Une petite clochette accrochée au-dessus de la porte s'était mise à tinter, tandis que Serena balayait du regard le petit espace du magasin dans lequel elle venait d'entrer. Une odeur douce vagabondait dans l'air, et cela avait directement mis Serena à l'aise, alors qu'elle s'avançait en direction du comptoir, en sentant un léger stress s'emparer d'elle, car après tout c'était bien la toute la première fois de sa vie qu'elle entreprenait une telle chose. Elle regardait autour d'elle comme une enfant, et caressait du bout des doigts quelques tissus qui se trouvaient sur son chemin. Une femme était assise derrière le comptoir et la concernée se leva lorsqu'elle vit la brune qui s'approchait d'elle.
- Bien le bonjour, Jeune Demoiselle, la saluait-elle en souriant de toutes ses dents. Que puis-je pour vous ?
La dame qui venait de l'accueillir était plutôt grande de taille, sa carrure était élancée, elle avait une chevelure grisonnante, et son visage affichait quelques rides. Elle devait avoir dans la cinquantaine, et semblait vraiment très sympathique.
- Bonjour Madame. Je me présente, Serena Smith. Je suis passée par hasard devant votre magasin, et j'ai vu que vous étiez à la recherche d'une employée. Je serai intéressée pour travailler chez vous.
La dame se passa une main sous le menton tout en examinant la brunette de long en large. Serena avait une impression de déjà vue, sûrement parce que cela lui faisait penser à la fois où le roi Frank VIII, du royaume d'Archenland, l'avait regardée de la même manière, alors qu'elle était en visite dans le royaume de ce dernier pour épouser son fils, le prince Travis. Cela l'avait embarrassée.
- Enchantée, je m'appelle Lisbeth Holt, lança-t-elle, tout d'un coup. Dites, vous me semblez plutôt jeune pour demander du travail, fit-elle remarquer. Seriez-vous étudiante, par tout hasard ?
- Oui, c'est tout à fait ça. J'ai seize ans M'dame. Si je viens postuler, c'est avant tout pour me faire de l'argent, car là où je réside, je porte d'affreux vêtements. Je souhaiterai renouveler ma garde-robe, et je pourrai le faire que grâce à de l'argent, expliqua Serena. La deuxième raison c'est que j'aimerais pouvoir dépenser mon énergie de manière utile. Voyez-vous, je suis une personne qui a besoin de se remettre dans le droit chemin, et pour moi le travail est sans l'ombre d'un doute ce qui pourrait me permettre de trouver un parfait équilibre dans ma vie actuelle. Je ne fais que m'attirer des ennuis, ces temps-ci, j'ai besoin de me rendre utile et faire quelque chose qui soit bénéfique pour la société... acheva la princesse.
La vieille femme avait arqué un sourcil en l'écoutant lui donner ses arguments. Cette dernière semblait au départ très peu convaincue, avant de changer d'opinion en ayant écouté jusqu'à la fin, c'est sûrement pour ça qu'elle la laissait déblatérer davantage, car elle avait envie d'en savoir plus au sujet de la fille qui se tenait devant elle :
- Je sais que je n'ai aucune expérience dans le domaine de la vente, ni la moindre connaissance dans l'univers de la couture et les vêtements, néanmoins je peux vous promettre une chose : je m'investirais le plus possible dans mon apprentissage, si vous m'engager bien sûr. S'il y a bien une chose dont je suis capable, c'est de m'adapter à toutes les situations.
Lisbeth resta silencieuse durant quelques instants, comme si elle était en train de peser le pour et le contre dans sa tête, ce qui intensifiait encore plus l'anxiété que ressentait Serena.
- Hm, vous êtes bien la première à me dire de telles choses, avouait la patronne du magasin. Je ne vous connais pas, d'ailleurs j'ignore si je peux vous accorder ma confiance. Néanmoins, vous semblez sincère, et sûre de vous... Vous me dites que vous vous adapter à toutes situations, certes c'est une qualité, mais ce que je veux avant tout ce sont des employés dévoués, et qui montrent de l'intérêt à l'univers dans lequel je baigne, objecta la vieille femme d'un air très sérieux. Pensez-vous en être capable ?
Serena savait parfaitement qu'en ayant mis les pieds ici, elle serait confrontée à ce type de questions. À vrai dire, celle-ci ne s'intéressait point à ce superflue que pouvait être la mode, mais durant son moment de réflexion, tandis qu'elle marchait dans la neige, celle-ci avait réaliser une étonnante chose sur elle-même. La brunette, depuis maintenant plusieurs années, était convaincue que l'amour n'était pas fait pour elle, ce qui peut expliquer son refus de ne jamais vouloir prendre soin d'elle quand elle était obligée de rencontrer des hommes, parce qu'elle ne savait tout simplement pas que son cœur appartenait depuis toujours à Edmund Pevensie.
En entrant dans ce magasin, cette dernière s'était ainsi dit que peut-être, elle oserait enfin montrer de l'intérêt à ce genre de chose car elle aimerait pouvoir plaire à quelqu'un en se mettant plus en valeur. C'était également une parfaite raison pour cesser de briser toutes les règles que les grandes personnes ont toujours eu tendance à lui fixer. Cela a toujours fait partie de sa nature, et elle en avait pleinement conscience, c'est pourquoi elle tenait sincèrement à mûrir, avant tout pour elle, mais également pour ses proches et son royaume.
- Est-ce que vos cheveux sont si épais au point de vous empêcher d'entendre ? persifflait Lisbeth.
Cela faisait pas mal de secondes qu'elle était en train de penser en restant de marbre, et ça avait quelque peu agacé Lisbeth.
- Pardon... Je réfléchissais, avouait Serena, qui prononçait enfin quelque chose. Eh bien, je dois être franche, M'dame. Je n'ai jamais pratiqué la moindre couture de ma vie, je n'ai par ailleurs jamais ressenti le besoin de m'y intéresser avant aujourd'hui, pour la simple et unique raison que d'autres personnes s'en occupaient pour moi. Néanmoins, il n'y a que les idiots qui ne changent pas d'avis. Je souhaiterai sincèrement apprendre avec vous, cela me permettrait sûrement de devenir plus responsable.
- Hm, bien, si vous vous en sentez capable... J'espère juste que vous ne regretterez pas votre choix, parce que dès l'instant où vous aurez signé le contrat, vous devrez respecter à la lettre ce qui sera écrit.
- Oui, je suis sûre de moi, affirma-t-elle.
- D'accord, je n'insisterai pas plus. Pour l'instant, nous allons faire un essai, ce samedi. Pourrez-vous vous présenter ici, pour sept heures du matin ?
- Oh merci, merci beaucoup ! Normalement, je pourrai venir, il n'y aura aucun souci, je me débrouillerai pour vous rejoindre à l'heure.
- Très bien. Vous pourrez m'apporter des documents vous concernant ? J'entends bien sûr, vos papiers d'identité, numéro de sécurité sociale... Puis-je aussi avoir les coordonnées de vos parents ? Vous pourrez me les fournir n'est-ce pas ? Car ces choses sont importantes afin de remplir le contrat.
- Bien sûr, avait répondu du tac au tac la brunette, quand bien même elle ne possédait pas la moitié de ces choses qu'elle lui demandait. Je n'ai pas de parents, je vis au couvent de Finchley, acheva-t-elle.
Il faudra encore régler ces petits désagréments avec l'aide de Sœur Catherine, pensait Serena.
- Oh, je suis navrée, ma pauvre enfant, fit-elle d'un air attristé. Cela me rassure si vous avez un autre logement, au moins vous êtes bien entourée. Je connais plutôt bien la directrice, Sœur Catherine. Nous étions ensemble à l'école, vous ne me croiriez jamais si je vous disais que c'était une terreur à votre âge, riait-elle en mettant sa main sur sa bouche, avant de poursuivre. Comment se porte-t-elle ?
- Elle est en pleine forme, merci.
Après ça, les deux femmes avaient encore un peu échangé quelques phrases avant de se donner les coordonner.
- Bien, je vous dis à bientôt, et vous souhaite une excellente fin de journée, Mademoiselle Smith, s'exclama Lisbeth en lui offrant un sourire très amical.
- De même ! Et merci beaucoup Madame Holt, vous êtes superbe !
Sur ces mots, Serena tourna les talons et sortit du magasin. Elle ne savait pas vraiment comment elle devait se sentir. Était-ce au moins une bonne chose de travailler dans un magasin ?
Elle ne réalisait que maintenant l'ampleur de ses actes, car oui, la jeune femme ignorait même si Sœur Catherine la laisserait faire une telle chose, même si Lisbeth la connaît. Arriverait-elle au moins à gérer à la fois sa vie d'étudiante et travailleuse ? Même si elle voyait ça comme un parfait moyen de devenir plus mature et ainsi agir de manière plus raisonnable, ce changement dans sa vie lui faisait un peu peur. Elle devait se faire violence, pour le bien de ses proches, mais surtout pour le bien de son royaume, lorsqu'elle retournerait à Narnia. C'étaient bien les seuls arguments qui à coup sûr ne la ferait jamais flancher, parce que ses amis, sa famille, et son royaume sont ce qui comptent le plus à ses yeux.
- Dans tous les cas, elle n'aura pas le choix d'accepter, disait-elle à voix basse, tout en plantant ses mains dans les poches de son manteau.
De la buée s'était échappée de sa bouche, tandis qu'elle lâchait un soupir en regardant le ciel s'assombrir. Par la suite, elle avait emprunté la route inverse pour retourner à l'institut pour filles, tout en se demandant bien quelle excuse elle allait pouvoir donner à son professeur.
Cela faisait à peu près une heure qu'elle s'était absentée, et lorsqu'elle frappa à la porte de la salle de classe, après qu'on lui a autorisé à entrer, le professeur la dévisageait et lui lançait une série de questions sur les raisons de son absence au premier cours de l'après-midi. Serena n'avait pas cherché longtemps pour trouver une réponse qui passerait à tous les coups.
- Désolé, j'ai mes menstruations, déclara-t-elle sans la moindre gêne. J'étais aux toilettes, Monsieur.
Le professeur fit de gros yeux, et fut très étonné qu'elle dise une telle chose en public. Mais c'était aussi surtout la chose qui l'avait mis dans l'embarras. Résultat, le professeur n'avait pas perdu plus de temps à la réprimander et lui avait simplement indiqué de s'asseoir à sa place, ce qui avait rassuré la brunette.
Lucy, qui s'était tout de même inquiété pour Serena, s'était tournée après que le professeur ne se soit à nouveau concentré sur la leçon qu'il était en train de rédiger sur le tableau à craie, afin de lui demander plus de détails sur ce qu'elle était allée faire pendant une heure.
- On en parlera plus tard, murmurait-elle, c'est assez complexe à expliquer.
Lucy acquiesça d'un signe de tête et se tourna à nouveau sur sa chaise pour se concentrer sur le cours. Quant à Serena, cette dernière ne s'était pas vraiment intéressée à ce qui se passait en classe, elle prenait des notes bien sûr, mais elle avait beau essayer de chasser ses pensées, c'était impossible. La princesse ne cessait de penser au roi Edmund et son sourire, et la manière dont ils s'étaient regardés avant qu'elle ne quitte sa maison. Elle avait terriblement envie de le revoir, et très vite !
Quand la journée touchait à sa fin, les deux jeunes femmes sortirent de la salle de classe et furent rapidement rejointes par Abigail qui se faisait aussi un sang d'encre pour son amie. Elles parlèrent au départ de choses tout à fait banales, à la demande de Serena, et ce ne fut qu'au moment où le trio arrivait au niveau de la gare, alors que les autres élèves de l'institut les avaient distancées, que la brune avait décidé à parler :
- J'ai postulé dans un magasin, non loin d'ici... Je vais signer le contrat samedi.
- QUOI ?! avaient couiner ses deux amies, en même temps. Et l'école dans tout ça ?
- Calmez-vous ! C'est seulement le week-end, c'est un temps partiel. Jamais je ne lâcherais mes études, voyons.
Les deux jeunes femmes avaient lâché un soupir de soulagement, avant de reprendre leur interrogatoire.
- Mais pourquoi tu fais ça ? Tu es une sadomasochiste ou quoi ! Tu te fatigueras plus qu'autre chose en faisant ça.
- Justement, c'est le but... Évidemment, je discuterais avec Sœur Catherine pour négocier mes corvées, et aussi voir pour ne plus assister aux messes du dimanche. Mais pour moi, c'est sûrement le seul moyen pour que je puisse devenir plus sage dans mes prises de décisions. Regarde, Abby, par ma faute, on n'a même plus le droit de s'adresser la parole au couvent, parce que les sœurs nous l'interdisent... Je m'en veux beaucoup pour ça, tu sais.
- C'est bien si tu te rends compte des conséquences de tes actes, répondit Abigail. C'est sûr, ça m'embête de ne plus pouvoir interagir avec toi là-bas, mais de là à travailler pour t'imposer des limites, je trouve que tu exagères. Si tu tenais tant à devenir plus mature, il y avait des moyens plus faciles d'y arriver, comme tout simplement arrêter de transgresser les règles, souligna-t-elle.
- Sur ce point-là, Abby a tout à fait raison, avait reconnu Lucy, quand bien même ça ne lui plaisait pas trop d'être en désaccord avec Serena, qui était sa meilleure amie.
- Je sais, et vous avez raison. Mais je pense que j'ai besoin de ce genre de défi pour me forger un caractère plus dur. (Elle se tut un instant avant de poursuivre) Et puis, si ça peut vous rassurer, ce n'est pas la seule raison. Je veux gagner de l'argent. Pas seulement pour faire des économies à propos de mon avenir, mais aussi parce que j'aimerai pouvoir m'offrir des choses dont j'ai envie, comme des vêtements, parce que disons le franchement, ces habits sont affreux ! Je les déteste, même s'ils sont agréables à porter, avoua-t-elle avec franchise.
Immédiatement, le regard de Lucy et d'Abigail se croisèrent d'un air complice, et elles ne purent s'empêcher d'étouffer leurs rires. Serena avait directement compris leur réaction, et celle-ci ajouta :
- Argh, je ne peux rien vous cacher, c'est incroyable, lâcha-t-elle sur un ton agacé. Vous devinez tout, tout de suite...
- Non, y a pas de mal à être amoureuse, tu sais, lui assura Lucy, surtout s'il s'agit de mon frère. Au contraire, on est à fond derrière toi ! l'avait-elle encouragée.
- Mais pourquoi vous vous moquer, alors ?
- On ne se moque pas, ça nous fait extrêmement plaisir ! Tu devrais voir à quel point tu es adorable, comme ça, répondit Abigail. Et puis, tu es très courageuse, nous admirons ça chez toi. Tu n'as jamais froid aux yeux quand il s'agit de faire des choses risquées, et dans ce cas présent, tu vas à la fois aller en cours et travailler, moi je ne pourrai pas faire ça. Quand bien même j'aurai besoin d'argent, je suis bien trop réservée pour oser combiner les deux. (Elle marqua une pause) Te connaissant, vue le charisme qui émane de toi, je te donne pas six mois que tu seras en couple avec Edmund, alors que Lucy et moi on sera là à savourer ton bonheur depuis le banc de touche des filles discrètes.
- Tu es une fille vraiment à part, Serena, poursuivit Lucy. Et c'est pour ça qu'on t'adore !
- Oh, merci les filles, souffla la brune en les prenant dans ses bras. Mais arrêtez de penser comme ça de vous, vous aussi vous êtes de superbes personnes. Ce n'est pas à moi d'avoir tous les mérites. Je refuse de vous laisser en arrière-plan pendant que je profite de certains droits que vous estimez ne pas mériter. Ça c'est hors de question ! Donc cessez de vous sous-estimer et même si vous avez peur, laissez de côté cette petite voix qui vous susurre à l'oreille de ne pas oser, et sautez le pas tout simplement !
- Tu vas me dire que c'est ce que tu fais en temps général ? demanda Lucy, en s'écartant de l'étreinte.
- Il faut bien (Surtout quand on est destinée à diriger un royaume, pensait-elle). Je sais que je donne l'impression d'avoir totalement confiance en moi, mais détrompez-vous, j'ai autant peur que vous, la plupart du temps.
Ce que leur disait Serena était comme si elle les avait rechargées d'énergie, et le duo semblait étinceler après cela. Elles discutèrent encore un peu, avant de devoir se quitter à contrecœur pour rentrer toutes chez elles. Pendant le trajet en train, Serena s'était plongée dans la suite de sa lecture du livre « Le chien des Baskerville », et elle était d'ailleurs tellement absorbée par les innombrables mots inscrits sur le papier, que ce fut Abby qui la tirait de force pour la sortir du wagon quand le train était arrivé au quai.
Le soir venu, Serena avait beau se tourner dans ses couvertures, en quête de sommeil, ce dernier ne venait pas. Elle se pencha sur sa lampe de chevet, et regarda l'heure affichée sur son réveil matin. Elle fit de gros yeux en constatant qu'il était déjà minuit passé. La princesse leva la tête pour vérifier si ses deux camarades de chambre étaient profondément endormies, et c'était bien le cas. Un sourire carnassier s'était dessiné sur les lèvres de la jeune femme, et elle tira avec la plus grande délicatesse son tiroir pour y attraper sa lampe torche électrique (Celle qui avait autrefois appartenu à Edmund). Elle repoussa sa couverture, enfila sa paire de chaussons et avança à pas de loup en direction de la sortie du dortoir.
Son instinct d'exploratrice prenait le dessus sur elle, et elle savait bien que faire ce genre de chose était interdit, mais c'était plus fort qu'elle, Serena adorait prendre des risques pour ressentir de l'adrénaline. Cela faisait bien trop longtemps qu'elle n'avait pas vécu d'aventure palpitante digne du monde de Narnia.
Elle jouait avec son faisceau lumineux dans les moindres recoins, et était en quête d'un endroit qu'elle n'avait pas encore eu l'occasion de visiter. Depuis son arrivée, la princesse ne connaissait que les pièces du rez-de-chaussée et celles du premier étage. Concernant le deuxième étage, mis à part le bureau de Sœur Catherine et les chambres des bonnes sœurs, Serena ne savait pas ce qui s'y trouvait. C'est pourquoi, elle avait gravi les marches de l'escalier qui menait au dernier étage. À peine était-elle arrivée, qu'elle entendait d'horribles ronflements qui provenaient de l'une des chambres. Serena avait envie de rire, mais elle se mordit les lèvres pour s'en empêcher, et se dépêchait de traverser le couloir. Lorsqu'elle arriva au bout de celui-ci, elle tomba sur un autre couloir. Il y avait plusieurs portes, l'une d'entre elle menait à un autre couloir qui allait en direction du bureau de la directrice, mais concernant les autres, elle n'en n'avait pas la moindre idée. En tout, il y avait trois autres portes, et Serena n'avait pas réussi à ouvrir les deux premières, qui étaient verrouillées à clef. Les sourcils de la jeune femme se levèrent lorsqu'elle eut la surprise d'être parvenue à ouvrir la dernière. Sans plus tarder, elle s'empressa de pénétrer à l'intérieur. Il s'agissait d'un immense débarras. La brune avait, au premier abord, commencer à jeter un œil aux choses qui se trouvaient dans des cartons, mais la poussière ayant rapidement attaqué ses poumons, celle-ci avait renoncé à farfouiller car une porte au fond de la pièce avait attiré son attention. Elle s'avança dans sa direction et l'ouvrit. Les yeux de Serena se mirent à étinceler alors qu'elle balayait du regard la salle qui venait de se présenter à elle. Il s'agissait d'une petite bibliothèque, petite certes, mais elle était parfaite pour quelqu'un qui chercherait à s'isoler. Elle ne semblait pas non plus avoir été utilisée depuis un certain temps, aux vues de la poussière, des toiles d'araignées et de l'odeur de renfermé. Ses yeux ne s'étaient pas attardés sur les points négatifs, au contraire, la jeune femme y voyait déjà du potentiel. Elle s'était déjà donnée pour mission de venir la nettoyer dans les prochains jours, car elle désirait venir ici pour bouquiner dans le calme. En effet, il lui était quasiment impossible de se concentrer sur ce qu'elle tentait en vain de lire, lorsque des gens autour d'elle discutaient. Finalement, elle n'avançait pas énormément dans sa lecture du roman que lui avait prêté Edmund. Elle n'arrivait à lire que quelques pages, lorsqu'elle prenait le train, sur le trajet de l'école et inversement, et ce n'était pas suffisant.
La jeune femme avait subitement repensé à ce travail qu'elle devait faire sur elle-même. Serena ne devait pas déjà flancher, alors qu'elle était à peine en train de commencer.
- Je suis impitoyable, soufflait-elle. Je ne suis pas fichue de respecter mes propres paroles. Je devrais être plus responsable ! se sermonnait-elle.
Sur ces mots, la brune avait rebroussé chemin avec l'intention de retourner se coucher. Pour elle, cette petite balade nocturne devait toucher à sa fin au plus vite, afin d'éviter de s'attirer d'autres ennuis. Serena était, certes, très fière d'avoir pu trouver cet endroit, même si c'était à l'encontre des limites qu'elle s'était fixée, mais elle devait immédiatement arrêter de se comporter comme ça. Ce soir-là, après qu'elle être rentrée dans son dortoir sans encombre, et avant de tomber dans les bras de Morphée, elle s'était promis que plus jamais elle n'irait se promener en pleine nuit dans le couvent.
***
La brune grogna tout en éteignant son réveil matin. Elle avait beau vivre ici depuis un mois, Serena détestait ce petit objet qui faisait des bruits désagréables. Elle abandonna avec regret et difficulté son matelas pour aller faire sa toilette et s'habiller afin de se rendre à l'école. Mais à peine était-elle en train d'enfiler ses chaussures, qu'elle fût interpellée par Sœur Glenda, qui lui sommait de rejoindre au plus vite Sœur Catherine, qui l'attendait dans son bureau. Serena avait dégluti assez bruyamment, en réalisant que cette dernière avait sûrement dû avoir un appel de la part de Madame Holt. La princesse, qui sentait qu'elle allait encore se faire gronder, affichait un air de chien battu sur le visage tout au long de la route qu'elle parcourut jusqu'au bureau. La porte de la pièce étant ouverte, lorsque Sœur Catherine l'avait vue approcher elle l'avait directement invitée à entrer, et fermer ensuite la porte derrière elle.
- Assieds-toi, je te prie, annonça-t-elle calmement.
- Bien, se contentait de dire la jeune femme en s'exécutant.
- Alors... Il y a environ un quart d'heure, j'ai eu un coup de fil assez intéressant, enchaîna la bonne sœur.
- Oui, je sais, il s'agit de Madame Lisbeth Holt, la patronne d'un magasin de tissus, la coupa la brune. J'ai postulé chez elle car j'ai pris la décision de m'entretenir toute seule, et pour ça j'ai besoin d'argent.
La directrice n'appréciait guère être interrompue lorsqu'elle parlait, mais pour une fois, elle ne le fit pas remarquer et avait simplement acquiescé d'un signe de tête en guise de réponse, avant de dire :
- Pourquoi ne pas m'en avoir parlé avant de mettre en œuvre un tel choix ?
- Eh bien... J'ai seize ans et demi, j'estime être assez grande pour prendre des décisions toute seule. (Surtout qu'à Narnia je dois tout le temps décréter des choses, et ce n'est pas forcément simple, pensait-elle) C'est pour ça que je ne savais pas vraiment comment vous en faire part. Mais j'y ai songé.
- Hm, d'accord, tu n'as pas tout à fait tort sur le fait que tu puisses décider toute seule. C'est bien de vouloir prendre ton indépendance, mais étant avant tout ta tutrice, que tu sois majeure ou non, tu dois me tenir au courant, surtout quand il s'agit d'une chose de ce genre ! Qu'est-ce qui se serait passé si je n'avais pas été informée par Lisbeth ? Tu n'as même pas en ta possession la moitié des documents qui te sont demandés. Sans compter que tu travaillerais le week-end, tu pensais que filer en douce le samedi et le dimanche passerait inaperçu ? Dois-je te rappeler que depuis ta petite escapade avec Abigail, l'autre fois, tu es sous surveillance ?
- Pardon, vous avez raison... s'était résigné Serena en n'osant regarder dans les yeux son interlocutrice.
La grosse dame lâcha un soupir d'exaspération.
- Je sais que tu veux bien faire, ça se sent que tu n'es pas mauvaise, déclara Sœur Catherine. Mais dans la vie, on ne peut pas faire comme on veut, ni obtenir tout ce qu'on souhaite. C'est comme ça. Et être une femme dans ce monde ci est encore plus difficile, en partie lorsque nous désirons avoir un emploi et posséder nous aussi un compte en banque. Hélas, ce n'est que dans des cas exceptionnels que nous y avons droit.
Il y eut un petit moment où ni l'une ni l'autre n'avait ouvert la bouche, comme si elles étaient en train de faire le point sur les échanges qu'elles venaient d'avoir. En partie Serena, qui se disait qu'elle devait cesser d'agir comme une enfant pourrie gâtée.
- Alors, est-ce que vous acceptez que je puisse travailler ? osa demander la brunette, brisant ainsi le silence qui avait pris place depuis au moins deux minutes.
- Oui, tu peux. Mais attention ! J'attends de ta part plus de dévouement dans tes devoirs. Il est hors de question que tu régresse, ai-je été claire ?
- Très claire, confirma Serena. Et pour les corvées ?
- Ne crois pas que tu seras dispensée de tâches ménagères. Tu en auras moins, certes, mais tu n'y échapperas pas, Jeune fille, l'avait-elle prévenue.
Sans grande surprise, elle s'était attendue à une telle réponse, quand bien même elle avait espéré qu'elle abdique à lui en donner étant donné sa situation actuelle. La bonne sœur avait remarqué à travers le regard de la princesse, que ça l'embêtait de devoir toujours faire ces choses ingrates.
- Je ne le fais pas par pure égoïsme, tu peux me croire. Nous avons assez de bras pour nettoyer de fonds en combles les moindres recoins de nos bâtiments, ce n'est pas ça le souci. Je fais ça avant tout pour toi, car tu risquerais de te mettre à dos la plupart des filles, et crois-moi, tu as beau être une forte tête, si elles venaient à s'en prendre à toi en groupe, tu ne ferais pas le poids.
Serena ne l'avait pas vue de cet œil, et elle avait à présent compris les enjeux, c'est sans doute pour ça qu'elle n'avait pas objecté.
Elles parlèrent encore un moment, avant que la directrice ne la laisse enfin sortir de son bureau. La jeune femme n'avait malheureusement pas eu le privilège de manger son petit-déjeuner, par manque de temps. Elle avait d'ailleurs eu quelques difficultés à rattraper ses camarades de chambre, sur le chemin de la gare.
***
Serena ne parvenait à lâcher du regard les pages du roman que lui avait prêté Edmund. Ce dernier la maintenait scotchée à son siège jusqu'à la dernière page. Lorsqu'elle referma le bouquin, la jeune femme jeta un coup d'œil à l'heure affichée sur la montre qui occupait un meuble dans la pièce. Il s'agissait de la petite bibliothèque qu'elle avait découverte quelques jours plus tôt. Serena avait pu trouver le temps pour la remettre en état, et profitait pleinement de quelques moments de détente dans cette pièce.
Elle était heureuse d'avoir pu terminer à temps sa lecture, car elle devait à présent aller se coucher. Le lendemain elle allait vivre son tout premier jour de travail, et même si elle pensait parvenir à anticiper un peu ce qui allait lui arriver, en réalité elle n'en n'avait pas la moindre idée, et ça la rendait plutôt anxieuse.
La jeune femme était sortie avec la plus grande discrétion, de la bibliothèque, et descendit l'escalier sans se faire repérer par qui que ce soit, car à cette heure-ci, la brunette savait que les bonnes sœurs faisaient leur prière du soir, dans leur chambre respective.
Elle se glissa dans son lit, sous les yeux de ses camarades de chambre.
- Où t'étais passée ? avait pesté Célia, qui avait sa couverture montée jusqu'à son menton.
- J'avais besoin euh... une grosse diarrhée, mentit Serena. J'ai utilisé les toilettes du rez-de-chaussée, pour éviter de vous déranger.
- Écœurante, avait ajouté Amélia qui la dévisageait. M'approche pas, je veux pas choper ton virus.
- J'en n'avait pas l'intention, s'était-elle contentée de répondre à la concernée, en entrant dans son lit. Mais je ne suis pas malade, je n'ai juste pas supporté le ragoût de ce soir.
Après ça, le silence avait pris possession de la chambre. Les trois filles avaient éteint leur lumière, et le duo avait rapidement trouvé le sommeil, contrairement à Serena, qui avait dû se centrer sur quelque chose de plus agréable pour parvenir à s'endormir. Il s'agissait d'Edmund, et de son beau sourire.
Le lendemain, la jeune femme débordait d'énergie, dès qu'elle eut abandonné son matelas et son oreiller douillet. Le froid du mois de février était très présent, et ça Serena l'avait bien senti passer pendant qu'elle s'aventurait dans la forêt, à dos de sa bicyclette, pour se rendre sur le quai à temps. Il devait être six heures vingt du matin, lorsque le train se montrait enfin, et ceci avait ravie la brune qui pouvait bénéficier de la chaleur qui se trouvait dans le wagon dans lequel elle venait d'entrer. La brunette avait apporté avec elle son vélo dans le train.
Elle était arrivée avec quelques minutes d'avance, dans la boutique de Madame Holt, alors que celle-ci l'attendait de pied ferme, et semblait aussi stressée que ne l'était sa nouvelle employée.
Elles avaient, au premier abord, signé la paperasse, mis en place les horaires de travail, et discuté durant un petit moment, ce qui avait rassuré la jeune femme, qui se sentait plus à l'aise à présent, car elles s'entendaient plutôt bien.
La matinée s'était passée très vite, tant Serena était concentrée sur ce qu'elle était en train d'apprendre, à tel point qu'elle avait perdu la notion du temps. Ce fut Lisbeth qui, après avoir remarqué qu'il était déjà quatorze heures passées, l'informa qu'elle pouvait rentrer chez elle.
- À demain, Madame, s'exclama la brune en attrapant ses affaires au passage.
- Appelle moi Lisbeth, nous sommes collègues, maintenant ! lui avait souri sa patronne en faisant un clin d'œil. Passe une excellente fin de journée, et repose-toi bien. À demain !
Sur ces mots, la princesse était sortie du magasin, tout en poussant à côté d'elle son vélo.
- Bon... J'ai encore du temps devant moi avant que le train ne vienne, soufflait-elle en posant les yeux sur l'horloge de la ville. Que puis-je bien faire jusqu'à dix-huit heures ?
Elle avait réfléchi pendant plusieurs minutes, en marchant droit devant elle. Il était à peine quatorze heures vingt, qu'allait-elle bien pouvoir faire de son temps jusque-là ? Celle-ci n'avait pas pensé à amener ses cahiers pour faire ses devoirs. À vrai dire, elle n'avait apporté que le strict minimum. Dans son sac, ce matin, elle n'y avait que glissé son sandwich pour sa pause de midi, une bouteille d'eau, et le livre d'Edmund, pour pouvoir relire certains passages de l'histoire, afin de l'analyser.
- Tiens, pourquoi pas leur rendre une petite visite... Après tout, ils ne vivent pas trop loin, murmurait-elle en ayant pensé aux Pevensie.
À l'aide des panneaux de signalisation, Serena était vite arrivée à se repérer. Une fois qu'elle eut atteint une certaine route dans la ville, elle enfourna sa bicyclette pour emprunter un chemin moins encombré par les passants. La princesse avait pédalé quelques kilomètres avec son vélo, avant d'arriver à destination, mais elle se fichait de la fatigue qu'elle pouvait ressentir après tous ses efforts, car rien ne pouvait lui faire plus plaisir que d'aller voir son amie Lucy, mais aussi en grande partie Edmund, et le reste de leur joyeuse petite famille.
Au moment de frapper à la porte, la brune avait soudainement éprouvé une pincée d'anxiété, et elle avait bien eu raison, car ce n'était ni Lucy, ni Susan, ou qui ce que ce soit d'autre qu'elle n'ait déjà rencontré, qui venait de lui ouvrir. L'homme qui se présentait à elle était plutôt grand de taille, et il possédait une chevelure blonde et de beaux yeux bleus qui feraient chavirer le cœur de n'importe quelle femme. Ce n'était nulle autre que Peter Pevensie, et Serena l'avait automatiquement reconnu, quand bien même, c'était leur première rencontre.
- Bonjour, puis-je vous aider ? demanda Peter.
- Hum, oui, bonjour. Je me présente, Serena Smith. Je suis une amie de Lucy. Vous devez être Peter, je présume ? Elle m'a beaucoup parlé de vous. Je suis venue lui rendre une petite visite, j'espère ne pas déranger ?
Il y eut quelques secondes où Peter avait un regard fixé sur un point inexistant, comme s'il était en train de relier toutes les informations que venait de lui donner la brune.
- Oh, Serena ! Oui, depuis que je suis rentré de voyage, Lucy n'a eu de cesse de me parler de toi. Je peux te tutoyer, au fait ?
- Bien évidemment, lui affirma-t-elle en affichant un gigantesque sourire.
- Je t'en prie, entre !
La princesse ignorait pourquoi l'ancien grand roi la mettait aussi à l'aise, mais quoi qu'il en soit, elle entra dans la maison à la suite de cela. Peter fut plutôt serviable avec elle, alors qu'il la débarrassait de son manteau et l'invitait à s'asseoir dans un fauteuil.
- Merci bien. Lucy n'est pas là ? demanda-t-elle.
- Oh, elle ne va pas tarder, ne t'en fais pas. Elle est allée faire quelques courses avec ma mère. Et si tu veux également savoir où se trouve Susan, elle est actuellement chez une amie, mon père est au travail. Il n'y a qu'Edmund et moi... Mais je suppose que tu as pu voir qu'il n'était pas très sociable, et je m'en excuse d'avance s'il a été précédemment désagréable avec toi.
Serena était estomaqué par la bienveillance de Peter, elle était même presque en train de douter sur les propos qu'elle avait pu lire à son sujet. Lui qui était toujours décrit comme étant arrogant, impulsif et strict. Certes, il était également dit qu'il était un parfait dirigeant, courageux, responsable et protecteur. Serena ne pouvait s'empêcher de ne penser qu'à ses défauts. Puis elle s'était vite ravisée sur ses propos en se disant que la première impression n'était pas forcément révélatrice, mais aussi que le jeune homme avait très bien pu mûrir, depuis le temps.
- Oui, j'ai pu le constater, néanmoins j'ai eu l'occasion de discuter avec lui. Il est sympathique.
Les sourcils du blond se levèrent d'un air étonné.
- Oh, je n'ai jamais dit le contraire, mais ça me surprend qu'il soit parvenu à te parler, surtout pour une première fois, déclara-t-il. C'est que tu dois être une personne bien particulière.
- À ce point ? Je ne pense pas avoir quelque chose de plus que qui que ce soit d'autre, répondit-elle avec candeur.
Peter lui offrit un sourire.
- Eh bien, on ne prévient pas qu'il y a une invitée à la maison ? avait pesté Edmund depuis l'escalier.
- Personne ne te dis de rester cloîtré dans cette chambre toute la journée, aussi, lui répondit sèchement Peter, qui l'observait les rejoindre.
En à peine quelques secondes, Serena avait pu sentir qu'il y avait une certaine électricité entre les deux frères, c'était assez impressionnant. Elle avait préféré ne rien dire et les laisser régler leurs différends.
- Excuse-moi, souffla Edmund en s'adressant à la brune. Si j'avais su que tu venais, je serai tout de suite descendu. C'est le son de vos voix qui m'ont interpellé.
Peter secoua la tête tout en levant les yeux au ciel. Il n'est pas croyable, pensa-t-il.
- Ce n'est rien, je ne peux t'en vouloir pour ça, répondit avec entrain Serena. Au fait, vu que tu es là, j'en profite pour te rendre « Le chien des Baskerville ». Mon Dieu, que ce livre était génial !
Edmund s'était assis à côté d'elle sans véritablement faire attention, et il avait commencé à débattre avec cette dernière sur le contenu du livre. Peter avait vraiment l'impression de faire tapisserie, et en même temps, il trouvait cela plutôt amusant de voir son frère discuter avec le sexe opposé, lui qui n'en n'avait que faire des femmes en temps général. Ce ne fut d'ailleurs, qu'après une quinzaine de minutes à parler, que Serena s'était rendu compte qu'elle et Edmund étaient complètement plongés dans une bulle, laissant en retrait Peter qui devait avoir perdu le fil de leur conversation, quand bien même il était toujours présent.
- Je suis désolée, on s'est un peu emportés, s'excusait-elle auprès du blond. J'espère ne pas t'avoir importuné.
- Non, ce n'est pas grave. Si tu peux permettre à Ed de devenir plus sociable, moi ça me va. D'ailleurs, je ne sais pas vous, mais je meurs de soif. Vous voulez boire quelque chose ?
- Tiens donc, tu es devenu serviable, maintenant ? s'indignait Edmund d'un air provocateur.
Peter fit de gros yeux à l'attention de son frère, et cela voulait dire « Arrête de te comporter comme ça devant notre invitée ». Par chance, Serena ne prêtait pas vraiment attention à cette interminable rivalité entre les deux hommes qui étaient avec elle, car elle estimait qu'elle n'avait pas à se mêler de ce genre d'histoire.
- Je prendrai un verre de jus d'orange, si vous en avez, évidemment, se contentait-elle de dire, toute sourire avec l'intention d'apaiser ses hôtes.
- Bien sûr, Serena. Et pour toi Edmund, ce sera un verre d'eau, déclara le blond.
Le roi ébène grimaça, car il n'avait eu le temps de répliquer. Son frère ayant déjà quitté la pièce.
- Je suis désolé pour ce désagrément, souffla le jeune homme. Je te propose d'aller marcher un peu, si tu veux. Ça t'évitera d'assister davantage à ce genre de scène.
- Hm, si tu veux. Ça me ferait plaisir de passer du temps à tes côtés.
Le visage d'Edmund s'était illuminé, et cela avait ravie la jeune femme.
Peter était réapparut dans le salon, quelques instants plus tard, avec un plateau dans les mains contenant les verres de boisson.
La tension entre les deux frères avait pris congé et ils avaient échangés sur divers sujets de conversation pendant plusieurs minutes, avant qu'Edmund n'invente un prétexte pour que lui et la princesse ne sortent sans que Peter ne les suivent. Le blond avait fait mine de ne pas avoir compris leur intention de se voir seuls, et c'est pour cette raison qu'il ne dit rien.
- Tu n'as pas trop froid, ça va ? lança le jeune homme, après quelques minutes à marcher dans la neige, sur un trottoir qui longeait toute la rue.
- Oh, ne t'inquiète pas pour ça, je suis habituée, lui assura-t-elle. Mais dis-moi, pourquoi vous ne vous entendez pas bien avec Peter ?
Serena a toujours su qu'une tension régnait entre les deux frères, mais la raison précise lui échappait.
Elle ne se rendait pas vraiment compte qu'en marchant à côté d'Edmund, de temps à autres, leurs épaules étaient à la limite de se toucher tant ils étaient proches, et seul Edmund le remarqua, mais n'en fit rien.
- Je ne sais pas, ça a toujours été comme ça entre nous. (Il soupira) J'aimerais que l'on parle d'autre chose, si ça ne te dérange pas trop.
- Non, y a aucun souci. Hum, je me demandais, quels sont tes hobbies, mis à part la lecture ?
- Hm, j'aime beaucoup les jeux de logique, comme les échecs, par exemple. Au lycée, je fais partie d'une équipe de rugby, je sais, avait-il rit, moi, faire du rugby ? Je n'ai pas la tête de l'emploi. En sachant que je suis plutôt discret, en temps général, je suis pourtant très investi dans ce sport d'équipe. Et toi, quelles sont tes passions, Serena ?
- J'aime bien faire du cheval, découvrir des choses, voyager. J'apprécie énormément les sports de combats, tels que l'escrime ou bien même le karaté. Mon plus grand rêve serait de visiter le plus d'endroits possibles, c'est tellement fascinant de découvrir les autres cultures et de pouvoir combiner toutes nos connaissances afin de nous enrichir davantage.
- Attends... quoi ? Tu pratiques des sports de combat ? Et en plus de ça tu rêves de voyager ! Tu n'es vraiment pas ordinaire comme fille, ça c'est certain.
- Bah quoi ? Ça te choque tant que ça ? s'étonnait Serena.
- Non. Enfin si ! Tu es bien la première fille que je rencontre qui s'intéresse à ce genre de chose. En général, elles préfèrent se soucier de leur apparence, et elles ne semblent pas avoir d'autres objectif de vie que d'avoir l'air belle, se marier et fonder une famille. Alors que toi tu donnes de l'importance à des choses qui se passent autour de toi. Tu ne penses pas qu'à toi, et j'apprécie beaucoup ça chez toi ! Des personnes comme toi, y en a pas des masses ! Ça te rend plutôt unique. J'aime beaucoup.
Ce que venait de lui dire le roi ébène la fit rougir. Ils avaient, par la suite, enchaîner leur discussion jusqu'à ce qu'ils n'aperçoivent la voiture de la famille Pevensie. Le duo avait alors rebroussé chemin, et après ça, Serena et Lucy ne se lâchaient plus. Edmund s'étant mis en retrait, même s'il était resté avec tout le monde, mais il avait beaucoup de mal à accepter que Serena ne puisse pas se consacrer seulement à lui.
Lorsqu'elle avait dû repartir, il avait néanmoins eu le privilège de venir la saluer près de la porte, et la dernière image qu'ils avaient l'un de l'autre était un joli sourire qu'ils ne parvenaient à extraire de leur esprit, avant de dormir.
Les jours, et les semaines avaient défilés à une vitesse folle. Serena passait le plus clair de son temps à apprendre ses cours, voir ses amies à l'école, et travailler le week-end. Son seul réconfort était sûrement le samedi, quand elle rendait visite à la famille Pevensie, qui était très enchantée à chacune de ses venues. Elle avait, par ailleurs, réussi à faire plus ample connaissance avec ces derniers, et tous à leur manière, étaient très heureux qu'elle s'intègre, en partie Lucy qui la considérait comme un membre de la famille. Serena, avec son premier salaire, s'était fait plaisir et s'était acheté de beaux vêtements, qu'elle prenait le grand soin d'enfiler avant d'arriver chez les Pevensie, ce qui ne déplaisait pas à Edmund, qui la trouvait plutôt élégante. Elle avait également acheté de quoi embellir son visage, mais ne sachant pas utiliser le maquillage, celui-ci occupait son sac.
***
L'air doux du mois de mars fouettait le visage de Serena, tandis qu'elle rentrait à l'intérieur du couvent, un panier de linge propre qu'elle venait de décrocher, dans les bras. Elle alla déposer les vêtements dans une salle dédiée, et monta ensuite dans sa chambre pour aller se débarbouiller le visage, car avant ça elle avait dû nettoyer la cheminée. La brune se laissait tomber sur son matelas, et elle exprima un grand soulagement en regardant avec la tête à l'envers son armoire. Quelque chose l'intriguait, ce n'était pas comme d'habitude. Sa porte était légèrement entre ouverte. Immédiatement, cela avait poussée Serena à se lever pour venir l'examiner, et en effet, elle avait de quoi se faire du souci. Ses yeux s'étaient écarquillés quand elle remarqua que la boîte dans laquelle elle avait rangé le reste de son salaire avait été vidée. À côté de la boîte, il y avait une pile de vêtement derrière laquelle elle avait caché la lampe à huile. Sans plus tarder, la jeune femme avait vérifié si elle était encore là, et par chance, les voleuses ne s'y étaient intéressées. Cependant, Serena avait jugé qu'il soit plus prudent qu'à partir de maintenant, elle la garderait constamment dans son sac, avec elle.
- Elles ont vraiment osé, maugréa-t-elle d'un air grave. Ça va pas se passer comme ça.
La jeune femme s'était levée, avec une poussée d'adrénaline et de colère. Elle poussa violemment la porte qui lui faisait obstacle, et se rendait immédiatement dans le bureau de Sœur Catherine afin d'énoncer les faits.
***
Edmund se passa le dos de la main sur son front pour l'essuyer. Sa respiration était sifflante, mais la seule chose qu'il avait retenue était sa victoire contre l'équipe adverse. Tous ses coéquipiers lui firent une tape sur l'épaule et le félicitaient pour son don de stratège. Un fier sourire prenait place sur son visage, et il ne quittait ce dernier que dès lors où il se glissait sous le jet d'eau de la douche du vestiaire.
Ses camarades lui proposèrent de les rejoindre pour aller boire un verre à l'extérieur, afin de fêter leur victoire, mais Edmund fut réticent. Les autres garçons ne cherchaient pas plus loin et partirent devant lui, le laissant ainsi seul avec ses pensées, pendant qu'il s'habillait.
Il rentra en tramway chez lui, et était complètement plongé dans le fil de ses pensées, sur tout le trajet. Son regard se posa un instant sur sa montre qu'il avait au poignet, et un petit sourire s'était formé sur son visage. On est samedi, elle est déjà à la maison, songeait-il avec hâte. Bien sûr, il pensait à Serena. Le jeune homme la trouvait de plus en plus belle à chacune de leurs rencontres, et il ne savait pas véritablement pourquoi, sa présence lui procurait une sensation agréable dont il ne pouvait se défaire. À vrai dire, plus il la voyait, plus il devenait accro, à tel point qu'il ne pouvait cesser de penser à elle lorsqu'il pouvait se le permettre.
Quand il fut arrivé à la maison, comme à son habitude, il retira ses chaussures, sa veste et enfila ses chaussons. Il entra dans le salon, mais fit la moue quand il réalisait que personne n'était là. Susan était dans le jardin avec Peter, ces derniers étaient en train de désherber. Son visage se leva quand il entendit soudain des voix provenant du premier étage.
- Ce sont elles, souffla le roi ébène en parlant de Lucy et Serena.
Le jeune homme se demandait bien comment il allait pouvoir les aborder, et quand il remarqua le sac de Serena qui était posé sur un fauteuil, il se disait que le lui ramener était une excuse parfaite pour aller à sa rencontre.
Sans plus tarder, il s'approcha de ce dernier, et le pris en main, mais ce qu'il n'avait pas vu c'est qu'il n'était pas très bien fermé. Résultat, plusieurs objets tombèrent du sac, notamment, la lampe à huile. Edmund s'était automatiquement baissé pour ramasser ce qui était tombé, et il grimaça lorsqu'il avait observé la lampe à huile. Elle était recouverte de poudre blanche (autrement dit, du maquillage). Le jeune homme se disait qu'il n'allait pas pouvoir ranger ça, sans la nettoyer un minimum, car il estimait que ça ne se faisait pas. Après avoir remis toutes les affaires de la brune dans le sac, il se releva et alla chercher un chiffon dans la cuisine pour nettoyer la lampe.
Lorsqu'il la frotta, une lueur violette s'en échappa, et pris de panique, Edmund laissa tomber la lampe au sol. L'instant d'après, Cyrus était apparu devant lui.
***********************
Et voilà mes ami(e)s ! Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ?
J'avais vraiment hâte de faire apparaître Peter, mais surtout faire revenir Cyrus, car j'adore ce personnage, il est tellement gentil 🙂 Donc je suis super contente qu'il soit enfin apparut à nouveau ! Il n'empêche que avouez-le, vous ne vous étiez pas du tout attendu à ce que lui et Edmund se rencontrent 😆
N'hésitez pas à me donner vos avis en commentaire, voter et vous abonner si ce n'est pas encore fait.
Vos commentaires m'aident beaucoup et me font très plaisir ! N'hésitez pas à continuer, ça m'aidera pour l'écriture de la suite 😊
Sur ce, je vous souhaite de la patience, avant la suite qui n'arrivera pas avant la semaine prochaine 🙃
Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top