Chapitre 3
En temps normal, après avoir abattu une cible, l'agent devait vérifier que celle-ci avait bien été éliminée. Il devait par la suite s'assurer qu'il n'y avait eu aucun témoin gênant qui pourrait compromettre la mission. Par la suite, il ne lui restait qu'à quitter les lieux, l'équipe de nettoyage s'occupant du reste. Je ne pus cependant réaliser ces étapes cruciales, de grands yeux noisette me fixant, m'hypnotisant. Ce n'était pas tant leur couleur qui m'empêchait de détourner les yeux, mais plutôt ce que je devinais à l'intérieur. Ils étaient remplis d'incompréhension, de sommeil et d'innocence. Je n'avais jamais expérimenté ce dernier état, mais ce fut pourtant une des raisons qui m'empêcha d'abattre immédiatement l'être en face de moi.
Je commis alors ma plus grande erreur. Dépassant l'individu devant moi, je dévalai l'escalier et me dirigeai vers la cuisine. Examinant les tiroirs, j'en extirpai quatre bougies. Allumant les deux premières, je les plaçai sur le rebord de la fenêtre surplombant la cuisinière. Je m'assurai que les courts rideaux ornant celle-ci frôlent les flammes, puis empruntai l'escalier à nouveau. Ayant emportée avec moi les deux autre bougies, je me dirigeai vers la chambre principale, chacun de mes mouvements suivis par les yeux ambré. Deux tables de chevets paraient le lit où était étendues mes victimes. L'une d'elles était surmontée d'une fenêtre dont les rideaux volaient imperceptiblement au ras du sol. Je déposai une bougie sur cette dernière, l'allumai et la rapprochai du léger tissus. Je fis par la suite immédiatement le tour du lit afin d'atteindre l'autre meuble de nuit. Allumant la bougie, je la plaçai sur le côté, sa flamme frôlant les draps du lit. Ceci fait, je fis volte-face et traversai la légère fumée qui emplissait déjà les lieux. Mes yeux rencontrèrent le regard sombre de l'être placé dans l'entrebâillement de la porte. Liquide-le. Tu sais que c'est la chose à faire. Je ne pus pourtant pas me résoudre à commettre un tel acte. Alors entourée par la brume grise de la pièce qui s'enflammait, je pris la main du petit garçon et je sortis de ces ruines en devenir.
*****
Ma main emprisonnant celle du jeune être, je fixais mon oeuvre du regard. Le crépitement des flammes et la chaleur du brasier étaient perceptibles depuis le trottoir en face de la demeure. Je tentais désespéramment de retarder le moment qui allait sceller la décision que j'avais prise. Il ne fallait cependant pas se leurrer: les dés avaient été lancés à l'instant même où j'avais choisi d'épargner ce garçon. Je ne pouvais pas me l'expliquer. J'avais déjà eu la tâche auparavant d'éliminer des familles, incluant des enfants. Cependant, il y avait quelque chose de différent chez lui. C'était cliché à dire, mais c'était le cas et peu importe ce que c'était, ça lui avait sauvé la vie. Sortant enfin de mes pensées, je serrai la main du jeune enfant. Baissant les yeux, je captai son regard.
- Comment tu t'appelles?
- Aiden.
Sa voix fluette et endormie me donna un coup au cœur. Le regret et la tristesse m'envahirent et je détournai les yeux. Je ne voulais pas qu'il remarque l'expression teintant mon visage. C'est avec peine que j'empêchai mon esprit de divaguer et me reconcentrai sur la tâche à venir.
- Je m'appelle Tyra, dis-je d'une voix douce. Durant les prochains jours, on va devoir rester ensemble, d'accord?
Levant ses grands yeux vers moi, il me fit un petit sourire et acquiesça.
- Où est Papa et Maman?
Son ton innocent faillit me mettre à genoux.
- Ils...
Je me raclai la gorge. Ressaisis-toi Tyra. Tu es plus forte que ça. Tu as combattu à toi toute seule des gens armées jusqu'aux dents. Reprends-toi.
- Ils sont partis pour un moment, donc je vais devoir m'occuper de toi.
Tirant gentiment sa main, je commençais à avancer.
- Tu as quel âge?
- Quatre ans, dit-il en levant ses petits doigts vers moi.
Il aurait eu cet âge aussi... Secouant la tête, je pris le jeune enfant dans mes bras, le soulevai et accélérai le pas. Usuellement, une voiture de l'Agence venait me chercher à quelques rues de l'emplacement de ma mission et me ramenait chez moi. Il était cependant impossible de l'attendre dans cette situation.
L'air frais de cette nuit printanière glissant sur mon visage à chacun de mes pas, je me dirigeai rapidement vers la station de métro des avenues Eastchester et Dyre. C'était le moyen le plus rapide et discret de me rendre chez moi. Les taxis étaient à prohiber, car facilement retraçables et les autobus étaient trop lents, surtout à une heure aussi tardive. Lorsque je fus à une rue de la station, je déposai Aiden au sol. Avant de partir, j'avais pris la peine de remplir un sac à dos d'items appartenant au garçon tels que des vêtements, des articles de toilettes et son doudou, une peluche usée représentant un lion. Libérant mes épaules des sangles du sac bleu nuit, j'en sortis un kangourou bleu et aidai l'enfant à l'enfiler.
- Avec ça, tu auras bien chaud. Et ne retire pas le capuchon s'il te plait, dis-je en le plaçant méticuleusement sur son crâne.
Il hocha la tête. Je lui avais donné cette directive afin qu'il soit plus difficile de nous repérer sur les caméras de surveillance. Ce fut aussi pour cette raison que je libérai mes cheveux de l'élastique les maintenant dans une queue de cheval. Cela me permit de quelque peu dissimuler mon visage, même si ma chevelure rousse était aisément reconnaissable et tranchait grandement sur mes vêtements noir d'encre. Nous reprîmes donc notre chemin et finîmes par pénétrer dans le souterrain. Un tourniquet et des escaliers plus tard, nous patientions devant la rame de métro. Je me perdis rapidement dans mes pensées. Je ne pouvais me persuader que j'avais commis un tel acte. En voulant sauver la vie de cet enfant, ou, plutôt, en ne voulant pas être responsable de sa mort, je l'avais condamné. Je nous avais condamnés.
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Bonjour! Oui, je sais, ça fait une éternité. J'ai eu quelques inconvénients et j'ai été occupé donc cette histoire est passer au dernier plan. Cependant, je vais m'y remettre maintenant. Je vais essayer de publier un chapitre par semaine ou aux deux semaines, dépendamment de l'université. A+ 😊😊😊
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