Chapitre 18

L'aube pointe à peine son bout du nez que les gardes du Sultan, Mehmet, Hasan Bey et l'espion de Ibrahim Pasha sont postés en observation dans la forêt. Mehmet a souhaité participer à cette entreprise car il souhaitait voir les disciples du fameux « Vrai Sultan » de ses propres yeux.

Dans une petite clairière perdue dans la forêt, une tente de fortune et un feu de camp sont les seuls témoins de la présence de ces troupes ennemies. Le feu fume légèrement et seul un garde posté devant le feu semble éveillé en ce début de jour.

– Ils dorment tous encore, remarque Hasan Bey en direction du Sultan. C'est le moment où jamais pour attaquer.

– Combien sont-ils sous la tente ? Veut savoir Mehmet avant de lancer l'assaut.

– Cinq, six d'après mes informations Votre Majesté, lui répond Ahmran Effendi. Le Vrai Sultan n'est pas parmi eux par contre. Mais ils doivent savoir où il se terre.

– Le lâche n'ose même pas venir m'affronter lui-même, rage Mehmet.

La troupe attend encore quelques instants puis le Sultan finit par donner l'assaut. Les janissaires courrent devant, leur sabre élevé et tranchent la gorge du garde sans se faire remarquer. Puis ils encerclent la tente tandis que Hasan Bey et Mehmet les rejoignent. Ahmran Effendi reste caché afin de ne pas briser sa couverture.

Cinq hommes se réveillent en sursaut et regardent leurs assaillants avec des yeux à la fois hagards et surpris. Mehmet entre à son tour dans la tente et pose son regard sur les cinq hommes avant de déclarer :

– Bande de traitres, siffle-t-il entre ses dents, vous osez soutenir une imposture à la place de votre Sultan.

Les hommes ne répondent rien, certains baissent la tête.

– Le Vrai Sultan est le premier fils du défunt Sultan Murat, tente l'un des hommes, un jeune à la barbe à peine naissante.

Mehmet se tourne vivement vers lui et s'approche à grands pas.

– Comment ?! S'exclame-t-il. Le Sultan Murat n'a eu que deux fils, mon frère et moi. Celui dont tu parles vous a tous dupés !

– On parle d'un troisième Shezade né bien avant le Shezade Osman, continue le jeune homme sans avoir conscience du risque qu'il prend à dévoiler tout cela.

– Mensonges ! Hurle le Sultan ce qui fait se taire le jeune homme. Il n'y a jamais eu de troisième Shezade même caché.

L'homme ne rajoute rien, conscient d'avoir été la source de colère du Sultan. Hasan Bey s'adresse alors à toute l'Assemblée.

– Où se cache votre Faux Sultan ? Où se cache ce lâche ?

Les hommes se regardent sans répondre, la tête bien basse.

– Où est-il ? Reprend Mehmet d'une voix autoritaire.

– Au sud, finit par lâcher l'un des hommes.

Aussitôt les autres se mettent à le regarder avec des yeux noirs pour le forcer à se taire.

– Je ne veux pas mourir. J'ai une femme et des enfants, se justifie celui qui vient de parler.

Hasan Bey s'approche de lui et le relève par le col de son haut.

– Où au sud ? Le questionne-t-il en plantant son regard sombre dans le sien.

– Dans un village pas loin de Istanbul à ce qu'on m'a dit. Il aurait grandi dans une ferme pour se cacher.

Hasan Bey esquisse un sourire en coin face à l'idiotie des paroles de cet homme. Mehmet lui fait signe de relâcher l'homme puis Hasan Bey lance pour tous les hommes.

– Vous direz à votre Vrai Lâche que le Vrai Sultan c'est sa Majesté Mehmet Khan. Et que le Sultan vous a épargnés de bonne grâce car il ne veut pas s'en prendre à ceux qui ont été dupés.

Les hommes n'ajoutent rien et le Sultan et Hasan Bey quitte la tente suivis par les janissaires. Ils retrouvent Ahmran Effendi près des chevaux. L'homme vient vers eux dès qu'il les voit s'approcher.

– Votre Majesté, s'incline-t-il.

– Tu vas enquêter sur tous les petits villages au sud d'Istanbul, lui ordonne Mehmet. Le lâche serait dans l'un de ses villages.

L'homme accepte sa mission en s'inclinant puis va remonter sur son cheval pour partir tout de suite en direction des villages du sud. Mehmet se tourne alors vers son fidèle Hasan Bey et il pose une main de confiance sur son épaule.

– Hasan Bey, je te nomme chef de la garde du Palais. Fais renforcer la sécurité autour du palais et d'Istanbul immédiatement.

Hasan Bey s'incline également puis les hommes remontent à cheval pour retourner au palais.

Leyla finit de se préparer pour le repas qu'elle va partager en compagnie du Sultan et de sa mère. Depuis plusieurs jours, Mehmet convoque les deux femmes pour déjeuner tous les trois. Il apprécie que sa mère n'ait aucune objection sur son amour pour la jeune concubine et que l'entente entre les deux soit très bonne.

Le dîner a été servi sur la petite table du balcon et la Sultane Samira est annoncée par l'un de ses gardes de la porte. Il va accueillir sa mère dont il prend la main pour lui embrasser galamment.

– Comment allez-vous votre Majesté, lui demande sa mère.

– Bien depuis que nous avons une piste pour démasquer le fou qui voudrait être Sultan à ma place, lui répond-t-il en l'invitant à s'asseoir avec lui.

La Sultane Samira ouvre de grands yeux. Elle apprécie le fait que son fils ne lui cache rien de la politique.

– Où est-il alors ? Lui demande-t-elle.

– Il se cache dans un village du sud apparemment, lui confie le Sultan. J'ai envoyé l'espion de Ibrahim Pasha le démasquer.

Un garde annonce alors l'arrivée de Leyla Hatun et Mehmet se lève pour l'embrasser sur la joue.

– Ma Leyla, l'accueille-t-il avant de poser une main sur son ventre.

Leyla le salue en s'inclinant par la suite puis fait de même avec la Sultane Samira.

– Sultane, j'espère que vous allez bien aujourd'hui, lui dit-elle en souriant poliement.

La Sultane lui rend son sourire avant de répondre :

– Je vais bien merci, j'espère que vous aussi.

S'en suit un déjeuner agréable entre le Sultan et les deux femmes qui partagent sa vie.

Olga Hatun se regarde dans le miroir depuis cinq bonnes minutes. Elle coiffe ses longs cheveux roux avec un peigne en nacre. Depuis plusieurs jours, la jeune femme a une idée. Une idée pour finir dans la chambre du Sultan. Elle sait qu'elle doit y aller progressivement et ne pas s'imposer au Sultan. Si elle faisait ça, ses chances seraient ruinées à jamais. Elle doit faire en sorte d'être voulu par le Sultan.

Et pour cela Olga a une idée.

– Olga, l'interpelle une concubine, ça fait cinq minutes que tu fixes ce miroir sans bouger.

Olga pose son peigne dans sa boite personnelle puis se tourne vers la concubine qui l'a interpellée.

– J'ai une idée Irina lui lance-t-elle dans leur langue natale, le russe.

– Une idée ? Répète Irina dans la même langue, en la fixant de ses yeux gris-vert.

– Oui, pour arriver dans la chambre du Sultan, continue Olga en russe. Et je vais avoir besoin de ton aide et de celui du Agha avec qui tu parles.

– Ali Agha ? La questionne Irina.

Olga hoche la tête.

– Il faut que je sache à quelle heure le Sultan utilise le hammam.

Irina semble intéressée par l'idée de sa compatriote.

– Si je t'aide, moi aussi je veux aller dans la chambre du Sultan, pose-t-elle ses conditions.

Olga laisse échapper un soupir en croisant les bras puis finit par accepter. Elle peut toujours lui dire oui pour l'instant mais le moment venu, elle fera en sorte de rentrer dans la tête du Sultan et il n'aura d'yeux pour personne d'autre que elle.

Dans un village au Sud de Istanbul, un message vient de parvenir dans un ferme. Un homme d'une trentaine d'années aux yeux bleus comme la nuit inspecte ce message avec la plus grande attention. Il est au courant que le Sultan a trouvé l'une de ses équipes cachée dans la forêt et qu'il a essayé de le dénigrer.

– Que faisons nous, votre Majesté, lui demande le messager, un adolescent.

L'homme déchire le parchemin puis annonce à son messager.

– Réunis mes conseillers, il faut que nous planifions la suite...

L'adolescent part en courant afin de répondre aux ordres de cet homme. 

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