Chapitre 23
Le Divan impérial, le conseil des Vizirs sous l'Empire Ottoman, a été réuni dans son intégralité de façon aussi soudaine qu'extraordinaire. Les différents Vizirs sont debout devant un mur latéral et attendent avec une légère appréhension l'arrivée du Sultan Mehmet. Tous sont au courant de ce qu'il vient de se passer. Tous savent qu'ils ont une part de responsabilité dans ce qu'il vient de se passer.
Ibrahim Pasha est le plus anxieux de tous, même s'il préfère ne pas le montrer. L'attaque du Palais est en partie de sa faute. Il sait qu'il va se faire critiquer par le Sultan devant tous ces vizirs. Il sait qu'il risque son statut de Grand Vizir.
Des janissaires annoncent l'arrivée du Sultan et Mehmet fait son entrée dans la salle du Divan. Il a revêtu sa tenu officielle de conseil : à savoir un kaftan richement orné et un kavuk de la même couleur. Ses traits sont tirés et l'on distingue à ses yeux légèrement rougis la peine du Sultan. Néanmoins son visage arbore les prémices d'une grande colère. Une colère qui risque de se répandre sur n'importe quel Vizir au moindre mot non mesuré.
Mehmet s'installe sur le divan en soulevant l'arrière de son kaftan afin de ne pas s'asseoir dessus et les Vizirs s'inclinent chacun devant lui. Le Sultan ne les regarde même pas, ses yeux semblant figés dans le vide. Les Vizirs reprennent leur place et se lancent de petits regards afin de savoir la marche à suivre.
– Ibrahim Pasha, lance alors le Sultan après un moment d'attente. Veuillez expliquer à tous les Vizirs ici présents ce qui s'est passé et sans oublier le moindre détail.
Ibrahim Pasha s'incline face à sa demande puis commence à relater tout en prenant soin de bien choisir ses mots.
– Au petit matin, alors que sa Majesté allait attaquer la ferme dans laquelle devait se trouver celui qui se fait appeler « Vrai Sultan », commence à raconter Ibrahim Pasha, ce dernier en a profité pour s'introduire avec ses hommes dans le palais. Ils ont tué des janissaires et des aghas et voulait s'en prendre à la famille de Sa Majesté. La Sultane Samira et la favorite du Sultan, Leyla Hatun, ont failli être tuées par ces traitres.
Mehmet lève un bras autoritaire montrant que son Vizir devait arrêter le récit à cet endroit. Il regarde un à un ses plus hauts Vizirs avant de déclarer :
– Ma favorite, Leyla Hatun, a perdu notre enfant durant une chute causée par sa fuite.
Les Vizirs baissent les yeux avant de murmurer une prière.
– Le Traitre sera décapité demain à l'aube.
Puis le Sultan se tourne vers ses ministres de la justice, Hafiz Pasha, et des affaires intérieurs, Riza Pasha, avant de leur ordonner :
– Hafiz Pasha, Riza Pasha, vous vous occuperez de préparer la cérémonie. Je veux également que tout le monde sache ce qu'il vient de se passer et les conséquences pour ceux qui osent s'opposer à la Dynastie.
– Votre Majesté, commence Ibrahim Pasha d'une voix sage, je ne pense pas qu'il soit judicieux de prendre une décision pour l'instant.
Mehmet se tourne vers son Premier Vizir avec des yeux exorbités par la colère.
– Vous osez remettre en cause mon jugement Ibrahim Pasha ?!
Le Vizir baisse les yeux avant d'essayer de se justifier.
– Loin de moi cette idée, votre Majesté, je n'oserais pas. Je pense seulement qu'il faudrait attendre un peu de vous remettre de ce qu'il vient de se passer.
– Silence ! Le contre Mehmet en criant. Le conseil est terminé, ma décision est prise.
Le Sultan se lève alors vivement tandis que ses Vizirs le saluent puis quitte la salle sans leur jeter un regard.
Le lendemain, à l'aube, la foule s'est réunie devant le Palais impériale où doit avoir lieu la cérémonie de décapitation du Traitre à la Dynastie. Les habitants d'Istanbul ont entendu ce qu'il s'était passé au palais la veille. Nombreux sont ceux tristes pour le Sultan qui a perdu son enfant pas encore né. Ils crient dans la foule et réclame le sang de celui responsable.
La Sultane Samira se trouve dans la haute tour et observe toute la scène. Elle aurait aimé que Leyla Hatun vienne avec elle mais cette dernière est encore trop faible pour sortir de l'infirmerie. Aujourd'hui celui responsable de son crime va payer.
L'arrivée du Sultan est finalement annoncée et Mehmet sort du Palais entouré de deux janissaires. Il a revêtu son plus beau kaftan rouge vif, symbol de puissance. Il vient s'asseoir sur le divan impérial puis fait signe à Hassan Bey, déjà présent dans la grande cour, de commencer le discour relatant les évènement. L'homme use de sa voix puissante pour être entendu de tous et raconte les crimes commis la veille par celui qui se faisait appeler le « Vrai Sultan ».
A la fin du récit, la foule crie pour réclamer le sang du traitre et celui-ci est amené par des gardiens des cachots. L'homme est habillé de blanc et son visage est encore marqué par les nombreux coups qu'il a pris durant sa torture.
Le condamné est amené devant le bourreau et obligé de s'agenouiller devant lui. La foule continue de réclamer son sang. Mehmet observe celui responsable de la mort de son futur enfant avec un regard empli de haine. Il sent le regard du bourreau sur lui, attendant son ordre, sabre à la main, mais Mehmet ne peut pas détacher son regard de cet homme. Hasan Bey le regarde aussi, attendant un geste pour continuer son discours.
Mehmet lui fait un signe de la main et Hasan Bey termine son discours de sa voix forte. La menace sur la population a été faite. Qui ose s'en prendre à la Dynastie sera exécuté.
Mehmet finit par signaler au bourreau son autorisation, toujours d'un geste de la main, et celui-ci lève son sabre bien haut. Il le rabat par la suite vivement sur la nuque du traitre dont la tête termine au sol, les yeux fermés.
Le Sultan se lève alors, jette un dernier regard au corp affaissé de l'homme, puis retourne dans son palais suivi par Hassan Bey.
Une semaine plus tard, Leyla Hatun a quitté l'infirmerie. La jeune femme a été mise dans une chambre sur le palier des favorites. Bien que pas Sultane, Mehmet a préféré lui attribuer une chambre seule tout de même. La jeune femme a beaucoup maigri en une semaine de deuil. Elle s'est peu alimentée, la peine l'emportant sur la faim.
Mehmet n'a pas passé une journée sans aller la voir. Mais la discussion est rompue entre les deux. Aucun n'arrive à parler à l'autre. Le Sultan s'est donc contenté d'être dans la même pièce qu'elle, assis auprès d'elle silencieux, lui tenant la main.
Le Sultan a fait son deuil de son côté, mais les affaires du Palais l'ont vite rappelé à l'ordre.
La Sultane Samira a également pris soin de la jeune femme. Elle lui a rendu visite aussi souvent qu'elle pouvait et a essayé de lui donner du réconfort.
La Sultane est d'ailleurs présente dans la chambre de Leyla Hatun ce jour-là. La chambre attribuée à la jeune femme possède une magnifique mosaïque bleu et blanche formant des arabesques sur le mur ainsi que de magnifiques et riches tapis persants au sol. Son divan est de couleur pourpre et s'accorde bien avec les oreillers et la litterie de la jeune femme. La Sultane Samira est assise auprès de Leyla. La jeune femme ne porte que du noir depuis une semaine en signe de deuil. Ses yeux sont sans arrêt rougis par ses pleurs incessants. Mais depuis peu, Leyla ne pleure plus. Elle n'a plus de larmes.
– Et si nous allions faire une promenade Leyla Hatun ? Propose la Valide Sultane d'une voix bienveillante. L'air frais de l'extérieur vous ferez du bien.
– C'est aimable à vous de proposer, Valide Sultane, mais je me sens encore faible, refuse Leyla d'une voix encore brisée par sa tristesse.
– Je comprends ma chère, la soutient la Sultane Samira en lui prenant doucement la main, mais n'oubliez pas que nous sommes tous là pour faire en sorte que vous alliez mieux.
Esra Kalfa et Elena Hatun, présentes également dans la chambre, joignent un regard de réconfort envers Leyla. Les deux femmes se sont montrées plus que présentes avec la jeune concubine dans ces moments de tristesse.
– Faites place ! Lance alors la voix de Mustafa Agha, sa Majesté le Sultan Mehmet !
Leyla Hatun et la Sultane Samira se lèvent alors tandis que la porte s'ouvre et que Mehmet entre dans la pièce. Il embrasse en premier lieu la main de sa mère avant de porter son attention sur Leyla. La jeune femme a la tête baissé mais le jeune homme perçoit sa tristesse au plus profond de son âme.
– Laissez nous, demande-t-il alors d'une voix calme mais autoritaire.
Esra Kalfa, Elena Hatun et la Sultane Samira quittent alors la pièce docilement. Mehmet attend que les portes soient refermées pour parler mais à peine sont-ils seuls que le corps de la jeune femme est secoué par des spasmes causés par son chagrin.
Mehmet la prend dans ses bras et la berce doucement tout en lui caressant les cheveux.
– Je suis désolée... je suis désolée... se met alors Leyla à répéter entre deux sanglots.
Mehmet se dégage pour la regarder.
– Ce n'est pas ta faute, rien de tout ce qui est arrivé est de ta faute. Lui assure-t-il en lui soulevant le menton pour qu'elle le regarde dans les yeux.
La jeune femme réussit à soutenir son regard quelques instants avant de finalement reculer pour se libérer de son emprise.
– Laisse moi s'il te plait, le supplie-t-elle alors dos à lui.
Mehmet reste un instant sans bouger tout en la regardant. Il y a tellement de choses qu'il aimerait lui dire mais les mots restent coincés dans sa gorge. Il ouvre la bouche souhaitant dire quelque chose mais ses jambes finissent par le dominer et l'entraîner en dehors de la chambre.
Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top