Chapitre 173 : Poursuite
Sophie demanda à Rebecca de l'absorber en cas de besoin. Cette dernière lui expliqua qu'elle contractait la malédiction des personnes dont elle volait les pouvoirs. Sophie lui assura que son cas était sans risque, avant de lui révéler son concept : le sectionnement.
Quand Cammy sépara ses ennemis, Rebecca utilisa le concept de la réciprocité, qu'elle vola à un prisonnier. Tous les adversaires se retrouvèrent éparpillés dans la rue sans possibilité de communiquer avec leurs alliés.
***
Malgré l'orage qui se prépare, de nombreux passants déambulent dans la rue. Pour certains, la soirée ne fait que commencer.
Rebecca fait rapidement le point des forces et des faiblesses des pions qu'elle a absorbés.
La malédiction de Luck est une paresse légendaire. La combattante ne pourra pas donner son maximum dans ces conditions. Elle libère la victime.
Le concept de Jones est celui de la réciprocité. La malédiction de ce dernier consiste à ressentir la même douleur que son adversaire lorsqu'on lui inflige des dégâts. Rebecca sera incapable de frapper sans retenue. Elle rejette Jones comme un fichier inutile qu'elle efface.
Elle en supprime d'autres, encore, encore et encore. Au final, il ne reste dans son stockage que Sophie, Randy, Agiel, Berthold, Kerry ainsi que dix autres humains sans pouvoirs.
Soudain, un bras allongé d'une dizaine de mètres prend Rebecca pour cible. La femme esquive sans aucune difficulté. Elle vire plus rapidement qu'une voiture de sport et rejoint la rue où se cache son assaillant : Cody.
Dans une ruelle sombre, ce dernier se positionne derrière des sacs poubelle ouverts. Rebecca est accueillie par une odeur nauséabonde. Son odorat surdéveloppé se retourne contre elle, la forçant à placer sa paume devant son nez.
Cody, quant à lui, s'est servi de son concept de la constitution pour boucher complètement ses narines. Il étire son bras dans le but d'éliminer son adversaire. Toutefois, sa main traverse la cible, intangible.
« Une illusion ? Elle avait compris mes intentions depuis le début ? Mais pourquoi ça ressemble au pouvoir de Berthold, ça ?! »
La vraie Rebecca apparaît sur le flanc du jeune homme et lui assène un coup de pied circulaire surpuissant. Dès que son talon touche la tempe de Cody, le crâne de ce dernier explose comme un ballon gonflable. Il s'écroule lentement.
Le cadavre fond comme de la glace au soleil et disparait complètement.
« Un clone ? Il fallait s'en douter. Il a des capacités dérangeantes... je ne dois pas le laisser me filer entre les doigts. »
Rebecca localise Cody grâce à son odeur. Elle apparait très vite au bord d'un trottoir une vingtaine de mètres plus loin, comme si elle s'était téléportée.
« Ses capacités physiques sont incroyables, se dit Cody, impressionné. Je ferais mieux d'éviter le corps à corps... ! »
Il contrôle le pneu d'une voiture en train de circuler et le duplique. Puis, il balance la roue sur Rebecca. Celle-ci attrape l'objet sans le moindre effort.
Entre-temps, Cody s'échappe dans les airs, en direction du toit d'un gratte-ciel. Rebecca se sert du concept du décor de Randy. La roue grossit, doublant la taille d'un camion. Elle propulse avec hargne son arme sur le fuyard. Il encaisse l'attaque de plein fouet.
Tous les os du jeune homme sont broyés. Son sang s'éparpille sur la route, les véhicules, les immeubles, les plantes. Les passants, abasourdis, croiraient assister à une pluie de sauce tomate.
« Bordel, c'était quoi, ça ?!
− Je crois avoir vu un truc géant voler ! Mais c'est allé trop vite, j'ai rien compris !
− Il y a des nigh dans le coin ?! »
Les civils s'éloignent en criant, la peur au ventre. Des automobilistes, distraits, manquent de se percuter. Les klaxons résonnent en symphonie.
Le corps de Cody disparait à nouveau. Un autre clone. Rebecca s'éclipse sans se faire remarquer.
Elle se dirige vers la troisième cible que son odorat détecte. Elle trouve Cody dans une rue occupée par de petites maisons. Sûrement un clone. La femme souffle et prend un ton arrogant :
« Encore combien de temps allez-vous vous cacher, espèce de lâche ? »
Le double disparait. Une vingtaine de secondes plus tard, l'original se montre, furibond.
« Qui est-ce que tu viens de traiter de lâche, micro... ? »
Il n'a pas le temps de terminer sa phrase que Rebecca lui donne un coup de pied surpassant la vitesse de l'éclair. Une mort certaine.
Soudain, la femme perd l'équilibre et tombe la tête la première. Une goutte de sueur perle du front de Cody. Son cœur continue de tambouriner à un rythme incontrôlable.
« Qu'est-ce qui m'a pris de céder à sa provocation... ? On dirait qu'elle manipulait les émotions de mon clone... comme Agiel ?! Pourquoi elle semble posséder les pouvoirs de tout le monde... ? »
Cody écarquille ses yeux. Il commence à comprendre quelque chose, sans réellement trouver la réponse à l'énigme.
Alex apparait fièrement en rehaussant ses lunettes de soleil.
« Ça, c'était un sauvetage badass, tu ne crois p... »
Rebecca glousse. Elle rétorque d'un ton insolent :
« Tout ce dont vous êtes capable, c'est faire tomber les gens. Je n'ai jamais vu de pouvoir aussi inutile.
− Quoi ?! »
Une ligne lumineuse et horizontale apparait, comme tracée à la règle.
Alex le sent d'instinct. Il a intérêt à esquiver. Il saute aussi vite qu'il le peut. Le trait grisâtre touche ses jambes, se détachant aussitôt de son corps. Il retombe lourdement et une vive hémorragie se déclenche.
Deux adolescents, à l'autre bout de la rue, filment avec émerveillement le spectacle devant leurs yeux.
« Trop mortel, c'est la première fois que je vois un vrai combat entre nigh ! chuchote un petit blond.
− Ouais, par contre ils bougent trop vite, on ne voit presque rien ! » dit un brun joufflu tenant la caméra.
Rebecca se relève pendant qu'Alex se tord de douleur au sol. Dès que la femme se redresse, une dizaine de bras étirés l'encercle, telle une nuée de serpents.
La cible, sans la moindre inquiétude, s'entoure d'une multitude de lignes grises qu'elle trace avec son doigt. Celles-ci sectionnent toutes les mains de Cody comme des saucissons.
« Bordel... jure intérieurement Alex. Je ne sais pas pourquoi, mais depuis qu'elle s'est moquée de moi, je doute de ma capacité. Je n'arrive plus à faire tomber ! »
La femme s'apprête à contrattaquer. Un pieux de glace surgit dans son dos. Elle essaie d'esquiver, mais son pied glisse sur le goudron comme si elle était dans une patinoire. Tandis qu'elle lutte pour garder son équilibre, elle se protège avec sa paume.
Le pique gelé pénètre à peine dans sa peau. Une simple égratignure.
« L'imbécile, elle n'a rien compris au concept de la chute ! pense l'utilisateur. Ça ne se limite pas qu'à faire tomber les gens ! Non seulement je peux rendre les choses glissantes, mais je peux aussi contrôler tout ce qui est susceptible de faire perdre l'équilibre à quelqu'un ! »
Malgré le peu de dégâts infligés par sa première attaque, Alex redouble de pugnacité. Une armada de piques de glace cible Rebecca.
Celle-ci réplique avec une multitude de traits qu'elle dessine avec son index. Ils sont si tranchants qu'ils sectionnent les pieux comme du beurre, avant de foncer sur Alex. Ce dernier n'a aucun moyen d'esquiver.
Brusquement, le téléphone des adolescents prend la forme d'une énorme main qui les empoigne et les attire vers Alex. Ils deviennent des boucliers humains pour le blessé.
Rebecca annule sa technique sur-le-champ. Cody, ayant régénéré ses membres, se jette sur elle dans son dos. Sans même se retourner, elle traverse la cage thoracique de ce dernier et réduit son cœur en bouillie d'un coup de talon. Sans surprise, il s'agit encore une fois d'un clone.
L'original, profitant de la diversion, attrape Alex par le col et s'enfuit en sautant de toit en toit.
Rebecca fusille les gêneurs d'un air assassin. Les adolescents, tremblant comme des feuilles, ont le pantalon mouillé. Le téléphone s'échappe des mains de celui qui filmait. La femme, après avoir écrabouillé l'appareil en marchant dessus, soupire et se lance à la poursuite de ses cibles.
« Pourquoi t'as fait ça, c'était pas badass du tout... ! se plaint Alex, transporté tel un sac de patates.
− Elle a des réflexes de malade. Je savais qu'elle arrêterait son attaque avant qu'elle ne touche ces moustiques, affirme son interlocuteur, affolé, la respiration saccadée.
− Jack et ses larbins sont des pourritures, rien ne garantit qu'elle les aurait épargnés.
− Peut-être, mais ils ne tuent jamais des citoyens lambda. »
Cody contrôle un poteau électrique sur leur chemin. Il colle des prothèses en fer aux jambes d'Alex.
Les deux compagnons entrent dans une petite pharmacie. Leurs vêtements sales attirent immédiatement l'attention des humains.
« On fait quoi ici ? demande Alex, confus, rehaussant ses lunettes de soleil.
− Cette folle furieuse est trop forte pour nous, chuchote Cody. On a intérêt à se mettre à l'abri et à chercher des renforts quand on sera sûrs qu'elle ne rodera plus dans les parages. On est des nigh, on a intérêt à se battre dans des endroits peu fréquentés, comme des ruelles. C'est sûrement ce qu'elle se dit. Elle ne pensera jamais à nous trouver dans un lieu pareil. Elle est sûrement capable de me tracer grâce à mon odeur, mais je pense qu'on est suffisamment loin pour être hors de la portée de son radar. »
Tout à coup, quelqu'un ouvre la porte. Le cœur des fuyards bondit dans leur poitrine. Ils se retournent en avalant difficilement leur salive.
C'est J.
Alex et Cody soufflent de soulagement.
« Mais qu'est-ce que tu fais ici, mec ? questionne Alex.
− Je cherche nos alliés. Et je me suis dit que s'ils voulaient se cacher, ils iraient dans un endroit de ce genre » explique calmement le concerné en saluant clients et vendeurs d'un signe de la main.
Alex et Cody ont les yeux exorbités de stupeur. La seconde d'après, Rebecca pénètre à son tour dans le bâtiment. Son regard menaçant reflète son envie d'en découdre.
« C'est donc elle qui vous terrorise à ce point, déduit le brigadier, serein comme à son habitude.
− Bon, J, tu es fort et badass, affirme Alex. Mais même avec ton aide, je crois qu'on est dans la mouise, là. »
Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top