III - Flashback

Durant tout le cours d'économie/gestion, je ne les ai pas lâchés du regard. Pas même quand la retardataire est arrivée. C'est comme si j'avais des œillères aux coins des yeux. Je ne voyais qu'eux, et ce pendant les trois heures de cours.
Vous ne comprenez toujours pas ? Alors, remontons quelques années en arrière, voulez-vous ?


3 Mai 2014,

La sonnerie de la fin des cours approche enfin. Je vais enfin pouvoir quitter ce lycée de merde pour quelques semaines et éviter de croiser tous ces gens, idiots et méchants, qui n'arrêtent pas de me faire du mal. Il était temps !
Je m'approche de mon casier et l'ouvre pour récupérer mes dernières affaires et rejoindre ma maison le plus rapidement possible. En le refermant, j'observe mon reflet dans la clarté miroitante du casier.
C'est à cause de "ça" qu'ils ne m'aiment pas. Je ne suis pas comme eux. Je ne porte pas de beaux vêtements, je ne suis pas athlétique, je ne suis ni ceci, ni cela. Tout cela me dépasse.

_ Eh ! Balthazar !

À l'entente de ce nom, je prends mes jambes à mon cou aussi vite que possible mais ils sont déjà là. L'équipe infernale, comme ils sont nomment.
Leur chef, James, me sert fort la nuque et me ramène vers lui pour éviter que je ne m'enfuie.

_ Où tu vas mon grand ?, prononce James laissant ses deux acolytes masculins, Théo et Alexis. Tu ne nous dis pas au revoir ?
_ Tu ne voulais pas que l'on te rate alors que nous n'allons pas nous voir pendant un certain temps ?

Je n'osais même pas parler. Le couloir était vide bien sûr, tout le monde est déjà parti. Je n'ai aucune aide à porter de main. Et c'est vraiment désagréable.
Jessy et Sam, les filles qui les accompagnent, sont en train de rire comme des truies un peu plus loin, regardant trois chats attraper la souris vulnérable que je suis.

_ Bon alors, que va-t-on faire comme cadeau d'adieu ? Hein, les gars ?, reprend James. Regardez-le, il tremble de tout son gras !

Les deux garçons rirent aux éclats alors que James ricane au creux de mes oreilles.

_ Je suis ton pire cauchemar, Balthy ! Et ce, jusqu'à la fin des temps !

Et très fort, il m'envoie valdinguer contre les casiers. Si fort et si brutalement que je n'ai pas le temps de me protéger la figure. Mon arcade sourcilière vient de s'écraser contre l'un des derniers cadenas survivants au dernier jour de cours.
La douleur, criarde, me transperce tout le corps. Je retombe mal sur mes appuis et une autre douleur surgit dans mon poignet droit. Ne savant quoi faire, je me roule en boule. Les larmes commencent à dévaler mes joues.
James me prend par le col de mon manteau pour me remettre debout, sans difficulté.

_ Alors quoi, tu pleures ? Oh, pauvre chou, je t'ai fait mal !

Les autres riaient derrière lui. Ces rires, je ne les aime pas.
Et c'est sans appel que James me repousse encore une fois. Ma tête s'est cognée contre le sol. Un bruit sonore et continu se promène dans toute ma boîte crânienne. Les autres partent enfin. Du sang coule le long de mon visage depuis mon arcade. J'essaie de me relever tant bien que mal. Une fois sur pieds, je reprends mon sac et essuie mon visage du mieux que je le peux, aux toilettes. Une fois tout ça nettoyé, je me dirige vers la sortie et pars à pieds pour rentrer chez moi.
A la maison, c'est totalement le contraire de ce qu'il se passe au lycée. Mes parents ne me calculent même pas. Enfin, si quand même, mais ils ne s'intéressent pas à ce que je fais, ni même pourquoi j'ai autant mal à un endroit. Mais quand ça arrive, en de rares occasions je tiens à le préciser, je préfère leur dire que je sois maladroit, que je suis tombé tout seul.
La première fois que j'ai eu le culot de dire la vérité, je me suis pris une telle gifle de la part de mon père que je n'ai jamais voulu réessayer. Mon père travaille dans une entreprise avec le père de James (coïncidence ? Non !) Et du coup, ils sont très amis. Mon père, non plus, ne m'aime pas comme ça. A croire qu'il n'y a que le physique qui compte dans la vie.
Alors quand je rentre chez moi, je ne suis pas étonné que mes parents s'occupent seulement du programme télévision. Je m'enfuie dans la chambre de mes parents et prend à peu près tout ce que je peux dans la boite à pharmacie. Je cours vers ma chambre et me débarrasse de toutes mes affaires.
Il y a deux sortes de comportements devant une telle situation : soit vous êtes assez fort pour faire face et vous prenez votre mal en patiente, soit vous en finissez de suite. Moi, j'ai choisi la deuxième option. Cela fait plusieurs semaines que je retourne la question et, vraiment, je ne vois pas ce que je pourrai faire de mieux pour contenter tout le monde.

_ Balthazar !

La voix de ma mère depuis le rez-de-chaussée me surprend. Dans le mauvais sens. J'en fais tomber un cadre de mon bureau. La voix et les pas de mon père prennent le dessus et je panique. Je prends tous les cachets et les avale tous aussi vite que je le peux. Et au moment où mon père entre dans ma chambre, - Dieu soit loué -, j'ai avalé tous les comprimés.
Mon père remarque tous les tubes de médicaments et se précipite vers moi pour me faire recracher. La sensation n'est pas agréable du tout, mais il arrive à tout me faire régurgiter en peu de temps. Pour m'engueuler encore une fois et me dire que je suis un idiot et un égoïste.
Suite à ça, mes parents n'ont rien trouvé de mieux que de m'envoyer dans un pensionnat pour jeunes en détresse à trois cent kilomètres d'ici.


Pour moi, le 3 Mai 2014 restera le jour où je suis décédé. Le jour où je suis « parti ». Mais je dois dire que ce petit voyage en pension a été plutôt intéressant. Mais vous saurez la suite plus tard.
Alors voilà pourquoi je hais ces gens-là. Ils se prennent pour des dieux, continuellement. Seulement, il y a un petit problème dans cette équation, je suis un plus grand dieu qu'eux, à présent. Je suis content que Lucifer m'ordonne de ne plus tuer. Les torturer et les laisser vivre sera beaucoup plus attrayant !
En sortant des cours, je les entends discuter d'une soirée organisée le lendemain, dans un dortoir étudiant. Apparemment, ils vont y aller pour faire de nouvelles rencontres. Eh bien, je suppose qu'ils ne vont pas être déçus !

*

_ Alors cette journée de cours ?

Nous sommes installés dans le salon, après avoir dîné.

_ Barbante au plus haut point ! Mais le plus intéressant est que l'équipe infernale est dans ma classe et que demain, je mets mon plan à exécution !
_ Et que compte tu faire ?

Je m'assieds à côté de lui sur le canapé du salon et me sers une bière fraîche.

_ D'abord, je vais faire ami-ami avec eux lors de la soirée étudiante. Je sais ce qu'ils aiment et le genre de garçon qui plairait aux filles. Du coup, je suis rôdé !
_ Si jamais tu as besoin d'aide !, dit-il en levant la main pour répondre présent.

Je le regarde attentivement et devine sa sincérité. Et qu'il a changé de look, aussi.

_ Par contre, pas de costards, faudra que tu t'habilles comme les jeunes étudiants éméchés et insouciants lorsque j'aurai besoin de toi.
_ Je ne t'accompagne pas demain soir ?
_ Non. La première partie est pour moi !
_ Eh bien, conclue-t-il, tu es bien le fils illégitime du diable en personne.
_ Je suis tout à fait d'accord !

Nous entrechoquons nos bières et nous buvons à notre affaire.

_ Par contre, cette maison est bien lugubre, lorsqu'elle n'est pas allumée. La lune marche bien mais, des fois, elle est absente, tu le sais ?
_ Marcus ?, crie-je à travers la maison. Allume les appliques !
_ Bien, monsieur.

Deux secondes plus tard, la pièce est toute illuminée par la clarté jaunâtre des lampes aux murs.

_ Ah, c'est beaucoup mieux !, déclare Aloys. Et d'ailleurs, petit conseil, faudrait que tu fasses une soirée avec eux, ici. Simple suggestion pour qu'ils t'apprécient plus, ajoute-il rapidement en voyant mes yeux lui lancer des éclairs.
_ Ouais, on verra ça.

Aloys se lève et monte à l'étage pour se reposer. Je l'imite après avoir jeté ma bière dans le feu. Une bonne nuit de sommeil s'impose, sachant ce qu'il m'attend demain !

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