Un soir de l'Autre-Côté

Chapitre 14 : Un soir de l'Autre-Côté

Après la petite démonstration des talents culinaires de Butch, V s'était enfui sans demander son reste. Il se sentait honteux. Visiblement, son coloc ne cherchait qu'à faire la paix. Et V ne pouvait pas nier qu'il avait attendu, si ce n'est espéré, ce premier pas. Mais il ne s'était pas du tout préparé à être nourri de la main de Butch, un geste d'intimité amoureuse pour leur race. V avait donc été incapable de passer outre le sens vampirique de ce geste pour saisir le rameau d'olivier.

Résultat, Butch devait être complètement paumé. Comme tout humain ignorant de leurs coutumes, il ne pouvait pas comprendre ce qui avait poussé V à prendre la tangente. Conscient de l'avoir probablement offensé et désireux de dissiper ce malentendu, V cherchait donc à se calmer afin de retourner à la Piaule et réparer ce qui pouvait l'être.

Il avait parfois l'impression de danser un tango avec Butch : un pas en avant, deux en arrière, je t'attire, tu me repousses et on échange. Mal préparé à avoir si peu le contrôle sur la situation, V ne s'en trouvait que plus déstabilisé.

La voix de sa sœur, qu'on aurait dit sortie de nulle part, le fit sursauter.

_Tu as l'air bien agité, Vishous, ça ne te ressemble pas...

_Écoute, ce n'est pas le moment, grogna-t-il en se tournant vers Payne.

_Oh, ce n'était pas une critique, tu sais. Bien au contraire... Je trouve ça plutôt bien de savoir que tu peux aussi te laisser aller.

V dévisagea sa sœur avec incrédulité. Elle était visiblement sur le point de lui faire la leçon. Or, d'ordinaire, personne ne se risquait à empiéter sur ses plates-bandes. Mais après tout, elle était sa jumelle et ils partageaient cette étrange forme d'empathie. Payne avait sans nul doute ressenti l'agitation qui l'avait habité un peu plus tôt. Même si, désormais, V se sentait plutôt las et vide.

Il soupira intérieurement. Mieux valait laisser Payne déballer ce qu'elle avait sur le cœur plutôt que de tenter une nouvelle esquive.

_Tu sais, dit-elle, quand je suis arrivée ici, j'étais plutôt envieuse de la vie que tu avais connue, de ta liberté de guerrier. Puis j'ai commencé à te regarder évoluer dans ce monde, à peine plus animé qu'un mort-vivant... Tu te battais, tu dormais et... même chose le lendemain. Sans émotions et sans but. Je ne nie pas l'importance de ton devoir, rectifia-t-elle en le voyant grogner. Mais ça, ce n'est pas une vie. Et aujourd'hui, j'ai le sentiment que tout pourrait changer. Avant, tu connaissais le but de ton existence, mais maintenant, tu viens de te découvrir une raison de vivre. Et c'est très différent.

_Payne..., soupira V, peu désireux de s'engager sur ce terrain.

_Laisse-moi finir. Je sais que tu te refuses encore à l'admettre pleinement, mais Butch a tout à voir avec ce que tu ressens. Je comprends qu'après tant de temps passé seul, une telle proximité puisse te perturber. Mais tu dois affronter la vérité en face : tu as besoin de lui. Comme il a besoin de toi.

_Et ça me servira à quoi d'admettre tout ça ? D'une part, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, Butch est aussi un mec. Non, ne m'interromps pas... Mais, si ce n'était que ça... Tu sais aussi bien que moi qu'il est humain. Un jour, tôt ou tard, il devra retourner parmi les siens. Et ce monde-là n'a pas de place pour moi. Même si je me reconvertissais dans la divination..., ajouta-t-il avec cynisme.

_Tu as peur de le perdre ?

V détourna la tête, mais il sut que sa sœur avec vu la luminescence qui habitait son regard.

_Tu le laisserais partir, n'est-ce pas ? Pour son bien. C'est ce que tu es en train de te dire ? Si tu fais ça, tu en crèveras, tu le sais ? Oh, pas à proprement parler, mais tu devras avancer avec le trou béant que laissera son absence tous ces longs siècles qu'il te reste à vivre. Es-tu prêt à endurer ça ?

Le poing de V s'abattit sur le bois de la porte à laquelle il faisait face, assez fort pour le fendiller.

Quand il parla sa voix était tranchante, pleine d'une douleur contenue, et pourtant toujours chargée de cette arrogance si caractéristique. Il refusait de montrer sa blessure, préférant le sarcasme à la vulnérabilité.

_Et c'est quoi ta foutue solution ? Butch attend de moi que je reste bien sagement dans le rôle du bon pote. Il foutra le camp en courant si je commence à lui chanter la sérénade. Et, honnêtement, il aura bien raison. Alors, je fais quoi ? J'attends que le putain de Prince Charmant me confonde avec Cendrillon et vienne m'enlever ma petite culotte ?

Payne eut un petit rire malicieux.

_Je suis certaine que le Prince Charmant n'a jamais osé rêver de se faire attraper par le col pour être plaqué contre une porte par un guerrier immortel. Mais, qui sait, il pourrait aimer ça...

Malgré lui, un vague sourire naquit sur les lèvres de V.

_Je crois que tu es encore plus folle que moi, ma sœur...

_Est-ce si fou que ça d'espérer te voir heureux ? Je sais à quel point j'étais seule avant d'arriver ici et, malgré votre accueil et votre soutien à tous, je n'ai été complète qu'en rencontrant Manuel.

Posant la main sur l'épaule de son frère, Payne lui adressa un dernier sourire avant de s'en aller rejoindre son compagnon. V la regarda s'éloigner, silencieux.

Lui, heureux ? Quelle connerie...

Mais peut-être pouvait-il aider son flic à l'être. Ça ne serait déjà pas si mal. Il appréciait cette amitié, et réciproquement. V réalisa alors qu'il serait stupide de s'en priver par orgueil.

Il allait rentrer à la Piaule et faire la paix.

Mais en arrivant chez lui, seul le silence l'accueillit. Butch avait dû aller se coucher ou faire un tour. Après tout, ça faisait un moment que V avait déserté les lieux.

En traversant la cuisine pour se servir un verre, il avisa le contenu de la casserole renversé dans la poubelle et une flèche de culpabilité le traversa. Il avala sa Goose d'un trait avant de se détourner pour rejoindre sa chambre.

Refermant la porte, il se débarrassa de son Tee-Shirt et passa une main absente sur son torse. Sa paume rencontra la petite cicatrice en forme d'étoile sur son pectoral, la marque la Confrérie. Sa destinée, sa raison d'être.

Il poussa un long soupir et porta les mains aux deux premiers boutons de son pantalon de cuir. À cet instant, un hurlement déchirant lui glaça le sang.

Butch...

Sans prendre le temps de se rajuster, il attrapa une de ses dagues et se rua hors de la pièce. La porte de la chambre d'ami émit un craquement sinistre lorsqu'elle fut presque arrachée de ses gonds par un V passé en mode létal. Ses yeux firent le tour de la pièce, mais il ne trouva que Butch, dressé dans son lit, haletant et en nage. Le flic avait le regard vitreux, comme perdu très loin de ce monde.

V lâcha sa dague sans précaution et se pencha sur le lit pour le secouer vigoureusement.

_Cop, putain, ça va ? Allez, réponds, mec...

***

Butch n'arrivait pas à s'extraire des limbes du cauchemar. Elles semblaient s'accrocher à lui, comme pour l'entraîner de plus en plus profondément. Il entendait une voix forte l'appeler, mais il peinait à revenir à la réalité. Puis il la sentit, cette merveilleuse odeur qui l'avait guidé dans cette tempête de sang, qui l'avait ramené à la surface. Quand il avait enfin émergé, elle avait empli ses poumons, plus vivifiante que l'oxygène lui-même.

Il en cherchait toujours la source, bras tendus, comme un aveugle, lorsque ses membres rencontrèrent quelque chose de très ferme, un roc auquel s'agripper pour laisser passer la tempête. Il ne savait pas d'où lui venait cette certitude, mais au plus profond de lui, il était certain d'être arrivé à bon port. Rien ne l'atteindrait tant qu'il ne lâcherait pas prise.

Tout à coup, le roc parla, de cette voix profonde et puissante qu'il n'avait pas conscience d'avoir tant attendue.

_Allez, mon pote, reprends-toi. Respire, doucement. Ouais, comme ça...

Butch avait enfin la sensation de retrouver la lumière quand la présence recula légèrement. Il cligna des yeux, fermement déterminé à se raccrocher à son roc et... se trouva nez à nez avec V.

Un V très paniqué.

Butch remarqua qu'il se cramponnait aux épaules nues de son ami comme un noyé. La peau dorée était incroyablement ferme et souple sous ses mains calleuses.

V était revenu. V était là, pour lui.

C'était V qui l'avait ramené de ce monde effrayant dont il avait pensé ne jamais sortir.

V, quelque peu rassuré, chercha à se redresser et Butch ne put le supporter. Il avait encore besoin de sa force de vampire pour se débarrasser des derniers lambeaux de terreur qui s'accrochaient à sa peau. V ne laisserait aucune marée, aucun tourbillon, l'emporter. Butch resserra sa prise et logea son nez au creux du cou de son sauveur.

***

Surpris par ce mouvement, V bascula en avant et se retint de justesse d'écraser Butch. Ses avant-bras l'encadraient et il put voir son regard noisette changer. La pièce était toujours chargée de l'odeur âcre de sa terreur, une odeur qui donnait envie à V de tout casser pour la faire disparaître à jamais, mais, une autre fragrance commençait également à s'élever de Butch, sombre et piquante.

V n'eut pas le temps de s'y attarder. Tirant parti de son déséquilibre, Butch avait enroulé son biceps autour de son cou et l'avait attiré à lui. Sans que V puisse prévoir son geste, ses lèvres se trouvèrent capturées. Et profitant de sa surprise, Butch glissa sans attendre sa langue dans sa bouche.

Il l'embrassait à perdre haleine, sans la moindre douceur. Un baiser qui n'avait rien à voir avec l'hésitation un peu tâtonnante de leur première fois. Celui-ci était sauvage et désespéré. Butch s'abreuvait à la bouche de V, comme un noyé essayant désespérément de faire rentrer l'air dans ses poumons.

***

Butch mettait dans ce geste toute sa rage et toutes ses peurs. Il avait besoin de V, à en crever. Rien n'importait plus, qu'il soit un vampire immortel, qu'il soit un mâle, qu'il pèse sur lui comme un wagon de train, qu'une érection monstrueuse déforme son pantalon ouvert. Butch prendrait tout ce qui lui était nécessaire, chassant ses peurs de la nuit, annihilant l'angoisse de cette dernière semaine où il avait pensé perdre sa nouvelle vie, sa nouvelle famille.

Il attaquait sauvagement, sans finesse, des dents et de la langue, forçant V à lui répondre. Une digue sembla se rompre lorsque Butch enroula sa langue autour d'une canine saillante.

***

Lorsque Butch s'érafla sur les crocs de V, une goutte de sang perla, plus douce et parfumée que tout ce que le vampire avait connu. Il interrompit le baiser l'espace d'une seconde, à la recherche d'une grande goulée d'air. Butch protesta contre cet abandon qui ne dura guère.

V s'affaissa sur lui pour lui attraper le visage et l'incliner dans une posture idéale. Il reprit sa bouche, voracement, sans se soucier de voir ses canines l'égratigner. Le goût de Butch se mêla à celui de son sang, leurs sangs en fait, car le flic venait de lui mordre la lèvre inférieure.

V feula, un son bestial et profond auquel Butch répondit en grognant.

***

Perdu dans l'instant, Butch ne comprenait même plus ce qui l'avait poussé à s'enfuir la première fois que V l'avait embrassé. Coincé sous le corps imposant, il se sentait parfaitement en sécurité.

V ne me ferait jamais de mal, réalisa-t-il soudain.

Il avait la certitude que le vampire préférerait se couper en morceaux plutôt que de le forcer à faire quoi que ce soit contre son gré. Au contraire, le baiser exigeant de V dissipait ses angoisses nocturnes.

Butch s'agita, désireux d'assouvir cette urgence qui s'enflammait entre eux. De sa main libre, il agrippa les cheveux noirs pour approfondir son baiser et poussa sa langue tout au fond de la bouche brûlante. Et ça arriva soudain. Il la sentit, bien réelle, bien plus puissante que dans son rêve, cette odeur merveilleuse et incompréhensible. Elle l'entoura, comme un bain chaud et rassurant, se mêlant à l'arôme de V. Comme si elles ne faisaient qu'une : tabac turc, cuir et épices sombres.

***

V se figea d'un coup. Le sang rugissait à ses oreilles et son instinct lui hurlait de profiter de l'instant pour marquer Butch comme sien. Un besoin primitif, venu du plus profond des âges. Il était à deux doigts de se laisser emporter quand il la sentit craquer sous sa peau, se libérant sans qu'il puisse l'en empêcher. Sa fragrance de mâle dédié se déposa partout sur Butch, le revendiquant comme sien aux yeux de tous.

Bordel, comme s'il avait besoin de ça !

Mais le désespoir poignant du flic, ce besoin que Butch avait eu de lui, tout cela avait fait céder la digue de sa raison. Il restait néanmoins assez de jugeote à V pour comprendre qu'en dépit de ce baiser torride, Butch n'apprécierait que très moyennement de se voir retourner sans sommation pour être soumis à son plaisir. Aussi V le relâcha-t-il, s'écartant doucement, au prix d'un effort surhumain.

Quand il parvint à se redresser et à s'asseoir à côté, son torse se soulevait comme un soufflet de forge. Butch n'avait pas l'air moins secoué. Il avait le souffle court et les joues empourprées.

Sauf que V n'avait aucune idée de ce que serait sa réaction. Butch allait-il encore nier qu'ils s'étaient jetés l'un sur l'autre comme des affamés ? Il réussit néanmoins à surprendre V quand un petit sifflement admiratif jaillit de sa bouche rieuse. Ses yeux noisette pétillaient, même s'il était encore un peu sonné par l'intensité de ce baiser.

_La vache, tu embrasses toujours comme ça ?

V essaya de dissimuler sa gêne par une réponse lâchée d'un ton bourru.

_Faut croire, Cop. Enfin ce n'est pas comme si j'avais de quoi comparer...

S'il n'avait pas été aussi mal à l'aise, V aurait pu trouver comique la façon dont la mâchoire de Butch se décrocha. Le mec, les yeux écarquillés, mesurait parfaitement les implications de ce qu'il venait d'entendre. Toutes les émotions que suscitait cette confession se reflétèrent dans ses yeux : fierté, confiance, affection.

V se rendit alors compte qu'il avait redouté ce qu'il allait y trouver. Il s'agita au bord du lit, déstabilisé par l'intensité de ce regard et par la main que Butch posa sur la sienne, comme un remerciement silencieux.

V préféra changer de sujet...

_Et si tu me racontais ton rêve ?

Conscient du changement de sujet, Butch s'exécuta, bien qu'il fût peu désireux de se replonger dans ses angoisses. V l'écoutait attentivement, un pli soucieux lui barrant le front. Quand il fut question de cette odeur que Butch ne comprenait pas, mais qui l'avait guidé, V sursauta. Comment était-ce possible ? S'agissait-il de sa fragrance de mâle dédié ? Pourtant, elle ne s'était manifestée qu'après le rêve. Et même si c'était bien elle, quel sens donner à cette prémonition ?

Butch avait sa propre théorie.

_Tu sais, V, c'est juste un cauchemar. Après tout, ces histoires de vampires ont de quoi secouer n'importe quel bonhomme. Pas étonnant que je vois du sang partout après avoir passé la journée avec vos têtes de Dracula !

Il essayait visiblement de détendre l'atmosphère, mais ça ne fonctionna pas bien. V n'y crut pas une seule seconde. Il sentait que quelque chose d'autre se tramait, mais quoi ?

Le tourbillon des questions sans réponses s'emballa dans son esprit et il sentit sa vue se brouiller pour accéder à un niveau supérieur d'entendement. V se laissa aller à l'état caractéristique de la transe, prémisse obligatoire de ses visions. L'apparition fut brève, mais terriblement déstabilisante.

Il vit Butch, couvert de sang et pâle, si pâle, comme s'il agonisait. V se sentit frémir, mais le plus choquant arriva par la suite. Dans son rêve éveillé, il voyait également le flic pendu à son cou, à sa veine. V ressentit physiquement la perforation de crocs dans sa gorge.

La transe s'évanouit d'un coup, le laissant face à un Butch affolé qui l'avait attrapé par les épaules pour tenter de le faire revenir à lui.

_V, mon pote, putain, réponds-moi... Qu'est-ce que tu me fais là ?

V se frotta les paupières d'un revers de main, plus secoué qu'il ne voulait bien l'admettre. Puis il leva les yeux vers Butch, s'attendant presque à le voir lui sauter dessus, tous crocs sortis. Mais non, son flic avait l'air tout à fait normal. Tout à fait humain.

V le rassura d'un geste apaisant.

_Ce n'est rien, Cop. Ça m'arrive. Parfois... Tout va bien.

Butch n'eut pas l'air convaincu et il ne relâcha pas sa prise. Les yeux noisette étaient plein de questions. V savait bien que son instinct de limier ne se contenterait pas de demi-vérités.

_Mais qu'est-ce qui s'est passé, bordel ? Et n'essaye pas de te foutre de moi !

_C'était une vision, soupira V. Ça fait partie de moi. Je ne les contrôle pas.

Butch eut un hoquet de surprise.

_Des visions ? Tu veux dire genre Madame Soleil ?

V grimaça.

_Oui. Je peux voir l'avenir, dans une certaine mesure. Mais je ne le contrôle pas, je ne sais jamais quand ce que j'ai vu se produira, ni si ça se réalisera vraiment. Et je ne comprends pas toujours ce que je vois... La plupart de temps, ce sont des bribes, trop décousues pour en tirer quoi que ce soit.

_C'est ce qui vient de se passer ?

_Ouais, et pourtant je t'assure que je donnerais beaucoup pour connaître le sens de ce que je viens de voir. Tout ça me dépasse un peu... Je pense qu'il faut que je parle de ça et de tes rêves à Wrath...

Butch haussa un sourcil. Cela ressemblait si peu à V d'admettre son impuissance. Même si sur ce coup-là, il n'avait pas franchement le choix.

_Tu es sûr ? insista-t-il tout de même.

V hocha la tête et les deux hommes se fixèrent un moment sans rien dire, conscients que cette soirée avait, une fois de plus, bouleversé la donne.

Mais quelles seraient les nouvelles cartes ? se demanda Butch en regardant V se lever lourdement et quitter la pièce.

Une fois arrivé à la porte, il se tourna et lui jeta un long regard, parfaitement impénétrable, avant de refermer doucement derrière lui.

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