Chapitre 30
- Tu fais quoi ici à cette heure-ci ? Demande-t-il.
- Je voulais boire. Dis-je simplement.
Il se contente de hocher la tête tout en se dirigeant vers le haut d'un placard.
Il ne porte pas de teeshirt, seulement une veste à capuche. Celle-ci est ouverte et me laisse apercevoir son torse nu. Visiblement il fait du sport. Enfin j'imagine au vue de sa carrure et quelques abdominaux que j'arrive à apercevoir furtivement.
D'ailleurs c'est intriguant, il a une tache au niveau de la nuque. Elle est brune assez sombre, mais ne ressemble pas à une cicatrice. Ce n'est pas comme les miennes sur mes jambes.
Il attrape un verre avant de le remplir d'eau lui aussi.
- C'est qui Rama ?
Mon cœur rate un battement lorsque je réalise ce qu'il vient de demander. Comment il le sait ?
J'ai ma réponse, il m'a entendu. J'ai encore crier, malheureusement.
Je réfléchis à une réponse au lieu de répondre simplement « personne » mais rien d'autre ne me vient.
- Personne.
Il finit par s'approcher de moi avant de s'arrêter à quelques mètres. Je vois son regard se déposer sur mon cou, puis sur mon teeshirt et enfin sur mes jambes.
Mes jambes !
Je baisse brusquement le short qui s'était relevé lorsque je me suis assise sur le plan de travail, sans relevé le regard vers lui. A ce moment là, je n'ai qu'une envie c'est de disparaître. Je n'ai pas envie d'entendre ce qu'il va me demander. Je ne veux pas parler de ces cicatrices.
- Laisse-moi deviner, t'as encore fait un cauchemar, comme la nuit où je t'ai retrouvé dehors à trois heures du mat'.
Je suis d'un côté soulagée qu'il ne me parle pas de mes cicatrices et d'un autre côté intriguée par le ton qu'il a pris pour me parler. Sa voix est beaucoup plus posée et son visage plus doux. C'est incroyable, je n'avais jamais autant analysé l'expression de quelqu'un. Je ne pensais pas que c'était aussi simple de lire à travers un visage, un regard.
- C'est pas ça. Dis-je.
Il croise les bras sur son torse nu, avant d'arborer cette fois-ci un sourire.
- C'est pas ça ? C'est quoi alors ?
- J'avais juste besoin de prendre l'air ce jour là .
- Ok si tu le dis.
- Je le dis.
Puis il rigole, un son drôlement contagieux lorsque il se propage dans toute la pièce.
- T'es vraiment unique comme meuf.
D'un coup, je me souviens des derniers mots qu'il a prononcé sur la terrasse. Je suis coincée, selon lui. Depuis quand j'adresse la parole à une personne qui a dit tant de chose douloureuses à mon égard ? Depuis quand je parle à l'ennemi de mon frère, celui qui le blesse ? Depuis quand je discute avec l'ex petit ami de Jessy ? Depuis quand je suis dans une cuisine en plein milieu de la nuit avec l'homme que je déteste le plus ?
Puis lorsque je croise de nouveau son regard, j'aperçois le sang sec qui s'est accumulé sur son sourcil. Tout autour de la plaie, une couleur bleutée est apparue. Son visage est tellement parfait qu'il est difficile de manquer sa blessure. Ça doit faire mal, je suppose. J'ai envie d'y poser les doigts pour voir son visage se remplir de douleur et peut être que j'en tirerais une certaine satisfaction en le voyant souffrir comme il les a fait souffrir.
Sans contrôler mes mouvements, ma main se lève et elle se retrouve à quelques centimètres de la plaie. Je m'arrête quelques instants essayant de comprendre moi-même ce que je m'apprête à faire. Puis ma main semble avoir pris sa décision. Je finis par effleurer délicatement la blessure. J'ose à peine glisser mes doigts dessus. Aussi étrange que cela puisse paraître, je n'ai pas la force d'appuyer. Je ne peux pas le faire, c'est impossible.
Lorsque j'éloigne de nouveau ma main, ce sont ses yeux verts qui m'accueillent à bras ouverts. Je suis hypnotisée par l'intensité de ces derniers. Je sens mon cœur accélérer alors que je me rends compte que ça fait déjà plusieurs secondes que je le fixe dans le silence. Je dois être toute rouge, il doit le remarquer. Tout à coup, je me sens gênée, intimidée, c'est vraiment étrange comme sensation. A chaque seconde qui passe, soutenir son regard devient de plus en plus difficile.
Mais cela ne semble pas être déstabilisant pour lui. Il s'est approché et seuls quelques centimètres nous séparent l'un de l'autre. J'arrive à sentir l'air qu'il expire s'échouer sur mon visage. Bizarrement, je n'ai plus envie de fuir. Je veux rester là et je n'aimerais être nul part ailleurs.
Soudain, j'émets un mouvement de recul en voyant ses mains se déposer délicatement de part et d'autres de mon corps lorsqu'il les déposent sur le plan de travail et après un temps qui semble s'être arrêté, il se met à parler.
- Vas-y pose là moi ta question.
Il dit ça en un son à peine audible, il le chuchote si bien que je dois me pencher davantage pour comprendre.
- Quelle question ?
- Pourquoi j'ai amoché ton frère.
- Pourquoi ? Demandais-je alors.
- Pour ma sœur.
Tout en me regardant droit dans les yeux, je sens qu'il dit la vérité. Je donnerais ma main à couper si j'ai tort. Il dit la vérité.
- Ta sœur ?
Il se contente de hocher la tête, pour me confirmer cette dernière phrase.
- Tu as une sœur ?
- J'avais une sœur. Elle est morte il y'a deux ans.
Je me sens mal à l'aise. J'ai l'impression d'entrer dans sa vie privé et je ne veux pas, tout comme je ne voudrais pas révéler moi même mon passé. Je décide alors de descendre du plan de travail, ce qui n'est finalement pas une meilleure idée car je suis à présent encore plus proche de son corps.
- Je vais retourner dormir. Dis-je perturbée.
- T'as pas envie de connaître la suite ?
J'entreprends enfin de recroiser son regard et je réponds à mon tour sincèrement.
- Je ne veux pas te forcer à la dire.
Il semble lui aussi surpris par ma réponse.
- Personne ne me force à rien.
- Ok, alors hum qu'est-ce que ta soeur à avoir avec mon frère ?
Soudainement, son visage se ferme comme s'il se rendait compte de ce qu'il venait de se passer, de tout ce qu'il venait de dire. Il s'éloigne presque immédiatement avant de se passer une main sur le visage.
- Aless n'est pas innocent et je ne fais jamais quelque chose pour rien Diviya, sache simplement ça.
Je n'ose pas insister plus. Je suis totalement troublée par ce qu'il vient de m'avouer. Je ne pensais pas qu'il me parlerait aussi franchement après nos disputes de la journée. Denis Hernandez me surprendra toujours et visiblement, je me surprends moi aussi lorsque je suis à ses côtés.
- Qu'est-ce que je suis censée faire de tout ça Denis ?
Il finit d'une traite la fin de son verre avant de répondre d'une voix un peu plus détachée.
- J'ai dis ça pour que tu calmes un peu ton jeu avec moi.
- Mon jeu ?
- Ouais, tu crois que j'ai pas capté. Tout ce bordel depuis que je suis arrivé, c'est à cause de cette histoire avec ton frère. Je veux faire chier ni Paloma ni John ni ton mec avec ces conneries. Maintenant que tu sais ça, on arrête ces merdes.
Tant d'informations en une réplique mais la seule chose que mon cerveau retient est assez étonnante.
- Adam n'est pas mon petit ami !
- Je m'en fous de qui il est. Mais on arrête ces merdes.
- De quoi tu parles ? Nos disputes ?
- Ouais ce jeu là, tu me réponds aux conneries que je lâche, tu balances ma cigarette, finit.
Je le vois se tendre un peu plus. Il a l'air d'être contrarié. Bien plus qu'il y a quelques minutes ou l'ambiance était totalement différente.
- J'aime bien ce jeu. Dis-je alors pour rire.
Son visage change complètement d'expression en quelques secondes.Visiblement ça ne le fait pas rire. Il se relève brusquement pour s'approcher de moi.
Je ne bouge pas, toujours adossée au plan de travail que je venais de descendre. Cette fois-ci il est revenu comme à notre position d'avant.
Il respire plus fort qu'habituellement, son torse se relève et m'effleure presque à mesure qu'il respire.
- Je crois pas qu'on parle du même jeu toi et moi.
Il a dit ça en me fixant droit dans les yeux pour ensuite relever sa main et l'approcher drôlement de mon cou. Je ne comprends pas immédiatement ce qu'il compte faire mais j'attends. Il finit délicatement par effleurer mon cou et repousser une mèche de cheveux derrière mon oreille.
Je lutte intérieurement pour ne pas perdre mes moyens et me laisser emporter par le stress. Sans comprendre comment, son visage se retrouve juste en face du mien. Je n'arrive à ne plus rien apercevoir, mon esprit brouillé par ce qui est en train de se passer. Je sens l'air qu'il expire s'échouer sur mon visage. Une odeur singulière qui n'est absolument pas désagréable.
- Vaudrait mieux que t'aille te rendormir. Dit-il finalement.
Je ne répond pas, complètement désorientée. Il finit par s'éloigner, reprendre son verre et le balancer dans l'évier. Ce dernier manque de se briser dans un bruit fracassant, puis il quitte la pièce.
Hffmbx
Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top