Chapitre 13 [Partie 2]

Nous restâmes côte à côte à nous câliner pendant presque une demie-heure. Je ne pouvais pas m'empêcher de laisser mes doigts parcourir son torse et le caresser. J'adorais sentir sa peau et les formes de ses abdos. J'étais sur le point de m'endormir, repue et satisfaite, quand je me rappelai mon rendez-vous du soir. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine et je cherchais désespérément l'heure. Je tendis la main vers la table de nuit. Ne trouvant rien d'autre que l'emballage du préservatif, je n'eus d'autre choix que de m'extraire de la douce étreinte de Matthieu. Je saisis mon téléphone et fut soulagée en constant qu'il me restait encore deux bonnes heures devant moi. Délivrée de cette angoisse, je laissai échapper un long et profond soupir.

— Je vais aller me doucher et me préparer pour ma soirée, dis-je en me retournant vers Matthieu.

— Attends, j'ai une idée ne bouge pas.

Curieuse, je m'exécutai et le regardai sortir du lit. Son corps était une véritable oeuvre d'art, je ne me lasserai probablement jamais de le regarder. Matthieu dû sentir le poids de mon regard sur lui, car il se retourna en ma direction et me décrocha un sourire charmeur.

- Je vais m'habiller avant de partir, dit-il en ouvrant les différents placards de la chambre. Je ne voudrais pas que quelqu'un soit trop en extase devant mon corps et en oublie sa soirée.

Lorsqu'il eut enfilé un débardeur blanc et un boxer rouge, il se dirigea vers moi et m'embrassa langoureusement. Je répondis à son assaut et l'attirai encore plus, souhaitant prolonger le baiser. Cependant, il y mit fin rapidement, sans avoir oublié de me caresser à trois reprises mes seins.

Pendant presque dix minutes, je le vis multiplier les aller-retours. Quand tout fut installé, Matthieu vint me chercher et m'emmena jusqu'à la seconde salle de bain de l'appartement. Il m'avait fait couler un bain, rempli de mousse. A côté de la baignoire et partout dans la pièce, il avait allumé de multiples bougies. L'ambiance était romantique et également relaxante, grâce à la musique douce qu'il avait mis. Une odeur de rose s'élevait dans la pièce. Il avait installé également un plateau rempli de gourmandises : macarons, sablés et autres petits gâteaux ainsi qu'une grande tasse de thé. Je réalisai alors que j'avais très faim.

- Je me suis dit que tu n'avais pas pu profiter pleinement de ta douche à cause de moi, s'exclama-t-il avec une note de tendresse dans sa voix. Et je pense que tu aimerais te sentir toute propre avant de rejoindre tes amies.

Devant tant de belles intentions, je ne pus retenir un sourire niais. Matthieu m'aida alors à m'installer dans le bain et me demanda, solennellement, s'il pouvait se joindre à moi. Je m'empressai d'accepter. La baignoire était tellement grande que nous avions chacun assez de place pour étendre nos jambes. Je me laissai aller et me détendis. Cette parenthèse d'absolue douceur me faisait beaucoup de bien.

— J'ai programmé une alarme dans une heure. Comme ça tu auras le temps de te préparer et je t'appellerai un taxi pour t'emmener jusqu'à ton rendez-vous. Je t'y aurais bien conduit mais je suppose que tu ne veux pas que tes amies nous voient ensemble non ?

— Tout à fait. Merci pour tout Matthieu, c'est tellement agréable. Où as-tu appris à être aussi romantique et prévenant ?

— J'ai eu une vie avant toi Emma, ne l'oublis pas, dit-il sur la défensive.

— Je sais. Ma question était une tentative peu habille de te faire parler de ce sujet !

— Que veux-tu savoir sur moi, soupira-t-il, quelque peu abattu par toutes mes tentatives pour en savoir plus sur son passé. Vas-y pose moi tes questions.

— D'abord, qui est cette femme qui t'a fait changer ? Qu'est ce qui s'est passé ? Puis, pourquoi tu as dit que ton père était un connard et enfin j'aimerais en savoir un peu plus sur ta mère, son décès malheureusement, mais surtout votre relation ?

A l'évocation de son passé, je vis, sur son visage, un masque se former. Cependant, je réussis à distinguer, avant qu'il se cache complètement, une lueur dans ses yeux. Je n'arrivais pas à la définir. Était-ce de la tristesse ? de la peur ? de la mélancolie ? Impossible à savoir.

— Tu m'en demandes beaucoup Emma, murmura-t-il d'un ton quelque peu agacé. Ce qu'on va faire, à chaque fois que je réponds à une question, je t'en pose une en retour.

— D'accord, allons-y, dis-je d'une voix qui trahissait mon excitation.

Matthieu me raconta alors toute son histoire d'amour avec Laura, son ex fiancée, et surtout tout le stratagème mis en place par son père. Je ne pus m'empêcher de ressentir un mélange de tristesse et de douleur. En échange, je lui parlais de ma rencontre, il y a maintenant trois ans avec Clément, chez un couple d'amis. Rien de très insolite. J'évoquais aussi mes ex, au nombre faramineux de quatre. Le premier, Robin, datait du lycée et on s'était quitté après deux mois de relation longue distance à notre entrée à la fac. Puis, pendant presque deux ans, je suis sortie avec Laurent. Sa famille, très noble, ne pouvait accepter une roturière dans leur rang. Au début, nous avions essayé de faire fit de leurs conventions sociales mais, à la fin, c'était ce qui nous avait séparé. Puis enfin, il y avait Pierre puis Xavier. J'étais sortie avec eux pendant respectivement 6 et 9 mois avant que nous nous rendions compte que cela ne marcherait pas entre nous.

Matthieu m'évoqua ensuite son passé douloureux, lorsque sa mère l'avait quitté, quand il n'avait que 12 ans. Avec son jeune frère, Louis, ils avaient connu de nombreuses belle mère, plus ou moins gentils avec eux. Certaines les voyaient commes des alliers pour conquérir le coeur de leur père et étaient tristes de partir quand elles réalisèrent que Charles aimaient seulement se faire entretenir et profiter de leur corps. D'autres, les considéraient comme des présences néfastes, voire comme des rivaux, et imaginaient mille stratagèmes pour ses débarrasser d'eux. Son adolescence fut difficile mais, disait-il, elle lui avait permis de devenir l'homme qu'il était aujourd'hui.

En échange de ces révélations, je lui parlais de mon enfance, heureuse, en province avec mes parents et ma sœur. Je me sentais presque gênée d'étaler devant lui mon bonheur de l'époque. J'avais grandi à la campagne, loin de tout mais avec une chose que les enfants de la ville ne pouvaient qu'imaginer : la liberté. J'avais la chance de vivre et d'expérimenter, sans contrainte, sans assujettissement aux lois urbaines.  

Plus j'en apprenais sur Matthieu, sur son passé, plus je me sentais liée à lui. Je débutais seulement mon interrogatoire sur sa mère quand le bruit strident de l'alarme nous empêcha de terminer notre conversation. Je ne pus malheureusement en savoir plus sur sa relation, les circonstances et autres détails que j'aurais aimés connaître. Quelque peu déçue par cela mais heureuse d'avoir enfin eu une réelle conversation avec lui, je me hâtais de me préparer pour rejoindre mes amies.

J'entrais dans notre restaurant italien habituel avec cinq minutes d'avance, mais, comme à l'accoutumée, j'étais la dernière. J'étais heureusement arrivée suffisamment tôt pour ne pas payer la première tournée. J'embrassais chacune de mes amies, avec une attention toute particulière pour Alexia, et je m'installais à la dernière place libre. J'examinais rapidement le menu déjà posé devant moi en sachant éperdument, que j'allais encore commander la même chose. On ne change pas les bonnes habitudes.

Du coin de l'oeil, protégée par l'immense carte, je scrutais Alexia. Je cherchais la moindre trace de tristesse, de dépression, ou pire, qu'elle n'aurait su me cacher. Cependant, elle avait l'air très heureuse, ce qui contrastait avec les derniers messages, plutôt, pessimistes, qu'elle nous avait envoyé ces derniers jours. Son visage resplendissait, ses yeux reflétaient un éclat de bonheur et de joie. Je ne l'avais pas revu comme ça depuis des années. Plus précisément, depuis son expérience douloureuse avec cet homme qui...

— Ohé la rêveuse, m'interpella Alexia, tu ne réponds plus à nos questions ?

Ravie de m'échapper à mes sombres pensées, je répondis à leurs interrogations sur mon look qui faisait trop working girl à leur goût. Non, je n'avais pas travaillé aujourd'hui. Non, je ne change pas de job. Non Alexia, je ne suis pas devenue une secrétaire sexy.

— J'avais juste envie de m'habiller ainsi ce matin. Vous allez arrêter votre interrogatoire, bande de vieilles commères, dis-je sur le ton de la rigolade pour masquer mon mal aise.

Serait-ce possible qu'elle devine mes activités de la journée seulement avec ma tenue ? me demandais-je de plus en plus anxieuse. Je n'avais pas encore prévu de leur parler de tout cela. Je ne pensais pas qu'elles soient prêtes, surtout Pauline, qui avait encore une attitude un peu froide à mon égard.

— Non, non c'est pas terminé ! J'ai encore une question, s'exclama gaiement Alexia. Je trouve que tu as une très bonne mine Emma. Tu as même la tête post sexe je dirais ! Qu'est-ce que tu as fait avant de venir ?

Je rougis face à la remarque, très élégante d'Alexia. Gênée, j'avais l'impression d'être prise sur le fait, la main dans le sac. Ne voulant pas aborder ce sujet et souhaitant à tout pris ne pas mentir, de nouveaux, à mes amies, je répondis en attaquant :

— Rien qui ne te concerne Alexia mais je dois t'avouer que venir ici m'a dérangé dans mes plans. Mais dis-nous, pourquoi nous as-tu convoqué ?

Alexia était si heureuse de nous dévoiler la raison mystérieuse de la réunion du Club des quatre, qu'elle ne réagit point à mon changement de sujet.

— J'ai une très grande nouvelle à vous annoncer nous dit-elle avec un grand sourire. J'ai eu une promotion et je vais remplacer pour 6 mois une éditrice en chef à Barcelone !

Alexia travaillait depuis sa sortie d'école dans la même maison d'édition. Elle avait tenté, à plusieurs reprises, de grimper dans la hiérarchie mais c'était la première fois que l'occasion se présentait à elle. Elle nous avait jamais expliqué, clairement, les raisons de ces multiples refus. Elle faisait un travail de qualité, avait déniché plusieurs romans prometteurs, mais jamais elle ne put se défaire de son rôle d'assistante. Cependant, nous pensions que c'était sûrement dû à son grand patron, sans non plus pouvoir le confirmer.

Alexia semblait très enjouée de cette promotion surprise. De plus, elle avait enfin la chance de retourner à Barcelone, cette ville qu'elle adorait. Parfaitement bilingue en espagnol, ces six mois loin de la France s'annonçaient très chargés : travail toute la journée et fêtes déjantées en soirée. Sans oublier de mentionner quelques histoires sans lendemain avec des hommes différents à chaque fois. Après l'avoir félicité, elle reprit son annonce :

— Mais ce n'est pas ça ma grande nouvelle ! Vous savez, mon rêve fou de partir faire le tour du monde ?

Nous acquiesçâmes en silence, pressées de savoir la suite.

— Je vais enfin le réaliser ! Après ces six mois à Barcelone, je pars faire le tour du monde pendant au moins un an. J'ai économisé depuis presque huit ans et j'ai enfin les fonds nécessaires. Je suis tellement heureuse !

Sous le choc de la révélation, mes amies et moi-même restâmes silencieuses. Alexia m'avait parlé de son objectif depuis notre rencontre en classe de première, il y a plus de douze ans. Je pensais que cela resterait un rêve, dans sa tête, et que j'aimais elle aurait la chance de pouvoir le réaliser.  Même si j'adorais Alexia et que, une part de moi était ravie de la voir avancer dans sa vie, une autre, beaucoup plus important, n'arrivait pas à être totalement heureuse pour elle. J'avais beau tenté de l'expliquer par le fait que je ne veuille pas qu'elle nous quitte pendant autant de temps, je savais que ce n'était pas la principale raison. J'étais envieuse. Elle allait réaliser son rêve. Elle. Pas moi. Une profonde jalousie que je ne me connaissais pas pointait le bout de son nez. Au lieu de me réjouir pour Alexia, je ressentais une grande tristesse. Ma vie n'était tout simplement pas celle que j'avais espéré.

Les conventions sociales reprirent rapidement leur droit et nous félicitâmes toutes Alexia. Cette dernière nous parla en longueur et en détail de son nouvel emploi, mais, surtout de son tour du monde. Elle avait déjà tout préparé. Dans sa voix, je pouvais sentir son excitation et son bonheur. Cette révélation me poussait à me poser plusieurs questions : qu'avais-je fait de ma vie et de mes rêves ? Quels étaient mes objectifs pour les années à venir ? Mais surtout, mon plan avec Matthieu, était-il toujours ce projet à court terme ou pouvais-je le faire évoluer en une relation plus solide, mais fondée sur des bases peu saines, comme le souhaitait mon cœur ? Devais-je suivre ma raison ou succomber à la tentation ? 



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Et voilà la suite du chapitre 13 :) J'espère que ça vous a plu ! N'hésitez pas à me donner vos impressions. 

Je vais essayer de publier la suite lundi mais je ne vous promets rien...

En tout cas, je vous souhaite de bonnes lectures.

Exiiste

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