Chapitre 20
L'obscurité règne encore dans le Palais tandis que Mehmet, accompagné de Hassan Bey, se rend aux écuries. Une information capitale vient de tomber : le Vrai Sultan se trouverait caché dans une ferme non loin de la sortie Sud de la ville.
Mehmet ne veut pas prendre le risque de le manquer et a décidé de prendre quelques janissaires avec lui pour aller le capturer.
Les cheveux sellés, Mehmet guide la troupe jusqu'à l'emplacement indiqué. La ville dort encore, la nuit est claire et les étoiles brillent dans le ciel de fin d'hiver. La pleine lune illumine les pas des chevaux.
Ils sortent de la ville de façon discrète puis ralentissent le pas afin de ne pas éveiller les soupçons. Mehmet porte un déguisement et un turban permettant de cacher la moitié de sa tête afin de ne pas être reconnu par les quelques uns se levant tôt pour travailler.
– On n'est plus très loin Votre Majesté, lui annonce Hassan Bey en chevauchant à côté de lui.
Mehmet prend note et laisse son fidèle compagnon guider. La ferme en question n'est plus très loin et une fumée se dégage de la cheminée d'une maison. Elle est habitée.
Les hommes posent pied à terre et l'un des janissaires attache les rênes des chevaux auprès d'un tronc d'arbres. La petite maison en terre se dessine devant leurs yeux à la lueur de la lune et les hommes avancent sabre à la main.
C'est alors qu'un homme sort de la maison. Il semble plutôt agé si on en croit la longueur de sa barbe et porte un léger turban vert sur la tête. L'homme semble surpris de voir des formes s'approcher :
– N'approchez pas brigants ! Notre famille est pauvre, nous n'avons rien à donner ! S'exclame-t-il en cherchant autour de lui de quoi se défendre.
Un homme plus jeune semble alerté par ces cris car il sort de la maison avec un tisonnier.
– Qui êtes vous ? N'approchez pas ! Menace le jeune homme en rejoignant le plus vieux.
Hassan Bey s'avance alors en montrant qu'il n'est pas armé.
– Nous cherchons quelqu'un et nos informations nous ont amenées ici, explique-t-il.
– Qui que ce soit, vous vous trompez ! Rétorque l'ancien. Il n'y a personne ici à par ma famille.
– Nous allons quand même vérifier Effendi, annonce Hassan Bey en faisant signe aux janissaires d'aller fouiller la maison.
– Fouillez ! Les encourage le vieil homme. Vous ne trouverez rien !
Les janissaires entrent dans la maison et fouillent les trois pièces modestement meublées qui la composent avant de ressortir bredouilles.
– Il n'y a rien Votre Majesté, conclut l'un des janissaires.
Mehmet n'en revient pas. Pourtant ils sont à l'endroit indiqué.
À ce moment là, un messager du Palais arrive à vive allure.
– Votre Majesté ! Le Palais !
Le sang de Mehmet ne fait qu'un tour. Voilà pourquoi ils sont là. Ils ont été éloignés de la véritable cible du Vrai Sultan : le Palais.
Leyla est réveillée par de grands bruits dans le couloir. La jeune femme se trouve dans la chambre privée du Sultan avec qui elle a passé la nuit. Mehmet semble déjà parti, son absence créant une sensation de vide inquiétante. Elle s'assoit dans le lit tandis qu'un bruit de coups sur la porte se fait entendre.
– Qu'est-ce qu'il se passe ? Murmure-t-elle pour elle-même en sentant la peur monter.
– Ouvrez la porte ! Ordonne des voix d'hommes qu'elle ne reconnaît pas.
– Le Palais est attaqué ? Se demande-t-elle tout en descendant du lit.
La panique envahit Leyla alors qu'elle cherche désespérément un endroit où se cacher dans la chambre. Son coeur bat la chamade, ses mains tremblent et elle lutte pour reprendre son souffe, sentant la peur serrer sa gorge. Alors qu'elle était en train d'ouvrir une porte de placard, la porte s'ouvre en trombe et des hommes masqués entrent dans la pièce. Ils remarquent alors la jeune femme et deux d'entre eux viennent l'attraper tandis qu'elle se débat.
– On dirait que Mehmet a laissé un souvenir, ironise l'un d'entre eux.
– Lâchez moi ! Crie Leyla en tentant de s'extraire des bras de ces hommes.
D'autres cris proviennent du couloir et la Sultane Samira est emmenée de force dans la chambre de son fils en compagnie de ses concubines. Les femmes sont poussées sans ménagement au fond de la pièce et un homme s'approche alors. Il fait signe aux hommes tenant Leyla de la lâcher et cette dernière vient se blottir auprès de la Sultane Samira. La Sultane est comme Leyla vêtue de sa tenue de nuit et ses cheveux sont détachés.
– Quand le Sultan va revenir, il vous fera trancher la tête pour l'affrond que vous venez de faire ! Se révolte la Sultane Samira en se relevant pour faire face à ces hommes.
Leyla n'avait jamais vu la Sultane aussi courageuse.
L'homme face à elle lève la main et la gifle si violemment qu'elle tombe dans les bras de Leyla.
– Sultane ! Crie Leyla en la rattrapant.
– Je suis le Sultan ! Vocifère l'homme devant elles.
– Un Sultan ne frappe pas une femme ! Ose la Sultane Samira en ayant la joue bien rouge.
L'homme lève une nouvelle fois sa main et Leyla se place devant la Sultane à la dernière minute et prend le coup à sa place. La femme tombe en arrière et est relevée par un homme lui tirant les cheveux.
– Emmenez moi ces deux là dans la cour principale. Elles vont être les deux premières sacrifiées pour le renouveau de la dynastie ! Ordonne le « Sultan » à ses hommes.
Trois hommes viennent attraper les deux femmes et les entrainent avec eux dans les couloirs. Les femmes s'insurgent et se débattent tandis qu'elles passent devant le harem, fermés et gardés.
– Tenez vous prête, chuchote alors la Sultane Samira.
Leyla ne comprend pas tout de suite où elle veut en venir. La Sultane continue de se débattre puis sa tête se tourne derrière elle et elle s'exclame :
– Agha aidez nous !
Croyant être suivis, les hommes s'arrêtent pour regarder derrière eux. Profitant de la confusion, la Sultane Samira saisit rapidement la dague à la ceinture de l'un des gardes et la plongea profondément dans son torse. Elle pousse ensuite le garde blessé sur un autre, les faisant tomber, et dans un mouvement fluide, elle plante la dague dans le cou de l'assaillant de Leyla avant d'entraîner la jeune femme avec elle.
– Courez! Lui intime-t-elle en tenant sa robe d'une main et la main de la jeune femme de l'autre.
Les femmes s'échappent à travers des couloirs et se cachent en haut des caves faute de mieux. Les deux femmes sont essouflées et Leyla maintient son ventre tout en reprenant sa respiration.
– Où est le Sultan ? Se lamente Leyla les larmes aux yeux.
La jeune femme a eu tellement peur pour sa vie et celle de son enfant dans son ventre.
– Il va revenir, la rassure la Sultane Samira en lui prenant les mains. Il va s'occuper de tous ces hommes.
Des pas rapides se font entendre dans le couloir et les deux femmes plaquent leur main contre leur bouche afin de ne pas faire de bruit.
– Retrouvez les ! Hurle un homme. Il ne faut pas qu'elles s'échappent !
Les deux femmes n'ont aucun moyen de quitter le palais. Tôt ou tard, les hommes finiront par les retrouver...
Mehmet et Hassan Bey arrivent au Palais et tue les hommes gardant l'entrée avec l'aide de la troupe de janissaires qu'ils sont allés chercher. Une centaine d'hommes suivent le Sultan depuis le centre de la ville.
– Tuez les tous ! Ordonne Mehmet au comble de la rage. Tuez les tous sauf celui qui se fait appeler le Sultan !
Les hommes mettent pied à terre une fois les hommes à l'extérieur tués puis entrent dans un grand vacarme dans le Palais. Mehmet est suivi par Hassan Bey et trois janissaires et ils foncent dans le palais en tuant toute résistance qui s'approche.
Le sang gicle sur les mur clair du palais et les corps s'entassent dans les couloirs. Les janissaires ouvrent des portes et font sortir les Aghas et les Kalfas faits prisonniers.
Lorsqu'ils arrivent au Harem, les hommes du Sultan ne mettent pas longtemps à tuer les intrus et ils finissent par rouvrir les portes du Harem. Fatma Hatun et Mustafa Agha se ruent alors vers eux tandis que les autres Kalfas s'occupent des concubines tétanisées.
– Votre Majesté, ces chiens ont la Valide Sultane, l'informe Mustafa Agha les yeux hagards.
Mehmet semble chercher des yeux quelqu'un et Esra Kalfa finit par s'approcher en comprenant qui il cherche.
– Leyla Hatun n'est pas revenue de la Chambre Privée, lui indique-t-elle appeurée.
Mehmet refuse de laisser monter la panique.
– On bouge ! Retrouvez moi la Valide Sultane et Leyla Hatun ! Exige Mehmet en reprenant lui-même le chemin.
Mehmet est angoissé. Il a tellement peur que ces barbares s'en soient pris à sa mère et à la femme qu'il aime. Il doit les retrouver. Il doit vite les retrouver.
Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top