Chapitre 6-4 : Fuite dans la forêt

Chapitre dédicacé à ValentineP1

C'est grâce à nos discussions que j'ai eu l'idée du pouvoir de Galilée.

Attention  ! Ce chapitre comporte une scène violente !

Galilée s'est rendu compte que Domitien et Newton ont été appelés en renfort, afin de les capturer, Chloé et elle. 

Alors qu'elle court pour échapper aux Hommes-Caméléons, elle fait une chute grave qui l'empêche de repartir. Au bout du rouleau, elle décide de se sacrifier à son tour pour permettre à sa petite sœur de s'échapper.

Galilée

Un bruit dans mon dos me fait dresser l'oreille. Des pas furtifs sur des brindilles...

Je me retourne à la hâte, mais ce n'est que la gosse que je vois remonter la pente plus vite qu'un sniper ne recharge son arme.

Comment trouver assez de forces pour la rejoindre avant qu'elle ne se fasse capturer ? Je prends un air méchant et gonfle mes muscles, façon Hulk.

Sauf qu'à côté de David Banner, mes généticiens ne valent pas tripette. À peine me suis-je relevée que je retombe sous mon propre poids.

Foutues.

On est foutues !

— Tu vas nous faire tuer ! m'énervé-je. Personne t'a jamais appris à obéir ?

Faisant comme si elle n'avait rien entendu, la petite bourrique pile juste à l'endroit où les broussailles sont si denses qu'elles forment une barrière quasi infranchissable. À ma grande surprise, je la vois lever bien haut ses deux mains serrées l'un contre l'autre.

Mais ce n'est qu'en apercevant les éclairs qui crépitent au bout de ses doigts que je comprends : la fripouille cherche à mettre le feu à la forêt pour m'éviter de me sacrifier.

J'ouvre la bouche pour lui crier que la végétation est trop mouillée, que jamais elle ne s'enflammera, mais il est déjà trop tard.

Un mini-soleil zèbre le ciel, tournoyant sur lui-même, puis explose en milliers de braises qui retombent sur le maquis.

Une deuxième boule de feu grimpe à l'assaut des frondaisons, suivie de bien d'autres encore, tel un feu d'artifice fatigué et monochrome.

L'air se ride comme la chaleur émanant du bitume en été et les fourrés se mettent à grésiller. Une fumée noire, épaisse et âcre ondule au vent, puis file vers la forêt.

Une fumée fantasmagorique.

Satisfaite de son œuvre, Chloé redescend vers moi, une Chloé toute grise, comme masquée par une brume de mauvais augure.

— Bravo ! dis-je. Tu les as coincés. Mais maintenant, faut que tu te magnes ! Sinon, ils vont t'attraper pour t'emmener à l'hôpital où de méchants docteurs te feront plein de piqûres...

Je pensais l'effrayer mais j'avais oublié que cette tête de mule était faite du même roc que le Voyageur. Elle se contente de me jeter un œil assassin avant de me poser sa main sur le front.

Ma peau se met à picoter si fort que j'ai l'impression d'avoir reçu une décharge électrique.

De la magie.

De la magie qui cherche à pénétrer en moi.

Me sentant prise au piège, je me raidis pour contrer la douleur qui, je le sais, est sur le point de m'embraser. Mais c'est une voix synthétique, trop métallique, qui résonne dans ma tête. Comme si Optimus Prime s'était penché sur moi pour chuchoter au creux de mon oreille.

Détends-toi-Tu-ne-risques-rien-jeune-fille-Détends-toi...

Éprouvant soudain une étrange forme de paix, je m'abandonne à la douce chaleur qui émane de mon front.

Une vague de lumière me parcourt tout entière, jusqu'à mon genou blessé et ma cheville foulée.

Une profonde léthargie m'envahit, mes craintes s'envolent, mes souffrances disparaissent.

Je lâche prise.

Je m'envole et je flotte.

Je tourne. Dans le vide glacé de l'espace. Autour d'une petite boule bleue.

Aurais-je échangé une prison pour une autre ?

Non.

À peine ai-je formulé cette pensée que je décroche de mon orbite et m'envole parmi les étoiles.

D'humeur vagabonde, je file à la découverte de la Voie Lactée et de ses mille et une merveilles, ses géantes rouges, ses naines blanches, ses trous noirs et tous ses autres corps célestes dont les humains ignorent l'existence.

J'aimerai bien m'en aller au-delà, gagner la galaxie spirale d'Andromède, sauf qu'une petite planète de rien du tout, rouge écarlate, m'en empêche.

Un étrange murmure, des myriades et des myriades de voix mêlées, monte à l'assaut de mon esprit.

Cet appel est si familier. Et ce chuchotis si envoûtant ! Aurais-je enfin trouvé mon vrai chez moi ?

Je m'élance.

L'agréable sensation d'euphorie dans laquelle je baignais disparaît d'un coup. J'étouffe, je brûle, j'ai peur.

Je veux m'éloigner mais la force d'attraction gravitationnelle de ce monde est telle que cela m'est impossible.

Il m'aspire.

Un étrange humanoïde s'avance à ma rencontre. Avec sa tête allongée façon Akhenaton (9) et ses longs membres osseux, il présente une ressemblance terrifiante avec une mante religieuse.

— Je n'ai pas pris la bonne apparence ? me demande-t-il. C'est pourtant ainsi que vous les humains, vous vous imaginez les extraterrestres.

Une force terrible balaie mon cerveau avec la puissance d'un cyclone.

Je coule.

Entre les réalités multiples, parmi les différentes dimensions.

Je tombe toujours plus profond.

Mais cela n'a vraiment aucune importance puisque je n'ai plus de corps. Mais alors pourquoi entends-je le rythme effréné de mon cœur ?

J'ai le don de voir, j'ai le don d'entendre, je peux même déchiffrer la trame de l'univers. Du moins, si ce dernier m'accepte.

Les murmures se font plus pressants. Le bourdonnement devient un hurlement. Qui crie ainsi à la porte de mon esprit ? Qui cherche à pénétrer dans le sanctuaire intime de mes pensées ?

Un peuple entier ou juste une comète givrée ?

La cacophonie est si puissante et le vacarme si dissonant que je n'arrive plus à réfléchir correctement.

Impossible de mettre un terme à ce tumulte.

L'effroi me gagne.

Le verrou cède et les voix se ruent dans mon cerveau, comme si leur survie en dépendait.

Sauf que ce ne sont pas des paroles qu'elles me communiquent, mais des chiffres. Des milliards et des milliards qui se déversent dans ma mémoire plus vite qu'un vaisseau Cylon (10) ne traverse la galaxie. Un code. Des données que mes neurones modifiés reconnaissent. Un savoir. La connaissance.

Mais j'ai beau être un prototype ultra-perfectionné, la GA la plus puissante qui ait jamais été créée, je ne m'appelle pas Monsieur Spock (11).

Pris dans un étau de fer, mon cerveau palpite si fort que j'ai envie de l'arracher de mon crâne.

Arrête ! hurle Chloé dans mon esprit. Tu es en train de la tuer...

Impossible-C'est-un-court-circuit-Je-ne-contrôle...

Pile au moment où je sens mon crâne prêt d'exploser, une puissante vague d'énergie issue du plus profond de mes entrailles interrompt le téléchargement du virus alien et expulse les voix hors de ma tête. Plus jamais je ne me plaindrai de mon allergie à la magie, elle vient de me sauver la vie.

Chloé me lâche et je cligne des yeux sur la forêt, encore étourdie. Bien que mon bad trip interstellaire m'ait paru durer des heures, il ne m'a réellement fait perdre que quelques secondes.

Je déglutis et avale une triste mixture, de la bile et de l'hémoglobine mêlées, puis m'étire sous la lumière du Voyageur. Étrangement, je me sens mieux, une autre femme, flambant-neuve...

Prête à atomiser quiconque se mettra en travers de mon chemin.

J'agrippe la gosse par le col pour l'entraîner hors du buisson au sein duquel on s'était cachées, quand je capte un léger mouvement à l'orée de mon champ de vision.

Je me tourne vers la menace, un prétorien qui monte doucement vers nous, presque invisible dans sa tenue de camouflage.

— Attention ! avertis-je Chloé. Ça va défourailler.

J'épaule mon fusil et je zoome.

Derrière lui, neuf autres caméléons se coulent en file indienne de taillis en taillis, aussi noirs que des Stormtroopers (12) tombés dans un bain d'huile de vidange.

Je fais feu sur leur éclaireur.

Et comme je vise encore mieux que Clint Eastwood, la balle lui traverse le cou en diagonale pour se loger dans son poumon.

Tandis qu'il s'écroule de tout son poids, je mitraille ses collègues. Toutefois, les branches touffues des buissons et des arbustes qui nous séparent forment comme un mur impénétrable qui m'empêche de bien les cibler. J'en vois certains tomber à terre, mais je ne suis pas sûre de les avoir touchés.

Les rescapés ripostent, le canon de leur M16 crachant de courtes rafales, mais les balles passent loin au-dessus de nous. La preuve, s'il en fallait une, que la consigne est de nous prendre vivantes.

Pourtant, au lieu de me réjouir, me voilà envahie d'un profond malaise.

Des silhouettes indistinctes, deux, trois, non, quatre, se hasardent vers nous. Je tire plusieurs fois, à l'aveuglette, la vibration remontant le long de mes avant-bras jusqu'à mes épaules.

Mais plus j'appuie sur la détente, plus vite nos assaillants gagnent du terrain.

Par chance, un éclat de lumière, telle une voiture qui éclairerait pleins phares, illumine soudain le maquis. Momentanément aveuglés, les commandos cessent leurs tirs.

Je me retourne, les mains en visière pour me protéger les yeux.

Chloé.

La fillette brille plus intensément que je ne l'ai jamais vue.

Reprise par mon allergie, je flageole, les jambes en coton et le cœur au bord des lèvres. Pourtant, comme si je commençais à m'habituer à la techno A, mon malaise se dissipe aussi rapidement qu'il m'a saisie.

— Vas-y ! encouragé-je la gosse. Massacre-les ! Je te couvre...

Profitant de la confusion momentanée de nos attaquants, je rampe hors de mon abri et me glisse derrière un arbre au tronc épais. Ma sœur tend les bras devant elle et tourne ses paumes vers le haut. Des étincelles dansent et crépitent au bout de ses doigts, formant un œil flamboyant devant son petit visage innocent de fillette.

Bien que j'aie l'impression d'être coincée entre la réalité et une stupide série pour ados, je recommence à mitrailler nos ennemis.

Dans une explosion de lumière, une boule de feu déchire la nuit et percute un buisson derrière lequel se terrait un Homme-Caméléon.

Tandis que l'odeur âcre de la chair brûlée envahit l'atmosphère, la végétation s'embrase et de gros rubans de fumée s'élèvent vers le Voyageur.

Chloé s'est jointe à moi. Et même si ses flammes semblent fantomatiques, elles existent réellement et se révèlent terriblement redoutables.

Ne cherchant plus qu'à sauver ce qu'il reste de leur décurie, les antesignani (13) font feu afin de couvrir leur retraite.

Les balles sifflent autour de nous, brisant les branches et frappant les troncs.

Chloé est en pleine ligne de mire. Mais comme elle a déjà acquis beaucoup d'expérience pour son jeune âge, elle a eu la présence d'esprit de s'aplatir derrière un arbre, tout près de moi.

Motivée par notre première victoire, nous ripostons simultanément. Tandis que mes tirs interdisent tout mouvement à l'adversaire, ma sœur arrose la troupe ennemie de ses orbes magiques. Les unes s'écrasent sur les buissons et explosent sous l'impact, envoyant des branches, de la terre et des corps dans les airs. Les autres, tels des missiles à tête chercheuse, foncent droit sur leur cible qu'elles heurtent de plein fouet.

Voyant cela, j'arrête de faire parler la poudre pour écouter le sifflement des balles et les hurlements de nos victimes.

Tout à coup, un lourd silence succède à cet horrible tumulte.

Risquant un œil hors de mon abri, je radarise le champ de bataille. Des buissons en feu, beaucoup de fumée et dix cadavres partiellement carbonisés...

La combinaison soi-disant indestructible des prétoriens n'aura pas pesé lourd face à la techno A. Je me tourne vers Chloé et m'aperçois qu'une nouvelle sphère magique grandit entre ses doigts.

— Stop ! lui crié-je. Ce serait dommage de griller tes dernières cartouches alors qu'on risque d'avoir encore besoin de ton énergie.

Sa boule de feu s'évanouit en fumée alors que la petite sorcière pivote vers moi. Ses grands yeux noisette étincellent et une joie démoniaque illumine son minois angélique. Une bombe atomique. Ma sœur est une putain de bombe atomique.

La gorge serrée par une émotion qui ressemble très fort à de la peur, j'esquisse un pas en arrière, puis m'immobilise. Je suis Galilée 3.0 quand même. Ce ne sont pas quelques macchabées, de la pyrotechnie à deux sesterces et une morveuse explosive qui vont me faire reculer...

— Vaudrait mieux la mettre en veilleuse. T'es tellement flashy que t'es visible à des kilomètres !

La pauvrette plaque ses mains sur ses hanches et s'avance vers moi. Son cœur martèle sa poitrine, un rictus déforme ses lèvres et des larmes embuent ses yeux.

Comprenant qu'elle faisait tout ce qu'elle pouvait pour se dominer, je la serre dans mes bras. Elle est encore brûlante, mais le flot lumineux commence à se tarir.

— Il nous faut décarrer d'ici, reprends-je en la poussant en avant. Vite !

Je m'empare de sa main et nous fonçons vers la rivière pour rattraper le temps perdu à cause de la fusillade. La pluie a redoublé, on n'y voit pas à dix mètres et la terre s'est transformée en boue. La pente devenant de plus en plus raide, nous n'arrêtons pas de glisser et, sans les branches basses auxquelles nous agripper, nous serions mille fois tombées.

Tous mes sens en alerte, je me méfie même de mon ombre et étudie chaque bruit, un par un. Le grondement des eaux torrentueuses qui se répercute jusque dans mes os, le cœur de Chloé qui cogne dans sa cage thoracique, le mien plus calme, le tonnerre au loin et cette espèce de chuintement qui fait vibrer l'air chargé d'embruns. Comme si une voiture électrique roulait vers nous...

À peine cette pensée m'a-t-elle traversé l'esprit que Chloé s'immobilise, les membres tout raides et les yeux révulsés. Ne sachant trop comment me comporter, je pose ma main sur son front et me voilà aussitôt en train de flotter au-dessus de notre position, à observer à la lueur des éclairs, la rivière qui a débordé de son lit, les prétoriens qui convergent vers notre position et un celerrimum foncer au-dessus du maquis...

Un celerrimum !

Je la soulève dans mes bras, la serre contre ma poitrine et repars en courant. Dans un coin de mon cerveau, le prototype impérial stoppe à proximité d'un roncier qu'il serait trop dangereux pour lui de survoler et ses portières s'ouvrent. Deux hommes en noir, armés chacun d'un fusil, en descendent.

Newton et Domitien. Domitien et Newton.

Sur un signe de son mentor, 1.0 file parmi les épineux, à demi courbé pour ne pas servir de cible.

J'accélère, mais gênée par le poids de la fillette et la boue dans laquelle je patauge, je perds l'équilibre, tombe en avant et m'aplatis sur un buisson.

À l'orée de ma conscience, le tueur au grand manteau épaule son fusil et met son œil dans le viseur.

Et merde ! Je m'extirpe du taillis.

Je n'ai pas avancé d'un mètre qu'un sifflement imperceptible pour le commun des mortels agresse mes oreilles. Je me jette à terre, mais il est déjà trop tard. Une forte piqûre à la base du cou, comme celle d'un frelon asiatique, m'arrache un gémissement.

Tandis que Chloé échappe à mon étreinte pour se glisser à l'abri d'un fourré, je passe ma main sur ma nuque. Mauvaise nouvelle ! Ce que je croyais être un dard est en réalité une seringue. Je l'enlève précipitamment, mais les toxines qu'elle contenait coulent déjà dans mon sang.

Visiblement habitué à ce genre d'incidents, mon cerveau m'informe qu'il me reste au mieux une dizaine de secondes avant que le poison impérial ne court-circuite mon système nerveux.

À court de solution, je me tourne vers Chloé. Ses yeux vitreux fixent sans le voir le Voyageur et l'électricité crépite autour de ses bras.

— Putain ! m'énervé-je. Secoue-toi. Je ne veux pas qu'ils me reprennent...

Mes paroles la tirant de l'état de sidération dans lequel elle était plongée, la gosse émet un assentiment inarticulé, puis tend sa main droite vers la forêt, paume en avant.

Une boule de feu jaillit de ses doigts et, dans un arc de cercle parfait, file au-delà des broussailles.

Les images du maquis vu du ciel s'étant effacées de mon esprit, je ne vois pas où elle retombe, mais au hurlement qui résonne, je comprends que mon agresseur vient de salement morfler.

Le meilleur tueur de l'Empire terrassé par une gamine de six ans.

Cette pensée jubilatoire me donne les forces nécessaires pour me mettre à genoux. Chloé pivote vers moi. La lumière bleutée irradiant les alentours lui donne un air étrangement maléfique.

Nos yeux se verrouillent comme des cadenas.

— Newton, soufflé-je, il reste Newton !

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 (9) Akhenaton : Pharaon égyptien représenté avec la tête allongée. 

(10) Cylon : extraterrestres de la série Battlestar Galactica. 

(11) Monsieur Spock : personnage mi-vulcain mi-humain de la série Star Treck. Il tente à tout prix d'être un Vulcain parfait, n'agissant que par logique et pouvant contrôler ses émotions.

(12) Stormtroopers : soldats de l'armée impériale dans Star Wars. 

(13) Antesignani : soldats d'élite placé devant l'étendard au combat.

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Et non, ce chapitre-fleuve n'est toujours pas terminé ! J'ai quelques petits soucis de rédaction avec la fin...

Mais promis, juré... Je publie le dénouement mercredi 1er décembre.

À votre avis, Chloé a-t-elle tué Domitien ? Et où est passé Newton ?

Les filles vont-elles s'en sortir ou se faire capturer ?


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