👑 CHAPITRE 8 👑
Petit à petit, certaines choses commençaient à se mettre en place et pour conclure mon affaire, il ne me manquait plus qu'une seule tâche à réaliser et ce ne fut pas la moindre : il me fallait faire de Celestia une zone blanche en me débarrassant des antennes relais et des drones envoyés par le pouvoir royal. Mais pour cela, il fallait tout d'abord que je m'assure de pouvoir me mouvoir librement dans mon propre château sans n'avoir à craindre d'être épiée ou écoutée. Il fallait que je m'occupe d'Ambrose qui était devenu, en ce jour, ma priorité numéro une dans ma vie.
Et rien que ça, promettait déjà de ne pas être une mince affaire car malgré tout ce que je veux bien admettre, pour lui je suis un livre ouvert. Ambrose me verra arriver et il saura à la moindre syllabe tremblante que quelque chose se prépare. Il me connaît, il sait quand je mens, quand quelque chose ne va pas, quand je prétends et par conséquent, la seule façon pour moi de le piéger était de faire preuve de la plus grande transparence. C'est un pari car soit cela va se retourner contre moi, soit cela fonctionnera et je serais libre d'agir pendant qu'Ambrose est temporairement mit hors de mon chemin. Et bien que cela me coûte de devoir m'en prendre à lui, je me rends compte aujourd'hui que je n'ai plus aucun scrupule à le faire. Je ne peux me permettre d'attendre une solution tombée tout droit du ciel et je ne peux me permettre d'hésiter en pensant que je suis incapable de certaines bassesses. C'est faux. J'ai déjà agis ainsi auparavant et je n'ai alors éprouvé aucun remord. Juste une pointe de culpabilité venant me chatouiller, mais rien de plus.
- Il est rare que tu m'invites de ton propre chef, souligne ce dernier en s'installant à la table à laquelle je venais de le convier tout en me scrutant de son regard inquisiteur cherchant progressivement sur mon visage le moindre tic d'un de mes traits capable de me trahir.
- Ce n'est pas parce que nous sommes en désaccord toi et moi que cela induise forcément que nous nous fassions la guerre. Malgré tout ce que tu peux penser de moi, Ambrose, je t'apprécie sincèrement.
- Pourtant n'avais-tu pas dit qu'à partir du moment où nous serions dans des camps séparés tu n'aurais de répits de nous faire tomber ? Je trouve ton revirement de comportement bien étrange. Je te connais Magdalena, je sais que tu mijotes quelque chose, mais je ne sais pas quoi exactement. Penses-tu vraiment pouvoir me prendre pour un idiot entre tes promenades de cinq heures et cette invitation soudaine ?
- N'es-tu pas usé ? De constamment être sur tes gardes à me surveiller ?
- Je mentirais si je disais que je ne le suis pas, mais tu ne me laisses guère le choix. Ton récent comportement est loin de ce que je pourrais appeler «se tenir tranquille».
- Depuis quand me connais-tu pour croire que je sais restée dans un coin, assise bien sagement ? Je n'ai jamais été ce genre de personne. Tu le sais, non ? Alors évitons de perdre du temps en illusions.
D'un geste de la main, je fais entrer Nora dans la pièce qui arrive avec un plateau est un ensemble à thé. Elle dispose les tasses dans le plus grand des silences tandis qu'Ambrose et moi entrons dans une sorte de duel de regard. Je sais à quoi il joue et je compte profiter de cela.
- Une tasse de thé ? proposé-je alors que Nora se retire progressivement.
- Tu ne trouves pas cela un peu vieux jeu comme technique pour empoissonner quelqu'un ?
Un rire gras m'échappe pendant le service manquant de me faire perdre la tellière des mains.
- Mon pauvre Ambrose, tu manques cruellement d'imagination si tu crois que je veux te tuer en t'empoisonnant. Veux-tu une preuve de ma bonne foi peut-être ?
Buvant à même ma tasse, les lèvres délicatement posées sur le rebord de cette dernière, je ne quitte pas mon invité des yeux tandis que ce dernier inspecte méticuleusement le moindre de mes faits et gestes. Un large sourire m'échappe alors pendant que je repose la tasse sur sa coupe.
- Tu vois ? Je ne suis pas morte.
- Crois-le ou non, mais ta mort n'est pas quelque chose que je souhaite Magdalena. Je ne serais pas là si cela avait été le cas.
- Oh, mais je n'en doute pas. Après tout, n'es-tu pas là pour me «protéger» ? C'est ironique tu ne trouves pas ? Notre situation, je veux dire. Pendant longtemps, je pensais que toi et moi...je ne sais pas, je pensais qu'un beau jour quand tu en aurais finis avec le palais, tu me prendrais avec toi et on s'en irait loin de tout ça. Je pensais sincèrement que l'on ferait notre vie, ensemble, quelque part...que l'on serait heureux. Je pensais...Je pensais que l'on s'aimait.
- Et c'est le cas, lâche-t-il alors.
Cela aurait presque pu être crédible si je n'avais pas vu l'inexistence d'une quelconque lueur dans ses yeux. Une lueur que j'aimais et que j'avais trouvé tout à fait attirante pendant un temps. Mais aujourd'hui, le feu qui nous animait s'est éteint et un vent froid souffle entre nous. Une tempête qui gronde et gronde depuis bien trop longtemps nous maintient éloignés l'un de l'autre sans que l'on ne puisse faire quoique ce soit pour se rapprocher.
- Tu n'as jamais été un fieffé menteur, mais je dois dire que récemment, tu as progressé dans ce domaine. Le mensonge commence à te sied.
- Je n'ai jamais eu l'intention, ni même la volonté de te blesser. Sincèrement. Je pensais agir dans ton meilleur intérêt. Je pensais que tu comprendrais, que tu en aurais la maturité, mais il faut croire que je me trompais. Tu es restée cette petite fille en colère et ta haine envers la couronne te conduit à des extrêmes effrayants.
- Il est tout là le problème Ambrose, tu m'as toujours considéré comme l'enfant que j'ai été autrefois. Tu ne m'as pas vu grandir bien malgré moi. Tu ne m'as vu face aux murs auxquels je me suis confronté. Tu ne m'as pas entendu hurler. Ni même pleurer. Je pense qu'il a été plus facile pour toi de détourner les yeux que d'essayer de faire quoique ce soit. Et tu sais quoi ? Je comprends.
Reprenant une gorgée, je le regarde jouer avec sa cuillère dans sa tasse, la tournant encore et encore inlassablement sans y toucher réellement.
- Je comprends que cela ait été effrayant pour toi. Après tout, tu n'étais personne et c'est toujours un peu le cas, non ? Ou alors le fait que tu sois devenu le laquet de mon père compte comme une montée en grades ? Enfin, passons. Te mêler des affaires de royaux te faisais peur et tu vois, j'ai la maturité pour au moins comprendre ta retenue. En revanche, ne viens pas me parler de maturité quand toi, tu n'as pas su prendre ton courage à deux mains et agir. Elle est là, toute la différence entre toi et moi, mon pauvre Ambrose. Moi, j'ai ce courage en moi. C'est ce qui me réveille tous les matins avec l'envie de rendre se royaume meilleur. C'est ce qui me fait continuer ce que je fais et c'est justement ce qui m'entraîne, que ce soit pour le meilleur ou pour le pire. Alors tu peux me faire la leçon tant que tu veux à chaque fois que nous échangeons sur ce même sujet tout en tournant en rond, mais avant de répéter cet énième acte, je te suggère, mon vieil ami, de te regarder dans un miroir car tu ne montres pas vraiment patte blanche non plus.
Finissant le contenu de ma tasse d'une traite, un œil curieux se pose vers mon adversaire dans cette longue et pénible conversation qui semble enfin s'intéresser au récipient se trouvant devant lui et s'y abreuver.
- Et non, contrairement à ce que tu penses et malgré tout ça, je ne te déteste pas. Je comprends. Tes agissements, ta façon de penser...Ce qui me désole en revanche, c'est que tu n'es point un brin de jugeote pour t'apercevoir que l'on te manipule.
Posant son regard interloqué sur moi, je quitte ma chaise en soulevant ma jupe et m'approche de la sienne avant de me pencher au dessus de lui commençant à ne plus savoir se tenir. Nora m'avait promis une efficacité rapide, je ne pensais pas que cela serait le cas.
- Ce n'était pas le thé, chuchoté-je dans son oreille, c'était sur le bord de la tasse, mais n'ait crainte, tu ne vas pas mourir. Tu vas souhaiter l'être cependant car il paraît que c'est ce que l'on donnait aux prisonniers celestiens pour leur soutirer des aveux avant de les plonger dans un long et profond sommeil. Tu vois, je tiens toujours mes promesses : Je t'avais dis que rien ne se mettrait sur mon chemin... Pas même toi Ambrose.
L'embrassant sur la tempe avant de le pousser du doigt à même le sol, ce dernier s'effondre totalement tandis que je siffle, signal qui fut convenu avec certains domestiques pour qu'ils puissent disposer de cet «Aide» bien inutile à mon goût.
- Installez-le confortablement dans une des chambres, mais attachez soigneusement ses poignets aux barreaux de la tête de lit. Je ne voudrais pas qu'il revienne à lui trop rapidement et nous dérange, nous avons des choses à faire.
Les laissant emporter le corps, une vision me traverse l'esprit, revoyant la scène de cette nuit-là au village, les hommes de Robin emmenant le Duc partageant alors presque la même condition qu'Ambrose. Je ne sais pas lequel des deux a finit par avoir le sort le plus enviable et le moins douloureux, mais quelle importance ? Aucun d'eux n'est présent maintenant et c'est à moi que revient la lourde tâche de réaliser mes dessins.
- Et maintenant, Votre Altesse ? me demande Nora en arrivant avec Kaïen et Bérénice.
Un soupire m'échappe avant que je ne m'éloigne de la table, faisant quelques pas vers la fenêtre ne montrant rien d'autre que la forêt brumeuse et le ciel menaçant.
- Maintenant, nous allons mettre le feu aux poudres ! Allons faire disparaître Celestia des radars.
Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top