Chapitre 13
Un bruit fort réveille Mehmet en plein milieu de la nuit. Il regarde autour de lui et son regard tombe sur Selena profondément endormie à côté de lui.
Sa porte s'ouvre alors brusquement et Fatma Hatun apparaît dans l'obscurité. Mehmet ouvre grand les yeux tandis que ces derniers s'habituent à la nuit ambiante.
Que vient faire Fatma Hatun à une heure pareille ?
– Shezade, commence la femme visiblement tendue d'après son ton. Il faut que vous veniez avec moi.
Selena bouge contre lui pour se tourner dans l'autre sens.
– Qu'est-ce qu'il y a Fatma Hatun ? Veut savoir Mehmet en ne comprenant pas ce qu'il se passe.
La femme s'approche d'assez prêt pour murmurer :
– Le Sultan est mort. Vous êtes en danger ici.
Le sang de Mehmet ne fait qu'un tour dans ses veines. Son père est mort. Il n'en revient pas. Il le savait malade mais pas au point de mourir du jour au lendemain.
– Shezade, il faut vraiment que l'on y aille, votre mère nous attend, le presse Fatma Hatun.
– Et Selena ? S'inquiète Mehmet.
Fatma Hatun va pour lui répondre quelque chose lorsqu'un bruit de lutte se fait entendre dans le couloir. Le bruit est tellement fracassant que Selena se réveille en sursaut.
– Qu'est-ce qu'il se passe ? Demande-t-elle appeurée par les sons qu'elle entend.
Hasan Bey entre alors dans la chambre avec deux sabres à la main.
– Shezade, des exécutionneurs arrivent pour vous sur ordre de la Sultane Nuran, l'informe-t-il le plus rapidement possible. Il faut que nous partions.
Mehmet se lève rapidement puis attrape la main de Selena pour l'entraîner avec lui. La jeune femme ne comprend rien à la situation mais suit le prince sans poser de questions.
– Son fils n'est pas encore Sultan qu'elle condamne le prince, commente Fatma Hatun avec dédain tandis qu'il quitte la chambre.
Mehmet colle Selena contre lui afin de lui épargner la vision des exécutionneurs morts au sol.
– J'ai pris quelques hommes de confiance avec moi, indique Hasan Bey en guidant la troupe. Nous allons vous faire sortir du palais avec la Sultane Samira.
Tandis qu'ils passent dans des couloirs, des cris indiquant la mort du Sultan résonnent dans le palais. Certains se lamentent tandis que d'autres glorifient le futur Sultan Osman et la futur Sultane Validé Nuran.
C'est d'ailleurs en passant près du harem qu'ils entendent cette dernière donner des autres à des exécutionneurs :
– Il ne faut pas que Mehmet quitte le palais. Bloquez toutes les issues. Il doit être mort avant l'aube pour ne pas revendiquer le trône.
La troupe entend des pas s'éloigner puis ils passent le harem. La Sultane Samira les attend cachée derrière une porte menant à un jardin intérieur. Dès qu'elle aperçoit Mehmet, elle le prend dans ses bras en remerciant le Seigneur. Puis son regard tombe sur Selena avant de se porter sur Hasan Bey.
– Par où allons nous sortir ? L'interroge-t-elle inquiète. Nuran a fait surveiller toutes les sorties.
– Toutes les sorties connues, pas celles cachées, lui répond le soldat.
Ils reprennent leur chemin puis arrivent devant un mur au fond d'un couloir à peine éclairé par quelques lanternes. Hasan Bey appuie à la fois sur deux pierres beiges et une sorte de trappe émerge du mur : un passage secret. La Sultane Samira est surprise de trouver un passage secret. Elle imaginait bien que le palais devait en contenir mais elle n'en avait jamais vu.
– Dehors une calèche nous attend pour quitter la ville, indique Hasan Bey.
Et ils s'élancent à l'extérieur.
La Sultan Nuran se tient sur le balcon du Sultan et fixe l'horizon d'une manière fière. Son plan marche comme elle l'avait espéré : Murat est mort avant d'avoir élu un héritier, son fils premier né du Sultan est considéré comme le futur Sultan.
Une seule ombre à tout cela c'est que les exécutionneurs n'ont toujours pas retrouvé le prince Mehmet. Nuran n'est pas idiote, elle sait très bien que s'il s'en sort en vie de cette nuit et quitte le palais, il pourra toujours revenir plus tard pour revendiquer le trône. Et à ce moment là il ne sera pas seul mais avec une armée. Nuran sait que le prince Mehmet est très apprécié par la population, il n'aura aucun mal à former une grande armée.
Cela ne doit pas arriver.
– Mustafa Agha ! Aboie la Sultane sans quitter l'horizon des yeux.
Mustafa Agha s'approche vivement face au ton employé par la Sultane. L'homme est appeuré par tout ce qu'il se passe cette nuit. Il n'a même pas eu le temps de pleurer le Sultan que des gardes l'ont amené dans la chambre de ce dernier face à la Sultane Nuran.
Le corps du Sultan, encore chaud, a été déplacé.
– Oui Sultane, répond le chef des eunuques avec précaution.
– Où est Mehmet Mustafa ? Veut savoir la Sultane d'une voix autoritaire.
– Je ne sais pas Sultane, il n'est plus dans sa chambre, répond l'homme.
La Sultane se tourne face à lui. Mustafa Agha n'avait jamais vu tant de haine sur le visage de cette femme. Elle est terrifiante à ce moment là.
– Samira n'est plus dans sa chambre non plus, Fatma Hatun est introuvable, résume-t-elle avec colère. Il faut les retrouver ! Mon Osman doit monter sur le trône !
Mustafa Agha ne sait que répondre lorsque le shezade Osman fait son apparition dans la pièce.
– Mehmet a quitté le palais, annonce-t-il d'une voix pesante. Ils ont réussi à s'échapper par une porte secrète.
Nuran pousse un cri de frustration qui fait trembler Mustafa Agha. Zeynep Kalfa arrive alors à son tour dans la pièce.
– Sultane, il semblerait que le prince se soit enfui avec une concubine avec qui il a passé la nuit, explique-t-elle tout en regardant Mustafa Agha.
La Sultane se tourne vers le chef des Eunuques.
– Où sont-ils allés Mustafa ?
– Je n'en ai aucune idée, répond l'homme honnêtement.
Osman se tourne vers Mustafa Agha et Zeynep Kalfa :
– Il faut accélérer mon couronnement. Qu'il soit prêt à l'aube. Occupez vous de toutes les préparations, ordonne-t-il.
Les deux serviteurs hochent la tête puis quittent la pièce. Osman se tourne alors vers sa mère.
– Vous auriez pu me mettre au courant, lui reproche-t-il.
La femme retourne dans la chambre puis va s'admirer dans le miroir. Son fils la suit et se positionne de manière à apparaître également dans la glace.
– L'issue aurait été la même, lui répond-t-elle en brossant ses cheveux sombres avec ses doigts. L'important est que tu vas devenir Sultan.
– J'aurais quand même aimé être au courant de ce qu'il se passait et pas réveillé en pleine nuit par Zeynep Kalfa, la contre-t-il tout en la fixant dans le miroir.
La Sultane roule des yeux d'agacement.
– Contente toi d'aller te préparer pour la cérémonie, clôt-elle l'affaire.
La calèche contenant la Sultane Samira, Selena et Fatma Hatun, escortée par le prince Mehmet à cheval et Hasan Bey guidant la calèche arrive à la sortie de la ville dans la demeure de Ibrahim Pasha, grand vizir. Ils entrent dans une cour dallée de pierre blanche puis Hasan Bey toque à la grande porte du vizir.
Àprès plusieurs tentatives, ce dernier vient leur ouvrir. Il est surpris lorsque la troupe rentre chez lui. L'homme est en tenue de nuit et porte une robe de chambre en satin bleu par dessus. Il tient une bougie dans un bougeoir à la main.
– Shezade, Sultane, les salue-t-il un peu surpris par la situation. Que se passe-t-il ?
L'idée d'aller chez Ibrahim Pasha était une idée de la Sultane Samira. Ibrahim Pasha est un ami de longue date et elle savait que chez lui ils pourraient trouver refuge.
– Sa majesté le Sultan est mort, lui annonce la Sultane Samira de but en blanc.
Ils n'ont pas le temps de tergiverser, leur vie est en danger.
Ibrahim Pasha reste silencieux face à la nouvelle. Il était le grand vizir du Sultan mais avait également la chance de le considérer comme un ami. Apprendre la mort de son ami et Sultan le touche profondément. L'homme pose sa bougie et passe une main dans sa chevelure noir grisonnante. Puis il passe ses doigts sur ses yeux comme pour se réveiller d'un mauvais rêve.
– S'il te plait Ibrahim, l'implore alors la Sultane Samira, dis moi qu'il t'a laissé quelque chose...
Au début le vizir ne voit pas ce dont elle veut parler. Sa peine semble masquer sa réflexion.
– Ibrahim... le supplie la Sultane.
Ce dernier semble revenir à la raison à ce second appel puis réfléchit quelques instants avant de confesser :
– Votre père m'a confié ses volontés quant à la succession si jamais il devait lui arriver malheur.
Le visage de la Sultane Samira s'éclaircie face à cette nouvelle.
Ibrahim Pasha revient alors de sa bibliothèque et tend un parchemin cellé par le seau du Sultan Murat au Shezade Mehmet. Ce dernier le prend puis ouvre doucement le cachet de cire rouge avant de déplier le parchemin. Il parcourt l'écriture de son père en silence puis relève les yeux vers sa mère, Hasan Bey, Selena et Ibrahim Pasha qui le fixent d'un œil interrogateur.
– Alors ? Le presse la Sultane.
– Il est écrit que je suis le futur Sultan, annonce-t-il solenellement.
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