Chapitre 8
Selena passe le mois le plus merveilleux de sa vie. Elle se plait dans son travail aux côtés de la Sultane Samira mais surtout, elle passe toutes ses nuits en compagnie du Shezade Mehmet. Elle en apprend plus sur la vie et la dynastie des Sultans, sur la Turquie ainsi que l'Empire en générale. Mehmet est un homme assez bavard mais également très à l'écoute. Il apprécie de l'entendre parler de sa vie d'avant, ce qui est assez rare apparemment. Une sorte de règle au palais fait que les concubines ni le personnel ne doit parler de sa vie d'avant. Mais cela ne dérange pas à Mehmet lorsque Selena le fait. Il ferme les yeux en entendant la jeune femme décrire les paysages idyliques de son village natal : l'océan à perte de vue, la grande forêt, la montagne loin derrière.
Selena glousse légèrement en repensant à une blague de Mehmet la veille au soir et elle entend un raclement de gorge derrière elle. Elle manque de laisser tomber le drap qu'elle a plié de ses mains puis se retourne. Fatma Hatun l'inspecte les poings sur les hanches et un sourcil relevé.
– Désolée Fatma Hatun, s'excuse la jeune femme avec un petit sourire complice. J'étais dans mes pensées.
– J'ai vu ça ! Réplique la Kalfa d'une voix autoritaire. Cela faisait cinq minutes que tu tenais ton drap sans bouger.
Selena s'empresse alors de le ranger dans l'étagère de la laverie tandis que Fatma semble ne pas avoir terminé de lui parler.
– Samira Sultane veut te voir, continue Fatma Hatun.
– Maintenant ? Lui demande Selena un peu surprise par cette envie soudaine de la Kalfa.
– Maintenant, répète la femme avant de la conduire jusqu'à la Sultane.
Samira Sultane était en train de boire une tasse de café, tradition commencée grâce à Hurem Sultane durant son règne, lorsque l'on toque à la porte de sa chambre.
– Entrez ! Autorise la Sultane tout en posant sa tasse sur le petit guéridon orné de pierres précieuses qui trônent devant son divan.
Deux concubines ouvrent la grande porte sur Fatma Hatun et la jeune Selena. Les deux baissent la tête tout en approchant avant de se courber devant la Sultane.
– Sultane, la saluent Fatma Hatun et Selena d'une même voix.
Celle-ci remercie Fatma Hatun de lui avoir amené Selena. La Sultane regarde lentement la jeune fille. Elle n'a rien contre cette enfant. Pour Samira elle en est encore une. Ses seize ans lui donnent une beauté enfantine mais également assez mûre. Néanmoins, sur certains points cela reste une enfant.
– Je voulais te parler de quelque chose de très important Selena, commence la Sultane avec une voix douce mais également assez solenelle.
La jeune femme relève les yeux pour fixer son interlocutrice. Elle remarque que son regard ambré brille. Synonyme que la Sultane a une idée derrière la tête.
– Comme tu le sais, le Sultan doit faire prochainement un choix quant à son héritier au trône, continue la Sultane. Et ce choix concerne soit mon fils, soit celui de la Sultane Nuran.
Selena hoche la tête. Tout le monde dans le palais est au courant, la jeune fille ne voit pas où la Sultane veut en venir à lui rappeler cela.
– En tant que mère, mon souhait est bien entendu que mon fils soit choisi. Il a d'ailleurs, plus de chances d'être choisi que le Shezade Osman qui est en froid avec le Sultan suite à une histoire passée.
Mehmet avait déjà parlé à Selena d'une histoire entre Osman et leur père. Cela concernait des décisions prises dans son Sanjak sans en avertir le Sultan. Lequel avait bien entendu pas apprécié que des choses soient faites dans son dos.
– Pour accroître les chances de mon fils, il faudrait qu'il donne un héritier, poursuit la Sultane en se levant pour marcher un peu. Cela montrerait qu'il est prêt à poursuivre la dynastie de son père le Sultan. S'il était le premier à avoir un fils, cela serait très avantageux pour lui.
La Sultane vient se poser devant Selena. La jeune femme la regarde sans comprendre pourquoi la Sultane lui explique tout cela.
– J'ai appris que tu avais passé la nuit avec mon fils presque toutes les nuits depuis cette histoire de bracelet, la confronte alors la Sultane Samira en plantant son regard ambré dans le sien.
Les joues de Selena rosissent légèrement et elle ne peut s'empêcher d'hocher la tête.
– Vous avez passé beaucoup de nuits ensemble, rappelle la Sultane, mais mon fils ne t'a pas touché une seule fois si j'en crois ce que l'on m'a dit.
Il est vrai que les nuits passées avec le Shezade ont été plus des nuits à discuter, chanter, parler et refaire le monde. Il y a eu quelques baisers échangés et quelques étreintes mais rien d'intime comme sous-entend la Sultane.
Selena commence alors à se sentir mal à l'aise. Elle a l'impression que la Sultane lui reproche quelque chose. Cette dernière continue de la fixer avec ses yeux perçants. Selena n'arrive plus à soutenir ce regard qui la juge et baisse les yeux.
– Cela ne me dérange pas que tu t'entendes bien avec mon fils, reprend la Sultane Samira. Mais il lui faut un héritier.
Fatma Hatun assiste à ce dialogue qui ressemble plus à un monologue vu que Selena n'a pas sorti un mot. Elle comprend la position de la Sultane mais est également peinée pour cette jeune fille qu'elle apprécie bien.
– Tout cela pour dire qu'à partir de ce soir, je ferai préparer une concubine pour mon fils. Termine la Sultane avant de se tourner vers Fatma Hatun. Comment s'appelle la fille déjà, la blonde avec des yeux bleus, la fille qui vient de Macédoine ?
Etrangement, c'est Selena qui répond tandis que Fatma Hatun recherchait le nom.
– Nadia, dit-elle avec une voix plate.
– Nadia c'est ça, répète la Sultane. Faites la préparer pour le Shezade Mehmet ce soir. Une robe bleue pour aller avec ses yeux.
– Bien sûr Sultane, se courbe Fatma Hatun avant de jeter un coup d'oeil à Selena.
La jeune fille fixe le sol avec un mélange de tristesse et de colère.
– J'en ai terminé, annonce la Sultane tout en retournant s'asseoir. Vous pouvez disposer.
Fatma Hatun et Selena se courbe afin de saluer la Sultane avant de sortir de la chambre. Une fois les portes fermées, Selena éclate en sanglots. Des sanglots assez forts que Fatma regarde sans savoir quoi lui dire pour la réconforter. Honnêtement, elle ne peut rien lui dire. La jeune femme a passé sa chance auprès du Shezade.
Quelques heures plus tard, au détour d'un couloir proche des cuisines, une femme se tient contre un mur tandis qu'un cuisinier lui parle depuis le mur perpendiculaire. La femme est enveloppée dans un manteau à capuche sombre afin de se cacher.
– Nuran Sultane veut que cela soit ce soir, ordonne la femme dans le manteau.
Elle sort alors une fiole contenant un liquide transparent de sa manche puis le tend en direction du cuisinier.
– Il faudra verser le contenu après que le goûteur ait goûté les plats, rappelle la femme directive.
Le cuisinier attrape rapidement la fiole pour la cacher dans la ceinture grise qu'il porte autour de la taille.
– Tu peux dire à la Sultane que cela sera fait, lui promet le cuisinier avant de partir de son côté.
La femme part alors du côté opposé et enlève son manteau lorsqu'elle arrive au niveau des chambres des Sultanes. Elle entre dans celle de la Sultane Nuran de façon discrète.
Cette dernière est devant son miroir en train de brosser ses longs cheveux noirs ondulés. Ses yeux bleus fixent Zeynep Kalfa qui vient d'entrer dans sa chambre.
– Alors ? Demande la Sultane avec appréhension.
– Ce soir, annonce la Kalfa en souriant, fière d'avoir remplie sa mission pour sa Sultane.
Nuran Sultane reprend son brossage avec un sourire vainqueur.
– Ce soir le Sultan aura pris le poison et dans trois jours il décèdera de façon mystérieuse, murmure la Sultane d'une voix hostile. Il nous reste juste à prier que le Sultan ne fasse pas d'annonce d'ici ces trois jours Zeynep...
– On connaît le Sultan, ma Sultane, intervient Zeynep tout en venant l'aider à se brosser les cheveux. S'il voulait faire son annonce, il demanderait des préparations car il le ferait en grande pompe.
Nuran Sultane approuve d'un léger mouvement de tête avant de passer la brosse à cheveux à sa Kalfa. Cette dernière continue de lui déméler les cheveux.
– Dans trois jours le Shezade Osman sera déclaré héritier du Sultan en tant que fils aîné et Sultan en même temps, se réjouit la Kalfa.
– Et mon règne débutera Zeynep, rajoute la Sultane d'un regard perçant dans le miroir. Et croit moi, l'histoire se souviendra de moi.
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