Chapitre 35

Hasan Bey est de retour au Palais avec le Shezade Osman. Ce dernier, reconnaissant auprès de son frère de lui avoir permis d'aller voir sa mère, lui a offert un jeune étalon à la robe noire comme la nuit. Mehmet apprécie beaucoup ce geste de la part de son frère et utilise son temps libre pour aller voir ce cheval.

C'est d'ailleurs lors d'un jour ensoleillé du printemps que Mehmet se trouve à l'écurie impériale. Il est en train de brosser l'étalon quand Safir Sultane arrive doucement. Elle n'est accompagnée que de deux concubines. Elle s'approche de Mehmet avec un sourire avant de dire :

– Votre Majesté, le salue-t-elle en s'inclinant légèrement.

Mehmet redresse la tête et pose la brosse qu'il tenait sur un mur avant de faire le tour du cheval pour saluer Safir. La jeune russe contemple le jeune animal avant de se retourner vers Mehmet :

– C'est un très beau cheval Votre Majesté, puisse ses sabots vous mener jusqu'à vos prochaines victoires.

Amin Safir, répond Mehmet en esquissant un sourire. C'est un cadeau du Shezade Osman, il a toujours eu très bon goût en matière de cheval.

– Je vois ça, confirme la jeune femme.

Mehmet la détaille du regard. Elle porte une robe rose avec des strass ainsi qu'un diadème assorti sur sa longue chevelure rousse. Elle a ajouté un par-dessus de couleur ocre afin de se protéger de l'air légèrement frais.

Safir sent le regard du Sultan sur elle, aussi elle en profite pour garder son sourire tout en maintenant la discussion :

– Je ne suis jamais montée à cheval, avoue-t-elle en venant caresser le flanc de l'animal.

Mehmet arque un sourcil.

– C'est vrai ?

La jeune femme hoche doucement la tête sans cesser de caresser l'étalon.

– Ma famille était trop pauvre pour posséder un cheval Votre Majesté, confie-t-elle.

Mehmet reste un instant silencieux avant de déclarer :

– Il faut remédier à cela, je connais la jument parfaite pour débuter.

Safir fait mine d'être surprise bien qu'elle s'attendait à une réaction comme celle-ci de la part du Sultan. Mehmet lui fait signe de le suivre et Safir s'exécute. Ils entrent dans l'écurie et passent devant plusieurs chevaux avant que Mehmet ne s'arrête devant une jument à la couleur crème.

– Voici Şirin, lui présente-t-il en venant caresser la tête de la jument, c'est une jument très docile, parfaite pour les débutants.

Safir tend la main pour caresser également la jument.

– Elle a l'air très douce, commente la Sultane en croisant le regard du Sultan.

Mehmet sourit.

– J'aimerais bien essayer Votre Majesté, ose-t-elle d'une voix modeste. Vous m'avez rassurée en me présentant Şirin. Je n'ai plus peur d'essayer.

– Tu es sûre ? Veut savoir Mehmet. Il ne faudrait pas salir ta jolie robe.

– Ce n'est pas grave, le plus important c'est que vous m'ayez donné le courage de dépasser mes craintes.

Safir avait choisi cette robe exprès au cas où elle arriverait à le convaincre de la faire monter à cheval. La robe paraît délicate et appréciée par la jeune femme mais au fond d'elle, elle préfère la sacrifier pour se rapprocher du Sultan.

Mehmet finit par approuver sa demande et fait demander à des Aghas de préparer la jument pour Safir. Ceci fait, il donne la longe de la jument à la Sultane pour qu'elle la guide hors de l'écurie. Mehmet la précède jusqu'à un petit près et prend à son tour la longe pour que Safir monte en selle. Aidée d'un tabouret et d'un Agha, la jeune femme parvient à s'asseoir sur le dos de la jument. Elle se tient au bout de la selle tout en regardant autour d'elle en souriant. En tout cas en feignant sa joie.

Mehmet la regarde faire avant de la couper dans son observation :

– Et si on essayait de la faire avancer ? Un coup de talon pour la faire avancer et tu guides avec les rênes.

Safir prend en main les rênes et s'exécute doucement. Elle donne un léger coup de talon et la jument se met à avancer. Mehmet lâche la longe tout en surveillant son trajet. Safir lui faire faire un cercle autour du Sultan.

– Bien, l'encourage Mehmet, maintenant pour la faire s'arrêter, tu tires les rênes vers toi doucement.

Safir marque sa compréhension d'un « d'accord » avant de faire arrêter la jument. L'animal, docile, s'exécute. Mehmet la félicite tout en s'approchant d'elle.

– Pour une première fois, c'est bien, la complimente-t-il.

– C'est grâce à vous Votre Majesté, le remercie Safir en souriant. J'aimerais beaucoup recommencer une autre fois.

Mehmet tend les bras vers elle pour l'aider à descendre.

– Tu es libre de venir quand tu veux, lui annonce-t-il une fois Safir au sol.

– C'est très aimable de votre part, s'incline-t-elle. J'espère avoir l'occasion de bénéficier une autre fois de votre expérience.

Safir choisit ce moment pour relever les yeux vers lui. Mehmet est légèrement troublé par son regard brillant de couleur noisette qu'il ne répond pas immédiatement. Safir savoure sa victoire intérieurement tout en s'inclinant.

– Je vais me retirer si vous le permettez, cela va être l'heure où Bayezid se réveille de sa sieste.

– Bien entendu, parvient à dire Mehmet.

Safir quitte doucement l'écurie en sentant le regard du Sultan sur elle. Elle sourit.

Leyla est en train de donner le sein à Haya quand Esra entre dans la chambre après avoir toqué à la porte. Le jeune Murat dort paisiblement dans son berceau.

– Sultane, j'ai une information pour vous, annonce Esra en se présentant devant Leyla.

– Qu'y-a-t-il Esra ? Lui demande Leyla sans quitter des yeux sa fille qui tête.

– Safir Sultane est montée à cheval avec sa Majesté tout à l'heure, c'est un Agha de l'écurie qui me l'a dit, révèle la Kalfa.

Leyla tourne la tête vers elle en arborant une mine interrogatrice.

– Et ? Je ne vois pas en quoi cela me concerne.

Esra lance un regard à Elena, occupée à ranger des draps appartenant aux berceaux, pour obtenir du soutien.

– Pardonnez moi Sultane, commence Elena, mais il ne faut pas prendre ce que vient de dire Esra Kalfa à la légère. Ce palais est un jeu de pouvoir. Les jumeaux vous ont donné du pouvoir. Mais rappelez vous que Safir Sultane a réussi à retourner la Valide Sultane contre nous, elle essaie maintenant de faire la même chose avec le Sultan.

Leyla regarde les deux femmes avec un air abasourdi. Elle sait qu'elle peut être encore un peu naïve et l'arrivée de ses enfants lui a rendu son monde tellement merveilleux qu'elle ne voit plus les dangers. Si Esra et Elena essaient toutes les deux de lui faire passer un message, alors c'est qu'elle doit faire attention sûrement.

– Qu'est-ce que vous me conseillez de faire ? Les interroge-t-elle l'une après l'autre.

– Continuez à être présente pour le Sultan, lui indique Esra Kalfa. Il faut qu'il vous ait en tête le plus souvent possible.

Leyla hoche doucement la tête en se disant que la Kalfa qui connaît les règles du palais depuis plus longtemps qu'elle a sûrement raison.

– Je... Je vais essayer...

Les deux servantes se regardent avant d'hocher la tête tandis qu'elles retournent à leur occupation.

Le soir, Mehmet a fait demander la Valide Sultane, Leyla Sultane et Safir Sultane pour participer à un dîner en sa compagnie. C'est la première fois que cela arrive et Leyla ne sait pas comment agir en présence de la Valide Sultane et de Safir. La jeune femme a revêtu une jolie robe azur, celle que Mehmet aime bien, pour l'occasion. Ses cheveux noirs ont été coiffés d'un diadème assorti. Lorsqu'elle arrive à la chambre privée du Sultan, Samira Sultane et Safir Sultane sont déjà dans la pièce en train de discuter avec le Sultan. La Sultane Valide est habillée d'une robe rouge en velours, une robe richement décorée et ornée d'or. Son diadème fait penser à celui de Hürrem Sultane après son mariage avec le Sultan Suleyman. Il est très grand et orné de pierres précieuses. Safir quant à elle est habillée de couleur violine avec une robe avec des dentelles et des strass et un diadème modeste. La conversation tourne autour de Bayezid qui commence à s'asseoir seul et à marcher à quatre pattes. Mehmet est en train d'annoncer une visite prochaine pour aller voir son fils.

Lorsqu'il apperçoit Leyla à la porte, il vient vers elle avant de lui prendre la main tandis qu'elle s'incline respectueusement.

– Ma Leyla, commence-t-il, on n'attendait plus que toi pour passer à table.

Mehmet désigne la table ornée de mets divers et variés et invite les Sultane à s'asseoir. Il se tient en bout de table tandis que la Sultane Valide se met à l'autre bout et que Safir et Leyla sont assises en face l'une de l'autre. La discussion autour du petit Bayezid reprend tandis que tout le monde se met à manger. La Sultane Samira monopolise beaucoup la parole et commente chaque évolution dans la vie du bambin. Elle loue également Safir qu'elle estime être une très bonne mère. Mehmet écoute tout cela sans rien dire et en mangeant.

Puis Samira Sultane se tourne vers Leyla avant de demander :

– Comment vont les jumeaux ?

Leyla attrape la perche tendue par la Sultane et répond plein d'entrain :

– Ils se portent bien Sultane, ils ne sont pas loin de commencer à marcher à quatre pattes. Ils relèvent déjà leur tête quand ils sont sur le ventre.

– Vraiment ? C'est dommage que je ne puisse pas le voir, lâche la Sultane.

Mehmet est surpris par la réaction de sa mère.

– Comment ça Valide ?

– Vous êtes tout le temps tous les deux que je n'arrive pas à venir te faire des visites pour voir mes petits-enfants, se plaint Samira.

Leyla se rappelle de la fois où elle était allée voir la Sultane avec les jumeaux et que celle-ci l'avait congédié sans ménagement.

– Je suis sûr que vous pouvez trouver un arrangement, temporise Mehmet.

Safir observe la scène avec un sourire vainqueur. Elle a tellement bien oeuvré auprès de la Valide Sultane que celle-ci lui mâche le travail auprès du Sultan.

Safir décide de profiter de l'instant pour s'adresser au Sultan :

– Votre Majesté, je tenais à vous remercier encore pour la jument, c'est un très beau cadeau que vous m'avez fait, je suis honorée.

Leyla jette un regard surpris à Safir. Elle pensait que c'était qu'un tour à cheval et pas qu'il lui avait offert un cheval.

Mehmet se tourne vers elle avant de répondre :

– Tant mieux si cela t'a plu Safir.

Le repas continue autour du cheval par Safir qui semble ne plus pouvoir s'arrêter de parler. Leyla retourne à sa chambre le soir en ayant l'impression d'avoir été spectatrice à ce repas.

Une étrange sensation s'empare d'elle. Et si les filles avaient raison et que sa place était menacée ?

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