Un soir dans un lit (partie 1)
Chapitre 25 : Un soir dans un lit (partie 1)
Dans le silence le plus complet, les Frères amenèrent les corps sans connaissance des deux mâles jusqu'à l'Escalade. Le pire avait été évité de justesse, mais il leur fallait tout de même des soins. Hollywood contacta Wrath pour annoncer qu'ils avaient récupéré V, mais qu'il allait falloir préparer deux brancards. Il fut décidé que les jumeaux resteraient sur place pour faire le ménage, notamment s'occuper du cadavre de l'humain que Butch avait oublié dans un coin.
Z jeta un regard méprisant au corps sans vie qui gisait maintenant dans une mare de sang coagulé. Ses yeux grands ouverts reflétaient encore la terreur intense qui l'avait habité au moment de mourir tandis que sa gorge béante donnait un angle étrange à sa tête.
Phury, qui avait récupéré les portefeuilles des lessers, se rangea à côté de son frère et contempla le spectacle d'un œil détaché.
_Il ne l'a pas raté.
_Dommage qu'il n'ait pas pu prendre son temps, gronda Z, ses insondables yeux noirs toujours fixés sur le corps.
Phury ne répondit rien, conscient des souvenirs que revivait son jumeau. Ils finirent le travail en silence. Se débarrasser du corps, faire le ménage et aller récupérer les urnes des lessers avant que le soleil se lève.
Rhage, de son côté, s'était glissé au volant de l'Escalade et fonçait à toute allure au travers des rues désertes pour rejoindre le Manoir. Les étoiles brillaient toujours dans le ciel, un peu moins éclatantes à l'approche de l'aube. Il restait peu de temps. Hollywood appuya sur l'accélérateur et le moteur feula tandis que la voiture prenait de la vitesse.
À l'arrière, il entendait toujours respirer ses deux potes. Il jeta néanmoins un regard dans le rétroviseur pour s'assurer que ça n'allait pas trop mal. Ce qu'il vit lui arracha un sourire, presque malgré lui. Instinctivement, les deux mâles avaient roulé pour se blottir l'un contre l'autre, comme incapables de se tenir éloignés plus d'une minute. Enfin, ça avait toujours été comme ça si on y réfléchissait bien. Et ce depuis leur première rencontre. V n'avait jamais pu s'empêcher de hanter les pas de Butch, et Butch de chercher V du regard lorsqu'il ne le voyait plus. Ces deux-là étaient comme un foutu buisson de ronce, impossible à démêler.
Ça n'aurait même pas dû surprendre quiconque de découvrir qu'ils s'étaient dédiés l'un à l'autre.
Finalement, Rhage passa les grilles du manoir qui se refermèrent sur l'Escalade. Hollywood rangea la voiture au plus près des portes de la clinique. Là, les attendait Manello en tenue de bloc, blouse verte et gants stériles déjà en place. Son expression était sérieuse et concentrée, comme à chaque fois qu'il entrait dans son arène personnelle. C'était à son tour de se battre pour la Confrérie.
À côté de lui, épaulée par Wrath, Payne masquait mal l'angoisse qu'elle ressentait pour son jumeau. Le splendide visage de la guerrière était figé dans l'attente. Dès que Rhage eut rangé la voiture, elle se hâta d'ouvrir le haillon du 4x4. Manello rejoignit sa compagne pour jeter un premier coup d'œil à ses patients. Il tiqua en les voyant tous deux barbouillés de sang.
_Merde, il faut appeler une de vos Élues et vite...
Wrath perçut la confusion qui agitait Rhage en l'entendant se racler la gorge et se dandiner d'un pied sur l'autre.
_Heu Doc, je ne ferais pas ça si j'étais vous...
Manello le dévisagea sans une once de crainte, les yeux plissés. Quand il s'agissait de ses patients, le toubib aussi était un tueur. Il n'avait peur de rien et fonçait dans le tas. Rhage s'était déjà dit que, dans ces moments-là, il ressemblait foutrement à Butch. Pas étonnant qu'il soit le compagnon de Payne, tiens. Ah, la putain de réunion de famille que ça ferait !
_Je ne suis peut-être nouveau chez les dents longues, mais ces deux-là ont besoin de sang, lui répondit Manello d'un ton sans réplique.
Rhage se tortilla, ses yeux bleus voyageant du médecin à Wrath, puis de Wrath à Payne, cherchant un peu de soutien. Il se demandait bien comment il allait pouvoir expliquer tout ça.
_ Heu, ouais, mais il risque d'y avoir quelques petites complications...
Manello regardait désormais Rhage comme s'il avait complètement perdu l'esprit.
_Complications, mon cul ! dit-il en s'avançant d'un pas décidé vers ses patients.
La voix profonde de Wrath fit taire les deux hommes.
_Attendez...
Wrath était peut-être aveugle, mais il avait toujours pu se fier à son flair. Pourtant, à cet instant, il n'était pas bien sûr de recevoir cinq sur cinq le message que cherchait à lui faire passer son odorat surdéveloppé. Il fronça les sourcils derrière ses lunettes. Même à cette distance, il distinguait clairement une odeur d'épices sombres. Comme une fragrance de mâle dédié.
Il plissa le nez, incrédule, avant d'inspirer une nouvelle fois, plus profondément. Il sursauta. Non, ça n'était pas une fragrance en fait. C'en était deux.
_Quelqu'un aurait l'obligeance de m'expliquer ce bordel ? demanda-t-il d'une voix trop calme. Hollywood, il s'est passé quoi dans cet entrepôt ?
Rhage se dandina encore un peu plus. Si son roi le lui ordonnait, il n'avait pas d'autre choix que de se coller aux faire-part. En même temps, son tempérament puéril se réjouissait d'avance de la situation. Il se lança avec l'air d'un enfant pris en faute, mais tellement heureux de sa bêtise que le châtiment importait peu.
_Bon... Y avait cet humain qui avait enlevé V pour essayer de le faire parler et...
Manello, dépassé par cet échange, se préparait visiblement à intervenir. Il s'en secouait des histoires de la Confrérie et du pourquoi les deux vampires revenaient dans cet état. Pour le moment, tout ce qui importait, c'était de leur fournir les soins dont ils avaient besoin. Le plus rapidement possible.
Il ouvrit la bouche pour parler, mais sa shellane l'interrompit avant qu'il n'articule un son en lui attrapant le bras. Elle posa un de ses longs doigts fins sur sa bouche, lui demandant de garder le silence et de continuer à écouter. L'inquiétude dans son regard s'était presque évaporée. Manello en fut soulagé tant il avait été bouleversé de la voir se ronger les sangs pour Vishous, alors il fit ce qu'elle lui demandait et garda le silence.
Il vit Wrath se pincer l'arête du nez en secouant la tête tandis qu'Hollywood achevait son petit compte-rendu.
_... Et le Cop a un peu pété les plombs quand on a trouvé V, concluait-il.
_Je sens ça d'ici...
_En fait, on n'en sait pas beaucoup plus, ajouta Rhage d'un air déçu. Mais je ne pense pas que ce soit une super idée d'intégrer une Élue dans l'équation, ta Majesté. Ils sont déjà assez à cran au naturel.
_Douce Vierge, mais qui m'a collé une bande d'écolières pareille ?
Hollywood haussa les épaules sans répondre. C'était assez étonnant de voir leur monarque assez déstabilisé pour s'arrêter d'aboyer un instant. Pour un peu Rhage aurait trouvé ça amusant.
Payne l'interpella alors, le coupant dans ses pensées.
_Rhage, est-ce que Butch a donné sa veine à Vishous là-bas ?
Il hocha la tête pour confirmer, toujours un peu mal à l'aise devant la fille de la Vierge Scribe.
_Alors ça devrait aller de ce côté-là. Il faut surtout s'occuper de ses blessures. Ça lui prendrait trop de temps pour se régénérer. Butch a perdu pas mal de sang aussi, mais pas assez pour le mettre en danger. Je pense qu'on peut se passer d'une Élue pour éviter tout drame. Allons, il faut les rentrer pour les soigner.
Les trois hommes se laissèrent porter pas l'autorité naturelle qui résonnait dans ces paroles. Manello sourit de fierté en voyant sa compagne prendre les choses en main. Bien plus que la beauté divine de la femelle, c'était cette force tranquille qui l'habitait qui n'avait cessé de le charmer depuis le premier jour. Elle lui adressa en retour un clin d'œil complice.
Avec l'aide de Thor arrivé en renfort entre-temps, les deux blessés furent déplacés sur des civières pour être emmenés à l'intérieur.
***
V se réveilla en sursaut et, d'un bond, fut prêt à passer à l'attaque. Son poing chercha instinctivement la dague qui aurait dû se trouver accrochée à son harnais, mais sa main ne rencontra que sa peau nue. Désorienté, il se prépara malgré tout au combat.
Il pivota sur lui-même lorsque des doigts frais se posèrent sur son avant-bras, mais son adversaire dévia son coup d'une habile parade. V s'apprêtait à frapper de nouveau lorsque ses pupilles parvinrent enfin à faire le point. En face de lui, des yeux de diamant rigoureusement identiques aux siens l'observaient avec une pointe d'amusement. Il reconnut enfin sa sœur et se laissa retomber sur le lit où il reposait. Si Payne était à ses côtés, c'est qu'il était enfin sorti de cet étrange cauchemar.
Il fit le tour de la pièce du regard : revenu au manoir, il était couché à l'infirmerie où on lui avait soigné un nombre assez conséquent de blessures s'il en croyait son corps perclus de douleurs. Avant que la panique ne le saisisse, il vit que Butch dormait à poings fermés dans le lit voisin du sien, son visage serein tourné vers lui.
Rassuré, V se redressa un peu sous les couvertures et se tourna vers sa jumelle qui s'était rassise à son chevet et l'observait, soulagée de le voir revenir à lui.
_Tu es réveillé. C'est bien..., dit-elle avant de marquer une petite pause pour lui sourire. Tu as eu de la chance, les garçons t'ont trouvé juste à temps.
V grogna. Il n'avait aucune envie de repenser à tout ça.
Sa tête lui faisait un mal de chien et il savait que ce qu'il risquait de trouver en fouillant sa mémoire n'allait pas lui plaire, mais alors pas du tout... Il ne revoyait rien de précis, mais le spectre de ce qu'il avait ressenti, ficelé à ce tapis roulant, s'accrochait encore à sa peau. L'humiliation. La colère.
L'angoisse aussi. Pas pour lui-même cependant. Il n'avait pas peur de mourir. Seulement, il avait toujours pensé qu'il n'aurait pas de regrets une fois que son heure aurait sonné. Et en fait, il n'avait que ça. Alors il avait refusé de crever là-bas. Merde, il lui restait tant de choses à faire, tant de choses à dire.
Il chassa ces pensées, peu désireux de s'y attarder.
_J'ai la tête comme une pastèque, c'est plutôt flou...
_Les lessers ont tenté de t'interroger, expliqua Payne. Mais notre quatuor de choc les a mis définitivement HS. Apparemment, c'était un sacré combat. Pour finir, comme tu avais perdu beaucoup de sang, Butch t'a donné sa veine pour te sauver...
V sursauta en posant les yeux sur son flic. Il ne se souvenait pas de cet épisode-là. Tout ce dont il se rappelait, c'était des ombres qui s'étaient approchées de lui pour l'emporter. Il avait cherché quelque chose auquel se raccrocher. Alors il avait pensé à Butch, à son sale caractère, à ses yeux rieurs, à tous ces moments passés ensemble. Il avait même cru l'entendre arriver, parce que soudain il s'était senti enveloppé par cette chaleur torride si caractéristique de son compagnon. C'était comme si Butch s'était glissé sous sa peau, dans ses veines, ne faisant plus qu'un avec lui, l'autre moitié de lui-même venue le compléter.
Mais c'était impossible, n'est-ce pas ? Les mâles buvaient sur les femelles, les femelles sur les mâles. C'était comme ça. Depuis toujours. Butch n'aurait eu aucune chance de le sauver, à moins de faire venir une Élue. Et pourtant...
Le teint pâle du flic en disait assez long sur le sacrifice consenti.
_Mais... Comment ? bredouilla V en se tournant vers sa sœur. C'est impossible...
Payne haussa les épaules avec un doux sourire, un rien mystérieux.
_Il faut croire que notre chère mahman ne suit pas toujours ses propres règles...
_Tu sais quelque chose que j'ignore ? lui demanda V, méfiant.
_Non. Je me pose autant de questions que toi. Mais c'est elle qui fait les règles, non ? Elle a bien guidé Butch jusqu'à toi pour que tu le transformes...
_C'est complètement dingue, souffla V en secouant la tête. De toute façon, même si on lui demandait, je doute qu'elle accepte de nous donner des explications.
_Tu peux essayer, répondit Payne, une pointe d'ironie à peine perceptible dans la voix.
V grogna avant de couler un nouveau regard inquiet à son flic.
_Et Butch, comment il va ?
_Bien. Il se repose. Il n'était pas blessé, mais tu as eu besoin de beaucoup de sang pour te régénérer. Il récupère lentement, mais avec un peu de temps, ça ira.
_Ça ira ? Tu as vu sa tête ? Je l'ai à moitié vidé de son sang ! Fais venir une Élue tout de suite, il faut qu'il boive !
Vishous fut interrompu dans sa tirade pas le grincement d'une porte. La tête brune de Manello apparut furtivement sur le seuil salle de soin pour s'adresser à sa shellane.
_Ah, tu vois, même Bouc-du-diable le dit !
Il s'éclipsa rapidement sous le regard glacial de V. Ce dernier n'était pas un marrant, mais encore moins que d'habitude lorsqu'il s'agissait de Butch.
Pour lui donner raison, V réclama de nouveau que l'on fasse venir l'une des protégées de la Vierge Scribe, et ce même s'il se faire violence pour prononcer ces mots. Il se souvenait parfaitement de l'agonie ressentie la dernière fois que Butch avait dû prendre une autre veine que la sienne. Sauf que ça serait encore pire cette fois-ci. Parce que V s'était dédié et qu'il en crevait d'avance de voir quelqu'un d'autre s'approcher de son compagnon.
Payne contemplait son frère comme si elle savait.
Bien sûr qu'elle savait, pensa V en plongeant dans ces yeux si semblables aux siens.
Mais la santé de Butch passait avant tout. V éventrerait le nombre de sacs de sable qu'il faudrait pour se contenir. Il pourrait même aller découper un ou deux lessers en guise de revanche. Oui, il ferait tout ce qu'il faudrait pour se contrôler le temps que Butch se remette.
_V, commença doucement Payne, la voix liquide de douleur, tu vas...
_Ne t'occupe donc pas de moi... Il doit prendre une veine, point final !
***
Butch grogna. Des éclats de voix l'avaient tiré de l'état semi-léthargique dans lequel il végétait depuis un bon moment.
Si V aboyait des ordres, c'est que cet enfoiré allait bien. Il avait manqué d'y rester la veille et ça ne l'empêchait pas de brailler comme si le monde lui appartenait. Cela rassura Butch jusqu'à ce qu'il saississe l'objet de la dispute.
La veine d'une Élue ? Pour lui ?
Pourquoi pas une poche de O négatif surgelé tant qu'on y était.
Sa bouche était terriblement pâteuse, mais il articula le plus distinctement possible son refus, d'une voix plus rocailleuse que jamais.
_Non pas d'Élue, je veux pas...
Il ressentit une pointe de culpabilité quand V se dressa d'un bond dans son lit.
Rejetant les draps, celui-ci se mit debout sans se soucier de ses blessures. Au début, il tituba un peu, juste le temps de reprendre son équilibre. Puis il rejoignit Butch d'un pas décidé. Bien que couvert de petites cicatrices encore rouges, V semblait avoir repris du poil de la bête. En tout cas, il avait l'air aussi mal embouché qu'à son habitude.
La joie de voir que son mec allait bien étouffa les scrupules de Butch et il le laissa venir à lui sans rien dire. Il inspira profondément l'odeur de V lorsque ce dernier se pencha sur lui pour le sermonner, le regard dur et la bouche pincée.
Aucun des deux hommes ne comptait lâcher l'affaire.
_Cop, la ferme, attaqua V. Il faut te nourrir.
_Non, répondit fermement Butch, visiblement plus intéressé par la main de V qu'il avait saisi dans la sienne que par sa santé.
V se tourna vers sa jumelle restée un peu à l'écart.
_Payne, fais venir cette putain d'Élue. Maintenant !
Butch rassembla une bonne partie de ses forces pour s'asseoir. Il avait remonté sa main le long de celle de V et tira d'un coup sec sur son poignet pour que leurs visages soient au même niveau
_Putain, j'ai dit non !
V se pencha un peu plus près, comme on s'approche d'un enfant capricieux qui commence à franchement vous courir sur le haricot. Il planta ses yeux de diamant dans le regard buté de son flic.
De gré ou de force, cet emmerdeur allait céder.
_Tu as besoin de sang, sombre abruti. Et même si je dois t'attacher au plumard et te le fourrer au fond de la gorge avec une louche, tu l'auras !
Tout à leur échange musclé, ils ne virent pas Payne se retirer.
Elle s'éclipsa discrètement, les laissant à leurs chaleureuses retrouvailles, un sourire amusé retroussant le coin de ses lèvres. Elle savait déjà comment tout cela allait se terminer.
Le chuintement d'une porte que l'on referme leur fit tourner la tête. Butch se détendit légèrement pendant que V jurait après sa sœur.
Celui-ci ayant tourné la tête, Butch ne voyait plus que le cou puissant, ourlé de veines saillantes. La soif monta en lui, inextinguible, sauf qu'il n'accepterait jamais de se nourrir sur cette foutue Élue. Ce qu'il lui fallait, c'était son mâle. Tout de suite.
De gré ou de force, cet emmerdeur allait céder.
_Pas le sang de l'Élue, articula-t-il péniblement. J'en veux pas de celui-là.
V lui jeta un regard douloureux.
À cet instant, seul comptait de soigner son compagnon. Peu importait le moyen ou la veine qu'il prendrait. V écumerait la Terre entière pour lui ramener cette personne, même s'il devait ensuite démolir tout le manoir pierre par pierre pour se calmer.
_Celui que tu voudras, Cop, souffla-t-il. Dis-moi juste qui on doit appeler. Même Marissa, si tu veux...
La simple mention de la jolie blonde faillit le plier en deux de douleur et de jalousie. Mais c'était pour Butch. Il devait le faire pour son flic. Ce même flic qui n'avait pas du tout l'air enthousiasmé par la proposition.
Le regard noisette flambait à présent, comme si Butch se retenait de lui coller un pain.
_Sois pas con, V ! J'en ai rien à foutre de Marissa et tu le sais !
_Qui alors ? tonna V au bord de la rupture.
_TOI, pauvre tache ! TON sang... le TIEN... à TOI...
Butch marqua une pause devant le regard perdu de V, assommé par son éclat.
_Ça va, t'es content maintenant, abruti ?
V était en train de se dire que, finalement, il était peut-être mort la vieille, ou ne s'en était pas sorti aussi indemne qu'il l'avait pensé. Son cerveau lui jouait sans doute des tours, car il venait d'entendre Butch exploser en réclamant sa veine. Était-ce là une blague cruelle ?
Non. Butch avait l'air mortellement sérieux, les bras croisés sur la poitrine, attendant une réponse. Comme si V pouvait lui refuser quoi que ce soit... Sauf que ce n'était pas de son sang dont Butch avait besoin à l'heure actuelle, quoi qu'il puisse en penser, et cette idée allait le foutre en l'air.
V eut envie de hurler parce qu'il allait devoir céder cette place que Butch lui réclamait à une autre. Même si aucun des deux ne le désirait.
_Cop, ce n'est pas que je ne veux pas. Mais tu sais que ça ne marche pas comme ça, ajouta-t-il d'une voix infiniment triste.
Butch adopta son expression la plus entêtée. Il ne comptait pas lâcher le morceau aussi facilement. Merde, qu'est-ce que V pouvait aimer cet air buté !
_Ça a marché pour ma transition, ça a marché hier, alors je vois pas où est le souci, maugréa Butch.
_Je ne sais pas ce qui s'est passé hier, Cop. Sans doute que j'avais perdu trop de sang. Mon corps a réussi à s'adapter pour survivre ou je ne sais quoi...
_V, arrête de te foutre de ma gueule ! Mon sang t'a sauvé la vie hier et le tien a réussi à me transformer. Rien de tout ça ne devrait être possible, tu l'as dit toi-même, et pourtant c'est le cas. Alors à moins qu'avoir un pied dans la tombe soit un prérequis, je vois pas ce qui nous empêche au moins d'essayer. S'il te plaît, renchérit Butch d'une voix plus calme après un moment de silence, donne-nous une chance. Une seule, supplia-t-il. Si ça ne marche pas, je te jure que je laisserai Wrath appeler une Élue.
Ce qui m'en empêche, pensa V, c'est que ce putain d'espoir risque d'avoir ma peau s'il est déçu.
Sauf que ça n'était pas n'importe qui en face de lui, c'était son mâle, celui qu'il avait choisi. Et Butch méritait amplement qu'il botte le cul à ses doutes pour lui.
_OK, OK, Cop... J'ai compris, tu n'en démordras pas.
Du plat de la main, V força Butch à se caler plus confortablement contre la tête de lit et s'assit près de lui. Son odeur camphrée lui monta aussitôt aux narines. Il la respira avec délectation en présentant son poignet à Butch.
Celui-ci laissa son regard descendre sur le bras parcouru de veines saillantes avant de remonter jusqu'aux yeux de diamant, puis il secoua la tête. Interloqué, V le regarda sans comprendre. Qu'est-ce que Butch allait encore inventer ?
Le flic rougit violemment sans rien ajouter quand ses yeux affamés se posèrent sur la gorge de V.
V qui déglutit bruyamment en comprenant de quoi il était question.
Mis à part le soir de sa transition, Butch n'avait plus bu directement à son cou. Il leur était arrivé de se mordre lors de leurs étreintes, mais toujours au poignet. C'était donc un geste terriblement intime que suggérait Butch.
V réalisa que son compagnon lui demandait de s'offrir de sang-froid, en totale connaissance de cause. Il plongea alors dans le regard noisette et il sut qu'il allait le faire. Pour Butch. Butch qui avait besoin de son sang pour se régénérer à son tour.
V s'allongea à ses côtés malgré la sourde panique qui commençait à l'habiter. Quand Butch se pencha, il se prépara à la morsure... qui ne vint pas. À la place, le flic l'embrassa doucement, la main posée sur la nuque de V. Il ne chercha pas à envahir sa bouche et se contenta d'effleurer doucement ses lèvres tièdes.
V avait l'impression de partager son premier baiser avec Butch, et sans risquer d'écoper d'un coup cette fois. Il se laissa aller sans plus se poser de questions, savourant le poids de l'autre homme sur son corps. Ils s'embrassèrent un long moment, heureux de se savoir en sécurité, l'un auprès de l'autre.
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