34
Alex
Aliona s'écarte de moi. Elle me fixe tandis que mon regard fuit le sien comme toujours quand je refuse d'aborder un sujet. Rien que de penser que je vais devoir, un jour ou l'autre, lui révéler mon passé me file la nausée. Elle me quittera sans aucun doute, c'est même une certitude. Alors, je retarde ce moment autant que je le peux. Ses paumes encadrent mon visage avec douceur, un sourire timide se dessine sur ses lèvres.
— Et si on partait quelques jours, juste toi et moi, loin de tout ?
Sa proposition est alléchante, je fais un calcul rapide de mes comptes et je grimace intérieurement en constatant qu'ils ne sont pas florissants et ça n'ira pas en s'arrangeant. Aliona attend une réponse de ma part, quelque part je crève d'envie de quitter la ville quelque temps. Changer d'air ne me ferait pas de mal et à elle aussi, après ce qu'elle a subi avec son ex, elle en a autant besoin que moi.
— Tu as une idée du lieu ?
— Non, souffle-t-elle en faisant la moue.
— Moi, oui.
La jeune femme me regarde avec curiosité, et cette petite lueur qui brille dans ses pupilles me confirme que ce tête-à-tête est le bienvenu.
— Prépare des fringues chaudes, je t'emmène à la montagne.
J'entoure sa taille et me lève du canapé en la tenant dans mes bras. Je l'embrasse furtivement, puis la fais glisser contre mon corps pour qu'elle retrouve le sol.
— Dis-moi que ton bolide tiendra deux cents bornes ?
— Tu es mécanicien au cas où, réplique-t-elle amusée.
— C'est vrai, alors nous pouvons partir en toute sécurité !
— Maintenant ? s'étonne-t-elle.
— Ouais, maintenant, confirmé-je en déposant un baiser furtif sur ses lèvres.
Aliona acquiesce avant de rejoindre sa chambre, je la suis pour enfiler mes vêtements, elle fait de même et nos regards se scrutent avec envie. Nos corps s'appellent même à l'autre bout du lit, je me retiens de ne pas en faire le tour et la plaquer sur le matelas. Je ne suis pas certain de décoller d'ici, si je le fais. Alors, je boucle ma ceinture avant de changer d'avis, Ali passe sa langue sur ses lèvres et je grimpe sur le lit pour la rejoindre et l'embrasser avec avidité. Ses doigts agrippent mon sweat, elle gémit entre mes lèvres et putain, je ne vais pas me contrôler. Je la colle contre le mur, mes doigts glissent sous son pull et en entre contact avec sa peau. Je dois me détacher d'elle, j'aurais ces quelques jours pour profiter d'elle et elle de moi. Je me détache de sa bouche avant de la dévorer.
— Arrête de m'allumer, grogné-je contre sa bouche.
— C'est pas ma faute, tu m'excites, me provoque-t-elle en léchant mes lèvres.
— Toi aussi, je passerai mes journées à te faire l'amour et à te baiser parfois. Un coup vite fait s'est tout aussi bon.
Aliona rougit face à mes mots crus, puis elle s'échappe de mes bras en riant, j'aime la voir ainsi. Je m'assois sur le matelas et la regarde préparer ses affaires. Elle est si innocente et insouciante, j'espère ne jamais lui enlever ça. Elle ferme son sac et se poste devant moi, son visage est radieux et je me félicite d'avoir accepté sa proposition.
— Je suis prête !
— Alors, allons-y. Je dois m'arrêter chez moi prendre quelques vêtements et on part.
Je récupère la boîte contenant les préservatifs sur la table de nuit, puis celle qui me fait planer posée dans le salon et je fourre le tout dans mon sac à dos avant de quitter son appartement pour rejoindre le mien.
Mes affaires casées dans le coffre nous prenons la route après un arrêt à la pompe à essence, Aliona me laisse le loisir de conduire pour mon plus grand plaisir. Je n'ai plus de voiture depuis bien longtemps, mon père ne m'ayant pas laissé la mienne quand je suis parti de sa baraque. Ce n'est pas le moment de penser à lui et de ressasser le passé. Je vais passer un bon moment avec cette jeune femme qui me rend fou et en cet instant c'est tout ce qui compte.
Nous avalons les kilomètres dans une ambiance sereine et paisible. Aliona chante les paroles d'une chanson qui passe à la radio et se dandine sur son siège en même temps.
— Heureusement, que tu as choisi la peinture et pas le chant, la chambré-je.
Elle s'arrête aussitôt et prend un air offusqué.
— Tu insinues que je chante mal ?
— Je ne dirais pas ça.
— Alors quoi ?
— Tu es une massacreuse de chansons.
Je grimace, pour la forme, lorsque son petit poing vient taper mon bras, puis j'éclate de rire en voyant sa tête de chien battu. Voilà, la jeune femme qui m'a fait craquer ce jour-là sur la terrasse de ce café. Belle, naturelle et amusante. Je reporte mon attention sur la route, le silence emplit à nouveau l'habitable.
— J'aime t'entendre rire.
Je tourne la tête vers elle, et tends ma main vers son visage. Elle cale sa joue au creux de ma paume, et j'apprécie cette tendresse qu'il y a entre nous. Je n'ai jamais vraiment connu ça avec une autre. Avec Erika c'était complètement différent, elle n'était pas aussi expressive, elle se cachait sous une tonne de maquillage, elle n'en restait pas moins jolie et attirante. Je l'ai aimée, certes d'une façon totalement différente d'Aliona, mais elle avait une place dans mon cœur. Sentant le trouble prendre possession de moi, je fixe à nouveau mon attention sur la route sans pour autant rompre le contact avec Aliona. Je cale ma main sur sa cuisse, et elle entrelace nos doigts ensemble. Ce simple geste, aussi anodin pour certain, est important pour moi. Il me rassure et me prouve que je ne suis pas de passage dans sa vie. Du moins, je me force à y croire et que tout ce qui se créer entre nous ne se brisera pas en quelques secondes. Je n'en ai pas envie.
Je fais une halte sur une aire de repos, il nous reste une petite heure de route, mais j'ai besoin de fumer une clope et Aliona se tortillait sur le siège passager et ce n'était pas pour danser. À peine la voiture garée, la jeune femme court à l'intérieur du magasin pour soulager sa vessie. Je prends appui sur le véhicule et je m'allume une clope, mon téléphone vibre dans la poche de mon blouson, j'extirpe celui-ci et découvre un message de Cole qui se demande où je suis. Je lui réponds brièvement afin de le rassurer et qu'il n'ameute pas tout le quartier pour signaler ma disparition. Un emoji avec un clin d'œil apparait sur mon écran, je secoue la tête en souriant. J'aime bien ce mec, il n'est pas mauvais, bien au contraire. Sa vie est encore plus misérable que la mienne, lui n'a plus de famille, personne à qui se raccrocher. Ses seules échappatoires ce sont la drogue et les filles.
Un gobelet se matérialise devant moi et me sort de mes pensées. Je range mon portable et me saisis de celui-ci.
— Merci.
— Tu sais conduire sur la neige ? m'interroge Aliona.
— Aussi bien que tu chantes.
Son visage se décompose et je me retiens de rire, bon sang en l'espace de même pas deux heures, je n'ai jamais autant souri.
— On est mal alors.
— Je te le fais pas dire, la taquiné-je en buvant une gorgée du liquide noir.
Elle pivote et reprend la direction du magasin sans un mot, je chope son poignet et la ramène vers moi.
— Tu vas où ?
— Acheter des chaînes, j'ai pas envie de finir au fond d'un ravin.
— Ali, je plaisantais. Je maitrise très bien la conduite sur la neige. Inutile de dépenser de l'argent pour rien, d'une part parce que là où je t'emmène la route sera dégagée et de deux nous n'en aurons pas besoin une fois sur place. D'autres moyens s'offrent à nous pour bouger.
— Tu ne veux toujours pas me dévoiler le lieu ?
— Non !
Aliona glisse sa main fraîche sous mon pull, et je frissonne à ce touché tant le contraste est saisissant. Elle se met ensuite sur la pointe des pieds et s'empare de ma bouche avec une douceur à me rendre dingue. Sa langue glisse sur mes lèvres, puis rejoint la mienne dans une danse langoureuse. Aussitôt ma queue frémit dans mon jean, mon café et ma clope dans une main, j'encercle sa taille de l'autre. Je la colle contre moi jusqu'à ce qu'elle sente l'effet qu'elle me fait juste en m'embrassant. Elle se détache et son regard brille de cette lueur d'envie.
— Si tu t'amuses à ça, je te jure que j'en ai rien à foutre que tu attrapes froid et je te chope sur le capot de ta bagnole.
Elle se mord la lèvre, d'envie ou d'appréhension, je n'en sais rien, mais je m'amuse de la voir ainsi désarçonnée. Elle retourne dans la voiture, me laissant comme un con au milieu du parking avec une érection du diable. J'écrase ma clope dans un cendrier et balance mon gobelet dans la poubelle après l'avoir vidé d'une traite, puis je rejoins mon allumeuse qui cache bien son petit jeu.
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