de dire quoi que ce soit. Je l'invite à entrer, puis nous nous installons par terre à côté de la table basse pour partager une boisson. Mais je n'ai pas la tête à la fête ou au bavardage et mon amie le ressens aussitôt.
- Ayla ? Qu'est-ce qui se passe ? Tu es distante, tu donnes plus de nouvelles, même Ravena te voit plus au club. Et habituellement tu es plus bavarde, et là, tu n'as encore rien dit.
- J'ai couché avec Ash.
Voilà, la bombe est lâchée. Je l'ai dit...
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