Chapitre 10
Mehmet entre en trombe dans la chambre de sa mère la Sultane Samira. Celle-ci le regarde avec de grands yeux surpris tout en terminant son repas. Elle fait signe à ses concubines de quitter la pièce afin de s'entretenir seule avec son fils qui visiblement a des choses à dire.
– Plus jamais vous ne me faites ça ! Explose Mehmet les portes à peine fermées.
La Sultane Samira pose son verre sur le petit guéridon à côté d'elle avant de répondre.
– Faire quoi ? Demande-t-elle car elle ignore de quoi son fils veut lui parler.
Au fond d'elle, Samira sait de quoi il en retourne. Elle n'est pas bête.
– Je croyais que vous aviez compris mon intérêt pour Selena, lui reproche-t-il. Pourquoi envoyer Nadia ?!
La Sultane plisse les plis de sa robe avant de répondre.
– Selena est très gentille et agréable je te l'accorde. Elle chante aussi très bien. Mais tu as besoin d'un héritier Mehmet, réplique la Sultane en plongeant le regard dans celui de son fils. Selena ne t'en donnera pas. Elle n'est pas encore mature pour ces choses là contrairement à Nadia.
Mehmet lâche un soupire de protestation avant de renchérir :
– C'est moi qui décide qui je mets dans mon lit. C'est de ma vie dont il est question. Et je refuse que vous la dirigiez !
Mehmet tourne les talons pour sortir de la pièce.
– Je fais simplement ce qui est attendu de moi ! Se justifie la Sultane alors que les portes se referment sur lui.
Samira se laisse tomber sur son divan tandis que Mustafa Agha entre à son tour dans la pièce. Il a une mine renfrognée synonyme de mauvaise nouvelle. Samira appréhende ce qu'il va lui dire.
– Sultane, la salut-il tout en s'inclinant légèrement.
– Qu'est-ce qu'il y a Mustafa Agha ? Le coupe-t-elle pour en arriver aux faits.
La Sultane est trop agacée pour tourner autour du pot. Et elle sait que Mustafa est très fort pour broder longtemps autour de ce qu'il a à dire.
L'eunuque plisse les lèvres d'un air hésitant avant de finalement s'approcher de l'oreille de la Sultane.
Celle-ci ouvre de grands yeux avant de se lever d'un coup et de quitter la chambre rapidement, Mustafa Agha sur ses talons.
Tandis que Mehmet était dans la chambre de sa mère, Nadia était de retour au harem. La jeune femme a la tête baissée de honte de ne pas avoir été acceptée par le Shezade, surtout après avoir passé plusieurs heures à se vanter auprès des autres filles.
D'ailleurs, celles-ci ne manquent pas de se moquer d'elle après son retour anticipé. Et ce malgré Fatma Hatun qui essaie de les faire taire et se préparer à dormir.
Nadia bouillonne intérieurement en voyant Selena s'affairer auprès de son lit. Nadia ne comprend pas ce que le Shezade peut lui trouver. Elle est d'une banalité sans fin : des cheveux noirs, une peau olive, des yeux verts. Elle n'a aucune originalité. Ici c'est Nadia qui représente l'exotisme. Ses cheveux blonds et son regard bleu ne sont pas ordinaires en Turquie.
Non Nadia ne comprend pas. Et plus les minutes passent, plus elle sent la rage monter envers Selena.
Elle doit faire quelque chose. Après tout, c'est de sa faute à l'albanaise si le Shezade l'a refusée.
Nadia regarde autour d'elle, le harem est en effervescence pour préparer la nuit. Les matelas sont dépliés tandis que les tables et les banquettes sont repoussées. Tout le monde est occupé. Si Nadia tentait quelque chose, personne ne le verrait. Elle sait être discrète.
La jeune femme attrape un morceau de verre appartenant à un miroir cassé qu'elle garde dans une couture de son matelas. Nadia dit toujours qu'il faut pouvoir se défendre au cas où il arriverait quelque chose. Elle cache le verre à l'aide de la manche de sa robe de nuit puis s'avance doucement en direction de Selena.
Il faut qu'elle avance de façon normale comme si elle allait simplement lui parler. Il ne faut pas qu'elle attire l'attention sur elle. Nadia fixe Selena comme une lionne sa proie. Elle se demande où elle va planter son morceau de verre, comment elle va l'utiliser. Il faut qu'elle la blesse, qu'elle la défigure en même temps serait parfait. Défigurée, le Shezade ne s'intéresserait plus à elle et elle pourrait devenir une favorite.
Plus que quelques mètres et Nadia sera débarassée de cette obstacle pour toujours.
Une fois dans le dos de Selena, Nadia l'interpelle d'une voix amicale.
– Selena ?
Cette dernière se retourne un peu surprise.
– Ou...
Elle n'a pas le temps de terminer son mot que Nadia balance son bras armé de son morceau de verre dans la direction de son visage.
Autour d'elles, des cris se font entendre et les concubines s'éloignent du duo afin de ne pas être blessées.
Selena, quant à elle, a juste le temps de protéger son visage avec son avant-bras droit que le verre vient lui taillader au niveau du poignet. Du sang se met à couler en grande quantité et Nadia entame son second jet.
– Aghas ! Crie Fatma Hatun d'une voix autoritaire mais également emprunte de nervosité.
La Kalfa vient se placer entre les deux femmes et réussit à maintenir le bras de Nadia en hauteur tandis que deux Aghas viennent attraper la concubine. Mustafa Agha ordonne alors aux autres concubines de s'écarter avant de quitter le harem.
Elena est déjà auprès de Selena et appuie sur sa blessure à l'aide d'une de ses manches de sa robe de nuit. Le visage de Selena est marqué par la douleur, sa mine devient de plus en plus blanche.
Fatma Hatun observe la scène avec angoisse. Il faut qu'elle réagisse vite, elle ne peut pas paniquer. Les filles sont déjà en train de pleurer de peur et Nadia ne cesse de crier pour être libérée.
– Il faut que je la finisse ! Crie Nadia en forçant pour être lâchée par les deux Aghas.
Ces derniers tiennent bon et attendent l'ordre de Fatma Hatun.
– Qu'est-ce qu'il se passe ici ?! Intervient alors le Shezade Mehmet que personne n'a visiblement vu arrivé.
Toutes les têtes se tournent vers lui et quelques concubines font une révérance mais Mehmet cherche quelqu'un de précis. Lorsque son regard tombe sur Selena il voit directement le sang qui s'écoule de son bras droit.
Le Shezade se rue vers elle tout en aboyant sur Fatma Hatun.
– Qu'est-ce qu'il s'est passé ?!
La Kalfa s'approche du prince pour lui répondre mais Selena est plus rapide.
– Fatma Hatun n'y est pour rien, Nadia m'a attaquée avec un morceau de verre.
Mehmet fait un signe à Elena de se pousser puis inspecte la blessure de Selena avant de la prendre dans ses bras pour la porter.
– Je l'emmène à l'infirmerie, annonce-t-il tout en prenant la direction de la sortie du harem. Mettez Nadia au cachot, j'irai la voir plus tard.
Sur cet entrefait, la Sultane Samira arrive à son tour dans le harem et tombe sur son fils portant Selena dans ses bras. La jeune concubine est pâle et marmonne des choses dans une langue qu'elle ne comprend pas, sûrement l'albanais. Elle doit être assez gravement blessée pour tomber dans l'inconscience comme ça.
Mehmet lui adresse un regard vite fait puis continue son chemin jusqu'à l'infirmerie. Il est suivi de près par Fatma Hatun.
De son côté, Nadia est emmenée malgré ses cris jusqu'au cachot. La Sultane Samira regarde le harem ébranlée par ce qu'il vient de se passer. Le Sultan l'avait chargée de s'occuper du harem et de faire en sorte que tout se passe bien. Or, ce soir une concubine a failli y passer.
Mustafa Agha vient se poser à côté d'elle.
– Que faisons nous Sultane ? Lui demande-t-il les ordres.
– D'abord il faut nettoyer tout ce sang, réfléchit-elle rapidement. Puis je veux que chaque concubine soit fouillée, que leurs effets personnels le soient aussi. Il ne faut pas qu'il y ait un autre objet pouvant servir d'arme dans ce harem.
Mustafa Agha obtempère rapidement et fait venir des gardes pour procéder aux fouilles. La Sultane Samira reste au centre du harem pour tout surveiller.
Elle ne se doute pas qu'au dessus, en haut de l'escalier menant aux chambres des Sultanes, Nuran l'observe de loin. La Sultane a entendu les cris des concubines et s'est empressée de venir voir ce qu'il se passait. Nuran attendait que la Sultane Samira soit en faute depuis un moment. Elle avait même cherché comment causer la zizanie dans le harem. Et voilà que Samira se mettait en faute par elle-même. Nuran n'aurait pu rêver mieux. Elle n'avait toujours pas digéré que le Sultan nomme Samira pour gérer le harem. Après tout elle était la mère du prince le plus agée. Ce rôle aurait dû revenir à elle et pas à Samira.
Elle retourne à sa chambre où l'attend Zeynep Kalfa. Cette dernière l'alpague à peine elle a franchi les portes.
– Que se passe-t-il alors Sultane ? L'interroge Zeynep Kalfa.
Nuran esquisse un sourire en coin, l'un de ces sourires qu'elle arbore quand elle a une idée.
– Une concubine a été attaquée par une rivale, explique Nuran d'une voix joviale.
Zeynep ouvre de grands yeux incrédules tandis que Nuran commence à s'affairer.
– Aide moi Zeynep, il faut que je me prépare pour aller annoncer la nouvelle au Sultan, continue-t-elle avec un grand sourire.
Zeynep sort rapidement une robe pour sa maîtresse puis l'aide à quitter sa robe de nuit et à s'habiller rapidement.
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