Chapitre XVI : L'unique moyen
Travis lança un regard circulaire dans toute la pièce, en veillant bien à le poser sur chaque personne présente, avant de s'arrêter sur Yvgon, qui ne s'était probablement pas attendu à ce que l'attention du prince se porte sur lui. Tout en le lorgnant timidement et déglutissant, il invita celui-ci à débuter ses paroles.
- Cher Yvgon, j'ai l'immense plaisir de vous confier la tâche la plus cruciale de mon plan.
- Moi ? Mais pourquoi donc ? bredouillait la fouine en posant une patte contre sa fourrure. Je ne suis qu'un humble commerçant.
- Justement, cela nous sera d'une grande utilité. Après tout, les marchands sont doués en orientation, n'est-ce pas ?
- En effet, affirma ce dernier en ne saisissant pas encore où il voulait en venir. Du moins, c'est mon cas. J'ai déjà été dans plusieurs royaumes éloignés d'Archenland.
- Bien, dans ce cas c'est parfait, c'est exactement ce dont nous avons besoin, dit-il en regardant à nouveau tout le monde, tout sourire.
Le chevalier glissa sa main dans une sacoche se situant au niveau de ses hanches, tandis que les deux Pevensie et Serena demeuraient silencieux en attendant la suite des explications du blond. Quand bien même Edmund n'appréciait toujours pas Travis, il devait bien reconnaître qu'il était la seule option pour s'en sortir dans cette époque de Narnia, de plus, il était également l'unique détenteur des objets magiques dont lui et sa famille furent propriétaires autrefois. Soudain, une question plutôt importante revint prendre place dans son esprit, néanmoins, il préféra laisser le prince dévoiler son plan avant de se décider à la poser.
Il y eut bien une vingtaine de secondes qui s'écoulaient, avant que Travis ne fasse apparaître une carte qu'il dépliait et qu'il plaçait au milieu de la table, afin que chacun puisse l'observer sous tous ses angles. Sans véritablement s'en rendre compte, les têtes de chacun se rapprochaient, comme si un point inexistant les avait attirés, avant de finalement se coller les unes aux autres, formant ainsi un cercle autour de ce dessin fait sur un parchemin abîmé.
- Ce n'est pas si mal, si nous restons ainsi, murmura le blond. Même si mon cousin n'est pas présent dans le château, nous devons être vigilants sur les échanges que nous allons avoir, à présent. Après tout, nous ne savons jamais qui peut écouter aux portes.
- Pas de soucis, nous parlerons à voix basse à partir de maintenant. Dites-nous ce qu'il y a à savoir, souffla Serena d'une voix encourageante.
La réponse fut brève, car Travis posa tout bonnement son index sur un emplacement précis de la carte. Immédiatement, les yeux de tous étaient rivés sur l'endroit pointé, mais ils firent rapidement une tête qui parlait plus que les mots. Le problème étant que ce qu'il montrait n'était rien de plus qu'une croix, faite à la main, en plein milieu du grand large.
- Il s'agit de la position d'un royaume, et ce n'est pas n'importe lequel, débuta-t-il d'un ton qui se voulait rassurant. Celui-là n'est pas connu de beaucoup de gens, car il est caché quelque part en mer, au point ne pas se trouver sur une carte, comme vous pouvez le constater. Seuls ceux qui connaissent sa position peuvent s'y rendre, et si je vous en parle, c'est parce que c'est l'unique royaume qui acceptera de nous aider sur le champ de bataille. Yvgon sera charger de se rendre là-bas, sous mes instructions, dans le but de nous apporter les renforts dont nous avons tant besoin, et si tout se passe comme prévu, s'il part dès aujourd'hui, il y sera dans pas moins de quatre jours. Ça nous laissera le temps de leur préparer le terrain, puisque nous y arriverons avant eux.
- Quatre jours ? s'étrangla Serena. C'est si loin que ça ?
- Eh oui, vous vous doutez bien que ce royaume caché ne se trouve pas là où vous avez pieds, répondit avec entrain Travis, mais c'est notre seul moyen d'y parvenir, croyez-moi.
- Et combien de jours mettraient-ils à arriver depuis ce royaume jusqu'à Cair Paravel ? enchaîna Lucy en le regardant avec le plus de sérieux possible.
Le prince glissa un doigt sous son menton, montrant ainsi qu'il était en train de réfléchir, avant d'ouvrir la bouche afin de répondre à la jeune Pevensie :
- Je dirai deux jours, s'ils évitent de faire trop de pauses sur le chemin.
- Donc en tout, ça leur prendrait six jours, en espérant qu'ils viennent le plus rapidement possible, super... avait conclu Edmund d'un air bougon.
Le chevalier inclina la tête en guise de réponse, et celui-ci sembla ignorer la tête que faisait le roi ébène.
- En sachant que, d'Archenland, nous mettrons nous-mêmes quatre jours pour arriver à Cair Paravel, ce qui veut donc dire que nous allons devoir nous débrouiller durant deux jours entiers, prononça la princesse d'une voix troublée.
- Oui sûrement, mais nous devons privilégier le plus important. C'est à dire, retrouver vos deux amis qui se trouvent probablement là-bas, en espérant qu'ils soient toujours en vie, et nous devons veiller à amener en sûreté tous les survivants à la frontière, afin qu'ils puissent avoir une chance de s'en sortir, souligna Travis d'un ton assuré.
- Il n'a pas tort là-dessus, confirmait Lucy en glissant une mèche rebelle derrière son oreille. En procédant de cette façon, nous éviterons ainsi le décès d'un tas d'autres habitants, et nous allons en profiter pour analyser les environs afin de préparer le terrain à ces guerriers qui nous viendrons en aide. C'est judicieux comme plan.
- D'accord, admettons que cela se passe comme prévu, s'était renfrogné Edmund, mais qu'est-ce qui nous garantit qu'ils viendront à notre secours ? Je veux dire, qu'est-ce qui prouve que le souverain de ce royaume là accepterait d'envoyer ses troupes vers une mort certaine ?
Un soupir s'échappait des lèvres du chevalier, car il s'était attendu à une telle question de la part du roi ébène. Il ne le connaissait que depuis une ou deux heures, mais par son expérience, il avait su apprendre à anticiper les réactions de certaines personnes rien qu'en les observant avec attention et discrétion, tout comme le faisait Edmund par moments.
- Parce que cette personne qui dirige ce royaume n'est pas n'importe qui, faites-moi confiance sur cette information. Nous sommes des connaissances de longue date, et si vous tenez à savoir comment ma demande va pouvoir passer, c'est parce que je vais lui adresser une lettre signée de mon sceau royal. Elle sait parfaitement que je suis le seul détenteur de ce sceau, donc nous aurons son soutien, leur assura-t-il tout en leur présentant son annulaire droit sur lequel se situait une bague en argent.
Yvgon n'avait daigné observer le sceau qui se trouvait sur la bague, car il était bien trop imprégné par la carte qui se situait toujours au milieu de la table, et il n'avait pu s'empêcher de rester muet face à ses amis qui persistaient à vouloir des réponses de la part du blond. Celui-ci avait subitement commencé à se gratter nerveusement les pattes, avant de lever les yeux pour poser à son tour une question :
- Ce royaume se situe sur une île, je présume, mais pour y accéder je vais probablement avoir besoin d'un bateau. Où le trouverais-je ?
Étrangement, une lueur traversa le regard bleuté du prince, qui semblait être heureux de pouvoir lui fournir les informations requises.
- Pas besoin de bateau pour y aller, prononça-t-il en lui offrant un clin d'œil, je peux vous l'assurer. Je vais vous donner quelque chose de bien mieux encore.
Encore une fois, le blond glissait sa main dans sa sacoche pour en dénicher une minuscule bouteille en verre, dans laquelle se trouvait quelque chose d'assez particulier. Il la posa sur la table, et chacun à leur tour se l'était passé afin de pouvoir l'observer plus en détails.
- Un scaphandre ? fit remarquer Edmund, tout en dévisageant Travis.
- C'est exact, mon ami, affirma-t-il en souriant.
Le roi ébène balaya du regard le visage de chacun de ses compagnons pour constater leur réaction face à cela, cependant, il constata être le seul à avoir compris la manière dont Yvgon allait devoir s'en servir.
- C'est de la folie, c'est impossible que cela puisse fonctionner, voyons, ajouta-t-il en essayant d'être rationnel.
- Vous vous trouvez dans un monde magique, je vous rappelle. Tout est possible, Edmund !
- Attendez, qu'on soit bien d'accord, s'exclama la jeune Pevensie, ce scaphandre ne va quand même pas lui servir à se déplacer sous l'eau jusqu'à cette île ?
- Enfin Lucy, tu n'as donc pas saisi ce que montre la carte ? Il ne s'agit pas d'une île, mais d'un royaume sous la mer ! lui expliqua son frère d'un ton revêche.
- Sous la mer ? avait glapit cette dernière en faisant de gros yeux. Mais il ne tiendra jamais aussi longtemps, avec la pression de l'eau, sans compter qu'il finira par manquer d'oxygène... Non, je ne peux pas croire que cela puisse marcher.
Travis attrapa la bouteille en verre et la garda en main, ce qui avait automatiquement attiré le regard du quatuor sur lui. Le chevalier tapota ses ongles contre le verre de la bouteille tout en les observant.
- Vous êtes restés bien trop longtemps dans votre monde dénué de magie, on dirait. Cela me désole de voir que la fantaisie ne parvient plus à vous convaincre comme ce le fût autrefois. Et dire que c'était votre esprit ouvert qui vous permettait de commettre l'impossible lorsque tout le monde perdait espoir...
- Donc vous êtes réellement en train d'essayer de nous faire croire que ce scaphandre miniature peut lui permettre de nager jusqu'à ce royaume pendant des jours ? demandait Serena avec le plus de sérieux possible.
- Évidemment, c'est magique ! Il suffit de retirer le bouchon, renverser le contenu de la bouteille au sol, et une fois le scaphandre à l'extérieur, il reprendra sa forme originelle. C'est le miens, et si vous voulez êtres rasséréner, le royaume de Fysallída se trouve sous un dôme, donc les créatures qui y vivent respirent autant que nous de l'oxygène, leur assura le blond. Il y a un moyen pour y pénétrer sans perturber le système, croyez-moi.
- C'est extraordinaire, ce que vous êtes en train de nous dire, je ne pensais pas que cela puisse exister. Je veux dire, bien sûr que je crois toujours en la magie, mais c'est bien la première fois que j'entends parler de royaumes sous la mer. Forcément, après tout ce temps que j'ai pu passer à Narnia depuis ma plus tendre enfance, apprendre cela me trouble un peu, à vrai dire, avait avoué Lucy en ne lâchant pas du regard le prince.
Il y eut bien quelques secondes de calme, durant lesquelles les deux se fixaient, avant qu'Edmund ne roule des yeux d'un air agacé en soupirant, rompant leur contact visuel, afin de dire la chose à laquelle il avait pensé plus tôt.
- Tout cela est clair concernant ce plan, à présent. Mais il y a une chose qui me turlupine, par rapport à nos artefacts d'antan. Vous dites être celui qui les a récupérés à Cair Paravel, pour vous en servir. Alors, où sont-ils à l'heure actuelle ?
- Cela est une excellente question, Edmund. Eh bien, sachez qu'ils sont sous la protection de la souveraine de ce royaume marin. Les gens là-bas sont sans doute les seuls en qui je place une confiance aveugle. Vous avez sûrement compris que je ne veux prendre le moindre risque ici. Je suis d'ailleurs à Archenland sans que mon cousin n'ait été informé de ma venue, sinon je n'aurais pu vous faire entrer aussi facilement. Et avant que vous ne me questionner sur l'endroit où il se trouve, sachez qu'il est dans l'une de ses demeures plus au sud du royaume, pour des affaires dont je n'ai point connaissance.
- Dans ce cas, cela nous rassure qu'ils soient en sûreté, souffla Serena. Néanmoins, je dois tout de même vous faire part d'une prophétie qui nous fut donnée par une voyante. Et il y est mentionné l'épée du roi Peter, donc je pense que nous allons en avoir besoin pour faire face à ce qui se prépare.
Lorsque la brune eut prononcé ces mots, elle n'avait remarqué qu'Edmund la toisait gravement. Il savait pertinemment que le prince était leur unique moyen de faire quelque chose, et ça l'horripilait de ne pas avoir les commandes, et surtout, il n'arrivait à se persuader que Travis était de leur côté. Quand bien même, celui-ci leur en avait déjà suffisamment dévoilé.
- Une prophétie, vous dites ? Et qu'est-ce qu'elle dit exactement ?
- Oui, hélas je ne me souviens pas avec exactitude des phrases prononcées. Mais je suis sûre que ça parlait de cette bataille qui nous attend prochainement.
Un soupir fût lâché de la part du roi ébène, car il se souvenait parfaitement de ces mots, mais il n'avait guère l'envie de les dire. Cependant, après plusieurs tentatives de sa dulcinée à réciter la prophétie, la tentation fut trop forte pour qu'il ne puisse se taire plus longtemps.
- « Seul le souffle du lion majestueux,
Le rayon de lumière donnera-t-il,
Brisera le sortilège qui rend malheureux
Et l'épée Vaillante détruira ainsi cette source futile », déclara le brun en évitant de croiser le regard de Travis.
- Ouah, c'est surprenant de voir que vous vous en souveniez aussi bien, avait sourcillé le chevalier en l'observant avec ferveur. Toutefois, je constate qu'elle parle également d'Aslan. Ceci voudrait donc dire qu'il va faire son véritable retour ?
- On dirait bien, reconnu le roi ébène. Mais mieux vaut ne pas se réjouir, nous sommes loin d'avoir affronter cette terrible épreuve...
- Oui, c'est vrai. D'ailleurs, nous ferions mieux de ne pas perdre plus de temps. Nous devrions nous focaliser sur notre quête, et se préparer pour le voyage.
- Attendez, ajouta Edmund. Vous avez omis de nous préciser comment nous allons bien pouvoir récupérer nos objets.
- Vous ne lâchez rien, vous, c'est aberrant, s'insurgea le blond en le fixant d'un air grave.
Le jeune homme secoua la tête en regardant Edmund qui se contenta d'hausser les épaules, ce qui invita Travis à concentrer son attention sur la carte pendant quelques secondes, avant de la saisir et relever les yeux sur son interlocuteur :
- Croyez-moi, j'ai plus d'un tour dans mon sac, Edmund. Ne vous inquiétez point pour vos armes. Vous les aurez au moment opportun, lui assura-t-il d'une voix très certaine.
Sur ces mots Travis s'était écarté du cercle de têtes, et le roi ébène fronça les sourcils, intrigué par les dernières paroles du prince. Celui-ci s'était apprêté à répliquer, mais Lucy l'avait coupé dans son élan en lui sommant d'essayer de faire confiance au blond, car il était leur unique espoir. Le brun roula des yeux tout en croisant les bras, et Serena tenta en vain de lui changer son air grognon.
- À présent, je vais écrire ladite lettre qu'il vous faudra protéger précieusement comme votre vie, cher Yvgon, s'exclama-t-il en désignant l'animal du doigt.
- Je ferai tout mon possible, Messire Travis. Je vous prête allégeance, mon prince, dit-il en se levant pour lui offrir une courbette.
- Tant mieux, prononça-t-il en se levant à son tour. Dans ce cas, en attendant, vous pouvez profiter de ces quelques minutes pour vous dégourdir les jambes, indiqua-t-il à ses compères.
- « Nous dégourdir les jambes » ? répéta Serena d'un air incrédule. On ne connaît pas vraiment le château pour se le permettre, fit-elle remarquer.
- Je vais aller chercher ce dont j'ai besoin pour rédiger la lettre, et je reviens. Si vous voulez bien m'excuser, souffla-t-il en quittant la pièce, évitant ainsi de répondre à la princesse.
- Nan mais je rêve... il vient clairement de m'ignorer là, pesta la jeune femme en écartant les bras.
- Ne fais pas attention, lui souffla son fiancé en se plaçant à côté d'elle.
Edmund, Serena et Lucy tournaient rapidement en rond, et ils finirent par se demander s'il n'était pas judicieux d'essayer de se procurer de quoi soigner les blessés qu'ils trouveraient lors de leur arrivée à l'est. Lucy valida sans hésiter cette idée, et c'est pourquoi ils prirent la direction de la porte menant à la sortie, après avoir prévenu Yvgon. Espérant retrouver le chemin de l'infirmerie, ils marchèrent, sans succès, durant plusieurs minutes dans le silence total, en arpentant ces longs et larges couloirs qui furent au départ désert, avant qu'ils ne croisent enfin des membres du personnel pris par une avalanche de choses à faire, donc aucun du trio n'avait osé les aborder, les laissant simplement traverser au pas de course la route qu'ils eurent empruntée inversement. Au bout d'un moment à errer ainsi, Serena laissa s'échapper un soupir par ses lèvres, et sans y réfléchir au préalable, elle appuya sur la poignée d'une porte et l'ouvrit, ce qui attira l'attention de ses deux amis.
- Au point où nous en sommes, nous devrions tout simplement nous débrouiller tout seuls. Ils m'ont l'air assez chargés de travail pour que l'on en rajoute à leur liste, les pauvres, déclarait la princesse en analysant le contenu de la salle qui se présentait à elle, mais elle était banale.
- Tu as raison, approuva l'ancienne reine. Après tout, ce ne doit pas être difficile de trouver du matériel nécessaire à notre survie, même si c'est dans cet immense château.
- Hm, c'est là que je me dis que le sens de l'orientation d'Yvgon nous aurait été d'une grande utilité, déclara le brun en examinant du regard les détails du couloir.
- Oui, mais tant pis, nous ferons avec ce que nous avons, et c'est tout, avait conclu Serena en prenant la tête du trio, les deux Pevensie sur ses pas.
Ils avaient parcouru plusieurs mètres en ouvrant unes à unes les portes, et les refermant encore et encore, avant de se trouver nez à nez avec un employé du château qui avait l'air d'être haut placé. Contrairement aux précédents servants et courtisans qu'ils eurent vus, ce dernier n'était pas pressé et s'était arrêté pour toiser ses interlocuteurs. Très vite, il s'était empressé de les questionner sur leur présence.
- Bien le bonjour, mon brave. Je me nomme roi Edmund Le Juste, et voici ma sœur, la reine Lucy La Vaillante, ainsi que ma promise, la princesse Serena L'Audacieuse, annonçait le roi ébène en désignant les concernés. Nous sommes les amis du prince Travis IV, et il nous a demandé de nous rendre à l'infirmerie, hélas nous avons beaucoup de mal à nous y retrouver, ce château est grand et tout se ressemble.
L'homme qui se tenait devant eux avait d'abord levé un sourcil intrigué, avant de faire de gros yeux, et il s'inclina devant chacun d'eux, comme si par magie, celui-ci les avait reconnus.
- Relevez-vous, je vous prie, souffla Lucy, d'un air gêné, après qu'il lui ait baiser la main.
Sur ces mots, il s'exécuta et écouta Edmund lui expliquer plus amplement les choses. Le servant leur proposa de le suivre afin qu'ils puissent se servir, et ils ne tardèrent pas à emboîter son pas.
Le petit groupe avait longé tout le couloir avant de bifurquer dans une autre partie du château, pour ensuite se retrouver à descendre plusieurs étages menant dans les tréfonds de cet endroit. Rapidement, ils s'étaient retrouvés dans un lieu digne d'un cachot, et la température avait vite baissée. Lucy s'était mise à frotter ses bras tout en suivant le rythme. Plus ils avançaient, plus Edmund et Serena doutaient des intentions de leur hôte car ils n'étaient point venus ici pour leurs soins. La jeune femme tenta pourtant de se rassurer en se disant qu'ils stockaient tout simplement leurs réserves dans les sous-sols.
Le servant ouvrit subitement une porte ouvrant sur une vaste pièce regorgeant de matériel médical et de plantes, ce qui, au premier abord, leur avait fait penser à une serre, mais il n'en n'était point car il s'agissait d'un immense laboratoire dédié à la médecine. La température était bien plus chaude, et l'odeur qui y régnait faisait penser aux pins. Cela n'avait pas étonné Serena, qui s'était directement dit que c'était là que les druides exerçaient leur art en matière de potions et médicaments en tout genre. Ces derniers marchèrent en file indienne afin de ne pas faire un faux pas, tandis qu'ils passaient entre les plantes, ne percevant bientôt plus que du vert. Soudain, le servant leur indiqua de s'arrêter à une certaine limite, les laissant tous les trois seuls au beau milieu de cette petite forêt. Le servant, quant à lui, avait continué d'avancer jusqu'à une table où une petite créature, ressemblant fortement à un raton laveur, bien qu'il soit doté d'un œil jaune et d'un cache œil sur l'autre, était justement en train de mener à bien une expérience chimique, entouré d'un tas d'objets impensables.
- Bonjour Abiss, j'espère que je ne vous dérange pas en plein travail ?
- Hulig, je suis toujours en plein travail, lui répondit sèchement le raton laveur, alors parlez, le temps c'est d'l'argent. Qu'est-ce qu'il y a ?
- Cela va vous paraître saugrenue, mais il y a des amis du prince Travis IV qui sont en notre compagnie, en ce moment même. Ils sont là pour vous demander s'il vous serait possible de vous séparer de quelques médicaments, ou bien encore de quoi bander des blessures, enfin des choses capables de soigner quelqu'un, quoi... Je les ai volontairement laissés au beau milieu des feuillages pour qu'ils ne vous effrayent pas. Après tout je sais à quel point vous aimez vivre en Hermite, fit-il remarquer en se raclant la gorge.
- Eh bien, je suis curieux de savoir ce qu'ils comptent en faire, s'étonnait l'animal. Ils ne vont quand même pas partir affronter le mal qui sévit à Cair Paravel ? Ce serait de la folie !
- Honnêtement, je n'en sais rien, j'ai pensé que c'était impoli de les questionner sur le sujet, mais si vous l'acceptez, je peux vous les présenter. Ce sont des gens très importants.
- Bien, bien, allez les chercher, persiffla Abiss en lâchant enfin du regard son bric-à-brac afin d'accorder son attention à la petite allée menant aux plantes.
Il vit disparaître le corps d'Hulig entre les feuilles vertes, et rapidement il était réapparu accompagné des soi-disant amis du prince.
- Alors comme ça, vous souhaitez me prendre mes potions et d'autres choses en tous genres ?
- Bonjour, nous sommes désolés de vous déranger durant votre travail. En effet, affirma Edmund, c'est bien ça. Il se trouve que nous avons pour but d'aller nous battre pour une noble cause. N'ayant pas vraiment de temps à perdre, son altesse Travis aimerait se procurer le nécessaire avant notre départ pour les royaumes de l'est.
Le raton laveur fit trembler la table après avoir bondit sur cette dernière, ce qui fit sursauter tout le monde. Lucy eu même un frisson tandis que son seul œil la regardait avec insistance.
- Si vous me jurer que vous reviendrez entiers, je vous donnerai tout ce que vous voulez ! déclara-t-il en les regardant un à un.
- Pourquoi cette condition ? le questionna Serena en osant s'approcher de la table sur laquelle il était toujours en train de trôner.
- Parce que... Parce que... marmonna ce dernier en sautant de la table, leur cachant son visage durant quelques secondes. Mon frère est là-bas. C'est le druide du roi Tirian, pardi. J'ignore s'il est toujours en vie, bien entendu. Cependant, j'aimerais que l'on me rapporte son corps, mort ou vif, peu importe, avoua-t-il, et cela fit une fois de plus frissonner la jeune Pevensie.
Cette dernière avait discrètement murmuré à l'oreille de son frère qu'elle trouvait ce raton laveur terriblement malaisant et perché. Edmund tenta de la rassurer en lui faisant comprendre que ses pensées étaient similaires aux siennes, en ayant simplement hoché la tête.
- Entendu ! Nous acceptons votre requête, lui assura la princesse d'un ton assuré.
Sur ces mots, Abiss sautilla de joie avant de se calmer pour les interroger sur le matériel dont ils avaient besoin.
Il y eut bien une quinzaine de minutes qui s'étaient écoulées, pendant lesquelles un sac énorme se remplissait de toutes sortes de choses que l'animal jurait être utile pour eux. À plusieurs reprises, des regards d'incompréhension se mêlaient entre tous, et lorsqu'ils eurent enfin quitté cet endroit, un énorme soupir de soulagement fut lâché de la part du petit groupe.
- Bon, maintenant, essayons de retrouver Travis, annonça Serena d'une voix épuisée.
- En espérant ne pas tomber sur un autre énergumène venu de Mars, sur notre chemin, souligna Edmund avec la voix la plus sérieuse qu'il puisse avoir.
Lorsqu'ils trouvèrent à nouveau le chemin les menant à la petite pièce, Hulig les laissa devant la porte afin de retourner à ses occupations, et ils se contentèrent d'un signe de main en guise d'au revoir. Lucy leva les sourcils, en ayant vu le peu de politesse dont faisait preuve le servant, avant qu'elle ne se décide à chasser ses idées pour appuyer sur la poignée, mais elle fut coupée dans son mouvement par des bruits d'épée et des grognements derrière cette dernière. Immédiatement, elle se tourna face à son frère et sa meilleure amie, qui la questionnait du regard.
- Edmund, chuchota-t-elle en lui faisant comprendre que quelque chose n'allait pas.
Sans être entrée dans les détails, la jeune Pevensie fut comprise par son aîné, qui ne mis pas longtemps à saisir qu'il devait agir. Il fit glisser à ses pieds le paquet qu'il portait par-dessus son épaule, attrapa son épée à sa ceinture, et s'avança lentement, avant de donner un coup de pied dans la porte. Sous le coup, cette dernière avait cédée et donnait une vue imparable sur deux individus qui croisaient le fer. Fort heureusement, le brun s'arrêta net en voyant qu'il s'agissait seulement de Travis qui apprenait à Yvgon le maniement d'un fleuret. Bien entendu, l'entrée fracassante du jeune Pevensie les stoppa dans leurs mouvements, avant qu'ils ne le dévisagent d'un air incrédule.
- Pardonnez-moi, avait bredouillé le roi ébène en rangeant son arme dans son fourreau. Je croyais que vous vous faisiez attaquer, donc j'ai jugé qu'il soit judicieux d'intervenir.
Un vaillant sourire avait pris place sur le visage de l'animal, et le prince ne put réprimer un rire avant de saisir le fleuret que lui tendait la fouine.
- Voyons, mon bon ami, ce n'est rien, le rassura le blond. Détendez-vous ! Je comprends que vous soyez stressé à cause de ce qui se passe. Mais j'enseignais simplement à Yvgon le moyen de se défendre, car n'oublions pas qu'il sera livré à lui-même d'ici quelques heures.
- Oui, cela est tout à fait logique, en effet, se contenta-t-il de dire en ne croisant pas son regard.
- Allons bon, ce n'est rien Edmund, dit-il une nouvelle fois, avant de porter son attention sur Yvgon.
Il y eut encore quelques minutes qui passèrent avant que Travis ne termine de donner les directives à la fouine, et lorsqu'ils eurent fini leur échange, le chevalier s'approcha enfin de ses trois compères, qui avaient pris place sur les chaises qu'ils s'étaient plus tôt appropriées, afin de les interroger sur le contenu des sacs qu'ils gardaient à leurs pieds.
- Il s'agit de potions en tout genre, de quoi bander des blessures ou bien encore quelques concoctions à base de plantes, l'informa Serena, tout en glissant sa main à l'intérieur pour en dénicher quelques échantillons.
Le jeune homme leva les sourcils tout en se baissant à son niveau, afin de constater par lui-même ce qui se trouvait à l'intérieur. Un instant plus tard, il releva la tête et affichait une expression étonnée.
- Et bien, on dirait que votre perspicacité peut encore me surprendre, malgré tout ce que j'ai pu apprendre à votre sujet, avoua-t-il en s'adressant au trio.
- Il faut croire que les livres et la réalité sont bien différents, riait Lucy en posant une main sur sa hanche.
- Mais comment êtes-vous parvenus à convaincre ce vieux bougre d'Abiss de vous donner tout ça ? Lui qui est si asociale, égoïste et surtout désagréable. Personne n'arrive à tenir plus de deux minutes en sa compagnie, du moins c'est le cas du roi. Ce n'est pas pour rien qu'il a envoyé Abiss aux cachots, mais vous me direz, ce dernier s'y sent à son aise.
Les deux Pevensie et Serena partagèrent un regard amusé, avant de se concentrer à nouveau sur Travis.
- Nous savons être persuasifs, lui répondit Serena d'un ton assuré.
- Et nous lui avons surtout promis de lui ramener son frère, ajouta le brun.
- Hm, je comprends mieux. Il faut dire qu'Abiss est un grand sentimental, même s'il n'en n'a pas l'air. Son frère est la dernière personne qui lui reste de sa famille. Enfin bon, je ne vais entrer plus amplement dans les détails. Il est temps de poursuivre nos préparatifs, avant notre départ dans la soirée.
Sur ces mots, le prince sortit de la pièce en indiquant à ses amis d'emboîter son pas, ce qu'ils firent sans dire quoi que ce soit. Le petit groupe s'aventura dans les tréfonds du château, en veillant à ne pas se faire repérer, tels des fugitifs, en traversant d'étroits passages secrets poussiéreux, qui semblaient n'être connus que de leur hôte. Aucun d'entre eux ne sut exactement combien de temps s'était écoulé, avant qu'ils ne retrouvent enfin le bout de cet immense château, afin d'arriver dans une grande salle où, quand ces derniers passèrent la porte, une odeur de transpiration vagabondant dans l'air vint les agresser. Ceci fit grimacer Lucy et Yvgon, qui n'en n'avaient pas l'habitude. Cela ne fit cependant pas rechigner Travis ni le couple, qui pouvaient parfaitement la tolérer. À vrai dire, Serena et Edmund reconnaissaient que ça leur rappelait tant de souvenirs en rapport avec leurs innombrables entraînements physiques. Ceux-ci partagèrent une pensée en se regardant, et ne se disait qu'une seule chose : je suis bien heureux(se) d'avoir trouvé quelqu'un qui aime ce genre de bizarreries.
Des sons de fer contre fer, des grognements, des paroles farouches, ainsi que des boums, se laissaient entendre au sein de cet endroit qui semblait être à part de tout le reste. En effet, ce petit centre d'entraînement se trouvait au bout du bâtiment, comme s'il était exclu du château, sûrement parce que cela n'avait rien de raffiné aux yeux du roi.
La jeune Pevensie fut agrippée par Yvgon, tandis qu'ils se créaient un passage parmi les nombreux combattants qui étaient à l'œuvre, jusqu'à ce qu'ils ne s'arrêtent enfin face à un homme qui se tenait droit comme un piquet et avait ses bras croisés contre son torse bombé.
- Travis, commença celui-ci en le regardant gravement. Un souci ?
- Non, au contraire Razga, lui répondit le blond, avant de pivoter afin de désigner de la main ses nouveaux compagnons. Je te présente les anciens souverains de l'âge d'or, et leur ami. Je suis arrivé à les faire venir depuis l'autre monde, comme tu peux le constater.
- Hm, je vois, dit-il simplement avant d'accorder son attention aux membres de la famille Pevensie, Serena et Yvgon.
- Alors comme ça, vous êtes vraiment originaires d'ailleurs ? Je ne pensais pas que c'était réel.
- Oui, je sais, c'est difficile d'y croire, et pourtant... répondit Edmund.
- En tout cas, vous êtes mieux en vrai que sur les illustrations des bouquins que j'ai lu durant ma jeunesse.
Ils ne parlèrent pas longtemps, sûrement parce qu'il leur fit comprendre assez vite qu'entrer dans les détails n'était pas vraiment nécessaire. C'est pourquoi le chef des soldats poursuivit ses dires en s'adressant à Travis :
- Et je peux savoir quelle idée farfelue t'as encore traversée l'esprit ?
- Voyons Razga, tu me connais. Je ne peux pas laisser les royaumes de l'est dans cette situation actuelle.
- Justement, je te connais trop bien, avait rouspéter le chef. Tu es bien trop imprévisible et impétueux pour que j'accepte une fois de plus de te prêter main forte. Regarde ce qui s'est passé la fois dernière...
Travis fit claquer sa langue contre son palais, avant que Razga ne poursuive en soupirant :
- Je suppose que si vous venez me voir, c'est pour obtenir des armes ou des renforts de la part de mes troupes...
- Oui, on peut dire ça. Mais si je te demande ça c'est parce que je n'ai pas d'autres choix, et tu le sais bien. Crois-moi, cette fois-ci je vais y arriver, grâce à leur présence.
- Si vous avez lu les registres à notre propos, vous ne devriez pas vous inquiéter et nous faire tout simplement confiance, lança Lucy. Nous avons géré bon nombre de situations périlleuses, et même si ce fut toujours compliqué, nous avons su garder notre sang froid afin de mener à bien la bataille que l'on menait.
- Navré, Reine Lucy La Vaillante, mais de simples mots de votre part ne pourront me convaincre aussi facilement, déplora-t-il en la regardant de travers. La situation est différente.
Il porta ensuite son attention sur Travis et enchaîna :
- Tu connais les règles, et tu ne fais pas l'exception... Mais peut-être, dois-je te rafraîchir la mémoire ? Le roi est au courant de mes combines depuis ton dernier échec. J'en ai marre de me laisser berner par tes paroles qui semblent emplies d'espoir... Tout ça m'exaspère, je ne veux plus prendre de risque pour ce genre de chose. Désolé mais ce que tu me demande est impos...
Edmund avait essayé de dire quelque chose à propos de ce que Razga avait dit à sa sœur, mais Travis l'en empêcha en levant un index face à lui, pour ensuite continuer à s'expliquer avec le chef des soldats.
- Je suis tout à fait conscient de ces choses. Mais comment peux-tu croire tes paroles en disant que mes amis ne pourraient pas faire le poids face à ce mal ? Et puis les habitants de l'est n'ont pas d'importance à tes yeux ? s'était-il offusqué. Ces gens ne méritent pas ça ! Personne d'ailleurs. Et qui sait, ce n'est qu'une question de temps avant que cela ne se propage à Archenland, donc ne repousse pas les seules personnes qui acceptent de nous aider. Nous sommes tous dans le même pétrin... Je ne suis pas parfait, comme tout le monde, je fais des erreurs, mais contrairement à beaucoup, je ne baisse pas facilement les bras. Tu ne peux me reprocher cela.
- Je ne suis pas idiot, ni insensible, je te rassure. Moi aussi je fais des erreurs, et je l'assume, mais les choses ont pris trop d'ampleur pour que j'ose m'en mêler une fois de plus. Et ce ne sera pas deux ou trois de mes soldats qui changera quoi que ce soit, si ce n'est apporter encore et toujours du chagrin auprès de leurs proches.
- À aucun moment je ne t'ai requiert d'envoyer tes soldats au front... Si je suis venu, c'est pour te supplier de m'accorder ta confiance. Tu as raison me concernant, je suis imprévisible, impétueux, mais tu as oublié que je suis également déterminé. Et ce qui va faire toute la différence, comparé aux précédentes fois, c'est que cette fois-ci je suis accompagné des meilleurs éléments que puisse avoir ce monde. Je sais que nous triompheront contre eux, j'en ai la certitude, déclara Travis en se tournant face à ses amis qui lui répondirent de bon cœur en inclinant la tête. Nous avons seulement besoin d'une épée et d'un bouclier, pour notre ami Yvgon. Pour le reste, on a déjà des équipements.
- Une seule épée, un bouclier, une fouine et trois souverains du passé... Sérieusement ? Tu espères vraiment qu'avec ça tu vas vaincre le mal ? pouffa-t-il, montrant ainsi qu'il n'était pas convaincu. Crois-moi, évite à ces personnes de risquer leur peau, et rentre chez toi.
- Jamais je n'abandonnerai ! s'écria Travis en le foudroyant du regard. Et au cas où tu aurais un trou de mémoire concernant l'histoire de ce monde, le roi Edmund et la reine Lucy furent d'excellents souverains. C'est grâce à eux que la terrible sorcière fût éradiquée à tout jamais de Narnia, mais c'est également à eux que l'on doit diverses choses qu'ils nous ont apportés de leur monde originel. C'est à eux que l'on doit l'excellent règne de la lignée de Caspian, et c'est surtout eux qui ramènent toujours la paix. Donc, je pense qu'au contraire, ça fera une énorme différence.
- Je connais ces légendes que l'on raconte au coin du feu, néanmoins ça a toujours fais partie de chimères à mes yeux, donc permets moi de douter de leur efficacité. Et puis, tu sais, peu importe le nombre d'anciens souverains que tu feras venir d'outre-tombe ou je ne sais quoi, tu ne pourras quand même pas sauver tout le monde, de toute façon, annonça d'une voix plate le chef des soldats. Regarde, à ton avis, pourquoi est-ce que mes troupes s'entrainent autant ? Pour se préparer au pire lorsque les Calormènes arriveront sur nos terres, et ainsi nous éviterons un carnage similaire.
- Arrête donc de condamner tout le monde avec tes paroles aussi macabres. Honnêtement, tu penses que c'est la meilleure solution, selon toi ? Tu as le droit de croire en eux ou pas, mais ne nous empêche pas de sauver le plus de gens possible. Franchement, tu me dégoûtes, tu serais prêt à laisser tous ces pauvres gens mourir, tout simplement parce que toi, le roi et tes troupes avez peurs pour vous-même. C'est de l'égoïste et de la lâcheté ! Vous ne méritez pas de vous trouver ici.
Le chef avait tressailli, et la seconde d'après, ses bras se trouvèrent le long de son corps, et ses poings étaient si serrés que ses jointures viraient au blanc. Il fusilla de son regard intense le prince, avant de lever le poing, se préparant ainsi à frapper son interlocuteur, mais avant même qu'il ne lui fasse quoi que ce soit, il fut empêché par Serena et Edmund d'agir, car ces derniers avaient rapidement compris que la situation s'apprêtait à dégénérer. Ils eurent le temps de l'agripper par-derrière afin de le maintenir immobile, avant de le forcer à s'asseoir sur une chaise qui se trouvait à proximité. Il y eut quelques minutes qui passèrent, durant lesquelles les troupes stoppaient leurs entraînements afin d'entourer le petit groupe pour les menacer avec leurs armes, avant que le chef des soldats ne prenne la parole en leur dictant de ne pas agir.
- Vous croyez qu'avec la manière dont vous nous traitez, moi et mes soldats, j'ai envie de vous donner quoi que ce soit pour votre mission suicide ? Tss, fulminait Razga en tentant de se débattre. Tu vois, ces lâches comme tu dis, ils sont quand même sur le point de tous vous embrocher si je ne leur dis pas de rester inertes. Tu as de la chance qu'ils m'écoutent au doigt et à l'œil.
- Relâchez notre chef ! avait rugit une panthère en faisant des allées et venues entre ses compagnons et le quatuor.
- Pour l'instant, ne faites rien, insista Razga, et la panthère qui avait la bougeotte avait préféré prendre ses distances.
- Arg, bon sang, mais au lieu d'employer la manière forte, nous devrions essayer de trouver un compromis, je vous prie ! s'exaspéra Lucy en s'approchant du chef. Vous n'êtes pas un barbare, j'en suis sûre. Vous l'avez dit, vous n'êtes pas insensible, ni idiot. Permettez-nous donc de faire nos preuves, s'il vous plaît, l'implorait-elle en se mettant à son niveau.
- Et puis quoi encore ? Plutôt mourir sur le champ ! cria Razga, ce qui poussa la brunette à se ressaisir afin de retourner auprès d'Yvgon. Je ne lui donnerais pas, une fois de plus, la satisfaction qu'il s'attend à avoir ! Ce serait signer notre mort à tous, et il le sait, il connaît le prix à payer s'il venait à échouer une nouvelle fois...
- Que voulez-vous dire par là ? le questionna Serena, tout en relâchant un peu son emprise.
La jeune femme fût prise de court, car le chef avait attendu impatiemment que l'un des deux relâche la prise pour qu'il puisse s'en défaire et reprendre le contrôle. Fort heureusement, Travis avait une excellente capacité d'analyse, et Edmund avait réagi au bon moment. Ce dernier avait attrapé son épée qui se situait à sa ceinture pour la glisser sous la gorge de son prisonnier, tandis que Travis reprenait le flambeau aux côtés de la princesse.
- C'est évident, non ? avait expliqué le blond, qui venait de comprendre, tout en s'efforçant de maintenir Razga sur sa chaise. Le roi n'était pas au courant de nos plans, avant mon dernier échec. Forcément, s'il est de mèche avec les Calormènes, il a dû jouer de ses fonctions pour mettre la pression à tout le monde afin qu'il n'y ait pas de rébellions qui se prépare. N'est-ce pas Razga, j'ai raison, pas vrai ? C'est pour ça que tu ne veux pas coopérer, mais que tu ne veux pas non plus laisser tes troupes nous attaquer. Après tout, notre amitié compte quand même pour toi, même si je t'ai déçu à bon nombre de reprises...
Le chef avait dû bien reconnaître que c'était le cas, et il leur confirma en hochant la tête. Suite à ça, Razga s'était décidé à ne plus jouer les durs et s'était simplement confié à eux en leur révélant ce qu'il savait de la situation, bien qu'il n'ait rien dit qu'ils ne sachent déjà. Après ça, durant le quart d'heure qui suivit, les deux hommes se lancèrent dans des négociations.
Durant leur entretien, le blond lui avait raconté un tas d'horreurs dont il fut spectateur à l'est, donnant la chair de poule à ce dernier et beaucoup de ses soldats. Ce qui le fit, par ailleurs, changer d'avis concernant sa collaboration. Après quoi, Razga fut enfin détacher de l'emprise qu'avait le trio sur lui, et comme si de rien n'était, sûrement parce qu'il avait trop de fierté pour assumer s'être fait maîtriser de la sorte, il avança d'un pied ferme en direction de ses compagnons, en gardant une voix porteuse, et il leur ordonna de retourner s'exercer. Une fois que tous les soldats eurent pris la poudre d'escampette, Yvgon et Lucy lui posèrent une main amicale sur son épaule en lui donnant le sourire le plus gaie possible, ce qui le fit baisser les yeux car il se sentait gêné. Edmund et Serena l'avaient remercié comme il se devait, et Travis marcha vers lui d'un pas lent en roulant des yeux et en secouant la tête.
- Mon Dieu, ce que tu as la tête dure parfois, riait-il. Allez, approche mon vieux, prononça-t-il en lui tendant la main.
Razga jeta un dernier coup d'œil aux amis du chevalier, avant de lever les yeux au plafond en soupirant. Lorsque leurs deux mains se joignirent, Travis failli se retrouver à quelques mètres plus loin tant la force que le chef venait de mettre dans sa poigne était intense. Néanmoins, il s'avérait que c'était tout simplement leur manière de se faire comprendre qu'ils s'appréciaient mutuellement, tout en maintenant une certaine férocité.
À la suite de cet échange, les deux hommes tournèrent les talons et se dirent au revoir avec un simple « On se reverra bientôt ». Après quoi, le petit groupe récupéra ce qu'il était venu chercher et ne perdit pas plus de temps en discussions. Ils mirent fin à leur entrevue plutôt étrange, pour à nouveau se frayer un passage parmi les nombreux combattants en plein entraînement, afin de se rendre à l'extérieur de l'immense bâtisse de pierre.
Le blond emprunta un chemin qui les firent traverser un bosquet de forêt, les faisant débouler dans les écuries. Et à peine eurent-ils passé le seuil de l'entrée, que l'odeur du foin et du crottin vint envahir leurs narines.
- Que faisons-nous ici, exactement ? interrogea Edmund en s'adressant à Travis.
- Quelle question ?! Nous allons chacun prendre un cheval, c'est évident, non ? Il nous en faut si nous voulons aller ici et là !
- Mais nous en avons déjà deux à disposition, répliqua la fouine. D'ailleurs, où sont-ils ?
- Ils sont au bout, lui indiqua le chevalier en pointant du doigt le palefrenier qui leur donnait des morceaux de sucres, après les avoir détachés du chariot.
- Vous comptez faire quoi de mes chevaux ? s'empressa d'enchaîner Yvgon en ayant un regard inquiet. Je refuse de les laisser ici, vous savez.
Travis comprenait la réaction de son nouvel ami, et il lui passa un bras autour des épaules, avant de dire :
- Mon ami, croyez-moi, ils ne vont pas être mieux traités qu'en étant ici. Ils ne sont pas prêts pour la route qui les attends, et un cheval qui parle sera sûrement plus plaisant à avoir pour votre voyage solitaire.
Yvgon avait un regard triste, et il se contenta d'hocher la tête après que Travis lui ai assuré qu'il retrouvera ses deux chevaux après son retour à Archenland, ce qui le rassura. Lucy ressentait de la peine pour la fouine, et c'est pourquoi elle s'était jointe à Travis et Yvgon, afin de lui remonter le moral. En parallèle, Serena et Edmund avaient profité de ce petit moment en tête à tête pour discuter entre eux, avant de faire la rencontre de leur future monture. Ainsi, Serena s'était liée d'amitié avec un pur-sang du nom de Liisak, et Edmund avait eu le coup de cœur pour un mustang nommé Balby.
Lorsque la jeune Pevensie, accompagnée de Travis et Yvgon, les rejoignirent, cette dernière n'avait pu détacher son regard d'un mustang aux couleurs caramel et crème, qui s'appelait Numhir. Immédiatement, la jeune femme s'était élancée dans la direction du box où l'animal résidait, et elle s'empressa de lui donner des compliments en faisant connaissance avec lui. Travis, quant à lui, était allé retrouver son fidèle Gallo, un magnifique frison qui avait une personnalité relativement excentrique, avant de réapparaître avec ce dernier pour le présenter à ses amis. Yvgon fut le dernier à faire son choix, et durant ce temps où il faisait le tour des box, la princesse ne put réprimer un petit rire en donnant une légère tape dans l'épaule de son petit ami, alors qu'elle lorgnait dans la direction de Travis et Lucy, qui étaient en train de converser ensemble. Tous deux semblaient bien s'entendre, et leurs gestuelles avaient tout l'air de révéler plus de choses que leurs lèvres ne le disaient.
- Tu crois qu'ils se plaisent ? avait murmuré la princesse auprès de l'oreille de son compagnon.
- Je n'en sais rien... On dirait, répondit le roi ébène. Après tout, Lucy a son propre charme. Quel homme ne tomberait pas amoureux d'elle ? Et Travis a l'air d'un type bien, même si ça m'embête de devoir le reconnaître. De toute façon, tant qu'il reste correct, qu'il ne te tourne pas autour, et qu'il ne lui brise pas le cœur, et bien je resterai tolérant avec lui, prévint-il en serrant sa main sur le manche de son épée.
Leur petit échange la fit sourire avant qu'elle ne laisse tomber sa tête sur l'épaule de son fiancé, en continuant à observer les deux tourtereaux.
- L'amour, un mystère que personne ne peut vraiment résoudre.
- Il faut croire que bons nombres de questions existentielles resterons sans réponses, approuva Edmund avant d'embrasser le front de sa dulcinée. Au fait, est-ce que tout va bien ? Tu sais, concernant la prémonition, et tout ça...
- Oui, ne t'en fait pas, lui assura la brune, tout en caressant sa monture. Je pense, du moins. Je préfère ne pas y songer, ça me donnerait le cafard. Lorsque ça revient dans ma tête, pour oublier je repense à tes paroles, et tout semble se stabiliser lorsque je fais ça.
- Tant mieux alors, sourit-il. Je t'aide à monter sur Liisak ? lui proposa le roi ébène en lui tendant une main.
- Je veux bien que tu sois un gentleman, mais tu devrais parfaitement savoir que je sais monter ! fit-elle remarquer d'une voix amusée.
- Je sais, je sais, mais si je peux trouver des excuses pour mettre mes mains sur ce superbe corps, j'en profite, avait-il reconnu d'un air malicieux.
- Oh ! Hm, je vois ce que tu veux dire, murmura-t-elle en ayant les joues roses.
Ils ne purent malheureusement poursuivre davantage leurs petites avances qu'ils se faisaient, car ils furent subitement rejoints par leurs amis.
- Alors, est-ce que tout le monde est prêt ? Chacun a trouvé un cheval convenable ? demanda Travis en les observant un à un.
Tous avaient acquiescer en hochant la tête, et à la suite de ça, ils avaient remercié le charmant palefrenier de leur avoir prêté leurs montures, puis sortirent avec leurs chevaux sur leurs pas. Avant de monter sur leur dos, Travis s'était assuré qu'ils aient tout ce dont ils avaient besoin pour leur voyage. (Des provisions, médicaments, équipements de combats, des tentes, de quoi faire leur toilette, et des cartes afin de se repérer). Yvgon avait également refait un check-up de son sac, avant qu'ils ne grimpent tous sur le dos de leur cheval respectif. Et ce fut avec un pincement au cœur, que le groupe et la fouine empruntaient des chemins différents.
***
Le voyage ne fut pas de tout repos pour les chevaux, ni pour les Pevensie, Travis et Serena, qui avaient déjà passé trois jours entiers à traverser plusieurs villages, des endroits désertés ou des forêts à n'en plus trouver leur chemin. Ils ne dormaient pas beaucoup, et passaient la plupart de leur temps à s'entrainer. Cela s'expliquait par le stress et la pression de la future bataille qui les attendait. Chacun essayait de gérer la situation à sa manière, quand bien même ce n'était pas forcément simple d'y parvenir. Après chaque session d'entraînement, Lucy se promenait en allant cueillir des fleurs, et elle profitait également de s'égarer au milieu des arbres afin de faire la rencontre des animaux de la forêt. Edmund allait souvent s'isoler auprès des rivières, quand il ne battait pas le fer avec Travis ou sa fiancée. Serena trouvait souvent la paix en allant se percher dans les arbres, et Travis était sûrement le seul à rester au campement, en restant bavarder avec son fidèle Gallo.
À présent, il ne leur restait plus qu'une nuit et une journée de marche, avant d'arriver à destination. La pression se faisait ressentir, et bien qu'il fût l'heure de manger, aucun n'avait vraiment d'appétit, dans leur campement d'appoint. Malgré cela, ils savaient qu'ils avaient tous besoin de forces, y compris les chevaux qui les portaient tout le temps. Travis et Lucy s'étaient engagés à partir chercher du gibier et du bois pour faire du feu, bien qu'en réalité ce fut une idée suggérer par la princesse afin de les laisser seuls. La jeune femme fut, par ailleurs, ravie de les voir accepter sans problème. Serena et Edmund, quant à eux, ne pouvaient s'empêcher de se défier au combat, pour pouvoir perfectionner leurs coups et mouvements, afin d'être prêts le jour fatidique, alors qu'il approchait à grands pas.
- Et dire que nous avons attendu d'être à Narnia pour nous battre en duel, nous sommes idiots. Tu es une adversaire que j'aime défier ! avait lancé Edmund, en assénant quelques coups physiques à Serena, qui maîtrisait plutôt bien son esquive.
- Je craignais que l'on se blesse, ce que je pouvais être rasoir ! s'exclama-t-elle en ayant le souffle court. En tout cas, quel plaisir peut-il y avoir à devoir se tenir toujours correctement ? J'avoue que ça me fait du bien de me défouler, maintenant. Ça me rappelle pourquoi je ne voulais pas d'une vie de château !
- Tu comprends où je voulais en venir, à Finchley, lorsque je disais que Narnia était merveilleux ? Il y a une liberté que l'on ne peut posséder ailleurs qu'ici. Même si, je pense que peu importe où l'on se trouve, je suis quand même l'homme le plus comblé, tant que tu es là.
- Si ça se trouve, il ne me manquait que ta présence à moi aussi, pour que j'ai envie de rester ici. Et dire que je suis originaire de Narnia, et que je n'ai pas su apprécier ce que j'avais... autrefois. Oui, à présent, je te comprends. Avoir vécu plus d'un an en Angleterre ne fut pas pour autant déplaisant, à vrai dire, je pense exactement comme toi. Tant que nous sommes réunis, on pourra tout surmonter ensemble, approuvait-elle en parant un nouveau coup de son fiancé.
- L'autre fois, il est vrai que j'ai pu dire des choses, qui ont pu t'induire en erreur, sûrement parce que parler de Narnia avec les autres m'avait un peu trop monté à la tête. Mais sache que le plus important à mes yeux, c'est toi, et non pas ce monde. T'avoir à mes côtés, c'est finalement posséder toutes les richesses du monde, car tu es plus précieuse que n'importe quelle autre babiole.
Sans s'en rendre compte, le jeune homme s'était arrêté dans ses mouvements, car il était tellement sincère dans ses paroles envers sa dulcinée, qu'il n'éprouvait plus l'envie de lui mettre des coups. Celle-ci n'était, par ailleurs, pas parvenue à se concentrer davantage, car le brun l'avait attendrie. Elle tenta quand même de le frapper à cinq reprises, mais il reculait à chaque fois, jusqu'à ce que le dos du roi ébène ne finisse par rencontrer le tronc d'un chêne. Bien que Serena pensât que le combat se soit terminé, Edmund en avait décidé autrement. Dès lors où son corps vint rencontrer les parois de bois, il pivota pour pousser sa fiancée contre ce dernier afin de lui dérober sa bouche. Leurs lèvres ne pouvant plus se quitter, ne cessant de se chercher, leurs baisers devinrent rapidement brûlants, au point qu'ils finissent par laisser glisser de leur main leur épée afin de se caresser de façon sensuelle. Le roi ébène parcourait tout le corps de sa dulciné jusqu'à arriver à ses fesses qu'il vint malaxer, et sans qu'elle ne s'y attende, il la souleva pour la sentir encore plus proche de lui. La jeune femme entoura les épaules du brun avec ses bras, et lui enroula la taille avec ses jambes. Cela dura plusieurs minutes, ce qui avait eu le temps de faire monter un désir sexuel existant depuis plusieurs jours entre eux. Serena se cambra lorsque son petit ami vint explorer son cou en le suçant et l'embrassant avec tendresse. Tandis qu'elle se frottait à lui, elle sentit son membre tendu et frémissant de désir pour elle, seulement emprisonné dans du tissu, qui ne mourrait que d'une envie : prendre possession d'elle. Rien que de penser à ça l'excitait, et elle s'autorisa à ouvrir quelques boutons de la chemise d'Edmund, dévoilant ainsi son torse. Le jeune homme la fit descendre à nouveau, afin de la laisser prendre le contrôle sur leurs ébats, et elle ne se fit pas prier en glissant sa main dans son caleçon, dans l'unique but de lui donner du plaisir. Edmund lâcha un gémissement rauque, tandis qu'elle le masturbait, avant qu'il ne commence à masser les seins de la princesse à travers sa chemise en lin. Lentement, ses longs et fins doigts vinrent se faufiler dans le pantalon de cette dernière, afin de lui procurer un plaisir délicieux en jouant avec son clitoris, ce qui la fit gémir à son tour.
Cela dura bien quelques minutes, avant qu'ils n'entendent des bruits au loin qui fît bondir leurs cœurs dans leur poitrine, les interrompant ainsi dans leur moment intime.
- Ils sont de retour, avaient-ils réussi à dire à l'unisson, en parlant de Lucy et Travis.
Paniqués, les deux jeunes adultes s'empressèrent de se rhabiller, et par chance, ils étaient parvenus à faire semblant de continuer de se battre avant que les deux ne soient enfin à leur hauteur.
- Ça s'entraîne toujours, à ce que je vois ! avait fait remarquer le blond tout en leur présentant les animaux qu'il avait pourfendu sur son chemin. Ce soir, on mangera du lapin !
- Ouah ! Super, merci, s'efforça de sourire Serena, en tentant de cacher son embarras face à ces derniers.
- Économisez vos forces pour la bataille, vous surpasser maintenant ne servira pas à grand-chose.
- Ça tombe bien que tu dises ça, je me sens épuisé, ajouta Edmund en rangeant son épée.
- Raison de plus pour vous poser au coin du feu et manger lorsque ce sera prêt, alors, conclu la jeune Pevensie, qui portait les bouts de bois.
- Personnellement, pendant que le repas sera en cours de préparation, je me permets d'aller à la rivière afin de me décrasser. Je sens la transpiration, c'est vraiment désagréable, avait annoncé Serena en ne leur laissant pas le temps de répliquer, car elle avait filé dans sa tente pour y chercher des affaires propres.
- Depuis quand Serena se soucis autant de son odeur ? avait sourcillé Lucy en regardant Travis. Elle a pourtant pris un bain ce matin...
Celui-ci ne savait quoi dire, et il se contenta d'hausser les épaules en guise de réponse. Mais ils comprirent vite où cela voulait réellement en venir, quand ils tournèrent la tête pour constater qu'Edmund cherchait un prétexte pour également leur fausser compagnie. Une fois que celui-ci les eut quittés, séparément de la princesse, évidemment, les deux jeunes adultes n'avaient pu s'empêcher de rire à l'unisson. Puis, ils reprirent chacun leur tâche.
- On ne les attends pas pour manger, je suppose, avait lancé la brunette, un sourire en coin, tout en coupant des légumes en morceaux.
- Ils en auront sûrement pour un moment, je suppose, déclara le chevalier en retirant les boyaux de l'un des animaux qu'ils avaient chassé. Laissons-les se retrouver, j'imagine qu'ils en éprouvent le besoin.
- Sans doute, affirma Lucy. À mon avis, c'est leur manière de décompresser, avant le grand jour. Il faut dire que notre présence n'a pas aidé non plus.
- C'est sûr, même si j'ai du mal à saisir les règles de l'amour.
- Ce qui est magique, c'est qu'aucune règle n'existe à ce propos. Chaque couple vit sa relation amoureuse de façon différente. Je suis heureuse pour eux, avoua la jeune Pevensie.
Lucy venait de terminer de préparer les légumes et les glissa dans une casserole, avec de l'eau qu'elle fit bouillir au-dessus du feu. Elle détacha son regard de ses occupations, dans l'espoir que le blond ne l'observe et ne lui réponde quelque chose, hélas, il avait simplement hoché la tête. Cela la poussa à se mordre la lèvre inférieure, avant de reprendre ses paroles :
- Puis-je vous poser une question indiscrète ?
Le jeune homme leva les yeux sur elle, ce qui l'encourageait à l'interroger.
- Avez-vous une fiancée ? Ou peut-être que vous avez connu l'amour, dans votre passé ?
- Est-ce la seule chose qui vous turlupine à mon propos ? la questionna-t-il en souriant en coin, tandis qu'il coupait l'animal en plusieurs morceaux.
- Pas vraiment. À vrai dire, j'imagine que vous préférez vivre d'aventures sans savoir de quoi est fait votre lendemain. C'est juste que j'aurais espéré que votre désir d'aventures périlleuses était dû à une chose particulière, comme l'amour...
Le chevalier laissa de côté son lapin pour s'essuyer les mains et s'approcher de la demoiselle.
- Et vous, Lucy. Avez-vous déjà connu l'amour ? De quoi rêvez-vous dans la vie ?
- Honnêtement, je n'ai jamais été amoureuse, et je n'en n'ai pas la moindre idée, reconnu-t-elle en croisant son regard. Tout le monde autour de moi le sais, mais moi, je suis complètement paumée au milieu des envies de chacun. Susan est une belle femme qui ne cherche qu'à se faire remarquer par les hommes, Peter est centré sur son travail, Edmund, quand il n'est pas à Narnia, veut devenir pompier et fonder une famille avec Serena... Et Serena a beau être une femme de ce monde, elle assure mieux que moi dans presque tous les domaines, ce qui fait qu'elle peut faire ce qu'elle veut dans le monde qu'elle veut. Et moi, finalement, je ne fais qu'envier et admirer toutes ces personnes, car ils ont un but dans la vie, mais moi non...
Travis remarqua l'air déprimé qui se lisait sur le visage de la jeune femme. Bien qu'il n'ait jamais envisager auparavant de s'éprendre d'une femme, celui-ci ressentait pour la toute première fois quelque chose à l'égard de quelqu'un. Lui qui s'était jurer d'être fidèle à la justice et l'aventure, le voilà subjugué par la beauté rayonnante de la reine Lucy, et la voir dans cet état la rendait deux fois plus intrigante, car elle avait beau dégager une aura de femme fragile, elle semblait finalement cacher une force au fond d'elle qu'il mourrait d'envie de découvrir.
La brunette tressailli lorsqu'il posa une main sur la sienne, avant de la caresser doucement.
- Lucy, je comprends votre souci. Sachez que je me ferai un plaisir de vous aider à trouver ce qui vous fait vibrer.
À la suite de ce qu'il venait de lui dire, la demoiselle laissa simplement un sourire s'afficher sur son visage. Ils finirent leurs tâches en étant côte à côte, et ils furent très heureux d'être en tête à tête pendant un moment, jusqu'au repas du soir, car ils avaient finis assis au coin du feu, contre un tronc et contemplaient les étoiles, en attendant le retour de Serena et Edmund. Sans prononcer le moindre mot, ils savaient qu'ils pouvaient se soutenir et pourquoi pas essayer quelque chose ensemble. Lucy espérait au fond d'elle que Travis serait son rempart qui puisse lui donner ce qu'elle a toujours souhaité. Travis espérait secrètement qu'elle lui procure le sentiment dont il fut privé toute sa vie.
Serena et Edmund ne firent aucune remarque lorsqu'ils les virent afficher cet état d'esprit sur leur visage, se contentant seulement de se servir à manger et se reposer.
***
Plus ils avançaient, plus le paysage devenait terne et sans vie, comme si toute la joie avait dépéri. Cette atmosphère donnait la chair de poule aux jeunes femmes et à Edmund, qui avaient beau être au courant du massacre, cela leur brisait le cœur de voir ce si bel endroit gâché par de telles horreurs. Ils restèrent aux aguets du moindre ennemi, et descendirent de leurs montures afin de ne pas attirer l'attention sur eux, une fois qu'ils étaient sûrs d'avoir atteint les royaumes de l'est. La plupart des routes qu'ils avaient empruntées étaient désertes, et cela inquiétait énormément le blond, qui souhaitait sauver des survivants.
À moment donné, après avoir traversé plusieurs rues d'un village laissé à l'abandon, ils arrivèrent au milieu de la place, où trônait d'énormes flaques de sang sèches. Une odeur de pourri régnait, et beaucoup de mouches se baladaient dans les environs. Ils trouvèrent également quelques corps étendus au sol, faisant frémir le petit groupe. Tout portait à croire que la faucheuse avait emporté tout ce qu'il y avait de bon dans ces environs, mais ils ne voulaient le croire. Ils poursuivirent leurs recherches durant un temps encore, avant de se décider à trouver un endroit sûr pour se poser et manger. Puis le soir arriva à grand pas, lorsqu'ils retrouvèrent la végétation de la forêt, s'éloignant de plus en plus des villages du coin. Le quatuor avançait lentement et silencieusement, en serpentant entre les arbres, en voyant le soleil peu à peu quitter le ciel, jusqu'à ce qu'ils ne soient soudainement interpellés par un « psst ! » provenant de derrière un buisson. Cela avait particulièrement attiré l'attention des deux jeunes femmes, qui s'étaient élancées à la poursuite de celui qui les appelait.
- Ne partez pas comme ça, voyons ! grogna le roi ébène. On ne sait jamais, ça peut être un piège !
- Edmund a raison, mettez-vous à couvert, dépêchez-vous ! leur indiqua Travis.
Mais quand bien même les deux hommes les mirent en garde, Lucy était persuadée qu'il s'agissait d'un survivant qui voulait leur montrer quelque chose. L'attitude de l'ancienne reine poussa Edmund et Travis, ainsi que leurs chevaux, à rouler des yeux, avant que le brun ne finisse par saisir la main de Serena pour l'obliger à rester dans leur cachette improvisée. Le chevalier se lança derrière Lucy afin d'assurer ses arrières, dans le cas où ça serait un guet-apens. Et il n'avait pas tort de se méfier ainsi, tandis que sa silhouette se fit entrevoir un court instant, indiquant sa position à ceux à qui ils continuait de faire ses « psst ! ». Lucy avait ralenti le pas, se doutant enfin des réelles intentions de l'individu qui se trouvait non loin d'eux, car il s'avérait qu'ils se situait déjà à plusieurs mètres de Serena et Edmund, et surtout, pendant la seconde où il fut vu, un casque pointu avait été remarqué sur sa tête. Et ce n'était pas n'importe quelle sorte de casque.
- Un casque Calormène, je crois, avait-elle soufflé en se rapprochant de Travis. J'ai failli me faire entourlouper par ces horribles personnes.
- Je sais, lui affirma ce dernier. Restez ici, Lucy. Je me charge de son compte, car on dirait qu'il cherche volontairement à nous éloigner de votre frère et Serena. Je ne me le pardonnerai point s'il vous arrivait quelque chose.
Sur ces mots, le chevalier somma à la jeune femme de prendre congé en se plaçant derrière un arbre, et une fois fait, elle observa depuis sa cachette les agissements du blond. Elle fut rapidement rejointe par le couple et les chevaux. Quant à Travis, celui-ci avait remarqué que les bruits que faisait l'individu avaient cessés, se demandant même s'il n'avait pas compris qu'il était repéré, et ainsi quitté ses buissons. Néanmoins, le côté prudent du jeune blond avait pris le dessus, le poussant ainsi à s'assurer que c'était vraiment sûr. Et il avait bien raison de poursuivre ses recherches, car il avait fini par trouver ladite personne. En un battement de paupières, il agrippa par le col ledit Calormène et constata qu'il était plutôt de petite taille, avant de se rendre compte également qu'il était en train de baragouiner des mots avec un accent particulièrement anglais.
Le même accent que les Pevensie, pensa le chevalier en laissant tomber à ses pieds le garçon.
- Vous n'êtes pas un Calormène, c'est un déguisement, n'est-ce pas ?
- Oui, Monsieur ! Laissez-moi vous expliquer, bredouilla le garçon, avant de tourner les yeux sur Edmund qui arrivait, épée dégainer et prêt à se battre.
Il fut cependant empêché de tout mouvement par Travis, qui plaça son bras face au brun.
- C'est votre ami, annonçait le blond.
Les yeux du bruns s'étaient écarquillés, avant qu'il ne réalise par lui-même en plissant les yeux.
- Eustache, c'est toi ? prononça le roi ébène. Je n'arrive pas à y croire.
Le jeune garçon s'était apprêté à répondre, mais il fut coupé dans son élan par la voix de Lucy :
- Eustache, tu es en vie !? Dieu soit loué ! s'exclama-t-elle en se jetant dans les bras de son cousin.
Serena ne tarda pas à faire de même, suivie d'Edmund.
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Et voilà mes cher(e)s ami(e)s ! Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ?
Je tiens sincèrement à m'excuser pour cette absence qui a durée deux mois entier, hélas pour des raisons qui sont privées, je manque souvent de temps, du temps que j'avais au départ de l'histoire, pour pouvoir la poursuivre à un rythme moins effréné, et ceci me désole. Quoi qu'il en soit, peu importe le temps que cela me prendra, même si le prochain chapitre venait deux plus tard, sachez que je ne compte pas cesser l'écriture de cette histoire pour autant, car l'écriture est ma passion, le scénario de ce récit fut écrit bien avant tout, et ça compte énormément à mes yeux. De plus, ayant tissé des liens avec certaines de mes lectrices grâce à tout ça, cela donne encore plus de valeur à ce projet. Encore une fois, je vous offre mes excuses pour la patience dont vous avez dû faire preuve pour lire ce chapitre, et l'attente que vous allez devoir subir pour les prochains. Désolé mes amis, j'espère que vous saurez faire preuve de patience.
Pour en revenir à l'histoire, comme d'habitude, n'hésitez surtout pas à me faire part de vos avis en commentaire, à voter et à vous abonner si ce n'est pas encore fait !
Vos commentaires me font énormément plaisir ! N'hésitez surtout pas à continuer, peu importe ce que cela dit, lâchez vous, exprimez-vous ! Tout ça m'aidera pour l'écriture de la suite 😊
Sur ce, je vous souhaite de bonnes fêtes et de la patience avant la suite 🤗
Ne fourvoyons point les portes menant à la passion
N'égarons pas le goût que nous procure notre imagination
C'est elle qui nous offre les plaisirs que nous possédons
En nous plongeant dans l'univers de la fiction
Sibel Finck
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