Chapitre 12
Selena n'est restée que quelques jours à l'infirmerie. Par la suite, jugée en bonne santé, la jeune femme a repris le chemin du Harem. Mehmet est venu la voir deux fois par jours pendant sa convalescence. À chaque fois il restait une bonne heure avec elle, s'assurant qu'elle mangeait bien, qu'elle reprenait des forces et qu'elle lui souriait toujours.
Voir le sourire sur le visage de Selena semble être ce qui est le plus important pour le Shezade.
– Shezade, commence Hasan Bey en tenant le cheval du prince.
Mehmet et son fidèle ami sont sortis de Istanbul pour une partie de chasse. Mehmet pose son arc à terre, les proies paraissent disparues en ce matin. Il se tourne alors vers son compagnon qui vient de recevoir un message de la capitale. L'enveloppe jaunie est soigneusement fermée à l'aide d'un cachet de cire à l'effigie de la bague royale du Sultan.
– Un message de son altesse, termine Hasan Bey en tendant l'enveloppe au prince.
Ce dernier attrape la missive puis la décachette doucement afin de pouvoir lire le message. Il parcourt la lettre d'un regard interrogateur. Mehmet trouve que recevoir un message de son père alors qu'il était au palais il y a encore trois heures lui paraît étrange. Néanmoins, le message est là.
– Son altesse me demande de revenir rapidement au palais, résume Mehmet à l'attention de Hasan Bey qui le fixait des yeux. On rentre.
Hasan Bey ordonne le repliement des hommes les accompagnant et le Shezade prend le chemin du palais.
La Sultan Nuran fixe son reflet dans le miroir tout en se brossant une mèche de cheveux. Elle ne cesse de brosser soigneusement cette mèche depuis maintenant vingt minutes. Ses yeux ne quittent pas le miroir qui reflète également la porte de sa chambre.
Soudain, de l'agitation se fait entendre dans le couloir. Nuran esquisse un large sourire puis se reprend pour le masquer. Zeynep Kalfa apparaît alors par la porte l'air horrifiée puis la referme vivement. Son expression change du tout au tout à ce moment là. La Sultan Nuran hausse un sourcil dans son miroir et Zeynep hoche légèrement la tête.
Il n'en faut pas plus à la Sultan Nuran pour comprendre que son plan a marché.
Mustafa Agha déboule d'un coup dans le harem l'air totalement paniqué. Ses yeux cherchent Fatma Hatun qui n'est pas présente dans la pièce. Les concubines regardent l'homme, d'habitude si calme, et s'approchent pour l'interroger sur son comportement.
– Fatma Hatun ! Demande-t-il pour toute réponse. Où est Fatma Hatun ?
L'une des concubine, une fille aux cheveux châtain et aux yeux marrons, lui répond alors.
– Elle est dans la chambre de la Sultane Samira.
Mustafa Agha se précipite rapidement à travers le Harem pour emprunter l'escalier menant aux chambres des Sultanes. Les concubines le regardent avec stupeur puis retournent vaquer à leurs occupations.
Mustafa Agha essaie de marcher tranquillement lorsqu'il croise du monde mais se met à courir pour atteindre le plus rapidement possible la chambre de la Sultane Samira.
Mustafa Agha toque à la porte puis entre rapidement sans attendre l'autorisation de la Sultane. Il sait très bien qu'il enfreint toutes les règles possibles pour un Chef du Harem mais les circonstances font que le protocole peut attendre.
La Sultane Samira s'est levée à son arrivé et elle le fixe avec étonnement. Fatma Hatun arbore le même regard auquel s'ajoute un air de reproche face à son non respect du protocole.
– Sultane, démarre d'emblée Mustafa Agha en reprenant son souffle.
La Sultane comprend alors qu'il se passe quelque chose. Elle pâlit puis lâche avec inquiétude :
– Mehmet ?
Mustafa Agha secoue négativement la tête.
– Murat... souffle-t-elle alors.
– Le Sultan ne se réveille pas de sa sieste Sultan, explique Mustafa. Les Chefs Physicien sont auprès de lui pour...
– Est-ce qu'il respire ? Le coupe la Sultane en s'élançant dans le couloir avec Mustafa Agha et Fatma Hatun à ses trousses.
– D'après les informations que l'on m'a donné, oui Sultane, lui répond Mustafa Agha.
– Que le Seigneur nous protège, commence à prier la Sultane Samira.
Une semaine a passé depuis que le Sultan ne s'est pas réveillé de sa sieste. Une semaine durant laquelle la Sultane Samira l'a veillé nuit et jour malgré les demandes de Fatma Hatun et de Mustafa Agha pour qu'elle aille se reposer. Mehmet est venu auprès de son père de nombreuses fois tout comme Osman.
La Sultane Nuran s'est rendue quelques fois au chevet du Sultan mais cela n'a duré que quelques minutes avant qu'elle ne prenne congé.
La Sultane Samira est exténué. De grandes rides sont apparues sur son visage si lisse auparavant. Son corps et son mental est fatigué. Fatigué d'attendre que le Sultan se réveille. Fatiguée car les physiciens ne comprennent pas ce coma soudain. Ils n'ont détecté aucun rapport avec sa maladie et les tests de poison semblent être négatifs.
– Sultane, l'implore pour la dizième fois Fatma Hatun. Il faut que vous vous reposiez...
La Sultane Samira lutte contre elle-même et son envie de dormir. Fatma Hatun la supplie une autre fois et elle finit par se lever. Sa tête tourne face au manque de sommeil et Fatma Hatun se rue pour l'aider à marcher.
– Il ne faut pas le laisser seul... murmure la Sultane. Il ne faut pas le laisser seul...
– Je vous accompagne à votre chambre pour que vous vous reposiez et puis je viendrai le veiller, la rassure Fatma Hatun. Il ne sera pas seul.
Samira Sultane hoche doucement la tête puis se laisse guider par Fatma Hatun en dehors de la chambre privée du Sultan.
Les deux femmes ont à peine tourné dans le couloir que la Sultane Nuran se présente devant les gardiens des portes.
– Je viens voir le Sultan, annonce-t-elle la tête haute.
Les deux hommes lui ouvrent alors la porte puis la Sultane entre sans rien dire. Elle attend patiemment que les gardiens aient fermé les portes pour s'approcher doucement du Sultan. Elle le regarde de haut, les mains jointes devant elle, avant de commencer à parler :
– Regarde où on en est arrivé Murat, souffle-t-elle à son encontre sans vraiment savoir si le Sultan dans le coma peut l'entendre.
La Sultane s'assoit auprès de lui et pose une main sur la sienne.
– Tu es là, allongé sans pouvoir te réveiller, et je suis là à te parler... continue-t-elle en le couvant des yeux. Si seulement tu avais fait ce que je t'avais demandé...
La Sultane enlève alors sa main de celle du Sultan.
– Si tu m'étais resté fidèle, il n'y aurait pas eu tout cela, confesse-t-elle en regardant l'une de ses bague. Mais il a fallu que Samira arrive... et il a fallu que tu lui fasses un prince.
La Sultane se relève comme prise par un excès de colère.
– Je t'avais donné trois enfants, lui rappelle-t-elle. Deux sont morts jeunes mais Osman a survécu. Osman est toujours là Murat !
Des larmes commencent à perler dans les yeux de la Sultane.
– Pourquoi a-t-il fallu que tu n'ais d'yeux que pour le fils à Samira ? Pourquoi est-ce que je ne t'ai pas suffi ?
Les larmes coulent silencieusement sur ses joues et la Sultane se reprend pour s'empêcher de pleurer plus.
– Tu as fait ton choix Murat, reprend-elle après quelques minutes de silence. Ne m'en veux pas de faire les miens pour mon fils.
À ces mots, elle attrape une fiole qu'elle avait coincée dans le décolleté de sa robe puis l'ouvre. Elle en verse le contenu dans la bouche du Sultan puis attrape le verre d'eau posé sur l'une des tables de chevet. Elle fait boire le Sultan avant de lui reposer la tête.
– Adieu Murat, termine-t-elle en tournant les talons.
La Sultane quitte la chambre quelques minutes avant le retour de Fatma Hatun.
Dans la nuit, le Sultan meurt d'un arrêt cardiaque.
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