1.2
Tandis que je courrais à une petite vitesse de croisières, les rues de ma ville défilèrent devant mes yeux, les passants s'écartant promptement de moi.
Vy était une capitale intéressante. Séparée en différentes partie, elle restait, malgré les efforts que je faisais pour changer ça, très organisée. Ou raciale, au choix. Les personnes aux revenus modestes voire faibles se tournaient sans y penser deux fois vers la partie Est. Les rues là-bas étaient sans cesse animés par les enfants ou les adolescents. On y trouvait quelques dealers. Cependant, il s'agissait d'êtres vraiment rares. Ayant reçu des renseignements plus approfondis depuis que j'étais un tampon du monde, je savais que cette presque absence de dealers n'était aucunement le fruit des autorités. Les Alters, des années auparavant, avaient laissés entendre qu'ils réagissaient mal à certaines drogues et qu'ils s'attaqueraient toutes personnes cherchant à nuire à leur existence. Puisqu'ils effrayaient plus qu'ils inspiraient la confiance, tout habitants les avaient pris aux mots. Cela dit, je savais de source sûre, qu'ils refusaient de faire du mal aux adolescents qui usaient de cette méthode pour aider leurs parents à payer les factures. Une rumeur courrait que le dirigeant des Vampires acheter quelques drogues par charité. Je réprimai un rictus. Isotz Hautz n'avait pas une once de bonté en lui. Mais si, cette rumeur pouvait améliorer son image au sein de l'île et donc du monde, je n'allais pas cracher dessus. Faire en sorte que les humains aient moins une peur maladive des vampires était un calvaire. Les bouquins, les légendes, les rumeurs à leurs propos étaient tenaces. Mais j'étais têtue. Je m'arrangeais toujours pour qu'un vampire soit souvent mis en avant, même s'ils n'étaient pas très coopératifs.
La partie Ouest de Vy contrairement à son opposé abritait les personnes les plus affluentes et les plus riches de cette île. J'avais un jour dû intervenir dans un de ces quartiers. Un massacre. Je ne comptais plus le nombre de fois où j'avais demandé d'arrêter de me menacer à coup d'avocats puissants et de chantages pour que le conflit soit à leur avantage. Les rues, comparées à celles d'Est, étaient calmes. Les voitures, plus luxueuse que le voisin encore, parsemaient les routes. Les maisons plus grandes que la mienne prouvaient que la plupart des familles essayaient d'en mettre pleins la vue à quiconque-je-suis-tout-le-monde. Je n'avais rien contre eux, après tout, la réussite leur pendait aux nez. Et c'était tant mieux. Non, ce dont j'avais vraiment du mal était leur prétendument innocence dans chaque conflit que j'avais dû gérer. Je n'appréciais pas beaucoup que les employés Alters d'une quelconque entreprise aient un salaire plus que médiocre, ni le fait que si la hyène-garou avait mordu monsieur-je-me-crois-au-dessus-de-tout, était parce qu'il avait essayé de lui rouler dessus et non pas « parce qu'il était un humain innocent », comme il avait essayé de me le faire croire. Je m'estimais plus que patiente mais si un jour je venais à frapper un habitant de la partie Ouest, personne ne se demanderait ce qu'il m'avait pris. Combien de fois étais-je passée sur les infos à cause d'une vidéo peu positive à mon égard provenant de personnalités influentes ? Non, vraiment, personne ne me demanderait de rendre des comptes.
Le Nord de Vy regorgeait d'ambassades, de consulats, de lieux de congrès. Il était donc destiné à tout ce qui touchait à la politique. J'haïssais la politique. Le verbe haïr n'était pas assez fort pour décrire mes sentiments. Heureusement pour moi, j'avais réussi à échapper à toutes réunions aux sommets avec les dirigeants de toutes espèces pendant un an. Je savais que je n'allais pas pouvoir continuer ainsi, mais dans la vie, il fallait persévérer. Moins j'approchais les tactiques politiques et les décisions importantes et plausiblement destiné à détruire la vie d'autrui, mieux je me portais. Et puis, j'avais le tact d'un éléphant. Je pouvais me montrer discrète mais je n'avais aucune délicatesse envers les personnes que je n'aimais pas. Et je n'aimais vraiment pas les politiciens. Alors que j'essayais de faire en sorte que tout le monde vive en paix, combien de décisions prises sur le tas avaient détruits mes efforts ? Je n'étais pas la seule agente de liaison du monde à détester la politique. Maria, l'agent principal de liaison du Brésil que j'avais assigné à ce rôle, ancienne prostituée, avait giflé un dirigeant après avoir entendu une loi qui desservirait les Alters sans raison. Tous les agents de liaison avaient bu ensemble lors de la réunion mensuelle par vidéo conférence, croyant qu'elle allait finir au chômage et dans un sac mortuaire. Nous avions tous été étonnés, elle la première, lorsque l'alpha local avait assuré qu'il y aurait un déchainement de violence dans le pays si elle venait à disparaître. Elle travaillait toujours en tant qu'agent de liaison.
La partie Sud était, malheureusement la raison pour laquelle j'estimais que Vy était encore très raciale. Tous les Alters, ou une majorité, vivaient là-bas. Toutes créatures magiques y passaient leur vie. Une barrière séparait cette partie du reste de la ville pour informer tout impudent qu'il n'était plus sous autorité humaine mais magique. Cela dit, il n'y avait aucune autorité. Quiconque pouvait se faire manger, tuer, assassiner dans cette partie et aucun policier ne ferait quoique ce soit. La loi du plus fort régnait en maître dans cette partie. Néanmoins, ayant dû passer souvent dans cette partie pour recueillir des avis, des témoignages, des solutions parfois, je pouvais affirmer que la partie Sud n'était pas aussi sauvage ni dénouée de toute humanité qu'elle le laissait croire. Néanmoins, je déconseillais souvent d'y aller pour y chercher des sensations fortes. Les Alters avaient tendance à prendre aux mots les personnes qui ne venaient que pour ça. Le résultat pouvait être la mort. Vraiment, mauvaise idée. Malgré tout, un jeune couple humain, un policier et une infirmière y avait élu domicile, décidé à dépasser leur préjugé. Ils vivaient bien, et ce, même s'ils m'appelaient souvent pour savoir pourquoi une Hyène montait souvent la garde devant leur barrière. Ou pourquoi, un vampire avait décidé de baisser les prix pour eux quand la fin de mois s'annonçait difficile. La plupart du temps, je pouvais expliquer certains comportements, parfois, j'en avais moi-même aucune idée. On apprenait tous ensemble comment faire cohabiter humain et Alter ensemble.
J'atteignis le Centre de Vy sans trop de mal et commençai à ralentir la cadence. Le Centre était réservé aux commerces principalement et aux établissements scolaires. La Taverne se situait au centre du Centre.
Elle avait été mon ancien lieu de travail. Il s'agissait d'un savant mélange entre un café, une boulangerie, un bar et une boite de nuit. Je n'avais aucune idée de comment un tel endroit pouvait fonctionner, réellement marcher, être rentable, tout ça. Mais je savais que le jour, La Taverne du Dragon de son nom complet était un lieu plébiscité par le centre de Vy. Les serveurs ayant leurs propres personnalités et n'hésitant pas à la ressortir lorsqu'ils travaillaient donnaient au lieu une personnalité tout à fait atypiques. Déjà l'enseigne sortait du lot quand on regardait le quartier dans lequel elle siégeait. Elle était l'unique devanture à être colorée. Le reste des commerces étaient soit blanc soit gris, dans ce style impersonnel que beaucoup adorait. L'intérieur du magasin n'était pas en reste puisqu'il cachait des tables familiales rondes, des plaquettes pistache, des murs colorés et décorés de photos en tout genre. Rien ne pouvait paraitre fade dans La Taverne.
Alors que la soirée était bien entamée, je vis la file d'attente devant l'enseigne de mon lieu de rendez-vous. Le soir, La Taverne dégageait une tout autre ambiance. Adieu, l'ambiance familiale et conviviale, et bonsoir la sueur, les corps cherchant un contact avec autrui et les pulsations de la musique. La Taverne faisait partie des rares boîtes de nuits à rester populaires peu importe le temps qu'il faisait et le jour qu'on était. Les humains les plus audacieux frottaient leurs corps aux créatures qui jusqu'alors étaient mythiques. Les Alters en manque de sensation et curieux de ce que pouvait résulter un lieu neutre où toutes créatures de ce bas monde se côtoyaient, arrivaient en masse à La Taverne. Si l'ambiance de La Taverne du Dragon était trop bouillante pour eux, ils se refugiaient dans le Wild'n'Monsters. L'ambiance y était plus sage, moins brutale, plus sombre. L'enseigne d'Isotz Hautz, la plus grosse pointure du monde magique et chef des vampires, n'était pas moins une boite de nuit. Les combats y étaient bien plus présents que dans ma propriété mais rares étaient ceux qui terminaient en mise à mort. La Taverne avait la triste réputation d'être ainsi, c'était pourquoi je devais tuer la moindre bataille dans l'œuf.
Les lieux magiques et le sang ne faisaient jamais bon ménage. Dans le sang recelait la puissance de n'importe quel être vivant. Si nous avions de la chance, le sang qui coulait était à cent pour cent humain. Dans le cas contraire, ce qui était le plus probable étant donné que les créatures magiques vivaient cachées de leur moitié avant, sur Terre en tout cas, la puissance de l'individu se couplait à la magie du lieu déjà ancien. Si les deux magies étaient les mêmes, nous pouvions, peut-être, éventuellement, probablement nous en sortir en contrôlant la magie du lieu et l'apaiser. Sinon... Et bien il était toujours intéressant de savoir comment chaque personne allait s'en sortir vivante et en un seul morceau.
Passant tous les clients et ignorant les chuchotements à mon arrivée, j'entrai dans La Taverne. En posant un pied dans La Taverne, je sentis toute l'agitation de cette dernière. Elle était nerveuse. Je passai outre. Je ne pouvais pas m'arrêter pour la rassurer. Dron se tenait derrière le bar, les coudes en avant, discutant avec un client, surement à propos des boissons disponibles. Grand, fin mais musclé, de nouvelles lunettes sur le nez, les traits du visage accentués, Dron aurait dû effrayer les clients. Mais quelque chose le rendait totalement abordable. Peut-être était-ce son sourire ? Son franc parler ? Personne ne savait vraiment. Il était le serveur le plus humain de La Taverne. Alors que je m'approchais de lui, il releva la tête et m'indiqua une porte du menton. Je déviai, frôlant les clients qui attendaient leur tampon sur le dos de leur main avant de descendre au sous-sol, et ouvrit la porte du bureau. Je fermai la porte derrière moi. José faisait les cent pas.
Le bureau était composé d'une mini bibliothèque, d'un ancien format d'ordinateur, et d'un bureau accompagné d'une chaise et deux fauteuils. Le brun du bois était la couleur qui prédominait. José se mêlait parfaitement avec le décor. Plus petit que Dron mais plus grand que moi, plus imposant, José était un Ours. Un ours métamorphe. Solitaire pour une raison qui m'était encore inconnue, il élisait de temps en temps domicile dans mon jardin habillait dans son autre forme. Je l'aimais bien. Il avait ce coté bourru d'un père incapable de montrer ses émotions aux personnes qu'il aimait, mais dont les gestes démontraient la force de cet amour.
Il se tourna vers moi et sur son visage y était inscrit la rage. Je fis un pas en arrière avant de me reprendre. Il n'avait aucune raison de me haïr.
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