Chapitre 48



  - Non allons nous faire tuer ! S'écria Mary complètement affolée.

- Vous croyez ? Répondit distraitement Luna qui avait mis sans dessus dessous le bureau de Roderik.

Voilà plusieurs heures qu'elles s'affairaient à fouiller les moindres recoins de son bureau sans succès.

- Dire qu'hier encore il me remerciait d'être à son service ! S'exclama Mary en passant derrière elle pour ramasser les dégâts qu'elle avait causé.

Luna s'en fichait éperdument, tout ce qu'elle voulait c'est trouvé un indice qui pourrait la mener à la vérité.

- Mary pour l'amour du ciel calmez-vous, la supplia-t-elle en posant sa main sur son front brûlant.

Celle-ci la considéra avec le même regard affolé que quand elle lui avait annoncé sa grossesse.

- Vous devriez lui dire Luna, lui conseilla-t-elle d'une voix mal assurée.

- Vous en êtes sûre Mary ? S'enquit-elle les lèvres tremblantes ; Vous connaissez Roderik mieux que quiconque, vous savez comme il pourrait réagir...vous le savez au fond de vous.

Luna marqua une pause pour déglutir.

- Peu de temps après notre retour du cottage Roderik s'est absenté deux jours pour s'envoler en Australie, vous comprenez Mary ?

Mary ne chercha pas à lui cacher son air désespéré... sans essayer de la détromper.

- Il y a forcément des papiers qu'il aurait pu garder concernant ses examens, reprit-elle en refermant un énième dossier.

- Je vous crois vous savez ? Je sais que vous êtes enceinte de lui et non d'un autre.

Émue par son soutien inespéré, Luna ne put retenir un sanglot.

- Merci Mary...

Munie d'un regard rassurant, Mary se mit à inspirer profondément pour qu'elle en fasse autant.

- Réfléchissons, déclara-t-elle d'une voix ferme ; Laissez-moi réfléchir une petite minutes mon enfant.

Luna garda le silence, cherchant en vain un indice, n'importe quoi qui pourrait l'aider dans ses recherches.

- Son divorce, le dossier qui contient les papiers de son divorce, l'avez-vous trouvé ? Demanda Mary en passant derrière elle pour se saisir du carton abandonné.

- C'est juste là, celui-ci, répondit-elle en pointant un second carton.

Elle se releva pour s'approcher du bureau.

- C'est à cette période, juste avant de demander le divorce qu'il a appris cette terrible nouvelle, lui expliqua-t-elle en fouillant à l'intérieur ; Ils étaient partis voir une sorte de médecin qui s'occupe de couples qui ont des problèmes de fertilité.

Luna ramena ses mains sur sa poitrine comme une prière silencieuse.

- Si j'étais Roderik Willar et si je voulais enterrer mon passé, quoi de mieux que ce carton, rajouta-t-elle en fouillant dans les dossiers.

- C'est vrai, vous avez peut-être raison, murmura-t-elle en jetant un coup d'œil par la fenêtre afin de vérifier s'il était là.

- Regardez mon enfant, s'exclama Mary en lui tendant une feuille ; Le docteur Robbins, je me rappelle de cette date comme si c'était hier, il est rentré au manoir si fermé ce jour-là.

Luna consulat la feuille avec minutie.

- Il n'y a rien de marqué qui puisse réellement m'aider, seulement le nom et cette adresse...

Immédiatement, Luna la plia en quatre pour fourrer le papier dans sa poche de jean.

- Peut-être que si j'y vais elle m'apportera des réponses.

Mary n'eut pas le temps d'ébaucher une grimace, le moteur rugissant de Roderik se fit entendre dans ce silence absolu.

Très vite Mary se hâta pour ranger les cartons avec son aide.

- Allez l'accueillir ! Ordonna Mary d'un chuchotement ; Je me charge du reste.

Luna se précipita hors du bureau et descendit l'immense escalier en bois, la gorge serrée. Une partie d'elle voulait lui dire la vérité, l'autre en revanche craignait les conséquences. Quand la porte s'ouvrit et qu'elle le vit, Luna retint difficilement ses larmes puis posa instinctivement une main sur son ventre. Elle n'était pas réellement douée pour cacher ses sentiments encore moins ses émotions. De ce fait, Roderik pénétra dans le manoir les sourcils froncés comme s'il avait pu lire en elle à la seconde où leurs regards s'étaient croisés.

Il fallait très vite qu'elle reprenne la situation en main, songea-t-elle en lui souriant.

- Tout va bien ? Tu es toute pâle, nota-t-il en fermant la porte.

Luna s'entoura de ses bras et descendit les dernières marches de l'escalier pour le rejoindre.

- Je suis un peu fatiguée, je ne suis pas parvenue à dormir.

Il couvrit son front d'un tendre baiser.

- Ton rendez-vous à l'hôpital ?

- Bien ! S'exclama Luna un peu trop vite ; Je n'ai rien de cassé, les radios étaient parfaites, je vais bien.

Il la toisa avec inquiétude.

Grâce au ciel Mary descendit à son tour, le souffle court.

- Pour l'amour du ciel Mary que vous arrive-t-il ? S'enquit-il en la voyant reprendre peu à peu son souffle.

- Je suis affreusement en retard ! J'ai flâné comme une idiote, bouquin à la main et je n'ai pas vu l'heure.

Cette explication tenait la route, du moins elle l'espérait.

- Inutile de courir, dit-il en lui prenant la main ; Vous avez le droit de vous détendre Mary, d'ailleurs vous êtes libre ce soir.

Luna sentit son cœur s'affoler et jeta un regard alarmé en direction de Mary.

- En êtes-vous certain monsieur le Duc ?

- Évidemment puisque je vous le dis, affirma-t-il en inclina sa tête ; Prenez votre soirée Mary, nous allons pouvoir nous débrouiller.

Luna se pinça les lèvres, cherchant vainement à fuir le regard inquiété de Mary. Elle connaissait la vérité et risquait beaucoup à la suivre dans ce mensonge.

Celle-ci quitta le manoir en lui décochant un regard doux et rassurant.

Une fois la porte refermée, Roderik se tourna vers elle, le regard ancré dans le sien.

- Pourquoi Mary semblait différente ?

Luna haussa des épaules en faisant mine de ne pas comprendre.

- Je suppose qu'elle s'inquiète, elle est si bienveillante avec moi, répondit-elle en passant devant lui pour s'enfuir dans le salon privé.

- Est-ce que tu me caches quelque chose Luna ? S'enquit-il d'une voix grave.

Figée, elle se laissa tomber néanmoins sur le canapé, les mains moites, le regard ancré dans le sien.

- Non. Pourquoi ?

Il ôta sa veste pour la lancer sur le fauteuil.

Il était définitivement perplexe quant aux réponses qu'elle lui donnait. Ce constat lui confirma ses doutes à lui dire. Car en dépit de tout sentiment, Roderik demeurait toujours le même homme impassible capable du pire comme du meilleur.

Elle inspira imperceptiblement, les épaules bien redressés.

- Je vais bien Roderik, je suis juste un peu fatiguée.

- Je te crois, du moins j'essaye, je déteste que l'on me mente.

Elle frémit dangereusement, au risque de se faire démasquer. Ses tempes devenaient douloureuses à mesure qu'il avançait vers elle, le regard très dur.

Pourtant, il se pencha pour l'embrasser avec une douceur indescriptible.

- Je vais refaire tes pansements, décréta-t-il en déposant un baiser sur la commissure de ses lèvres.

- C'est une excellente idée.

Loin de s'attendre à le convaincre aussi aisément, Luna lui sourit sans jamais laisser une émotion transparaître. Pourtant elle en était remplie...de multiples émotions se succédaient en elle sans qu'elle puisse y échapper. La soirée s'achève dans une ambiance d'une douceur absolue et si Luna était parvenue à dissimuler ses émotions, lorsqu'elle fut allongée dans ses bras, une main sur son ventre légèrement formé, elle n'eut s'empêcher de lui poser une question qui la terrifiait avant même de la poser.

- Est-ce que tu te souviens de ton voyage en Australie ?

- Oui, c'était peu après notre retour du cottage pourquoi cette question ?

Luna exhala un soupir tremblant, saisissant l'opportunité de poursuivre puisqu'il semblait ouvert à toutes questions.

- Loin de moi, à quoi tu pensais ? Est-ce que tu avais confiance en moi Roderik ?

Il la fit rouler sur le dos, pour se pencher au-dessus d'elle, le visage gravé d'incrédulité.

- Bien évidement que j'avais confiance en toi, répondit-il en glissant son pouce sur ses lèvres ; Je voulais rentrer au plus vite pour te retrouver, c'est d'ailleurs à ce moment précis que j'ai compris que je ne supportais plus la solitude.

Soulagée, Luna lui sortît, posant sa paume de main sur sa joue.

- Luna, que ce passe-t-il ? Pourquoi me poses-tu ce genre de questions.

Craignant les foudres de son amant, Luna l'embrassa puis reposa sa tête sur l'oreiller.

- Je voulais savoir ce que tu avais ressenti loin de moi...

Il serra ses mâchoires, l'obligeant à s'allonger sur son torse.

- Dors, à présent, chuchota Roderik en la serrant contre lui.

Luna ferma les yeux, impatiente d'être à demain.

Pour enfin découvrir la vérité.

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