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Une journée de plus. Je venais de me réveiller. Dans la même cellule. Dans la même couchette. Dans les mêmes vêtements. On attendait nos vêtements qui permettraient d'officialiser notre long séjour ici. Ennuyant à mourir. Rien ne s'était passé après ma visite au directeur. Je n'avais pas non plus vu Gabriel depuis. Je ne peux m'en inquiéter réellement, je sais pertinemment qu'il ne peut pas s'évader. Je présumais qu'il avait dû passer sa soirée à la salle de sport, ouverte à ceux qui le voulaient à partir de vingt heures, soit après le repas.

Après avoir fait mon lit puis l'avoir vérifié au gardien, je m'étais rendue dans la salle à manger, si on puit l'appeler de cette manière. Mon ventre gargouillait, les bulles étaient tellement acides que j'en étais arrivée à la sensation qu'elles rognaient mon estomac. Je m'étais assise à une table vide, comme la plupart autour de moi d'ailleurs, nombreux étant ceux partis dans les salles de bain. La nourriture avait absolument l'air immonde. Mon petit pain ressemblait à une éponge à huiles. Mon lait avait un goût de poudre. Et j'en passe. Mais comme le répétait ma mère, quand on a faim, on ne refuse rien.

J'entendis un plateau glissé le long de la table où je me trouvais puis le bruit de fer s'entrechoquait Il ne pouvait s'agir que de Gabriel. Je n'avais eu besoin de relever la tête pour le confirmer. Son petit son d'agacement se faisait entendre alors que sa chaussure venait de rentrer en contact avec le fer du pied de table. Une partie de moi avait envie de le taquiner. L'autre avait besoin de réponses. Mon côté rationnel avait alors pris le pas sur tout sentiment existant dans mon corps, cœur ou esprit. Il se racla alors la gorge, visiblement pour me signaler sa présence. Peine perdue pour me faire réagir.

- Tu ne veux toujours pas me parler ? Dit-il, très certainement pour engager la conversation.

Un long soupir, montrant tout l'agacement que j'avais pu emmagasiner, avait accompagné mon relèvement de tête. Comme pour me donner la force de ne pas être avalée par mes émotions, je m'étais mécaniquement mise à planter ma fourchette dans mon assiette. Encore et encore. Son expression faciale m'avait giflée. Beaucoup plus fort que lorsque je répondais méchamment à un de mes parents. Mon cœur avait manqué un battement. Je ne souhaite pas son malheur. Au contraire. Je l'aime.

Son visage était cerné, dépité, épuisé. Il avait l'air au point mort de sa vie. Comme si on lui avait, à son insu, volé toutes ses ressources. J'en eus presque envie de mettre ma rancune de côté et d'aller l'enlacer. Après tout, nous serions réunis pendant de longues années. Peut-être même toute notre vie. J'aurais peut-être dû à ce moment précis mettre de l'eau dans mon vin mais j'en étais tout bonnement incapable.

Je n'avais rien demandé. Je n'avais jamais souhaité me retrouver dans cette situation. Être au milieu de Gabriel et du directeur d'une prison. Possiblement risquer la prison à perpétuité. Rien que d'être en prison. Tout court finalement.

Il ne s'agissait aucunement de mon chemin de vie, de ma manière de pensée. Ma famille m'a toujours transmise l'idée que l'illégalité ne pouvait rimer qu'avec anarchie. Nous ne serions que néant sans Lois, sans Justice. La race humaine serait déjà éteinte. Parce que l'Homme est un loup pour l'Homme.

Mais je me retrouvais désormais accusée d'être complice d'un homme qui me cache tout. Quelle ironie...

- Je commence à en avoir marre de te poser la même question toutes les deux heures Gabriel. Juste, dis-moi s'il te plaît. Ma voix prenait plus l'effet d'un supplice que d'une véritable demande.

- Je suis désolée. Ma réponse restera la même. Je te le dirai quand on partira d'ici. Déclara-t-il dans un long soupir.

- Mais on risque perpétuité.

Mon intonation qui se voulait simplement colérique s'était transformé en un cri. Je sentis les regards des autres détenus braqués sur moi tandis qu'un garde m'ordonnait de baisser d'un ton. Gabriel décida de simplement soupirer puis de partir. Comme à son habitude. Je m'étais excusée auprès du garde mais ma concentration était focalisée sur Gabriel. Je n'en revenais pas. Il débarrassait sagement son plateau, sans se faire remarquer, aussi discret qu'un fantôme. Pourtant, je le voyais faire gigoter sa main. Un signe que j'avais appris comme étant descriptif d'une certaine colère. Je l'avais donc suivi. Il se dirigeait encore une fois vers la salle de sport. Une petite course m'avait suffie pour rattraper son pas lourd et rapide. Je l'avais attrapée par le bras.

- Je t'en supplie...

- On ne restera pas ici pour toujours Lara. Promis.

De jolies paroles provenant d'un joli être.
De stupides paroles provenant d'un stupide être.
De terribles paroles provenant d'un terrible être...

- Tu devrais aller te coucher.

Il ne m'avait pas écoutée et était rentré dans la salle de sport. J'avais fait de même. J'avais besoin de me vider l'esprit. Si seulement... Je m'étais positionnée sur un tapis de course et n'avais pu m'empêcher de le fixer tout le long. Il avait l'air dans ses pensées. Il ne se préoccupait pas de ses charges. Il réfléchissait. Son cerveau avait l'air de bouillir. J'avais peur. Très peur. Qu'est-ce qu'il va faire encore ? Je le sens mal...

Alors qu'un message était transmis dans les enceintes de l'établissement, invitant tout le monde à rejoindre les dortoirs, Gabriel et moi avions attrapé notre serviette et s'y étions dirigés, ensemble. Comme si nous étions uni. Nous marchions à deux dans les couloirs, nous prenions deux places, quitte à en laisser à personne. Une sorte de déterminisme l'habitait et je ne pouvais que le sentir. Il avait alors rejoint sa couchette et lisait un livre qu'il avait récupéré à la bibliothèque avec une lampe torche qu'un des garçons lui avait prêté. Il avait le regard serein. Parfois, il arrêtait sa lecture pour me sourire. Je m'endormis en le contemplant.

- Lara. Lara, réveille-toi. Dit Gabriel en me secouant l'épaule. On doit y aller.

Une voix excitée se fit entendre derrière Gabriel, nous conseillant de se dépêcher. Je n'en apercevais que la silhouette. Habillé en noir, leurs discussions étaient assez fluides pour me faire penser à des connaissances voire à des amis. Je savais qu'il se tramait quelque chose. Je savais aussi qu'il ne s'annonçait rien de positif...

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