VI. Unexpected


New York

Peter Osborn gigotait dans son lit. Il était encore pris d'insomnies. Cela faisait plus d'un mois... Il tendit son bras vers le mur derrière lui et posa son doigt dessus. Une lumière tamisée vint doucement l'éblouir. Se passant une main dans ses cheveux frisés. Puis il vit une ombre jaillir dans sa chambre. Il se frotta les yeux, encore peu habitué à la lumière. Lorsque l'ombre sur son lit, il sursauta. Mais ce n'était que Milo, son chat noir aux pattes blanches. L'homme soupirant, approchant sa main de l'animal, qui l'ignora. Comme souvent. Il s'installa de l'autre côté du lit, ronronnant.

- Qu'est-ce que tu fais là mon vieux, ton panier te convient pas ?

Bien sûr, le chat ne répondit pas. Le brun soupira et se leva doucement, enlevant sa couette. Ce soir, encore une fois, il ne dormirait pas. Depuis cette histoire d'attentats, il ne dormait pas. Chaque nuit, il voyait ses visages d'innocents qui le suppliaient de le sauver, en sang. Des doigts accusateurs qui le désignaient lui, lui, l'incapable inspecteur. Le psychologue de la cellule de crise ne l'avait pas beaucoup d'aider, lui aussi en avait marre de toute cette histoire. Il n'était pas très attentif à ce que ce mec du FBI lui raconte son traumatisme à travers ses cauchemars. Pourtant, Peter avait besoin d'être écouté. Cependant il voulait certaines choses pour lui... Car ce n'était pas les victimes qui le hantaient le plus. C'était elle.

Il la voyait partout. Dans les transports en commun, dans chaque ombre qui passait hors de son champ de vision, dans la silhouette de toutes les femmes qu'il croisait. Il croyait devenir fou. Chaque jour, il fouillait sur les réseaux une quelconque trace de son visage, de son regard. Parfois, il croyait entendre sa voix. Il se retournait, ne discernant plus son imaginaire du réel. Dès qu'il fermait les yeux, il essayait de discerner son visage. À force de la voir partout, à la télé, sur les écrans d'ordinateur, il n'arrivait plus à se souvenir de son visage sans aide. L'agent ne comprenait pourquoi elle se trouvait dans chaque partie de son esprit. Certes, son travail était de la retrouver, mais de là à faire une obsession...

Il se frotta le visage, puis posa les pieds à terre. Il se leva et s'avança vers la baie vitrée. Il fit bouger sa main devant le capteur et le volet s'ouvrit lentement, en silence. Dehors, il faisait gris. Un gris de brouillard, pesant dans la pénombre d'un soleil paresseux au réveil. Le châtain ouvrit la porte fenêtre pour aérer, puis, il s'installa sur la terrasse, pour que le vent frais lui donne un petit coup de fouet. Son appartement se situait au rez-de-chaussée de l'immeuble, et il avait donc, l'avantage de posséder un petit carré vert dans cette cité immense. Quoique que dans les quartiers, les tours vertes étaient très communes. Chacun possédait son petit potager, sa ruche, dans ce New York moderne, transformé peu à peu par les énergies renouvelables. Après l'expansion horizontale, la grande ville avait entamé une expansion verticale, de plus en plus folle. L'Empire State Building était à présent minuscule comparé aux tours impressionnantes qui l'entouraient. Pourtant, l'agent du FBI habitait le quartier le plus vieux, du moins, celui qui n'a pas subi la rénovation verticale d'il y a quelques années : le Bronx. Et malgré l'état de son appartement, qui avait était remis au goût du jour, mais possédait toujours un parquet grinçant, Peter adorait cet endroit. Cela le rendait un peu nostalgique, d'un certain passé...

D'un pas décidé, il retourna à l'intérieur. Au fond de lui, une sensation naissait peu à peu. Un manque. Il se dirigea vers la cuisine, soudainement pressé. L'insomnie le rendait de plus en plus accro à sa dose de nicotine et de caféine quotidienne. Pour tenir le coup, il en avait besoin. Sauf que cela l'entraînait dans un cercle vicieux... Tous les jours, il se disait qu'il était capable de s'arrêter quand il le voulait. Cependant, il ne faisait que se mentir à lui même. Il appuya sur un bouton sur son mur immaculé, et une tasse de café chaud, avec un nuage de lait apparut dans une cavité du mur. Il remercia un dieu quelconque, ou plutôt, le scientifique qui avait inventé cette technologie silencieuse et rapide, et très efficace. Le trentenaire sortit ensuite ensuite une cigarette de son étui, et la mit entre ses lèvres. Il appuya de nouveau sur un bouton du mur pour faire apparaître l'écran du salon qui jouxtait la cuisine. Les couleurs apparurent sur cette télévision transparente, peu à peu. Des titres, des informations. Une image.

Jane Doe.

Il soupira. On ne l'avait pas trouvé dans la nuit. Allumant sa cigarette, il s'approcha de l'écran, sa tasse posée sur le comptoir. Il s'était arrêté devant l'écran, et s'apprêtait à regarder les actualités. Cependant un bruit le stoppa. Le plancher grinçait.

Il se retourna, prit de vif, et découvrit une jeune femme, aux longs cheveux mauves. Enfin, c'est le détail qui le choquait le plus. Ses cheveux atteignaient presque ses rotules.

- Qui-qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous faites chez moi ?

Elle ne répondit point, elle se contentait de fixer l'écran, puis elle s'affala dans le canapé, comme hébétée.

" Une junkie, une putain de junkie cambrioleuse. " se dit-il, apeuré. Peter Osborn recula peu à peu, afin d'atteindre une de ses caches d'armes. Il en avait caché un peu partout, trop craintif. Car le Bronx était peut-être le quartier le moins rénové, mais aussi le plus dangereux...

- Mademoiselle, veuillez sortir de chez moi, je suis un représentant de la loi...

Il avait peur. Si une folle était entrée chez lui, alors qu'il ne portait qu'un bas de pyjama, qui sait quelles pouvaient être ses réactions. Il atteignit enfin sa cachette.

- Peter Osborn. " prononça-t-elle, le faisant sursauté. " Cela faisait longtemps.

Il tiqua. Le frisé se concentra pour l'examiner plus précisément. Ils se connaissaient ? En tout cas, elle le fixait, souriante, les jambes croisées. Elle portait une sorte de veste militaire kaki, sur un t-shirt trop grand avec un slim noir déchiré, le look de toutes les junkies. Puis il fixa son visage... Et ce regard, il l'aurait reconnu entre mille, même si c'était infime.

Il avait en face de lui Jane Doe, en chair et en os. En un éclair, il se saisit de son revolver caché et le braqua sur la jeune femme. C'était trop beau pour être vrai. Était-il finalement dans un rêve, le sommeil l'ayant enfin emporté ? Non. La fumée de sa cigarette incandescente l'étouffait, il ne savait que trop bien reconnaître la réalité.

- Vous ! Vous êtes en état d'arrestation pour violation de domicile et...

La jeune femme lui fit signe de se taire et pointa l'écran.

- Ce n'est pas mon meilleur portrait, et il n'est même pas à jour ! Et s'il vous plaît, ne faites pas trop de bruit, vous allez alerter les voisins. " chuchota-t-elle, le surprenant de plus en plus. Pourtant, il continuait de braquer son arme sur elle. Elle leva les bras. " S'il vous plaît, ne faites pas ça... On veut éviter que cela se finisse mal tous les deux, non ? " Il se rapprocha, ignorant ses paroles. " Je veux juste vous parler, tranquillement...

- Et moi je veux vous arrêter et que vous répondiez à mes questions une bonne foi pour toutes. " rétorqua-t-il, en essayant de voir si elle possédait une arme. S'il se rapprochait de trop, elle pouvait très bien l'attaquer par surprise. Pourtant, elle restait dans le canapé, même si elle se crispait de plus en plus.

- Dois-je vous rappeler ce qu'il s'est passé et ce qu'il se passera de nouveau si vous m'arrêtez ?

Il arqua les sourcils, cherchant ce dont elle parlait dans ses souvenirs.

- Pouf ! Je disparaîtrai, encore une fois, et une bonne foi pour toutes. Plus de Jane Doe. Et croyez-moi sur parole, vous ne voulez pas que cela arrive... " dit-elle en souriant. Lui, il grimaça. Il avait la sensation de perdre le contrôle, ce qu'il détestait. Mais il fallait qu'il joue à son petit jeu, s'il voulait réussir à la capturer.

- Ça tombe bien, c'est la première question pour votre interrogatoire, et nous n'hésiterons pas à tripler le budget du système de surveillance pour que vous ne vous échappiez plus... Ne faites pas la maligne, et rendez-vous.

- Pourtant, je suis sûre à 100% que vous n'avez pas trouvé comment j'avais pu disparaître, n'est-ce pas ? Vous essayez de vous convaincre vous-même, mais cela arrivera de nouveau. Je suis venue là pour discuter gentiment, alors, avant de commettre un massacre, baissez votre arme, Peter.

Le fait qu'elle l'appelle par son prénom le déstabilisait, et il baissa instinctivement son arme. Elle profita de cette ouverture pour se lever, puis elle commença à se promener lentement dans l'appartement, observant la décoration.

- C'est joli chez vous. J'aime bien.

Il repointa son arme sur la jeune femme aux cheveux mauves. Face à ce geste, elle lui fit son sourire le plus radieux.

- Je suis venue de mon propre gré, je ne compte pas m'enfuir, vous savez ? " lui lança-t-elle, en observant des cadres photos posés sur un buffet immaculé. " C'est votre femme ? Elle est belle. "

- Ne vous approchez pas ! C'est ma vie privée, elle ne vous regarde pas ! " cria-t-il, plus fort qu'il ne l'avait voulu. Elle fit des yeux ronds, puis reposa le cadre doucement, haussant un sourcil.

- Très bien. Pas la peine de m'agresser.

- Je vous signale que c'est vous qui êtes entré dans mon appartement par effraction ! Maintenant, parlez ! Qu'avez vous à me dire ?

Milo sortit de sa chambre et découvrit les deux humains, debout dans le couloir. Il miaula sur son maître, comme s'il l'interrogeait sur l'identité de leur " invitée ", puis il vint se frotter à ses jambes, pour la saluer. Elle s'accroupit et lui offrit quelques caresses. Ses cheveux touchant terre... Peter se demandait si c'étaient des extensions. En un mois, c'était impossible qu'ils poussent autant. Aucune trace de blessure mortelle. Étrange.

- Votre appartement... Il est vieux n'est-ce pas ? Centenaire, presque, non ?

Il sortit de sa rêverie et écarquilla légèrement les yeux.

- Je ne vois pas pourquoi cela vous intéresse-t-il... Je vais finir par perdre patience. " soupira-t-il, très agacé par ce petit manège. Il avait déjà perdu patience à vrai dire.

Peter se rendit compte qu'ils étaient arrivés dans leur petit trajet dans sa chambre. Une aubaine, pour lui. Car son portable était posé sur sa table de chevet, s'il l'atteignait, il pourrait appeler des renforts. Il fallait juste qu'il surveille Jane et qu'il réussisse à prendre ce fichu portable, situé trop loin.

- Un plancher, ce n'est pas commun dans le coin ! Vous vous rappelez de ces vieilles histoires où les héros cachaient leur journal intime sous une latte ?

- Où voulez-vous en venir ? " dit-il, distrait par son portable, situé à présent à deux mètres de lui. Cependant, sa fenêtre était toujours ouverte. Si elle le repérait, c'était fichu, elle pouvait fuir. Quant à la mystérieuse femme, elle s'accroupit au sol, puis démonta une latte du fameux parquet.

- Mais vous n'allez pas tout démonter chez moi, vous êtes folle ou quoi ?! " remarqua-t-il, enfin, s'accroupissant à son tour près d'elle et lui prenant la latte de parquet des mains. Jane était concentrée sur autre chose : elle fouillait dans le trou qu'elle venait de créer, sa main tâtonnant. Elle en sortit... Une boîte scellée en bois brut blanc, grâce à un cadenas. Il semblait assez lourd, alors qu'il n'était pas très grand.

- Et un trésor ! " prononça-t-elle, comme si c'était une victoire. Elle semblait heureuse de sa trouvaille. Peter était sidéré face à elle, fixant la boîte. Elle fit sauter le cadenas après avoir fait un code à quatre chiffres, qu'il ne vit pas. Dedans se trouvait des dossiers. Des fichiers. Du papier, usé par le temps, mais protégé de l'humidité, des rongeurs et des insectes grâce à la boîte. Elle les sortit, tout sourire, et les tendit à l'agent du FBI.

- Voilà, c'est pour vous. J'avais promis de vous aider dans cette histoire. C'est ce que j'ai pu récupérer... Pour l'instant. Ça ne m'innocentera pas, mais cela vous fera avancer, je pense.

Le frisé en était bouche bée. Avant de poster des questions par rapport au pourquoi du comment elle avait fait ça, il feuilleta rapidement le premier dossier. Des messages sur les réseaux sociaux concernant les Haters, des informations sur TechPulse, la firme touchée par les attentats, des documents de banques étranges, des indices, peut-être pris un à un minimes, mais ensemble, il formait un tout, Peter en était certain. Il releva ses yeux des documents, sur le point de remercier Jane Doe.

Mais elle avait disparu sans faire de bruit, par la porte fenêtre. Il jura, pestant contre cette diversion qu'elle avait trouvé. Cette femme était tellement étrange et fascinante. Il était rassuré, en quelques sortes. Car elle était vivante.

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