•Chapitre 11• «Just ask...»

ZÉLINA

Cela faisait maintenant trois jours que nous étions arrivés à Torquay. Nous avions visité tous les lieux touristiques de la région, telle que la grotte de Kent, ainsi que tous les endroits liés directement ou indirectement à la célèbre Agatha Christie, comme l'Imperial Palace, le Grand Hôtel, et Princess Gardens. Cela ravit surtout Aaron, un grand fan de la romancière, qui ne perdit pas une miette de chaque lieu, les yeux exorbités, enregistrant les moindres détails. Cela faisait du bien de le voir comme cela.

Aujourd'hui, nous avions décidé d'aller nous promener au bord de l'eau (dans laquelle nous ne mettrons pas les pieds, vu sa température) et de pique-niquer. Il faisait étonnamment beau pour l'Angleterre. Un soleil radieux décorait le ciel bleu, parsemé tout de même de quelques nuages gris.

Erika et Matt marchaient devant, main dans la main, tous deux les chaussures à la main, pour profiter de la douceur du sable. Je décidai de faire de même et retirai mes chaussures que je gardai à la main. Je vis Aaron faire de même et je souris. Un vent d'air frais vint s'engouffrer dans mes cheveux laissés à l'air libre et je fermai les yeux pour mieux savourer ce goût de liberté qui s'offrait à moi.

Au bout de quelques dizaines de silence et de marche dans le sable blanc, Aaron décida de prendre la parole :

«-Tu as des nouvelles de Lylian ?»

Je me braquai aussitôt et mon coeur fit une roulade dans ma poitrine (du moins, c'était la sensation que j'avais). Je pris sur moi et feignai (très mal) une indifférence :

«-Heu... non.»

Après avoir prononcé ces mots, je pus au moins en tirer une conclusion sur moi : je mentais très mal. Et, d'ailleurs, ce n'était pas Aaron qui allait dire le contraire, car, au vu du regard qu'il me lança, j'en déduisis qu'il avait deviné sans peine que je cachai la vérité. Je me demandai alors si je devais en parler ou garder ça pour moi.

«-Je..., commençai-je, hésitante.»

Aaron n'insista pas et me laissa le temps de parler, tout en suivant les deux amoureux qui se tenaient toujours la main, innocemment.

«-Il m'a appelé il y a quelques jours, mais...»

Jepris une grande inspiration, en focalisant mes yeux sur le sable blanc.

«-Mais, il m'en voulait pour quelque chose. Je ne sais pas trop de quoi il parlait, il était vraiment énervé...»

Je me tus, laissant Aaron pensif. Son silence me laissa croire qu'il ne m'avait peut-être pas entendu, mais il finit par me répondre :

«-Tu as essayé de le recontacter, pour lui demander ce qui n'allait pas?»

Je songeai à ce qu'il disait en me rendant compte que j'avais préféré ignoré cet appel plutôt que d'y faire face.

«-Non, avouai-je, penaude.»

Aaron se contenta de sourire, me laissant deviner ce qu'il me restait àfaire.

Un quart d'heure plus tard, nous débouchâmes sur une magnifique jetée qui s'étendait très loin dans la mer émeraude. Le soleil faisait miroiter les eaux et le vent excitait les flots qui venaient se fracasser contre les roches de la jetée. Les allées et venues de l'eau sur la plage laissait une trace plus sombre dans le sable, ainsi que de la mousse d'écume. Le paysage était magnifique, et la beauté était accentuée par l'inactivité humaine du coin. Ici, la faune et la flore coexistaient dans une harmonie parfaite.

«-On s'arrête ici ? proposa ma tante en lâchant la main de Matt.»

Je me demandai si c'était une bonne idée de détruire ce paysage naturel en s'installant pour pique-niquer, mais je me dis qu'il fallait juste que l'on fasse attention à ne rien jeter par terre. L'approbation de Matt décida ma tante qui s'empressa de déplier la bonne vieille nappe à carreaux rouges et blancs, bien clichée. Ma tante n'acceptait pas de faire un pique-nique sans cette nappe.

Pendant que les adultes installaient le repas, je décidai d'aller toucher l'eau. Je laissai mes chaussures sur le sable et me dirigeai vers le bord de l'eau. Cette dernière finit par me lécher les pieds, faisant remonter un frisson tout le long de mon corps. L'eau était fraiche, bien trop pour oser s'y baigner, mais pas désagréable non plus. Je me mis face à la mer et observai l'horizon, simple ligne qui semblait ne jamais avoir de fin. Je repensai alors aux mots d'Aaron, ou plutôt à ceux de sa psy. "L'horizon n'est pas inaccessible. Il faut juste se donner les moyens de l'atteindre." Cette phrase prenait tout son sens à la vue du paysage.

Mes pensées dérivèrent sur l'autre continent, celui qui se trouvait bien loin derrière cette ligne, qu'on appelait communément horizon. Juste derrière, il y avait Lylian. En terme de distance, si on regarde sur un planisphère, nous n'étions pas très loin l'un de l'autre ; et pourtant, j'avais la désagréable sensation d'être plus loin de lui que je ne l'avais jamais été. Dans un élan de courage, je pris mon téléphone, et les pieds toujours dans l'eau, je cherchai le contact de Lylian. Je tapai frénétiquement sur mon clavier quelques mots, les premiers qui me vinrent à l'esprit, le coeur battant, me laissant guider par l'adrénaline du moment.

À Lyl' : Quand tu auras décidé de m'expliquer clairement de quoi tu m'accuses, tu m'appelleras !

Je verrouillai ensuite mon téléphone, en me demandant si c'était une bonne idée d'avoir écrit cela. Je n'eus pas vraiment le temps d'y penser car ma tante m'appeler pour manger. Je quittai la fraicheur de l'eau et marchai dans le sable chaud. Ce dernier se collait sur ma peau humide et cela me réchauffa davantage.

Ma tante était en plein confectionnage de sandwichs, tandis que les deux hommes se partageaient goulûment un paquet de chips. Je proposai mon aide à Erika, ce qu'elle accepta volontiers, en lançant un regard plein de sous-entendus aux hommes.

«-Heureusement que Zélina m'aide...»

Je me retins de rire en voyant le regard penaud de Matt, qui tenta de s'excuser en volant un baiser à Erika. Cependant, elle ne se laissa pas faire et recula, faussement vexée. Matt fronça les sourcils et retenta son coup, mais, cette fois, déséquilibré, il tomba carrément sur ma tante qui s'esclaffa, toujours un sandwich à la main.

Les deux amoureux se retrouvèrent dans une position assez gênante, car Matt était juste en dessus d'Erika. Leurs lèvres étaient très proches et ma tante avait cessé de rire. Aaron fit mine de se cacher les yeux et grommela, mi-amusé, mi-sérieux :

«-Il existe des lits pour faire ça !»

Je souris, mais mon sourire s'éteignit quand les lèvres de ma tante et celles de Matt se scellèrent tendrement. Pendant quelques instants, ils ne formèrent qu'un et je ne pus m'empêcher d'avoir une pensée pour Lylian, même si ce n'était pas forcément le bon moment. Pendant que les deux adultes se bécotaient comme des ados, je sortis mon téléphone, dans l'espoir d'avoir une réponse de Lylian, mais rien. Je me sentis seule.

Finalement, ils finirent par se détacher l'un de l'autre et nous pûmes savourer le repas, composé de chips, de sandwichs et de fruits, éléments très originaux dans un pique-nique. Le repas se passa silencieusement, si on omettait les rires des amoureux qui se lançaient des regards signifiants de temps à autre.

Je n'avais jamais vu ma tante comme cela. Elle m'avait déjà raconté qu'elle n'était jamais tombée amoureuse et que c'était bien mieux ainsi. Elle se sentait libre et vivante, sans mari, ni enfants. Elle avait bien changé grâce à sa rencontre avec Matt. Comme quoi, une simple rencontre peut tout changer...

Après le dessert, nous fîmes attention à ne rien laisser par terre et nous ramassâmes tous nos déchets. Tous les quatre, nous restâmes assis sur la sable, cheveux au vent à observer l'horizon, songeurs.

Soudain, Matt se leva, tendu. Il passa la main dans ses cheveux, dans un geste frénétique et peu à l'aise. Son brusque changement de comportement m'alerta et je regardai autour de moi, prête à apercevoir quelconque danger, mais en vain. Je fronçai les sourcils, attendant une explication quant au comportement de Matt.

«-Je... J'ai quelque chose à dire...»

Ses yeux fuyaient les nôtres et ses mains tremblaient légèrement. Une nouvelle fois, il se tritura les cheveux, vraiment mal à l'aise. Son mal être était perceptible d'ici.

«-Je... Erika...»

Sans que personne ne s'y attende, il sortit quelque chose de sa poche. Il s'agissait d'une petite boite noire, simple, mais élégante. Tandis que les rouages se mirent en place dans mon esprit, un sourire apparut sur mes lèvres.

Matt s'agenouilla devant ma tante, qui commençait déjà pleurer, sans qu'il n'ait dit quoi que ce soit. Il ouvrit la boîte et laissa apparaître un bijou magnifique et étincelant. Alors que ma tante posait ses deux mains sur son visage, les yeux embués et les joues embrasées, Matt demanda, fébrile :

«-Veux-tu m'épouser ?»

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