35

Aliona

Une auberge se dresse devant nous, elle est atypique et surtout magnifique. Je referme la portière tandis qu'Alex se place derrière moi et m'entoure de ses bras rassurants. Ses lèvres glissent dans mon cou et je ne peux réprimer le frisson qui parcourt mon corps à ce contact.

— J'espère que ça va te plaire, murmure-t-il à mon oreille.

— J'aime déjà l'extérieur.

— Viens, nous prendrons nos bagages plus tard.

Je saisis la main qu'il me tend, puis je le suis jusqu'à l'intérieur. La décoration est douce et chaleureuse. Une cheminée trône au milieu d'un grand salon, les flammes dansent dans l'âtre et réchauffent l'atmosphère. Une table en bois et des chaises sont entreposées de chaque côté et un immense canapé longe les fenêtres qui donnent sur la montagne recouverte de neige. J'adore cet endroit.

Une femme d'une cinquantaine d'années vient à notre rencontre, un large sourire aux lèvres.

— Bonjour, jeunes gens.

Nous lui répondons en cœurs. Alex lui demande s'il reste encore une chambre de disponible pour deux nuits et par chance c'est le cas. La cinquantenaire nous conduit jusqu'à celle-ci, elle est simple et cela nous convient. Je jette un œil par la fenêtre qui donne sur la plaine enneigée, je suis rarement allée à la montagne avec mes parents, peut-être trois ou quatre fois, j'en ai que très peu de souvenirs. Je souris lorsque j'aperçois un petit lapin gambader sur le manteau blanc. Je vais me plaire ici, j'en suis certaine, et puis Alex est à mes côtés, alors que demander de plus.

— Elle te convient cette chambre ? murmure Alex en m'enlaçant.

— Oui, elle est parfaite.

— Je vous laisse vous installer, propose la femme.

— Merci, réponds-je en la gratifiant d'un large sourire.

La porte à peine fermée, Alex me fait pivoter vers lui et s'empare de ma bouche avec avidité et ferveur. Il me débarrasse de mon manteau avec rapidité puis le jette sur le lit, avant de glisser sa main sous mon pull. Je gémis contre ses lèvres quand celle-ci atteint mon sein qu'il presse entre ses doigts. Son bassin vient se coller au mien, et je sens son envie pour moi. Aguicheuse, je m'apprête à poser ma paume sur cette bosse qui déforme son jean, mais Alex saisit mon poignet pour m'en empêcher.

— C'est juste un avant-goût de ce qu'il t'attend plus tard, et une petite vengeance pour m'avoir allumé sur le parking.

Il passe sa langue sur mes lèvres, puis s'éloigne de moi en me laissant pantelante. Un sourire satisfait et taquin illumine son visage, et je me rends compte que plus les jours défilent plus il se laisse aller et s'autorise à lâcher prise.

— Je vais chercher nos sacs et ensuite je t'emmène visiter les alentours.

J'acquiesce alors qu'il disparaît derrière la porte. Je retourne à la contemplation du paysage, et me perds dans celle-ci. C'est magnifique et dépaysant, j'ai besoin de ce changement d'air, de voir autre chose que mon appartement. Sans compter la pression que j'accumule avec mon exposition qui approche à grands pas, peut-être qu'en étant ici, je pourrais terminer l'autre côté du portrait d'Alex. Celui où il sourit franchement, comme dans la voiture tout à l'heure. Il est si beau quand rien ne le tourmente, même si au fond de ses yeux, il a toujours cette lueur de douleur, un jour elle disparaîtra.

Alex revient muni de nos bagages, je vais l'aider en prenant le mien que je dépose sur le lit. Il me tend mes bottes, où l'étiquette de prix est encore dessus. Je les avais achetés pour une semaine au ski avec Lenny, mais au dernier moment nous avions dû annuler, pour soi-disant un dossier de dernière minute. Penser à lui me file la nausée, je secoue la tête et arrache le papier cartonné, avant de les enfiler.

— Prête à partir à l'aventure ? me demande Alex en enfonçant son bonnet.

Je le trouve carrément canon quand il l'a, cela lui va tellement bien.

— Oui, j'ai hâte que tu me fasses découvrir ce petit coin, réponds-je en mettant mon manteau.

Nous sortons de la chambre et rejoignons le hall d'entrée. La femme nous interpelle avant que nous franchissions les portes.

— Vous dînerez ici ce soir ?

Alex me regarde avant de confirmer, je n'ai pas cette habitude que l'on me demande mon avis. Lenny décidait toujours pour deux. Je hoche la tête de haut en bas pour affirmer que je suis d'accord.

— Oui, merci.

— Ce sera tartiflette, ajoute-t-elle.

Mon ventre émet un léger grognement, Alex hausse un sourcil en l'entendant.

— C'est parfait, confirmé-je.

Nous saluons la propriétaire des lieux, puis une fois dehors, nous prenons un chemin enneigé.

— Tu penses pouvoir tenir deux kilomètres avant de remplir ton estomac ?

— Oui, je devrais y arriver, répliqué-je en saisissant la main chaude d'Alex.

Nous marchons en silence en observant le paysage, c'est calme, reposant et surtout apaisant. Je fais le vide, je ne pense plus à rien. Je profite de sa compagnie et je me rends compte que je suis bien plus amoureuse de lui que je ne l'imaginais. Je devrais lui dire tout ce que je ressens à son égard, tout ce qu'il m'apporte rien que par sa présence. Il n'est pas parfait, mais il est tout en douceur et ça me suffit, je ne le changerai pas et je ne veux surtout pas le faire, juste qu'il oublie ses addictions, mais chaque chose en son temps. Un jour, il s'en débarrassera, j'en suis persuadée.

Sous nos yeux se dessinent des bâtisses typiques de la montagne, plusieurs petits chalets en bois longent la rue où quelques passants marchent d'une boutique à une autre. Mes yeux sont partout, on se croirait dans un autre monde, c'est le dépaysement total ici.

— J'avais dans l'idée de déjeuner dans ce restaurant.

Ils font de très bons plats et ensuite, si tu en as envie, on pourrait monter en haut de la montagne avec le téléphérique et la redescendre à pied au travers des sapins.

— Ce programme me plaît bien. Je vais avoir des courbatures ce soir, mais je m'en moque.

— Je m'occuperai de toi, ne t'en fais pas.

Alex susurre ces mots aux creux de mon oreille avant de déposer ses lèvres sur la joue. Nous entrons dans l'établissement, un serveur nous accueille, puis nous installe à une table près de la fenêtre. Il nous donne les menus, et s'éclipse après avoir mis une carafe d'eau. Je lis la carte avec attention, tous me font envie.

— Heureusement que je n'ai pas cette peur de grossir. Je crois que je viens de prendre cinq kilos juste en découvrant les plats.

— Tu les perdras avant la fin du week-end. J'espère que tu ne t'attends pas à un séjour tranquille devant un feu de cheminée ?

— Pas du tout, je m'ennuierais, bien au contraire.

— Alors, c'est parfait et cela me confirme ce que je pense déjà de toi, ajoute-t-il sans me quitter des yeux.

— C'est-à-dire ? l'interrogé-je curieuse.

Alex n'a pas le temps de répondre, le serveur arrive pour prendre nos commandes. Je ne résiste pas à une truffade, c'est bien gras et calorique. Quant à l'homme qui partage une partie de mon quotidien, opte pour une assiette de charcuterie accompagnée de pommes terre au fromage. Une fois seul, je fixe Alex avec insistance, je veux savoir ce qu'il pense de moi.

— J'ai bouton sur le nez ?

— Non, j'attends que tu m'éclaircisses sur ma personnalité.

Son regard dévie en direction de la fenêtre, il contemple le paysage quelques secondes, puis il revient à moi. Il se penche légèrement au-dessus de la table, je fais de même. Il me dévore des yeux, mon cœur bat à tout rompre dans ma poitrine, sans doute dû à l'impatience de la révélation ou peut-être à cette façon qu'il a de me dévisager avec tendresse.

— Tu es de ces jeunes femmes qui ne vivent pas si elles ne font rien. Tu es une artiste et pour alimenter ton imagination, tu dois découvrir de nouveaux lieux pour t'inspirer. Ce qui t'entoure est essentiel et joue sur ton moral. Ici, je suis certain que tu trouveras de quoi créer des œuvres inédites.

Je reste sans voix face à son analyse, je ne m'attendais pas à ce qu'il me perce à jour en si peu de temps. Je me contente de hocher la tête pour affirmer ses dires, puis une fois nos assiettes devant nous, nous mangeons tout en discutant de choses et d'autres. En revanche, rien qui ne pourrait gâcher ce moment, je refuse d'aborder un quelconque sujet qui risquerait de le renfermer. Nous sommes loin de notre quotidien, nous sommes ici pour changer d'air, et profiter de nous et j'ai bien l'intention d'abuser de sa présence auprès de moi.

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