crétin.
17 Février 2034.
Mes doigts remontent lentement sur le corps nu d'Adele qui s'offre à moi depuis de longues minutes. Ses gémissements emplissent la pièce, me faisant fermer les paupières sous le plaisir que cela me procure. La sensation de ses jambes autour de ma taille devient exquise quand elle les resserre. Ma main droite va se caler sous sa fesse gauche pour la maintenir en équilibre. Alors que mon bassin poursuit ses mouvements de manière plus frénétique, nos bouches se retrouvent. Nos langues se caressent. Sa tête recule brusquement, basculant en arrière. Ses yeux se ferment. Ses bruits obscènes deviennent plus puissants qu'auparavant.
Mes dents frôlent et mordillent avec envie le lobe de son oreille même si je sais très bien qu'elle va me donner une tape sur l'épaule pour avoir fait ça et ça ne manque pas. La claque résonne entre nous. Je pourrais m'excuser, mais nous saurions tous les deux que ce ne serait pas sincère. Je suis peut-être qu'un pervers ou un fétichiste bizarre, mais j'adore trop faire ça pour pouvoir le regretter.
Les hanches d'Adele ondulent contre les miennes. Sentir sa peau moite contre moi est excitant. Quand elle reprend mes lèvres, tout en empoignant mes cheveux au niveau de ma nuque, j'ai conscience que la fin est proche. Pour elle. Et pour moi aussi par conséquent. Cela fait un peu plus d'un mois que nous sortons ensemble. Alors nous n'avons pas une grande expérience derrière nous en la matière, mais une chose est certaine avec Adele, c'est qu'elle aime que ça aille vite, très vite. Trop vite parfois. Mais ce sont sûrement que des habitudes, des compromis à faire. Puis après tout, je suis un mec, non ? Pourquoi ça me dérangerait de prendre rapidement mon pied ?
Je secoue la tête de gauche à droite pour m'empêcher de penser à ça maintenant. Elle suçote ma lèvre avant de bouger avec énergie, me rapprochant dangereusement du point de non-retour. Elle chuchote quelques mots salaces au creux de mon oreille et nous lâchons prise. Je viens dans un râle qui me fait grimacer.
Pendant de longues secondes, nous restons dans cette position. Adele est blottie dans mes bras, son front appuyé sur mon épaule et moi, la tête basculée en arrière, les yeux fermés pour essayer de retrouver une respiration normale. Mon pouce caresse naturellement la peau de sa cuisse que je tiens toujours fermement. Je crois que c'est le moment que je préfère de nos ébats. Ce calme après la tempête. Cette délicatesse après la passion.
J'embrasse sa clavicule jusqu'à remonter dans son cou. Elle frissonne ce qui me fait sourire, attendri. Dans des mouvements lents et affectueux, je me décale et allonge Adele sur mon matelas sur lequel elle s'étire tel un chat. Elle est belle ainsi.
— Est-ce que tu crois qu'à un moment, on réussira à atteindre ton lit ? me demande-t-elle, taquine.
— Pas tant que tu seras aussi désirable, j'en ai bien peur...
Je lui embrasse le front et me redresse. Je retire rapidement le préservatif usagé que je jette dans ma poubelle avant que mes yeux tentent de retrouver mes habits qu'Adele a dû envoyer à l'autre bout de la pièce.
— On va se manger un truc au pub ? me propose-t-elle.
Je me baisse pour ramasser mon boxer.
— Au pub de ton père ?
— Ouais... Quoi ? Tu as la trouille ? se moque-t-elle.
— Pas du tout...
Un peu.
— Tu l'as déjà rencontré des dizaines de fois, me rappelle-t-elle. Il t'aime bien.
— Je sais, mais... J'étais ton ami, pas ton copain à cette époque.
— Et tu crois que ça change quelque chose au fait que tu sois quelqu'un de bien ou pas ?
Je hausse les épaules. Pour mes parents, oui, ça altère beaucoup de choses. Ils aiment beaucoup Adele parce qu'elle est, dans leur esprit, seulement mon amie, mais s'ils apprenaient que nous couchons ensemble à présent, je ne suis pas certain que ça passerait de la même manière.
— Tu sais qu'il va bien falloir que ça arrive un jour, n'est-ce pas ?
Je marmonne une réponse incompréhensible avant d'enfiler mon jean. Je m'appuie contre le bord de ma fenêtre et fixe mon regard sur Adele. Elle commence à se rhabiller à son tour, mais je ne la vois pas réellement. Mon cerveau est trop embourbé dans des questionnements pour y faire attention. J'ai de vrais sentiments pour Adele, je suis bien avec elle, mais est-ce que c'est possible entre nous avec ma famille, mon éducation, mes traditions ?
— Sun ?
Je reviens à moi quand sa voix m'appelle doucement et secoue la tête pour retirer toutes mes incertitudes.
— Oui, je sais.
Elle m'offre un magnifique sourire qui m'attendrit. Je fais un pas dans sa direction pour la prendre dans mes bras quand un vacarme retentit dans la maison. Nous sommes censés être seuls ici. Mes parents sont au travail et Dae à la danse avant de se rendre comme toujours chez Ady. Qui ça peut être ? Je jure tout bas, légèrement apeuré que ce soit mon père ou ma mère.
La porte de ma chambre s'ouvre dans un grand fracas, sans le moindre signe avant-coureur ce qui me fait grogner. Dae se tient dans l'embrasure, fier de lui. Nous n'avons jamais été très proches ces dernières années, mais depuis quelques jours, j'ai l'impression qu'il se fait un malin plaisir de m'embêter et principalement quand je suis avec Adele. Il croise les bras devant lui et un sourire en coin, me lance :
— Les parents viennent de m'appeler, on mange ensemble ce soir. Ici.
— Et le resto ?
Il hausse les épaules. Ma question était stupide. Il s'en fout, lui. Je vois son regard détailler quelque chose derrière moi, ou plutôt quelqu'un. Je me tourne et remarque qu'Adele a eu le temps de remettre son pantalon et son soutien-gorge, mais qu'elle a dû plaquer son tee-shirt contre elle pour se cacher. Je reporte mon intérêt sur mon frère et marmonne, de mauvaise humeur :
— C'est bon ? Tu peux partir maintenant !
Il baisse un quart de seconde le regard vers le sol avant de prendre une profonde inspiration. Il me paraît soudain triste. Depuis la Saint-Valentin, c'est comme ça. J'ai bien essayé de lire entre les lignes, faire attention à son comportement, à ses réactions, mais tout ce que j'ai pu voir, ce sont ses yeux rouges et son teint plus pâle que d'habitude. Ça serait tellement plus simple si je pouvais lui demander directement ce qu'il a, mais je suis la dernière personne à qui il voudrait se confier.
Il attrape la poignée et la tire vers lui pour la refermer. Mais il doit penser que c'est trop gentil de sa part parce qu'il la lâche et repart dans le couloir pour rejoindre sa chambre. Je lève les yeux au ciel, désespéré par son comportement de gamin. Quand je m'apprête à claquer la porte, sa voix me hurle :
— Ah si, va falloir arrêter de vous envoyer en l'air, c'est toi qui prépares le dîner !
C'est un crétin. Non un enfant. Même lorsqu'il avait huit ou dix ans, il n'était pas aussi puéril...
— Ton frère est un petit con, lâche Adele en se rhabillant enfin.
Je fais un brusque demi-tour vers elle et la foudroie du regard. C'est ma petite-amie, mais je ne pourrais jamais accepter qu'elle dise ce genre de choses de Dae même si parfois, je suis le premier à penser comme elle.
— S'il te plaît, dis-je sèchement.
Je n'ai pas besoin d'en dire plus, elle me connaît très bien pour savoir ce que cette réplique veut dire pour moi. Qu'elle se taise sur le champ. Malheureusement, elle a beau me comprendre, ce n'est pas pour ça qu'elle m'écoute. À son tour, elle lève les yeux au ciel.
— Pourtant, c'est la réalité, Sun. Il a fait exprès d'entrer sans frapper. Il a fait exprès de me dévisager. Ou encore de dire ce qu'il a dit. C'est un chieur dès qu'il s'agit de toi et ça commence à me gonfler !
Elle tend le bras et attrape son pull qui était sur ma chaise de bureau et ajoute :
— Mais je vais m'arrêter là pour aujourd'hui parce que tu ne changeras pas d'avis et surtout il faut que je m'en aille avant que tes parents me voient...
Elle contourne le lit et se plante devant moi. Adele est plus petite que moi, mais son caractère remplace les centimètres qui lui manquent pour s'imposer.
— À moins que tu veuilles me présenter.
— Adele, soufflé-je. Tu...
— Je sais, me coupe-t-elle. Toi aussi tu me gonfles.
Sur cette déclaration, elle m'embrasse rapidement et sort de ma chambre. Je l'observe avancer dans le couloir et quand elle arrive en haut de l'escalier, lance hypocritement :
— Bonne soirée, Dae !
Elle n'obtient bien entendu aucune réponse alors elle dévale les marches. Pendant quelques secondes, le silence se fait dans la maison jusqu'à ce que le bruit de la porte d'entrée qui se ferme résonne en écho à mon soupir. Je me frotte le visage, fatigué de toute cette situation, avant de prendre conscience que je suis toujours torse nu.
Je jure tout bas et reprends ma chemisette. Tout en me dirigeant vers la cuisine, je la boutonne. J'inspecte les placards puis le frigo. N'ayant pas eu beaucoup temps, je vais me contenter de préparer un semblant de Bibimbap au poulet et tant pis si ça ne plaît pas à quelqu'un. Mais connaissant Dae, il va forcément me faire une remarque. Il aime trop ça pour louper la moindre occasion.
Moins d'une heure plus tard, tout est prêt. Je m'essuie les mains sur mon tablier et soupire en vérifiant que je n'ai rien oublié. Du bout du doigt, je pointe chaque poêle ou récipient. Viande, riz, carottes, soja... Je suis dérangé par Dae qui ouvre le frigo à ma droite en demandant :
— On n'a pas des hamburgers au congélateur ?
— Je viens de passer je ne sais combien de temps pour faire un...
— Je n'aime pas, me coupe-t-il en sortant une bouteille d'eau.
Il se perche sur le plan de cuisine et dévisse le bouchon, un petit sourire en coin. Il est content de lui.
— Tu en as mangé un la semaine dernière, lui rappelé-je en croisant les bras devant moi.
— Ouais, mais c'était celui d'eomma * !
Je ricane à l'utilisation du coréen. S'il y en a bien un dans cette famille qui ne parle jamais notre langue maternelle, c'est bien lui. Il faut dire qu'il est arrivé jeune en Angleterre, alors même s'il a eu quelques difficultés à l'école, l'apprentissage de l'anglais à l'oral a été plus rapide pour lui.
— Tu n'auras qu'à demander à maman de t'en faire un, lui dis-je en coréen.
Je retire mon tablier que je jette sur une chaise. Je récupère à mon tour une bouteille d'eau et tout en m'appuyant sur le mur, en bois presque la moitié d'un seul coup.
— Je croyais qu'il n'y avait que les gays qui s'habillaient en rose, me fait remarquer Dae en pointant ma chemisette.
— J'aime cette couleur...
— Ouais, mais quand même...
— Je suis peut-être gay moi aussi alors !
— Non impossible ! Pas après ce que j'ai entendu et vu cette après-midi.
Il lève un sourcil, cherchant clairement à me mettre mal à l'aise et il réussit. Mes joues s'enflamment juste à l'idée que mon petit frère ait pu écouter quoi que ce soit. J'ai beau être l'aîné, il n'y a aucun doute avec le fait que je sois le moins expérimenté de nous deux. Le plus prude aussi. Je me racle la gorge.
— N'est-ce pas Kwang Sun ? insiste-t-il.
Je me redresse légèrement pour tenter de retrouver un minimum de dignité et lui affirme, sûr de moi :
— Tu ne sais pas tout sur moi, Dae Hyun !
Je déteste ces étiquettes. Ces termes qu'il faut absolument mettre sur tout. Ces préjugés que nous devons supporter. Et malgré ce qu'on pourrait imaginer, Dae est le premier à apprécier en appliquer à tout. J'ai toujours pensé que ça le rassurait de savoir à quoi s'attendre de chaque personne qui l'entourait.
Alors que mon frère reste sur son perchoir, silencieux, je m'attelle à installer la table. Du coin de l'œil, je l'aperçois baisser la tête et se passer une main dans les cheveux avant de prendre son portable dans une poche de jean. Il me paraît soudain triste et un peu perdu. Je soupire et tout en disposant nos baguettes, lui propose gentiment :
— Tu peux inviter Ady, si tu veux.
Son visage se relève brusquement et ses yeux me lancent des éclairs, me faisant grimacer.
— Qu'est-ce que j'ai encore dit ?
— Parfois, tu devrais juste te la fermer, crache-t-il en descendant du meuble.
— Quoi ? Tu...
— Ou mieux, tout le temps, assène-t-il sèchement.
Je balance la dernière paire de baguettes que j'avais en main sur la table et me tourne complètement vers lui.
— Mais tu vas te calmer !
J'entends qu'une porte s'ouvre, le bruit de clés qu'on laisse tomber sur le guéridon de l'entrée et même des chuchotements, mais je n'y fais pas attention. Dae se rapproche de moi et bien qu'il soit plus petit que moi, j'ai l'impression qu'il ne rêve que d'une chose, me coller son poing dans la figure.
— Je t'ai juste dit d'inviter ton mec, je ne vois pas ce...
— J'ai rompu. C'est plus mon mec !
Sur ces mots, il pose ses paumes sur mon poitrail et me pousse de toutes ses forces. Je me rattrape difficilement au dossier d'une chaise et à la poignée du frigo pour ne pas tomber en arrière tandis que mon frère s'enfuit à l'étage. Les visages confus de mes parents apparaissent alors dans l'ouverture. Ils m'interrogent du regard, mais tout ce que je peux faire, c'est hausser les épaules parce que je suis aussi perdu qu'eux.
Dae a quitté Ady ? Mais pourquoi ?
Mais au-delà de ça, je sens que si ce qu'il vient d'asséner est vrai – et Dae a des défauts, mais pas celui de mentir sur des trucs pareils – ça va remettre beaucoup de choses en question sur la suite de notre vie. Ce n'est pas pour me plaire.
* Eomma : terme coréen pour appeler sa maman
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