•Chapitre 34• «The show is over...»

Arrivé au lycée, je dus directement monter en cours. J'avais traîné un peu pour venir, encore un peu secoué par la déception de ne pas avoir pu apprendre plus sur les deux jumeaux. Cette discussion n'avait fait que raviver ma curiosité intarissable et je me pris à me demander pourquoi je m'intéressais tant à leur histoire. Peut-être parce que j'avais l'impression indéniable que Callum avait besoin d'en parler. Ou peut-être tout simplement parce que j'étais curieux.

La salle 117, une salle de sciences, se trouvait au premier étage. À peine avais-je pointé mon nez devant la salle, qu'une masse humaine me sauta dessus. Je mis quelques secondes à reconnaître Anaïs.

«-Salut, dis-je, doucement.»

Elle ne prit pas le temps de me répondre et ses lèvres trouvèrent les miennes très rapidement. Je lui rendis son baiser, partagé entre deux sentiments. Celui de lui rendre ce qu'elle ressentait pour moi, et celui, bien supérieur au premier, de me sentir coupable. Coupable de l'embrasser devant elle, alors que je ne devrais pas ressentir cela.

Sentant mon déchirement, Anaïs s'écarta un peu et me planta ses yeux dans les miens, les sourcils froncés, la tête légèrement penchée :

«-Qu'est-ce qu'il y a ?»

Je voulus lui répondre, mais mon cerveau capta autre chose. Autre chose qui lui parut beaucoup plus intéressant : le regard de Zélina. Il reflétait tellement de choses en même temps. Cependant, un sentiment prenait le dessus sur les autres. Un sentiment que je reconnus sans aucune hésitation et qui eut pour effet de faire bondir traîtreusement mon coeur. Un sentiment qu'elle ne devrait pas ressentir, pas plus que je ne devrais ressentir de la culpabilité. La jalousie.

«-Oh !»

La voix d'Anaïs me tira de ma contemplation et ses doigts qui claquèrent devant mes yeux terminèrent de me faire revenir sur terre. Je rencontrai son regard sévère et je m'en voulus aussitôt de m'être laissé aller. Je priai pour qu'elle n'ait pas idée de se retourner pour observer de ses yeux ce que j'observais. Peine perdue. Elle fit volte-face et n'eut pas besoin de plus d'un regard pour déterminer quelle était la cause de mon inattention.

Je vis aussitôt Elsa fusiller du regard Anaïs et détourner une Zélina perdue et tétanisée. Par ma faute. Je me mordis la lèvre, tandis qu'Anaïs se planta devant moi, les bras croisés contre sa poitrine. Elle semblait furax. Et je ne pouvais pas lui en vouloir. Encore une fois, je m'étais comporté comme un con.

«-Tu m'expliques ?»

Je demeurai silencieux, tandis que des sifflements se firent entendre parmi nos camarades de classe. Apparemment, ils prenaient un malin plaisir à nous voir en conflit. Je serrai la mâchoire.

Anaïs afficha alors une mine blessée. Ses yeux se remplirent de larmes, tandis qu'elle essayait vainement d'avoir l'air énervé. Devant les moqueries des autres élèves, elle me contourna et s'éloigna dans le couloir, à l'opposé de la salle de cours. Je voulus la rattraper, mais je n'en eus pas le courage, trop confus.

Je fis alors face à mes camarades, hilares. Je ne comprenais pas pourquoi les lycéens se délectaient tant devant de telles disputes.Il y avait quoi de jouissif à regarder deux personnes en train de s'engueuler ? En étant bien conscient que tout le monde me regardait et que le prof arrivait, je lançai, froidement :

«-Le spectacle est terminé.»

Sur ce, je parcourus le couloir sous les regards surpris de la plupart des élèves et pénétrai dans la salle de cours, devant un Monsieur Marton ébahi.

***

Sur le pas de la porte, j'hésitai quelques secondes. J'avais déjà mis une dizaine de minutes à me convaincre que c'était la meilleure chose à faire etune autre dizaine pour me donner le courage de le faire. Je ne devais pas me dégonfler. Si je ne le faisais pas pour moi, je devais le faire pour elle.

Je pris mon courage à deux mains et toquai à la porte. Deux coups d'abord hésitants, puis deux autres plus sûrs. Personne ne répondit. Je soupirai. Peut-être qu'elle n'était pas chez elle. Alors que je m'apprêtai à faire demi-tour, j'entendis un petit cliquetis qui me força à me retrourner. La porte s'entrouvrit et laissa passer la tête d'Anaïs. Elle me dévisagea, tandis que plusieurs émotions défilèrent sur son visage. Surprise, déception et tristesse. Ma culpabilité n'en fut que décuplée.

Au vu du regard qu'elle me lança, je fus presque certain qu'elle allait me refermer la porte au nez, mais elle ne le fit pas. Elle me dévisageait toujours, l'air de dire "qu'est-ce que tu me veux ?". Ce fut à ce moment-là que je réalisai que je me trouvai devant chez elle, sans l'avoir prévenue auparavant. J'entrepris :

«-Heu... Salut. Je... écoute, je suis désolé pour toute à l'heure, je n'aurais pas dû... Je suis venu d'apporter les cours d'aujourd'hui.»

Anaïs n'étant pas réapparue de la journée, j'avais pris le parti, encouragé vivement par mon père, d'aller lui donner les cours, comme elle l'avait si bien fait pendant ma période de convalescence à l'hôpital. Je n'avais pas remarqué qu'un simple regard l'avait tant bouleversée pour qu'elle refuse de retourner en cours après cela.

Ce fut au tour d'Anaïs de ne pas me répondre comme je l'avais fait plus tôt dans la matinée. Je retentai :

«-Je peux rentrer ? Je veux bien t'expliquer ce qu...»

Le mouvement brusque d'Anaïs me coupa dans mon élan. Elle venait de refermer la porte de sa maison à une vitesse effrayante et son visage s'assombrit l'espace de quelques instants, quelques instants qui me permirent de déceler un sentiment nouveau incrusté en elle. La peur.

Je n'esquissai pas un mouvement, trop surpris par l'agressivité soudaine de son geste. De son corps, elle barrait l'entrée chez elle, comme si sa maison renfermait quelque chose. Je me pris à essayer de comprendre son changement brusque de comportement :

«-Est-ce que je te dérange ? Tu faisais quelque chose ? Je peux repasser si tu veux.»

Alors que j'allais faire demi-tour, la voix d'Anaïs m'en empêcha :

«-Non ! Reste.»

Sa voix était suppliante. Je constatai alors que ses yeux étaient rouges et que son maquillage avait coulé. Elle avait troqué son jean pour un vieux jogging délavé et son T-shirt était couvert d'une substance que je ne pus identifier. Avait-elle passé sa journée à pleurer pour moi ? Plus je tournais l'idée dans ma tête, plus elle me paraissait incongrue. J'avais deviné qu'Anaïs tenait à moi, mais à ce point...

«-Tu peux entrer si tu veux.»

Elle entrouvrit à nouveau la porte d'entrée qu'elle avait claqué il y avait à peine quelques minutes. J'avançai, un peu hésitant, et complètement perdu. Juste avant que je passe la porte, Anaïs me prévint :

«-Ne fais pas attention au bazard.»

L'entrée menait directement au salon et je dus m'arrêter afin de digérer ce que je voyais.

Jamais le terme 'bazard' m'avait parut être un tel euphémisme. Le sol était couvert de détritus en tout genre : vêtements sales, papiers mal rangés, gobelets en plastique témoignant d'une ancienne fête, bouteilles d'alcool... Le canapé était défait et les coussins étaient sur le sol. Le table était couverte de nourriture à moitié entamée. Sur un meuble, s'entassaient quelques centaines de bibelots et de photos souvenir. De la poussière couvrait la moindre parcelle d'espace libre. J'aperçus plusieurs tâches, couvrant le sol de la cuisine que l'on pouvait voir à travers une porte entrouverte et mon cerveau me dit que cela ne devait pas être que de l'eau.

Estomaqué, je me retournai vers Anaïs. Elle affichait une mine fermée, mais je vis bien qu'elle se retenait d'exploser. Comment faisait-elle pour vivre dans un pareil débarras ?

«-Désolée, ma mère a encore invité ses amis junkies hier soir. Elle est toujours en train de décuver.»

Elle prononça ses mots avec une décontraction feinte, mais son ton trahissait sa honte. Je pris soudain conscience qu'Anaïs était loin d'être la petite fille pourrie gâtée que je m'imaginais. Au contraire. Je voulus dire quelque chose, mais elle m'interrompit.

«-Viens, on va dans ma chambre.»

J'allais la suivre, quand elle précisa avec un sourire triste :

«-Je te jure que c'est moins le bazard qu'ici.»

~~~

Un nouvel aspect d'Anaïs vous est présenté dans ce chapitre, j'espère que ça vous a plu et que vous retiendrez qu'il ne faut pas toujours se fier aux apparences... ;)

LetTheMagicHappen

Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top