Chapitre 14

L'aube commence à pointer à l'horizon et déjà une centaine de personnes sont en train de préparer une grande cérémonie de couronnement. La cour centrale, celle où les sultans font leur discours est en train d'être nettoyer par une dizaines de servant. En cuisine, les chefs concoctent une multitude de plats de fête ainsi que des desserts sont en préparation afin d'être à la fois servis dans le palais et dans les rues pour les plus pauvres. De l'agneau, du riz pilaf, des légumes, des baklava, des loukoums et d'autres mets somptueux embaument les couloirs du palais.

Dans la chambre du Sultan, Osman est en train de se préparer également. Il a revêtu un kaftan de couleur rouge orné d'un tughra blanc couvert de pierres précieuses et d'une plume assortie à la tenue. À ces mains, un Agha est en train de lui passer la bague de son père, celle indiquant son statut de Sultan. Cette bague date de l'Empire du Sultan Souleyman qui l'avait conçue lui-même et passé à son fils le Sultan Selim. Osman est fier de porter cette bague qui lui revient de droit en tant que fils aîné du Sultan.

Ses cheveux courts ont été soigneusement coiffé et sa barbe naissante huilée pour la rendre imposante. L'homme fixe son reflet dans le miroir de ses yeux sombres tandis que Mustafa Agha se tient derrière lui. L'eunuque porte l'épée de cérémonie qu'il tend au prince. Osman la saisie et la passe dans le fourreau de sa ceinture.

Osman apprécie son reflet dans le miroir. Le kaftan lui sied à merveille. Le turban ne fait pas trop gros sur sa tête. L'épée n'est pas trop lourde à sa taille.

– C'est parfait, indique-t-il à Mustafa Agha.

Ce dernier s'approche du Sultan pour l'aider à enlever la tenue de cérémonie. Il ne la portera que lors de la cérémonie officielle. Osman doit attendre la cérémonie de Bay'ah où les dignitaires, les fonctionnaires et les militaires prêteront allégeance.

Dans les rues, les minarets annoncent la mort du Sultan Murat et l'ascension au trône de son fils aîné le shezade Osman.

– Tous les vizirs ont bien été convoqués, demande Osman même si Mustafa lui a déjà répondu à l'affirmative.

– Oui Shezade, répond de nouveau Mustafa Agha. Ils seront tous présents.

Osman hoche la tête d'un air satisfait.

– Et la Sultan Nuran ?

– Elle distribue des cadeaux dans le harem. Les filles vous glorifient et vous remercient de votre bonté.

Osman est encore plus satisfait. Contrairement à son jeune frère, il est moins bel homme et attire moins le regard féminin. Son nouveau statut devrait changer cela.

Quelques heures plus tard, les militaires, les fonctionnaires et les plus hauts dignitaires de l'Empire attendent dans la cour principale. La mort du Sultan Murat et l'ascension de son fils aîné le shezade Osman a été annoncée à tous.

Du haut d'une tour permettant de voir la cour, la Sultane Nuran observe en silence le début de la cérémonie de Bay'ah. La femme a revêtu pour l'occasion sa plus belle robe rouge ornée de strass. Elle porte une couronne qui ferait rougir la fameuse Sultane Hurrem. Ses yeux sont entourés de noirs pour souligner son regard azur. La femme est au summum de son pouvoir. Elle va devenir la Sultane Validé du Palais, la femme la plus puissante de l'Empire. Elle qui a grandi dans les rues de Venise d'un père commerçant, sa nouvelle position la ravit au maximum.

Les portes s'ouvrent et Osman sort dans la cour en compagnie de Kemal Agha, l'eunuque à ses côtés depuis toujours.

– Faites place ! Son altesse le Shezade Osman, annonce l'homme d'une voix puissante et assurée.

À cette annonce, toutes les personnes présentes dans la cour s'inclinent devant le prince. La Sultan Nuran sourit de triomphe. Tant pis si le Shezade Mehmet n'a pas été retrouvé. D'ici quelques instants, Osman enverra toutes ses troupes le retrouver puis le tuer. Cela n'est qu'une question de temps avant que ce problème soit réglé.

– Regardez Sultane comment tout le monde s'incline devant le Shezade, intervient Zeynep Kalfa légèrement en retrait par rapport à la Sultane.

– Mon Osman est né pour ce moment, lui répond la Sultane sans quitter des yeux la scène se déroulant sous ses yeux.

Les uns après les autres, les dignitaires, les fonctionnaires et les différentes factions des militaires jurent allégeance au prince Osman. Enfin presque tous. Le Grand Vizir, Ibrahim Pasha manque à l'appel. Pourtant la Sultane Nuran est sûre que l'homme a été prévenu avec les autres.

Après tout, cela n'est pas gênant, Osman aura rapidement nommé un autre Grand Vizir plus loyal à sa famille que l'était Ibrahim Pasha. Nuran le sait fidèle à la Sultane Samira.

Par la suite, le vizir le plus haut placé présent aide le Shezade Osman à enfiler son kaftan royal ainsi que son tughra. Le Sheikh ul-Islam s'approche alors pour donner l'épée de cérémonie au nouveau Sultan qui l'accroche à sa ceinture. Habillé, Osman se dirige vers le trône royale et s'assoit tout en plaçant comme il faut son kaftan derrière lui.

Il ne reste qu'à son fils de prononcer le discours inaugural.

C'est alors que la Sultan Nuran remarque de l'agitation dans le fond de la foule. La femme essaie de plisser les yeux afin de voir ce qu'il se trame. Puis des échos parviennent à son oreille.

– Le défunt Sultan a laissé un testament, entend-t-elle.

– Le Shezade Osman n'est pas le Sultan légitime, écoute-t-elle par la suite.

Ces deux échos commencent à prendre de l'ampleur et la Sultane prend doucement peur. Elle regarde son fils en train de prononcer son discours et celui-ci finit par s'interrompre.

– Pourquoi est-ce qu'il y en a qui parle pendant le discours du nouveau Sultan ? S'enquiert Kemal Agha d'une voix grave et puissante.

– Il y en a qui dise que le Sultan Osman n'est pas légitime ? Lui répond-t-on parmi la foule.

Osman se lève du trône royal pour s'approcher.

– Qui a dit ça ? Veut-il savoir avec une pointe de panique qu'il masque.

– C'est moi, lance une voix grave qu'Osman reconnaît.

La foule s'espace pour laisser apparaître un homme vêtu d'une capuche. Ce dernier la retire et tous reconnaisse le Grand Vizir Ibrahim Pasha. Il tient un parchemin à la main. Osman ne se doute pas de qu'il contient : la volonté de son défunt père.

– Je suis le Sultan Osman, se défend ce dernier d'une voix autoritaire, fils aîné du défunt Sultan Murat et en tant que fils aîné je revendique ma position de successeur !

Ibrahim Pasha s'approche doucement tout en ouvrant son parchemin.

– En tant que Grand Vizir du Sultan Murat, ce dernier m'avait confié sa volonté par écrit avant de mourir, annonce-t-il à la foule tout en montrant le parchemin.

Il passe à côté du Shezade Osman pour faire lire le contenu du parchemin aux autres vizirs et ainsi appuyer sa position.

– Le Sultan Murat voulait que son fils cadet, le Shezade Mehmet, lui succède à sa mort, termine le Grand Vizir en s'adressant à la foule.

Les Vizirs s'agglutinent autour du parchemin de l'homme afin de lire l'écriture du Sultan.

– Il a raison ! Intervient l'un des vizirs. Le Shezade Osman n'est pas légitime !

La Sultane Nuran manque de tomber en entendant ces paroles. Tout est fichu. Il a fallu que ce vieil homme écrive sa volonté. Comment elle n'a pas pensé qu'il serait prévoyant ?

Nuran se met à effectuer les cents pas dans la tour sous le regard de Zeynep Kalfa qui ne sait que dire.

– Le Shezade Mehmet est mort, tente le prince Osman.

– Ah oui ? Lance alors une voix en s'approchant.

La peur prend Osman lorsqu'il se tourne et voit son frère se frayer un chemin parmi la foule en compagnie de son fidèle Hasan Bey.

– Je suis désolé mon frère, continue Mehmet, mais tu ne deviendras pas Sultan aujourd'hui. Aghas, emparez vous de cet imposteur !

À ces mots, des janissaires s'emparent de Osman et l'entraîne à l'intérieur du palais malgré les cris de ce dernier.

La Sultane Nuran se précipite alors dans les escaliers de la tour pour fuir mais lorsqu'elle ouvre les portes, la Sultane Samira, accompagnée de Fatma Hatun et de Selena, lui barrent le chemin.

– Aghas, ordonne alors la Sultane Samira, escortez la Sultane Nuran jusqu'aux cachots.

Des gardes viennent alors prendre la Sultane par les bras qui essaie de se débattre. Puis elle est également emmenée à l'intérieur du palais.

Ibrahim Pasha annonce alors l'ascension du nouveau Sultan, le Sultan Mehmet et la cérémonie reprend depuis le début.

Lors de sa clôture, des cadeaux sont distribués dans les rues de la ville et la fête est déclarée.

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