- L'héritier -

5
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     —  Paul, pourquoi m'as-tu caché que ton épouse cuisinait aussi bien ? déclara Wes après quelque bouchées silencieuses. Si je l'avais su, je serai passer dîner plus souvent !

Papa regarda maman dans les yeux, l'air amoureux. Il entrelaça les doigts de sa main droite avec ceux de la main gauche de maman. Il déposa un délica baiser dessus, geste qui fit rougir celle-ci.

     —  C'est l'une des raisons pour lesquelles je lui ai passé la bague au doigt, annonça-t-il sans détacher ses prunelles de sa femme.

Wes les dévisagea avec un sourire en coin. Malgré le temps et les épreuves de la vie, mes parents s'aimaient toujours.

Les voir ainsi fit grimacer Sophie.

      —  Il n'est pas trop tard, c'est avec grand plaisir que nous t'acceuillerons tous les soirs à notre table, dit maman.

Ils délièrent leurs doigts et revinrent à leurs assiettes.

     —  J'aurai aimé, cependant, je dois rentrer au bercail où mes responsabilités m'attendent. Merci quand-même pour l'invitation Delphine.

     —  Paul m'a dit que tu es arrivé en France depuis quelques jours seulement et tu veux déjà rentrer. Qu'est-ce qui presse autant ?

Wes réajusta sa posture avant de répondre.

     —  Je suis venu pour une mission précise. Celle-ci a prit fin. De plus, l'internat Stone a besoin de moi.

Le mot « mission » n'échappa ni à mon attention, ni celle de Sophie. Les sourcils plissés de ma soeur trahissaient sa curiosité.

     —  Quand repartiras-tu ?

     —  Il rentre demain, n'est-ce pas Wes ?

     —  C'est cela !

     —  Dommage, j'aurai aimé recevoir quelques compliments supplémentaires à propos de ma cuisine. De ces trois-là, je n'en reçois que rarement ! fit maman avec une mine morose.

Cela fit rire Wes.

Elle avait raison. On adorait ses plats, les avalait avec appétit sans jamais l'aduler pour ça. C'était un peu mesquin de notre part. Toutefois, j'étais persuadé qu'elle savait à nos expressions comblées à quel point on appréciait ses recettes faites avec amour et soin.

     —  Dis-moi Sophie...

L'intéressée leva machinalement la tête vers Wes qui avait prononcé son prénom.

     —  ..., je t'ai vu aider ta mère tout à l'heure, sais-tu également cuisiner ?

     —  Maman m'apprend, répliqua immédiatement ma sœur.

     —  Et elle se débrouille très bien pour son âge, ajouta maman avec un regard vendant sa fierté pour Sophie.

     —  Mais c'est bien ça, j'espère avoir l'occasion de le vérifier lors de ma prochaine visite, s'exclama Wes d'un ton plaisantin.

Sophie arbora un air angélique mettant en valeur ses iris couleur océan et ces cheveux couleur flamme, répliquant :

     —  Moi aussi !

La conversation fut ensuite dirigée vers moi. L'ami de mon père me posa un paquet  de questions sur ma personne. Ces interrogations me semblaient curieuses. J'avais l'impression qu'il s'intéressait à moi. Pas juste pour la causette. Il voulait vraiment me connaître.

Les répliques plus ou moins claires que je lui donnais corroborait le fait que David Dupré était un garçon profondément individualiste et indifférent.

Une fois que nous eûmes fini de manger, Sophia aida maman à faire la vaisselle. Wes et papa prirent le chemin du bureau de ce dernier. Quant à moi, j'allai en chambre où Ben m'attendait patiemment.


†          †

Ma rencontre avec l'étrange personnage du parc m'était quasiment sortit de la tête. Il se faisait tard et je sentais mes paupières s'alourdir de fatigue. Alors qu'elle se refermaient lentement, Ben me rappela que je devais lui lire le chapitre neuf du murmure des fantômes, roman de Anna Euler.

Nous avions une sorte de tradition Ben et moi, lire chaque soir, avant de dormir, un chapitre d'un livre. Cela nous était venu comme ça, une nuit alors que ni lui, ni moi ne trouvions le sommeil. Étant un grand lecteur, je proposai à Ben de lui lire l'un de mes romans favoris histoire de passer le temps. Depuis, ce fut une véritable habitude.

Nous étions sur Le murmur des fantômes. Ben l'avait immédiatement adoré dès les premières lignes.

Je quittai donc le doux confort d'un lit douillet et entamai la recherche du bouquin. Il n'était nulle part. Aucune trace de lui sur mon bureau, dans mon sac, ni au-dessus d'un autre meuble.

     —  Il est peut-être dans le bureau de papa ! déduisit Ben.

Sa phrase me fit me repasser toute la soirée d'hier dans son intégralité.

     —  Hier, après la lecture du chapitre huit, j'étais allé dans le bureau de papa remettre le livre d'histoire que j'avais emprunter. J'ai dû prendre le roman avec moi par inattention. Attends-moi ici, j'y vais.

     —  Dépêche-toi ! lança-t-il au moment où je sortis de la chambre.

Dans le couloir, je pris à gauche. Je m'avançais vers la pièce de travail de mon père d'un pas lourd. Le sommeil commençait à l'emporter sur la volonté. Je titubais tout en baillant sauvagement, exténué.

Je parvins devant la porte du bureau en quelques minutes seulement. Je saisis la poignée, la tournai et poussai vers l'intérieur. Une voix s'échappa par l'entrebâillement et me stoppa net.

C'était la voix de mon père.

     —   ...pourquoi ? l'entendis-je demander d'un ton solennel.

     —  Nous sommes en temps de crise, des complots se trament dans l'ombre. Par conséquent, de lourdes décisions doivent être prises.

Je reconnus le ton étranger de Wes.

     —  Il n'est pas prêt, il ignore tout de ce monde !

     —  Pour l'instant. Je me chargerai personnellement de lui apprendre le nécessaire !

J'avais maintenant l'oreille positionnée près de l'ouverture. Le coeur cognant, je m'appliquais à ralentir ma respiration ainsi qu'à ne commettre aucun geste maladroit pouvant conduire à ma découverte.

Cela ne me ressemblait pas d'écouter aux portes cependant, l'ami de mon père m'intriguait, leur conversation encore plus.

De quoi diable parlaient-ils ?

     —  L'ordre vient-il directement de la Faction ? interrogea la voix de papa.

     —  Oui.

     —  Pourquoi n'ai-je pas été prévenu plus tôt ?

     —  Ma mission consistait à ramener le plus de Spectrômes possible au QG. Jusqu'ici, il est le seul, vivant, sur lequel j'ai pu mettre la main. Les autres ont été éliminés, sans doute par des Possé...

En écoutant le mot « éliminés », la paume de ma main droite s'appuya fortement contre la porte, l'ouvrant grandement.

Wes et papa me dévisagèrent avec anxiété. Je venais de me découvrir tout en leur foutant une peur bleue.

J'étais debout, à l'entrée, hésitant entre pénétrer et repartir sans demander mon reste.

Je choisis finalement l'option numéro un.

Je fis comme de rien en m'introduisant à l'intérieur. Je pris la direction de la bibliothèque où plusieurs livres ornaient les étagères. Je ne mis pas longtemps à trouver Le murmure des fantômes. Il était près de celui d'histoire.

Tandis que Wes et mon père me dévisageaient probablement avec appréhension, mes pas me menaient à la sortie, le roman en main.

     —  David, attends ! m'arrêta papa.

J'eus la sensation que mon coeur explosait. Je déglutis sous le coup de la peur. Doucement, je fis volte face. J'affrontai son regard ferme avec bravoure, ralentissant ma respiration. Je ne voulais rien montrer de mon angoisse.

     —  Qu'as-tu entendu exactement ?

Je réfléchis. Que pouvais-je répondre à cela ?

     —  À peu près tout, dis-je sans sourciller.

Papa soupira. D'une posture ferme, il passa à une lasse.

Wes observait en silence.

     —  Avant tout, tu dois savoir qu'il y a une explication à ce que tu as entendu. Tu es assez grand maintenant et j'estime que tu peux comprendre certaines choses, des choses que tu étais censé apprendre plus tard. Ta mère et moi te répétons souvent que tu es un garçon exceptionnel. Si nous le faisons, c'est pour que tu en prennes conscience. Ce que je veux dire c'est...

Il soupira encore. Il ne m'avait encore jamais parlé de cette façon. Il cherchait les bons mots et cela se voyait clairement. Je pressentais une énorme révélation.

     —  David, tu n'es pas un garçon comme les autres, tu possèdes un don incommensurable. Tu es un Spectrôme et l'héritier de cette famille, de notre famille... l'Héritier de Lord Stone.

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