Chapitre 26 : Boule à neige.

J’étais seul avec Orphée, dans la chambre où nous avions dormis, le regardant faire les cents pas.

« Viens t’allonger, tu me donne le tournis à marcher en rond. »

Il soupira mais s’exécuta tout de même, déposant sa tête sur mes cuisses, me laissent le loisir de passer ma main dans ses cheveux.

« Ne stresse pas, je suis sûr que tout va bien se passer. Bientôt tout sera fini. »

« Comment tu peux en être aussi sûr, rester aussi calme et ne pas paniquer ? Parce que putain moi je suis mort de trouille Mahé. Mort de trouille à l’idée de te perdre, mort de trouille à l’idée de tout faire foirer, encore. »

« Shuut. Orphée tout va bien. Je ne panique pas parce que je crois en toi. »

« Mais… Comment ? Comment tu peux croire en moi alors que moi-même je ne crois pas en moi ? » Demanda-t-il comme une supplique.

« Je te fais confiance, c’est tout. » Dis-je en fermant les yeux pour contenir la douleur de ma hanche qui se réveillais de nouveau.

Ça commence réellement à être douloureux bordel.

« Comment va ta hanche, combien de temps pense tu pouvoir encore tenir ? » Interrogea Orphée, comme s’il savait.

« C’est bon, on a encore le temps. Je vais bien pour le moment. »

« Pourquoi tu t’entête à me mentir à ce sujet ? »

« Je ne te mens pas. Nous avons encore du temps devant nous, juste assez pour mettre au point un plan. »

« Alors on va déjà commencer par se trouver un objet qui nous servira de repère. Et nous devons le faire seul si l’on en croit ce qu’a dit Tÿas. »

« Ouais, tu as raison. Je vais aller faire un saut chez moi pour récupérer ce que je pense être l’objet adapté. »

« Ok, fait vite, je ne vais pas t’accompagner, je veux en savoir le moins possible au sujet de cet objet pour éviter de te mettre en danger. »

« T’inquiète. »

« Je m’inquiète toujours pour toi alors inutile de me dire de ne pas le faire. »

Je souris avant de mettre mon pull jaune over size et d’enfiler la veste en jeans d’Orphée -enfin celle que je lui ai achetée- par-dessus celui-ci.

« Revient vite. » Me dit-il en m’enlaçant avant que je ne parte. Je rejoins rapidement ma maison en prenant le métro. Bientôt, je rentrais dans la maison de mon enfance, me faisant discret pour que personne ne me voit, ne voulant pas perdre de temps à parler de choses inutiles avec ma famille. Clairement, ce n’étais pas le moment. Je montais dans la tourelle west et commençais à fouiller dans les anciennes affaires de mon père, ouvrant tous les tiroirs du bureau jusqu’à mettre la main sur ce que je cherchais : une simple boule à neige un peu tordue à la peinture écaillée et où l’on pouvait lire l’inscription ‘’ Bonne fête Papa ‘’.  Je retins une larme en détaillant l’objet, au centre duquel on voyait Barbouille, le petit Barbapapa noir qui peignait. J’avais dix ans quand je la lui ai offerte et c’est le dernier cadeau de fête des pères que je lui ai offert. Je la mis dans ma poche et sorti. Quand je traversais le hall, Luffy me repéra et vint japper près de moi.

« Va-t’en mon cœur, ne fait pas de bruit il ne faut pas que l’on me voie, je suis pressé. »

Mais bien évidement, elle ne m’écouta pas. J’entendis une porte s’ouvrir ce qui me pressa davantage.

Super !

« Lu’, je te promets je reviens te chercher et on ira voir Orphée, c’est ça que tu veux non ? Mais maintenant laisses-moi. »

Je la repoussais un peu avant de sortir de la maison et de courir jusqu’au métro le plus proche et de monter dedans. Une fois assis au fond de la rame, je ressorti la boule à neige de ma poche et me mis à la détailler, sentant les larmes poindre de nouveau.

Ce que je peux être con. Pleurer pour une boule à neige ridicule. Putain !

J’essuyai mes joues d’un geste rapide et sort du métro une fois ma station atteinte et retourne au manoir d’Akihiko. Dès que j’eut passé la porte, je vis Orphée assis sur le grand escalier du hall et il vint me serrer dans ses bras au moment même où la porte se ferma. Sentir ses bras chauds autour de moi me fit craquer et je me mis à sangloter en silence, le serrant plus fort, m’agrippant à son pull.

« Hey Crevette, qu’est-ce que tu as ? Il s’est passé quelque chose ? Quelqu’un t’a fait du mal ? » S’inquiéta Orphée.

« Non, c’est bon, serre-moi juste dans tes bras et ne me lâche pas. »

Comprenant qu’il n’y avait pas de danger immédiat, il fit ce que je lui demandais en silence, une main se logeant dans mes cheveux et l’autre au creux de mes reins.
« Viens, on va au salon. »

Je le suivis et nous nous affalons sur le sofa, moi toujours calé dans ses bras.

« Et toi, tu as trouvé un objet ? » Interrogeais-je d’une petite voix.

« Ouais, plus ou moins. »

Rassuré, je soupirais avant de reposer ma tête sur son torse chaud.

« Nolahn et Akihiko se bouffent toujours le chou ? » demandais-je plus pour combler le silence que pour connaitre la réponse dont je me doutais déjà.

« Ouais, je me demande réellement ce qu’il s’est passé entre ces deux-là pour qu’ils se haïssent à ce point. »

Nous restons quelques minutes tranquilles jusqu’à ce que Tÿas apparaisse dans le salon, nous demandant si nous avions trouvé ce qui nous servirait de repère une fois descendus. Comme nous acquiescions tous deux, il nous sourit.

« Vous voulez bien venir à la cuisine, tout le monde y est et nous essayons de nous mettre d’accord sur la façon d’agir mais Nolahn et Akihiko ne font que de se contredire l’un l’autre, je ne sais que dire pour les calmer et j’ai peur qu’ils ne finissent par se frapper. »

Je me levais et posais une main rassurante sur l’épaule du frêle blond.

« Ne t’en fais pas, je m’en occupe. » Puis je partis vers la cuisine.

« Merci. » Répondis Tÿas, visiblement soulagé.

Plus je m’approchais de la cuisine, plus j’entendais les cris s’élever.

Quels énergumènes ces deux-là !

« Mon dieu mais ce n’est pas possible ! On ne peut pas vous laisser seuls deux minutes sans que vous ne vous sautiez dessus pour vous étriper ! »

Mon cri les fit se taire et j’en profitais pour les fusiller du regard.

J’entendis un petit ricanement dans mon dos.

Orphée.

Oui mon cœur ?

Phff, t’es con.

Je m’appuyais contre le mur avant de demander à Nolahn :

« Comment va-t-on faire pour que j’aille aux Enfers ? »

« Pour qu’Orphée retrouve ses ailes, il faut que ce soit lui qui te tue, avec une arme démoniaque que je lui aurai fournie puisque c’est moi l’émissaire chargé de vous descendre. »

« Et c’est tout, c’est aussi simple que cela ? » Demandais-je, pressentant que Nolahn ne nous disait pas tout.

« Oh et puis merde, t’es mon frère, je ne peux pas te laisser mourir pour rien. Au diable les obligations du rang et les devoirs de sang, mon impératif est de te protéger, pas de servir ceux qui ont fait de moi l’image même du mal. »

« On en a déjà parlé No’, ma décision est prise. » M’énervais-je.

« Non, tu ne comprends pas, s’il accepte que tu te sacrifie, il restera déchu parce qu’un ange doit faire preuve d’abnégation, et non sacrifier une âme innocente pour servir ses intérêts. Si vous faîtes cela, jamais Orphée ne rêvera ses ailes et tu seras perdu à jamais Mahé. »

« Oh, alors tu trahis ton rôle d’émissaire, je n’aurais jamais cru cela venant de toi ! » S’exclama Akihiko. « Comme je suis dans un bon jour, je vais encore vous aider, et puis surtout parce qu’Helory m’a demandé de le faire. » Grogna-t-il. « Je vais faire un portail pour te faire rejoindre les Enfers Mahé, puis Nolahn te guiderais vers le seigneur des lieux et c’est à ce moment-là que tu pourras lui demander la restitution des ailes de l’ange. Tu demanderas un simple échange, de cette façon, ce n’est pas Orphée qui te sacrifie mais toi qui te donne volontairement. »

Alors comme cela il était au courant que tout était voué à l’échec et ce fourbe ne nous aurait rien dit ? Evidemment, puisque nous ne lui avions pas posé la question, il n’avait pas pu monnayer la réponse.

« Ok, je veux bien te guider à travers les Enfers mais je ne te serais d’aucune aide pour ressortir. Et dernière chose, ce n’est pas parce que j’accepte de t’aider que j’approuve ce plan. Je suis parfaitement contre. Putain t’es mon frère et je ne veux pas que tu te sacrifie, pour qui que ce soit. »

« Et ce plan a-t-il la moindre chance de fonctionner ? » Demandais-je, déboussolé par ce que Nolahn venait de nous apprendre. Il avait failli prendre mon âme tout en sachant que ceci serait inutile.

La perfidie de l’émissaire, Orphée m’avait prévenu. 

« Une chance infime, mais c’est mieux que rien. » Eluda Tÿas.

« Et tu ne pourrais pas nous éclairer sur la marche à suivre pour que nous ayons le plus de chances possibles de réussir ? » M’enquis-je.

« Non, c’est au-delà de mes capacités. »

« Comment peux-tu avoir le pouvoir d’ouvrir un portail ? » Questionna Orphée à Akihiko.

« Et bien l’une des façons qui m’ont permis de rester sur terre même après ma déchéance est le fait que j’ai passé un pacte avec un shinigami, ou dieu de la mort japonais, qui m’a fait don d’une partie de ses pouvoirs, me rendant à moitié shinigami et à moitié Yōkai. »

« Que lui as-tu laissé en échange des pouvoirs qu’il t’a laissé ? » Demanda Tÿas.

« Cet homme était cupide, il voulait ramener les morts à la vie pour s’enrichir auprès des familles des défunts. Je lui ai servi de cobaye pendant plus d’un siècle avant d’avoir payé ma dette. Mais au fil de ses expériences, il m’a injecté du venin de Yōkai, pensant fortifier mon corps et me rendre plus résistant, ce qui soit dit en passant était une idée assez intelligente si elle n’avait pas failli me coûter la vie. Sans mon sang d’ange, j’y serai sûrement resté. »

Suite à ces mots durs, Helory serra la main d’Akihiko entre les siennes, signe de soutien. Plus personne n’osa dire quoi que ce soit, les révélations d’Akihiko ayant jeté un froid dans le cœur de chacun d’entre nous.

« Ne faites pas cette tête voyons, tout cela est ancien et presque oublié, tout cela est advenu il y a plusieurs siècles. » Rit le japonais, surprenant tout le monde.

« Tu as une baignoire ? » Demanda Tÿas, nous surprenant tous.

« Ouais à l’étage. » Répondit tout de même Akihiko, sans comprendre la finalité de la question.

« Je peux l’utiliser ? Je… Quand j’étais petit, mon grand-père m’a appris que l’immersion dans l’eau m’aidait à canaliser mon pouvoir de vision et je n’ai jamais retenté de la faire depuis sa mort mais je crois que j’en aurais besoin si je veux vous aider. »

« Mais bien sûr, suis-moi, je vais te montrer où elle est. »
Tÿas se leva et parti à la suite de notre hôte.

« Je… On doit venir ou on serait de trop ? » Demandais-je incertain.

« Je n’en ai aucune idée, je crois que je devrais plutôt être seul, pour réussir à me concentrer du mieux que je puisse. »

« Ouais mais il faut quand même que quelqu’un reste dans les parages, au cas où cela se passerait mal, ne prenons aucuns risques. » Somma Orphée.

Tÿas hocha la tête avant de dire :

« Serait-ce possible que ce soit toi qui m’accompagne Helory ? Tu es le seul à ne pas posséder une aura mystique écrasante, à être totalement normal et banal. Enfin un simple humain quoi. »

« Je ne sais pas si je dois m’en offusquer ou te remercier pour me faire confiance. » Rit Helory qui lança un regard à Akihiko, comme une recherche d’approbation et, quand ce dernier hocha le noiraud ajouta : « Ce sera avec plaisir. »

Quand ils commencèrent à monter les escaliers tous les deux, Akihiko s’étant rassis, laissant Helory guider le petit blond, Orphée l’interrogea :

« Tÿas, tu ressens les auras ? Je veux dire, il est normal de les voir mais les ressent, je n’en ai jamais entendu parler. »

« Et bien je pense que cela a un rapport avec mon don, enfin je n’en sais trop rien, ça non plus je ne sais pas trop comment le gérer. » Expliqua, ou plutôt tenta d’expliquer Tÿas.

Helory et Tÿas disparurent dans les couloirs puis montèrent les escaliers.

« Bon » Repris Akihiko, « il faut réellement que l’on se mette au boulot. Enfin surtout moi, il faut quand même que je me mette au boulot si je veux ouvrir un portail vers les Enfers, ce n’est pas le genre de chose que l’on fait en un claquement de doigt, enfin si théoriquement c’est le claquement de doigts qui ouvre le portail, ‘fin bref, je m’égare, fignolez votre plan parce que vous n’aurez pas de seconde chance et il serait dommage que vous mouriez, je tiens à être payé. » Scanda théâtralement Akihiko avant de quitter la pièce.

Il ne resta dans la cuisine plus que Nolahn, Orphée et moi. L’air grave, Nolahn prit la parole :

« Mahé, il faut que je t’avoue quelque chose, le pouvoir du dieu Pan que je détiens en moi est un pouvoir trop brut et puissant pour pouvoir être contenu par un humain. Alors il arrive que la partie rationnelle de mon esprit se fasse totalement engloutir quand l’âme de Pan prend possession de mon corps et que je ne sois plus mût de ma propre volonté mais de celle de Pan, c’est pourquoi il te faudra être très vigilent et qu’il faudra agir rapidement. Je retiendrais le dieu le plus longtemps possible mais il est forcé, qu’a un moment ou un autre, je perde pied et je ne saurais dire ce que Pan tantra, donc je te demande de ne te fier qu’à toi-même une fois en bas et de surtout ne pas changer la moindre partie du plan si l’idée semble venir de moi, car tu ne pourrais être certain qu’elle ne vienne pas en réalité de Pan. »

« Attend t’es en train de nous dire qu’une fois descendus, tu ne seras plus qu’une foutue bombe à retardement ? » S’enquit Orphée. « Mais n’y a-t-il personne capable de contrôler ses pouvoirs dans cette barraque ? » Se lamanta-t-il.

Tout à coup, je me senti défaillir et m’écroulais au sol, tremblant de douleur. En un instant, Orphée fut à mes côtés, s’exclamant, paniqué :

« Hey Mahé, Chaton reste avec moi, on va bientôt te débarrasser de cette foutue marque, il faut seulement que tu tiennes encore un peu. »

Putain jamais il ne s’arrêtera avec ses surnoms idiots.

Je luttais, je luttais de toutes mes forces pour ne pas m’endormir et sombrer.

« Merde, je l’amène dans une chambre, toi essaye de rattraper Helory avant qu’il ne soit enfermé dans la salle de bain avec Tÿas ! »

Mon demi-frère hocha la tête et parti, je le vis s’éloigner à travers ma vision trouble.

_______

Je trouve Tÿas trop mignon, pas vous ? Il me fait penser à un bébé canard. Je sais pas pourquoi un canard 😂

Au prochain chapitre, il y aura un nouveau personnage qui est un de mes chouchou (Je dis ça mais ils le sont tous mdrr)
Brefff prochain update demain !

Avec amour et dévotion,

ParadoxalementParadoxale.

Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top