👑 CHAPITRE 11 👑

Les dernières semaines passées à Celestia avaient réussi le doux exploit de me faire oublier une chose : La vie d'un royal. L'effervescence, l'exagération, le côté «pièce de théâtre toute montée» tant on donne à chacun un rôle afin que personne ne dépasse du cadre. Parce que c'était de ça dont il était question, aujourd'hui plus que jamais : Ne pas dépasser du cadre. Malheureusement, je n'ai jamais été douée pour suivre les attendues. Alors, assise dans un coin, regardant tout le monde s'agiter pour l'arrivée du couple royal, j'échange rapidement un regard complice avec Valerian me répondant d'un signe de la tête. C'est aujourd'hui ou jamais. Le traque monte au fur et à mesure que les aiguilles avancent car tous, nous savons que l'arrivée du couple royal est imminente. Tous, nous savons ce que cela représente et ce sur quoi cela va également déboucher.

La seule chose dont j'étais reconnaissante envers les gens du Service de l'Information responsable de l'organisation du jeu, c'est de me considérer avec le même dédain que d'habitude. Personne ne vient me voir.

- Votre Altesse.

Aurais-je parlé trop vite ?

- Tenez, c'est pour vous, ce sont vos lignes.

Une main bien tremblante me tend une tablette sur laquelle préfigure un discours préalablement écrit. Est-ce une blague ?

- Qu'est-ce donc ?

- Le discours que vous devez donner à l'arrivée du Roi et de la Reine. Vous devez juste le mémoriser et rendre cela le plus naturel possible.

- Juste ? repris-je en me levant de ma chaise

- Ce sont les ordres, Votre Altesse.

Les ordres, hein ? Et de qui au juste ? Prenant violemment la tablette des mains de mon interlocutrice, je fracasse cette dernière au même le sol avant de m'en laver les mains.

- Je n'ai d'ordres à recevoir de personne. Est-ce bien clair ?

Cette dernière paniquée part en courant tandis que je me rassois en soupirant. Cela aura au moins eu le mérite de me permettre de faire redescendre la pression. Le sort réservé à mon père n'est peut-être pas si éloigné de celui que vient de connaître le pauvre appareil gisant encore à mes pieds. Le côté positif de cette visite c'est qu'ils sont tous beaucoup trop occupés à trouver un moyen de transmettre que personne ne s'occupe vraiment de ce qui peut se passer aux alentours. Ainsi, mine de rien et en très bon acteurs, Nora, Kaïen et Bérénice se faufilent ici et là, tantôt les mains libres et tantôt les bras chargés. Aucune attention ne semble se porter sur eux et les quelques regards curieux qui pourrait subsister sont dorénavant tournés vers moi : Magdalena Lucia Boùrbon, la huitième princesse du royaume. La dernière. L'enfant illégitime. Celle qui ne respecte ni les cadres imposés, ni les ordres sifflés.

- Très bien, tout le monde en place ! Ça va être l'heure ! Votre Altesse, si vous voulez bien ouvrir la marche.

Il est de coutume pour un enfant royal ou du moins un participant du Ruler Game d'aller à la rencontre du couple et il me faut donc me rendre jusqu'au portail de téléportation, centre névralgique de notre opération.

- Alors, allons-y. Qui m'aime me suive ! sifflé-je

Ouvrant la marche a un impressionnant cortège de journalistes et de personnes diverses, Valerian me suit en se glissant parmi la foule, quelques pas plus loin. Je présume que nous ne pouvons plus faire marche arrière ni même revoir notre plan. Il est trop tard. Maintenant, quoi qu'il arrive il faut aller de l'avant et vivre avec les conséquences de ce qu'il se passera.

Arrivant à hauteur du portail, ce dernier s'active dès que nous nous rangeons devant, prêts à recevoir le couple royal et son escorte à tout moment.

C'est imminent. C'est maintenant.

Ou jamais.

Le portail s'ouvre, laissant la dizaine de gardes royaux arriver en premier avant de ne découvrir les silhouettes du Roi et de la Reine du Royaume de Nettivia sous quelques applaudissements timides. S'attendaient-ils réellement à être accueillis en fanfare ? Ici plus particulièrement ? Les habitants, les quelques curieux s'étant rendus jusque là, n'ont aucune raison d'offrir un accueil chaleureux et en triomphe à ceux qui ont fait de leur vie un véritable enfer sur terre.

- Et voilà le couple royal qui arrive en direct de la Province de Celestia ! Le temps n'est peut-être pas au beau fixe, mais il fait beau et chaud dans nos cœurs en voyant ainsi le visage de leurs Magnificences. Devant eux, se tient alors la plus jeune et intrépide de nos candidates ! Celle partant de rien, mais ayant réussi jusqu'à présent à aller à l'encontre de tous les paris : La princesse Magdalena !

Une part de moi a envie de fuir en courant. Une part de moi à envie d'abandonner, de baisser les bras et de se dire que ce n'était qu'une mauvaise idée, mais l'autre part...celle qui domine a juste envie d'en finir. Pense-t-il honnêtement que si j'ai réussi à arriver jusqu'ici c'est grâce à lui ? Pense-t-il sérieusement que je ne lui ferais pas payer ce qu'il a fait ? Oh que si. Plus jamais je ne me retiendrais. Plus jamais je me tairais. Plus jamais je ne vivrais ce que j'ai vécu en étant au plus près de lui.

- Vos Majestés, souligné-je en les saluant. Je vous souhaite la bienvenue à Celestia.

A peine avais-je terminé ma phrase qu'une explosion retentis. Puis une autre et enfin des tirs. Rapidement, les hommes de Roxan sortirent des alentours, prenant chacun un garde pour cible et s'en débarrassant en usant de leur supériorité numérique. Les cris, les armes, les tirs, la fumée...tout ceci fut suffisant pour provoquer la panique tandis qu'en quelques pas Valerian me rejoignit.

- J'espère que tu sais ce que tu fais, me dit-il en me tendant une arme.

- Absolument pas, répondis-je en inspirant, mais il est trop tard pour réfléchir. Souhaite-moi bonne chance.

Profitant de la panique créée par la foule et la fumée des fumigènes que nous avions soigneusement dissimulés ici et là pour semer le trouble et accentuer notre petite représentation, je grimpe jusqu'au portail situé sur un podium de pierre, atteignant le couple royal replié.

- Il est inutile de vous rappeler, Votre Majesté, que la province connaît quelques troubles, n'est-ce pas ? Je suis certaine que vous avez encore cette information à l'esprit.

- Je pensais que...

- Bienvenue à Celestia, rappelé-je en tirant sur un des brigands aux prises avec un garde.

Heureusement pour lui, Valerian a été assez malin pour injecter des balles de peinture rouge éclatant à l'impact simulant ainsi une fausse blessure par balle.

- Voilà ce qu'est la réalité de la province : Violences et brutalités et c'est ici que vous m'avez envoyé ! Moi, votre plus jeune enfant. Depuis plusieurs jours nous subissons les foudres d'un petit groupe de terroristes ayant tout d'abord attaqués le château, puis s'en étant rapidement pris aux antennes de télécommunication comprenant l'importance de l'information et ayant perturbé le début du jeu et maintenant un raid ! Tous les jours les habitants de Celestia sont face à ce genre de dangers. Tous les jours des centaines de gens risquent leurs vies en se défendant, seuls, car le Royaume les a abandonnés, laissés tombés et pas seulement pour le besoin du jeu, mais bien avant cela ! Vous avez failli en jurant protéger cette terre. Vous avez failli en tournant votre dos à cette province, en l'abandonnant alors qu'elle a un potentiel. Mais dans votre sévérité, dans votre manque d'intérêt pour vos sujets, vous ne lui avez laissé aucune chance de se remettre du pillage subit par vos nobles et les gens de votre Cour.

Continuant à tirer, les hommes de Roxan battent en retraite après s'être débarrassés de quelques gardes tandis que je descends du podium, laissant ainsi la fumée se dissiper progressivement, laissant le chaos de la scène régner à l'écran. A l'heure actuelle, des millions de gens sont témoins de cette scène. A l'heure actuelle, des millions de gens m'ont entendus. Ainsi ai-je leur attention.

Profitant de l'absence de gardes autour du couple, Roxan surprends l'assemblée restante de journalistes trop avares de scoops à mettre à la une, s'empoignant ainsi du Roi, pointant sur sa tempe droite le canon d'une arme à feu.

- Bien le bonjour Nergard, j'espère que tu ne m'as pas oublié depuis tout ce temps.

- Roxan... J'avais ouïe dire que tu avais pris refuge ici à Celestia, mais je ne pensais pas que...

- Oh donc tu savais ? Et tu as quand même confié le sort incertain de ta fille entre mes mains ? Tu ne dois vraiment pas l'aimer celle-là ou alors...c'est parce qu'elle te rappelle beaucoup trop tu-sais-qui.

- Je ne te permet pas de parler d'elle. Pas ici. Pas maintenant.

- Veux-tu fais un pari avec moi ? Penses-tu que ta progéniture a son courage ? Vérifions cela. Hé Princesse !

Levant les yeux vers lui, je le vois presque sourire et me demande si la situation l'amuse réellement ou si ce dernier ne dissimule pas autre chose.

- Faisons un marché, veux-tu ? La vie de «papa» ici présent contre disons...une certaine et modique somme.

- Un bon souverain ne négocie pas avec un terroriste.

- Mais un souverain avisé envisage toutes les possibilités car après tout... N'est-on pas au bout de nos surprises ?

Je reconnais cette phrase.

Faisant mine d'enlever la sécurité sur son arme, je sors la mienne et lui tire dessus, récupérant en quatrième vitesse la main de mon père pour l'amener à moi quitte à ce qu'il manque de se fracasser à même le sol. Ce dernier quitte le podium avec la Reine et rejoignent mes côtés. Faisant mine d'être touché à hauteur des côtes, Roxan dessine un léger sourire.

- Joli tir...Princesse...

- Je ne suis pas qu'une Princesse et croire que ce titre me définit est une bien grossière erreur. Votre erreur a été de menacer mon peuple et de lui faire du mal, je ne tolérerais pas cela et s'il faut me mettre entre vous et lui, je le ferais. Tel est le comportement d'un souverain.

- Aucun Boùrbon ne mérite le trône, vous savez.

- Alors heureusement pour moi, j'ai la chance de n'être que la moitié d'un.

Disparaissant dans un écran de fumée venu interrompre notre discussion, le calme regagne progressivement les alentours tandis que les quelques gardes sonnés se relèvent, surpris et probablement confus. Ainsi, tous les regards se tournent vers la Princesse Magdalena, grande héroïne du jour. Des regards à la fois terrifié, surpris, mais également admiratifs obligeant à ceux qui les portent de se poser la question suivante : «Et si c'était elle ?»

- Votre Altesse, Votre Altesse, Votre Altesse ! Vous avez été...incroyable ! Mais comment avez-vous pu réussir à tenir tête à Roxan ? C'est un criminel notoire et impitoyable !

- Devrais-je avoir peur ou craindre quiconque se mettant en travers de mon chemin ? lancé-je en posant mon regard sur la Reine qui ne cessait de me dévisager

- Dites-vous que vous êtes prête à tout pour remporter le Ruler Game ?

- Non. Je n'ai que faire d'un jeu raillant même les principes de l'humanité. Que faire d'un trône qui nous est offert au nombre de «likes» que l'on peut avoir. Si je deviens Reine et quand je deviendrais Reine, je le serais parce que le peuple aura décidé que c'est ce qu'il veut du plus profond de lui. Sans que personne n'ait eu à influencer sa décision, sans petit mot échangé sur les plateformes, sur les réseaux sociaux pour essayer de convaincre de voter pour untel ou untel. Je veux être élu par un peuple conscient de son importance dans le processus décisionnaire. Je veux qu'ils se rendent compte par eux-mêmes que les réseaux sociaux ont leurs limites et que tout ça...ce n'est pas la vie. Certes, la vie est effrayante, raillé-je en repensant à tout ce qui venait de se passer, mais si on ne prends jamais de risques, si on essaye pas...alors de quel droit se plaint-on ? Il faut essayer, tomber, échouer pour apprendre et grandir. Il faut tourner le dos à ce qui peut nous sembler mal et incorrect, même si nous sommes les seuls contre une majorité. Cela peut paraître effrayant, mais c'est ainsi que l'on devient maître de soi et que l'on appartient qu'à soi.

Apercevant Valerian qui me fait un grand sourire du coin de l'oeil, j'ai grandement envie de lui rendre la pareille, mais cernée par les caméras et les questions des divers journalistes, l'échappatoire me semble impossible et tandis que le groupe s'est entassé autour de moi, le couple royal, normalement «star» de cette journée est devenu soudainement transparent. Invisible. Comme s'ils n'étaient guère présents.

- Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, il me semble que j'ai des invités au château ce soir ! Mais vous êtes tous et toutes les bienvenues pour le banquet de bienvenue...La cérémonie d'accueil ayant été mouvementée, je pense que tout le monde a bien mérité de se détendre, non ? sourié-je

Malheureusement, «se détendre» paraît être quelque chose hors de ma portée tant que mes invités indésirables seront ici. Mais cela tombe bien, j'ai, sous la main, de quoi les divertir. Eux et tout ceux et celles se joignant à nous ce soir. Cela promet d'être un spectacle tout à fait intéressant.

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