20
Aliona
Le reflet que me renvoie le miroir ne me satisfait pas, je me sens honteuse de m'être laissée aller avec Alex pour ensuite le repousser et finir par lui proposer d'être comme cette fille qu'il fréquente. Je ne suis pas ce genre là et l'idée de devoir le partager avec une autre ne plaît pas non plus, je suis tellement perdue que je n'arrive plus à me raisonner sur ce que je souhaite vraiment.
Je suis rentrée chez moi pour me préparer, Alex a été clair sur ma tenue, pas de vêtements provocant ou extravagant. Un simple pantalon et un haut tout ce qu'il y a de plus banal, et je suis encore à me demander si c'est une bonne idée de l'accompagner. Mais je veux connaître l'envers du décor, le voir dans son monde au risque de m'y perdre. De toute façon, je ne suis que l'ombre de moi-même depuis une semaine, je me force à sourire, à manger et à dormir. Je me convaincs que je suis capable de faire face à ma rupture avec Lenny, mais j'en suis incapable. Pas encore.
Des coups frappés à ma porte me sortent de mes pensées, je me dirige vers celle-ci sans entrain. Alex se trouve derrière, je le laisse entrer et je ne peux m'empêcher de le dévisager. Ses pupilles indiquent qu'il est sous l'emprise de ce qu'il fume pour s'évader. Un pincement au cœur se fait ressentir, j'aimerais tellement l'aider.
— Tu es prête ? demande-t-il d'une voix tendue.
— Oui, j'enfile mon manteau et nous pouvons y aller.
Il hoche la tête et tandis que je m'éloigne de lui, il reste planté dans l'entrée sans bouger ni parler. J'enfile un blouson que j'ai retrouvé au fin fond de mon placard, afin d'éviter de passer pour la petite bourge qui détonne dans son environnement. Je ne sais pas à quoi m'attendre en allant là-bas et je sens que je vais le regretter amèrement, mais j'ai besoin de savoir. J'attrape les clés de ma voiture, comme convenu avec Alex, si toutefois je décide de rentrer avant lui. Pour sa part, il m'a dit qu'il se débrouillerait pour retourner chez lui, qu'il avait l'habitude.
Nous quittons mon appartement et traversons le parking, où se trouve mon véhicule, avec autant de conversation qu'un poisson rouge. J'ouvre ma portière et m'engouffre dans l'habitacle, alors qu'il s'assoit côté passager.
Durant le trajet, les seuls mots qui sortent de sa bouche sont pour m'indiquer la direction. Une boule d'angoisse obstrue ma gorge tant je suis stressée. Il me fait garer sur le bord du trottoir, je coupe le contact et mes mains se crispent sur le volant, je ferme les yeux. J'ai l'impression d'aller au bagne, pourtant, je sais qu'Alex sera près de moi. Je lève la tête, non vers lui, mais vers cette maison immense où la lumière jaillit par les fenêtres et où la musique résonne. De l'extérieur, on pourrait penser à une simple fête, mais je sais que ce ne n'est pas le cas.
— Tu peux toujours faire demi-tour.
Je me tourne vers lui, ce que reflètent ses yeux pourrait me faire changer d'avis et ce n'en est pas loin. Ses sourcils froncés et son air nonchalant devraient m'en convaincre, pourtant je suis déterminée à franchir le pas de cette porte.
— Non.
Alors, il descend de la voiture et je fais de même. Je reste en retrait, le cœur battant. Il jette un œil par-dessus son épaule pour vérifier que je suis toujours là. Et lorsque je m'arrête dans l'allée, il me rejoint d'un pas rapide.
— Je ne te force à rien, Aliona.
— Je sais.
Sa froideur me fait mal, aucun geste tendre depuis que j'ai fait l'erreur de lui céder plus tôt dans la journée, pourtant tout avait bien commencé. Je respire un bon coup et le suis jusqu'à l'entrée. Il ne prend pas la peine de frapper et pénètre dans la demeure comme si c'était chez lui. Un nuage de fumée vient aussitôt agresser mes narines, et la musique est assourdissante. Alors que je pensais que nous serions plus nombreux, je suis surprise de voir que le salon doit compter à peine une vingtaine de personnes. Certains sont assis sur le canapé, alors que d'autres s'enfilent des verres d'un liquide translucide appuyés sur le bar qui sépare la cuisine du reste de la pièce.
Un blond s'approche de lui en souriant, il lui tend la main et Alex lui serre en hochant la tête. Puis il porte son attention sur moi, en prenant le temps de me détailler avec attention. Ce qui me met quelque peu mal à l'aise.
— Alors c'est elle ? demande-t-il comme si je n'étais pas là.
— Aliona voici Cole, mon pote.
— Salut, dis-je en levant une main timide vers lui.
Sans que je m'y attende, il enveloppe son bras autour de mes épaules et m'entraîne avec lui au milieu des autres. Je tourne la tête vers Alex qui reste de marbre, puis il rejoint un groupe près du bar.
— Je vais te présenter aux autres, m'annonce Cole.
— D'accord.
Le fameux Cole débite des noms que je ne retiendrai sans doute pas, hormis celui du propriétaire des lieux, Liam, qui me sourit franchement en me voyant et me propose un verre que je ne refuse pas, par simple politesse. Je suis si stressée et mal à l'aise que je ne suis pas certaine d'en boire une goutte sans que mon estomac le régurgite.
— Tu veux fumer ? me demande Cole.
— Euh... Je ne sais pas.
— Viens avec moi, je vais te préparer un truc tout doux.
Je le suis jusqu'à une table, et mes pieds s'ancrent au sol lorsque je vois qui est assise à celle-ci. La rousse, le plan cul régulier d'Alex. Bien sûr qu'elle est là, elle doit faire partie du réseau d'amis. Elle ne me prête pas attention, son regard est dirigé vers Alex et une pointe de jalousie s'immisce en moi. La jeune femme recule sa chaise et part en direction du bar. Arrivée à la hauteur de l'objet convoité, elle pose une main sur son épaule. Il se tourne et un sourire apparaît sur son visage, le premier depuis que nous sommes partis. La rousse lui chuchote quelque chose à l'oreille, alors qu'Alex hoche la tête.
— Tiens ma jolie, c'est sobre. Juste assez pour te mettre bien.
Voyant que je ne réagis pas, Cole se plante devant moi et suit mon regard.
— Alex ne t'a pas parlé de Clémentine, on dirait.
— Si, il m'a dit qui elle était, réponds-je en saisissant le joint.
— Fume, ça va te détendre, m'encourage-t-il.
La première taffe passe difficilement, mais les suivantes beaucoup moins. La soirée continue sur sa lancée, pétard, alcool et quelques trucs à grignoter. Je discute, assise sur le canapé, avec Liam qui me colle un troisième joint entre les mains que je ne refuse pas. Étrangement, je me sens bien, portée par une sorte de légèreté et ma poitrine ne me fait plus aussi mal qu'à mon arrivée. Alex m'a totalement délaissé préférant sans doute m'éviter et me faire culpabiliser d'être ici. Liam claque ses doigts devant moi, et je reviens à lui. Il me parle de son entreprise de paysagiste et je l'écoute avec attention, il est intéressant et parfois il sort quelques anecdotes marrantes. Alors que je ris à gorge déployée à l'une d'elles, une main saisit la mienne. Surprise, je suis tentée de l'écarter, mais je découvre Alex, le regard totalement vide, il jette un œil à son ami qui lui répond par un clin d'œil. Alex tire sur mon bras pour que je me lève, une fois à sa hauteur, il me regarde attentivement.
— Est-ce que ça va ? demande-t-il.
— Oui, super ! dis-je enjouée.
La rousse arrive derrière Alex et passe ses bras autour de sa taille. La musique a baissé en volume depuis plusieurs minutes, le brouhaha est omniprésent, mais pas assourdissant. Clémentine se penche à l'oreille d'Alex et je peux clairement entendre ce qu'elle lui dit.
— On y va...
— J'arrive, répond-il sans me lâcher du regard.
Mes doigts se resserrent autour de ceux d'Alex. La rousse s'éloigne alors que le mécanicien rompt le contact et la rejoint dans les escaliers qui mènent à l'étage.
Je reste quelques minutes, debout le regard dans le vide, Liam m'indique qu'il revient dans quelques minutes. Je hoche la tête tout en examinant les marches et mes pieds me guident vers ceux-ci. Je monte lentement, le cœur battant avec la peur de découvrir Alex et cette fille dans une posture qui ne me conviendrait pas. Pourtant, je n'ai pas le droit de lui en vouloir si tel est le cas, nous ne sommes rien comme il me l'a dit plus tôt. Je foule le sol du couloir, plusieurs portes sont fermées et j'hésite à les ouvrir pour assouvir ma curiosité.
Mais ce besoin de savoir est bien trop présent, alors je pose une main tremblante sur la poignée de la première porte et je reste interdite devant ce qui s'offre à moi. Liam et Cole sont assis sur une banquette en face d'une petite table, le premier sniffe une poudre blanche et se laisse tomber sur le dossier en s'essuyant le nez. Je pousse un peu plus le battant et tourne la tête de l'autre côté de la pièce. Clémentine est assise sur les genoux d'Alex qui la tient par taille, puis comme s'il avait détecté ma présence, ses yeux noisette se plantent dans les miens. Il n'éjecte pas la fille qui pose ses lèvres dans son cou, non, il la laisse faire sans jamais me lâcher du regard.
Je recule de quelques pas, ses sourcils se froncent et je disparais de son champ de vision. Je dévale les escaliers précipitamment. Ma poitrine se comprime, les joints n'ont plus aucun effet sur moi. J'ai mal alors que je ne devrais pas, j'ai ce sentiment d'être trahie. Je ne comprends plus rien, tout s'embrouille dans ma tête. Alex qui m'embrasse, qui me dévoile ce qu'il désire avec moi, nos corps s'unissant et maintenant il est dans les bras de cette rousse.
Arrivée dehors, je me précipite vers ma voiture, après plusieurs tentatives, je réussis enfin à ouvrir la portière. Je monte en vitesse et tourne la clé de contact, mais cette saleté ne démarre pas. Je tape sur le volant, je hurle toute cette douleur enfouie depuis bien trop longtemps, je me déchire les amygdales parce que ce mec que je ne veux pas, en a une autre sur ses genoux. Je me maudis, me déteste pour ce que je lui ai dit et pour ce qu'il me fait ressentir.
Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top