33

Alex

Aliona s'est assoupie sur moi, je n'ose pas la réveiller, alors je tire le plaid posé sur le haut du canapé pour nous couvrir. Je n'arrive pas à m'apaiser et repense à sa demande. J'en rêve de la sentir autour de moi sans ce latex qui nous sépare, j'en crève d'envie même. La sensation est décuplée, tout comme le plaisir. Rien que d'y penser, ma queue se réveille naturellement. Ce n'est pas comme si je venais de prendre mon pied, mais avec elle c'est tellement bon, je m'épuiserais à lui faire l'amour encore et encore. Cependant, une simple prise de sang me rappelle ce que je suis. Un drogué qui ne consomme pas que de l'herbe. Je sais que je ne suis pas porteur d'une quelconque maladie pour avoir effectué une analyse après le drame. Et puis, j'ai toujours pris mes précautions, hormis une fois avec elle, une seule et unique fois qui à suffit à tout changer et à m'enfoncer encore plus dans l'obscurité de ma sombre vie.

Mes doigts tracent des cercles sur la peau douce d'Aliona, je ferme les yeux et me cale sur sa respiration. Mes pensées m'assaillent trop pour trouver la paix, j'aimerai tant que ma vie soit plus simple. La conversation avec Aliona résonne dans ma tête.

— Je fais des études pour devenir dentiste, comme mon père.

— Pourquoi tu ne les reprendrais pas ?

Ça me plairait, et sans doute que cela m'aiderait à remonter la pente. Seul problème, je n'ai pas les tunes pour retourner sur les bancs de la fac. Inutile de me coller cette idée dans le crâne, c'est une perte de temps. Aliona me sort de mes pensées quand son bassin bouge sur mes hanches. Elle relève la tête vers moi, son air endormi me fait sourire.

— Je suis fatiguée, marmonne-t-elle.

— Oui, on va se caler dans ton lit ?

Elle hoche la tête, puis se redresse. Sa poitrine nue n'échappe pas à mon regard, avant qu'elle se sauve, je glisse ma paume entre ses seins. Elle frémit à mon touché, je lui intime de rejoindre la chambre, puis je chope la boîte qui contient les préservatifs. Je la rejoins après avoir caché ma semi-érection dans mon boxer. Une fois allongé sur le matelas, elle me tourne le dos et je la prends dans mes bras. Je ne peux m'empêcher de caresser sa poitrine, j'ai envie d'elle, encore, et à en croire son petit cul qui se frotte sur ma queue, elle aussi. Je m'éloigne et ne perds pas de temps pour enfiler à nouveau ce morceau de latex. Je me positionne derrière elle et la pénètre lentement, tandis que ses doigts se resserrent sur les miens. L'extase encore une fois.

***

Mes paupières se soulèvent doucement, je plisse les yeux pour m'habituer à la lumière du jour. Allongé sur le ventre, je tourne ma tête de l'autre côté du lit, la place est vide. Je m'étire avant de me lever, je récupère mon boxer au sol et l'enfile. Je frotte mon visage encore endormi tout en rejoignant le salon. Aliona est installée debout devant un chevalet, une simple chemise recouverte de taches de couleurs recouvre son corps. Le pinceau qu'elle tient dans sa main s'agite sur la toile. Des nuances vives recouvrent celle-ci dans des gestes précis, mais qui restent pour moi un vrai mystère.

J'approche doucement vers la jolie brune, puis j'entoure mon bras autour de sa taille et je dépose un baiser dans son cou. Elle se laisse aller contre mon torse, puis relève la tête afin que je puisse déposer un baiser sur ses lèvres.

— Tu as bien dormi, demandé-je.

— Oui, je me sens mieux.

— Tu pourras m'expliquer un jour ?

Je désigne sa peinture de l'index, Aliona se tourne vers moi en penchant son visage sur le côté.

— Pour en comprendre le sens, tu dois laisser parler ton cœur.

Sa paume appuie sur mon torse, là où se trouve cet organe qui bat et me maintient en vie.

— Chacun l'interprète à sa façon, dis-moi ce que tu vois ?

Je lève les yeux vers la toile. La seule chose que je perçois, ce sont des traits de couleurs qui se mélangent les uns aux autres. C'est confus pour moi ce genre de chose, alors je dirais qu'au vu des tons, ça représente le bien être, mais je ne suis certain de rien.

— Le bonheur, hésité-je.

Je baisse la tête vers Aliona, un sourire étire ses lèvres. J'ai dû bien répondre à en croire son visage qui s'illumine. Elle se met sur la pointe des pieds et dépose un léger baiser sur ma bouche.

— Je te laisse terminer. Tu veux un chocolat ?

— Non, j'ai déjà pris mon petit déjeuner.

J'embrasse sa tempe, puis la laisse à son tableau. J'ouvre plusieurs placards avant de trouver une tasse. Je bâille en regardant le liquide noir couler dans le récipient. Je dois me bouger le cul et trouver un nouveau job. Un autre garage se trouve à la sortie de la ville, mon ancien patron m'a conseillé d'aller le voir. Seul problème, m'y rendre à pied tous les jours ne m'enchante pas le moins du monde, surtout les jours de pluie. Je soupire fortement, décidément, le monde s'acharne contre moi.

Je bois une gorgée de mon café tout en matant celle qui me fait oublier toute cette misère. Depuis, qu'elle est entrée dans ma vie, je me sens plus léger, même si les démons du passé continuent de me ronger. J'avance doucement jusqu'à ce que je me casse la gueule, quand elle saura le mal que j'ai fait. Je dois lui dire, lui parler avant que son ex s'en charge. Ce mec ne m'inspire pas confiance, et je suis certain qu'il serait capable de lui révéler ce qu'il sait.

Mes mains se mettent à trembler, c'est dingue dès que mes pensées s'égarent vers le passé, le manque arrive. Mon corps associe ma douleur intérieure à cette merde qui me l'a fait oublier. Un peu honteux et mal à l'aise, je m'installe sur le canapé, mais lorsque mes yeux se posent sur la petite table, ma boîte noire contenant toute ma came a disparu. Je suis certain de l'avoir laissée là avant d'aller dans le pieu avec Ali. Je passe nerveusement mes mains dans mes cheveux, des sueurs froides me font frissonner et je sens mon café remonter le long de mon œsophage.

— Ali, l'appelé-je d'une voix tremblante.

Elle se tourne vers moi tout en souriant, mais celui-ci disparaît quand elle me voit. Je sais à quoi je dois ressembler. Blanc comme la neige, des cernes noirs sous mes yeux, et des gouttes de sueur luisant sur mon front.

— Alex, qu'est-ce qui ne va pas ?

— Où...

Mes dents claquent entre elles, je suis incapable de parler. Putain, je n'arriverai jamais à m'en sortir, même si je le veux au plus profond de moi. Cependant, je ne le veux pas, alors je ne lutte pas contre ce manque qui va me rendre dingue dans quelques secondes. Je ne veux pas qu'elle subisse ce moment dévastateur, je me contrôle mal dans ces moments-là. Surtout quand je n'ai rien de toxique dans le corps depuis plus de douze heures.

Aliona s'agite sous mes yeux, j'ai dû mal à suivre ses mouvements. Ils sont trop rapides, trop désordonnés, un vertige s'empare de moi. Je vais vomir, ou tomber dans les pommes. L'un dans l'autre rien de bien glorieux. Je voudrais me lever, courir sous la douche pour me réchauffer, mais je suis incapable de bouger le moindre de mes membres, je suis spectateur de mon corps que je ne contrôle plus.

— Tiens.

Les mains chaudes d'Aliona s'emparent des miennes, elle y glisse ce qui va me libérer. Je reprends mes esprits, referme mes doigts autour de mon sésame, mon précieux. Sans cette putain de boîte, je ne suis rien en fin de compte. Juste un pantin à la merci de cette dope.

La voix de la jeune femme résonne dans mes oreilles, je l'entends vaguement. Je ne suis pas encore revenu à la réalité. Difficilement, j'ouvre le contenant et j'en sors tout ce dont j'ai besoin pour soulager ce mal qui me bouffe. Mes gestes ne sont pas aussi assurés que d'ordinaire, je mets un temps fou à réaliser mon joint, mais je finis par y arriver. J'allume celui-ci et aussitôt tout mon être se détend lorsque j'aspire la première bouffée. C'est comme une délivrance.

Je me laisse tomber contre le canapé en fermant les yeux. Le coussin à mes côtés s'affaisse, Aliona vient de s'installer près de moi. Sa tête repose sur mon épaule, sa main glisse sur mon ventre en une douce caresse. Je me tourne vers elle, mes paupières s'ouvrent et mon cœur éclate en mille morceaux quand je vois ses joues baignées de larmes. Je lâche mon pétard dans le cendrier posé sur l'accoudoir.

J'attrape ses hanches et la bascule sur mes genoux, elle enfouit son visage dans mon cou. Je ne suis bon qu'à la faire souffrir, je devrais arrêter ce carnage avant qu'il ne soit trop tard. Elle relève légèrement la tête, ses lèvres effleurent mon oreille.

— Tu te fais du mal, Alex. Parle-moi, dis-moi pourquoi tu te détruis un peu plus chaque jour. Qu'est-ce qui te ronge ? Partage ta douleur avec moi, s'il te plaît.

— Je ne sais pas comment m'y prendre sans te perdre, avoué-je.

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