Chapitre 26
Ce n'est que le surlendemain que le Sultan Mehmet se présente dans sa chambre. Le Sultan a revêtu un kaftan aux tons bleutés accompagné de riches motifs dorés. Il a également un turban associé sur la tête. Safir, assise sur son divan, en robe violine, se lève immédiatement à son arrivée.
– Votre Majesté, le salut-elle en baissant la tête.
Mehmet lui fait un signe de se redresser avant de la saluer à son tour :
– Bonjour Safir.
– Votre présence m'honore votre Majesté, continue la jeune russe.
Mehmet fait un hochement de tête poli avant de s'approcher de sa concubine.
– Valide m'a dit qu'elle t'avait renommée Safir en l'honneur de tes beaux cheveux, révèle-t-il en ayant un mouvement vers l'une des mèches de la jeune femme.
– Oui, Valide Sultane a très bon goût Votre Majesté.
Mehmet descend alors le regard vers son ventre.
– J'ai également appris que tu portes mon enfant, il pose une main délicate sur son ventre, puisse cet enfant naître dans de bonnes conditions.
– Amen Votre Majesté.
Mehmet lui adresse un sourire avant de tourner les talons et de quitter la chambre. Safir le regarde alors que les portes se referment. Quelques minutes.
Son interraction avec le Sultan n'a duré que quelques minutes. Elle l'a attendu trois jours pour quelques minutes.
Malgré elle, Safir se laisse tomber sur le divan en ayant les larmes aux yeux. La jeune femme n'est pas bête et sait qu'elle n'a pas l'affection du Sultan. Sa position dans le harem n'est pas stable. Il faut qu'elle accouche d'un Shezade coûte que coûte.
Plus tard dans la journée, Leyla croise Safir dans le Harem. Les deux femmes se voient arriver et s'arrêtent l'une en face de l'autre. Safir affiche un sourire confiant tandis que le visage de Leyla est neutre.
– Félicitation, finit par rompre le silence Leyla.
Safir n'hésite pas à montrer sa supériorité grâce à son regard avant de répondre :
– Mon Shezade sera le premier né du Sultan, se vante-t-elle narquoisement.
Leyla esquisse un sourire forcé avant de répondre :
– Si c'est un Shezade...
Elle passe par la suite à côté de la jeune russe sans lui accorder un autre regard. Néanmoins Safir ne l'entend pas comme ça :
– Comment oses-tu me parler sur ce ton ?!
Leyla se retourne interloquée.
– Mon enfant né je serai une Sultane, argumente Safir en la prenant de haut. Tu n'as pas à me parler ainsi.
Contre toute attente, Leyla s'incline devant elle en effectuant une révérance.
– Vous avez raison Votre Majesté.
Puis elle tourne les talons pour sortir du Harem.
Safir bouillonne intérieurement avant de continuer également son chemin.
Leyla finit son chemin dans les jardins du palais en compagnie de Esra Kalfa. Les deux femmes profitent de ce début de printemps arrivant et admirent les boutons sur les arbres du jardin.
– Le printemps va être doux, commente Esra Kalfa, les boutons sont presque éclots.
– Tant mieux, répond Leyla.
C'est alors qu'un Agha s'approche d'elles et s'incline devant Leyla.
– Leyla Hatun, sa majesté vous attend à l'écurie impériale, lui annonce-t-elle sans relever les yeux.
Leyla n'étant pas une Sultane, la coûtume voudrait que l'Agha ne montre pas autant de cérémonie en sa présence. Néanmoins, pas une seule personne dans le palais ignore l'attachement du Sultan pour cette concubine. Aussi, tout le monde a pris l'habitude de la traiter comme si elle était une véritable Sultane.
Leyla le remercie pour son information et prend le chemin de l'écurie avec Esra. L'écurie impériale se trouve dans un coin reculé du palais, proche d'une petite forêt. Leyla arrive rapidement et Mehmet l'attend devant l'écurie avec un magnifique frison noir tenu par un licole à la main. Leyla s'incline devant lui en souriant :
– Votre Majesté, le salue-t-elle.
– Ma Leyla, lui répond-t-il en tendant le licole à un Agha pour la prendre dans ses bras.
Après un baiser doux sur son front, Mehmet se met de profil pour lui montrer le cheval.
– Il est magnifique, admire Leyla en venant caresser le dos de l'animal.
Mehmet sourit avant de demander :
– Il te plait ?
Leyla hoche la tête en souriant.
– Il est à toi alors, lui indique Mehmet en souriant tendrement.
Leyla se tourne vers lui avec des yeux remplis de surprise.
– Pour moi ?
– Ce frison est un animal doté de beaucoup de charme et de noblesse. Il a été dressé pour être un fidèle compagnon, lui explique-t-il en souriant.
Leyla reprend ses caresses sur l'animal.
– Je vais l'appeler Yildiz, annonce la jeune femme.
– Etoile pour un cheval noir ? L'interroge Mehmet en haussant un sourcil.
– Oui, que ce cheval soit un signe de lumière dans nos vies, se justifie Leyla en tournant sa tête vers le Sultan.
Mehmet comprend alors et se met à sourire avant de la prendre dans ses bras.
– Très bien, reprend-t-il en la regardant. Ce cheval s'appellera Yildiz.
Leyla se met sur la pointe des pieds pour lui embrasser la joue.
– Merci, souffle-t-elle en souriant par la suite.
Mehmet l'attire contre lui pour l'embrasser doucement. Leyla pose par la suite sa tête contre lui. Elle éprouve alors une sensation de plénitude à cet instant là.
Quelques jours plus tard, Mehmet est à son bureau en train de travailler lorsque Hassan Bey se fait annoncer par un Agha. Mehmet le fait entrer et se lève pour le saluer.
– Votre Majesté, lui répond le Bey, des nouvelles de la frontière Nord de l'Empire par Yahya Pasha.
Mehmet attrape la missive tendue par Hassan Bey et la déplie pour la lire. Il lit la lettre deux fois tout en fronçant les sourcils.
– Les polonais cherchent à s'emparrer de la Podolie, révèle Mehmet après sa seconde lecture.
– Cette région a toujours été prisée par les différents rois de Pologne, analyse Hassan Bey.
– Convoque le conseil Hassan, il va falloir organiser une expédition pour remettre ce roi à sa place, ordonne Mehmet en repliant la lettre.
Hassan hoche la tête puis quitte la chambre privée du roi.
Quelques heures plus tard, Mehmet entre dans la chambre du conseil et s'assoit sur le divan impérial. Ibrahim Pasha et Hassan Bey se tiennent debout proches de lui. Normalement Hassan Bey n'a pas de titre pour siéger à un conseil impériale. Mais la confiance et l'affection du Sultan pour son fidèle allié font que celui-ci commence à participer aux différents conseils en tant que conseiller du Sultan.
Mehmet salue rapidement ses Vizirs présents avant d'exposer la situation évoquée dans la lettre de Yahyah Pasha.
– Les Polonais recommencent à vouloir gagner des terres Votre Majesté, commente Ibrahim Pasha.
– Oui et puis mon père, le Sultan Mourad Khan dans ses vieux jours n'a pas répondu aux différents affronds causés par ce roi infidèle, réplique Mehmet. Nous devons faire quelque chose.
Sélim Pasha, le vizir de la guerre prend alors la parole. C'est un homme grand et robuste avec des traits sévères et des yeux perçants. Une cicatrice descendant de son œil droit démontre son expérience lors de nombreuses conquêtes. Il porte un uniforme militaire orné et une coiffe assortie.
– Votre Majesté, les janissaires sont prêts à vous suivre. Ils attendent depuis longtemps maintenant pour servir l'Empire.
Mehmet lui adresse un signe de la tête et c'est Mustafa Efendi qui prend la parole par la suite. Le vizir des finances est un homme d'âge moyen portant de petites lunettes sur le nez. Il est habillé d'une robe aux ouvrages modestes ainsi qu'un turban assorti sur ses cheveux courts et raides. Une barbe bien taillée délimite son visage fin.
– Les comptes permettent de partir en expédition Votre Majesté.
Mehmet apprécie cette nouvelle, il craignait ne pas pouvoir partir à cause de la trésorie.
– Je vous remercie Mustafa Efendi pour cette nouvelle. Sélim Pasha, préparez les hommes aux départs et Ibrahim Pasha faites toutes les préparations nécessaires, nous partons au début du printemps.
Les vizirs se regardent les uns après les autres et seul Ibrahim Pasha ose relever ce que tout le monde a en tête :
– Mais Votre Majesté, cela ne nous laisse qu'un mois pour faire les préparations, c'est beaucoup trop peu.
Mehmet se lève marquant la fin du conseil.
– Je suis sûr que vous y arriverez Ibrahim Pasha.
Le Sult an quitte la salle du conseil laissant les vizirs discuter entre eux.
Le soir même, Mehmet dîne en compagnie de sa mère, la Sultane Samira. Cette dernière évoque les derniers arrivages de concubines venant du Sud de la méditerranée. Mehmet l'écoute silencieusement tout en mangeant puis attend une pause venant de la Sultane pour lui parler de sa future expédition.
La Sultane Samira laisse suspendre sa cuillère dans les airs tout en regardant son fils.
– Partir en expédition ? Déjà ?
– Le roi de Pologne menace les territoires de la Podolie Valide, explique Mehmet tout en continuant de manger, j'ai reçu une lettre de Yahya Pasha qui demande de l'aide.
Samira repose sa cuillère avant de continuer :
– Cela fait peu de temps que tu es sur le trône, c'est risqué de partir en expédition maintenant.
– Valide, les polonais menacent nos territoires, il est de mon devoir de tout faire pour les repousser et remettre leur roi à sa place, la contre Mehmet sur un ton légèrement autoritaire.
La Sultane ne dit rien pendant quelques instants, le temps de manger un peu, avant de reprendre :
– Et pour Osman ?
Mehmet lève alors les yeux vers elle en ne comprenant pas où elle veut en venir.
– Si tu pars en expédition, il y aura toujours un Shezade qui pourrait menacer ton trône vu que tu n'as pas voulu suivre la tradition et le faire exécuter, reprend la Sultane en se servant en dessert.
– On a déjà discuté de cela Valide, Osman est mon frère, on a grandi ensemble, je ne peux pas le faire tuer, s'entête Mehmet.
– Que feras-tu s'il décide de prendre ta place sur le trône ?
Mehmet pousse un long soupire avant de regarder sa mère dans les yeux :
– Qu'est-ce que tu attends de moi au final ?
– Emmène le avec toi en expédition, suggère la Sultane, comme ça sa mère ne pourra pas essayer de le placer sur ton trône en ton absence.
Mehmet réfléchit pendant quelques instants à ce que vient de dire sa mère.
– Tu as sans doute raison Valide, finit par dire Mehmet. Je ferai venir Osman au palais le plus rapidement possible.
La Sultane Samira accueille cette nouvelle avec un sourire et termine son repas en discutant avec son fils.
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