Acte I, Scène 2
Scène 2
EURYDICE,ORPHÉE,LE CHŒUR
EURYDICE
Je n'aime pas ce bruit.
ORPHÉE
Quel bruit mon Eurydice ?
(Il se tourne vers elle, un air attendri.)
N'aimes donc tu plus le bruit du scintillement des veilleuses célestes ? N'aimes-tu plus le chant de toutes nos rêveries précieuses que notre amour a constellé ?
Tu sais que c'est pour cela que je veille le soir avec toi : pour nous contempler projetés dans l'éternité.
EURYDICE
Tu n'y est pas.
ORPHÉE
Est-ce alors le sifflement de la brise dans les feuilles ? Ou bien sa berceuse qui endort la sévère chaleur de l'été ?
Si c'est cela, n'aie crainte de cela : nous affronterons et triompherons de l'automne et de ses sinistres sirènes, de sa mélancolie taciturne et impénétrable.
EURYDICE, dans un sourire mélancolique
Tu me promet donc la Toison d'Or ?
ORPHÉE, rêveur
C'est de l'infini que nous nous habillerons.
LE CHŒUR
Ou bien de la toge pourpre de Chronos.
(Un silence. Eurydice tourne sa tête à nouveau vers les étoiles. Orphée la rejoint.)
EURYDICE
Non, ce n'est rien de tout cela. C'est autre chose, c'est ce silence nocturne, il est assourdissant. Pourtant, je devrais l'aimer, ce silence. C'est avec lui que se révèle les plus belles musiques...
ORPHÉE, à part
Ou bien les plus funestes.
EURYDICE
...Celles d'une lyre sans corde qui module les battements du cœur.
ORPHÉE
Une lyre sans corde est vide, Eurydice. Pourquoi te rends-tu sourd du murmure des étoiles ? Le ciel et la nuit sont tes plus fidèles amis, c'est là que brille Hespéros.
EURYDICE
Tu te trompes. Moi, je n'entends que la ballade spectrale de ces célestes défuntes, l'éphémère agonie des météores qui se brisent dans notre ciel et sur cette terre, la brise à bout de souffle.
ORPHÉE
Étrange, je n'entends rien de tout cela. Pourtant, nous avons le même corps, la même ouïe, la même passion !
EURYDICE
Tu l'as dit toi-même, c'est une lyre sans corde qui joue dans mon cœur. J'entends la mélodie mais ni les notes, ni les accords.
(Une pause)
Je ne sais pas, Orphée. Je ne sais rien.
ORPHÉE
Laisse la se reposer, ta lyre. Viens dans mes bras.
(Eurydice s'approche et plonge la tête dans les bras d'Orphée. Orphée attrape sa lyre et commence à jouer quelques notes.)
Oui c'est ça, plus près encore... Laisse toi bercer par ma mélodie. Elle dit l'espoir, elle dit la floraison de nos jours heureux. Elle est là, Eurydice, je suis là...
(Elle laisse tomber son corps sur celui d'Orphée.)
Ô spectres maudits, esprits épris de l'esprit
De ma bien aimée, cessez vos cris, infamies
Qui habitent et hantent cette nuit laiteuse,
Immaculée de l'éternité prometteuse.
Soyez bannis de ces terres perpétuelles
Où les hommes, les pierres, durent et perdurent,
Ne s'érodent pas, immuables à l'usure.
Que l'eau agitée redevienne jouvencelle.
Elle s'endort. Il s'arrête. Il pose sa lyre puis la soulève pour l'allonger jusqu'au lit. Il se tourne une dernière fois à la fenêtre avant de s'avancer et de fermer la fenêtre. Noir.
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