17

Alex

Mes paupières s'ouvrent difficilement, mes muscles me font un mal de chien et mon canapé n'est définitivement pas fait pour dormir dessus. Je grimace en me relevant et attrape mon paquet de clopes sur la table basse, je m'apprête à en allumer une quand mon regard tombe sur le manteau d'Aliona. Après notre discussion de cette nuit, je l'ai reconduite dans ma chambre, je fais sans doute une énorme erreur en l'autorisant à être ici, à entrer dans mon espace ; or égoïstement, je m'en moque. Je l'ai assez repoussée en tentant de lui faire comprendre que je serais mauvais pour elle, elle ne veut en faire qu'à sa tête, alors soit, elle verra de ses propres yeux qu'il est impossible d'effacer le passé et encore moins de me guérir de mes blessures.

La flamme de mon briquet jaillit et brûle la cigarette entre mes lèvres, la première taffe a toujours ce goût particulier qui apaise le manque de nicotine de la nuit. Je souffle la fumée droit devant moi en fermant les yeux quelques secondes, puis un léger raclement de gorge me sort de mes pensées. Aliona se trouve debout derrière la table basse, mon regard glisse sur elle et je souris en voyant qu'elle a piqué un de mes t-shirts qui lui arrive mi-cuisses.

— Bien dormi ? lui demandé-je.

— Oui par contre, je meurs de soif.

Je pensais à tort qu'une gêne se serait installée entre nous suite à notre discussion, mais elle n'a pas l'air perturbée, du moins elle ne laisse rien paraître.

— Jus d'orange ?

J'écrase mon mégot et me lève alors qu'elle acquiesce. Aliona me suit jusqu'à la cuisine où je sors deux verres et la brique de jus d'orange. Je pousse le sien vers elle. Elle se jette dessus et le boit d'une traite.

— Merci.

— Si tu en veux un autre, ne te gêne pas. Je file prendre une douche et ensuite...

Je ne termine pas ma phrase, ensuite quoi ? Je la ramène chez elle ? Mon téléphone me sauve presque la mise en se manifestant, c'est Cole et je prends l'appel sans tarder.

— Ouais ?

— Il y a un truc chez Liam ce soir, tu es OK ?

— Question idiote mec, répliqué-je.

— Super !

Il raccroche sans que j'aie le temps de lui répondre. Ce mec est une vraie pile électrique sauf quand il est défoncé. Je secoue la tête et reporte mon attention sur Aliona, elle me fixe et son regard me trouble, puis ses dents martyrisent sa lèvre et je me retiens de ne pas lui sauter dessus.

— Tu fais un truc ce soir ? la questionné-je.

— Non, Cathy est partie chez ses parents ce week-end.

— Je t'emmène avec moi, alors ?

— Où ça ?

— Dans mon monde.

Je m'éclipse en direction de la salle de bain. Elle veut me connaître, ce soir elle risque de ne pas être déçue. Les soirées chez Liam sont loin d'être chastes et innocentes, l'alcool, la drogue et le sexe sont souvent de mises. Sa baraque est si grande que les chambres se transforment en baisodrome. Je glisse sous l'eau tiède et prends le temps de me laver, et faire le vide dans ma tête.

Ne pas commettre la même erreur, me répété-je.

Le passé n'est jamais loin, je le sens et il est encore plus présent à cet instant. J'ai ce sentiment de le revivre, comme un film qu'on remet au début. Et je ne peux empêcher les images de défiler, impossible de mettre sur pause.

Mon corps vibre contre le sien, elle danse, rit et m'embrasse comme si c'était la dernière fois. Ses pupilles dilatées par ce qu'elle vient de consommer montrent clairement qu'elle est défoncée. Plus le temps passe, plus elle s'enfonce, mais je ne fais rien pour l'arrêter. Elle gère comme elle me le dit souvent et naïvement, je la crois. Je me voile la face, mais vu mon état, je ne suis pas en mesure de réfléchir ni de m'opposer à ces décisions. Elle veut me sortir de l'enfer dans lequel je sombre, mais lequel de nous deux est à sauver ?

Des coups frappés à la porte me font sursauter, la brume se dissipe aussitôt et la bile remonte le long de ma gorge. Je ne dois pas repenser à ça, pas maintenant.

— Alex ?

Je coupe l'eau et enroule une serviette autour de ma taille avant d'ouvrir, Aliona me détaille sans vergogne. Son regard s'ancre au mien et je suis certain qu'elle y voit tout mon mal être, alors je remets mon masque et reprends une expression neutre.

— Je... Tu étais long, je pensais que...

— Je ne me suis pas noyé, c'est impossible dans une douche.

Elle secoue la tête en souriant. J'aime la voir ainsi naturelle et joyeuse.

— Tu as des serviettes propres dans le placard.

— Merci, mais je prendrais une douche chez moi.

— Comme tu voudras.

— Tu veux bien me raccompagner ?

— Bien sûr.

Aliona n'a pas ouvert la bouche depuis que nous avons quitté mon appartement, elle est ailleurs, loin de tout ce qui l'entoure. À plusieurs reprises, je la vois jeter des coups d'œil nerveux autour d'elle et je n'en comprends pas la signification, puis lorsque nous passons devant le café, un voile de tristesse envahit ses traits si doux. Alors, je sais ce qu'elle cherche, son ex, et sa me brise de savoir qu'elle pense à lui alors que je suis à ses côtés. Mais, je ne peux pas lui en vouloir, sa rupture est encore trop fraiche et les blessures bien présentes, après tout, il l'a trahie.

— Tu as déjà fait du patin à glace ?

Elle relève la tête vers moi et affiche une grimace.

— Non, jamais. Lenny...

Sa voix s'enroue lorsqu'elle prononce son prénom, alors que de mon côté mon corps s'embrase d'une jalousie que je tente de contrôler. Nous arrivons chez elle, je suis à la fois curieux et stressé de voir son lieu de vie. Lorsqu'elle pousse la porte, une odeur sucrée envahit mes narines, la même que sa peau. Elle m'invite à la suivre, j'observe la grande pièce qui doit bien faire deux fois mon salon et je réalise le gouffre qui nous sépare. Nous ne sommes pas, ou plutôt, je ne suis plus du même monde qu'elle.

— Installe-toi, je n'en ai pas pour longtemps.

Aliona disparaît dans un long couloir, je fais le tour des lieux et constate que la déco est sobre, mais féminine, je souris en apercevant une plante verte qui manque cruellement d'eau. Je me dirige alors vers la cuisine et fouille dans les placards avant de trouver un verre que je remplis d'eau pour le verser dans le pot de fleurs.

— Je ne suis pas très douée avec la nature.

Je me tourne vers elle alors qu'elle s'essuie les cheveux avec une serviette. Elle a passé un jean et un pull en laine blanc, ce qui fait ressortir ses yeux bleu saphir.

— Un peu d'eau de temps en temps leur suffit pourtant.

— Oui, mais de toute façon elle va finir à la poubelle. C'est... Enfin, il me l'avait offerte pour égayer mon salon.

Je ne relève pas sa phrase, et retourne poser le verre dans l'évier. Elle me sourit timidement avant de repartir, sans son autorisation, je la suis jusque dans la salle de bain. Elle applique un léger maquillage en masquant ses cernes.

— Tu sais patiner toi ? me questionne Aliona.

— Oui, j'ai pratiqué le hockey quand j'étais ado.

— Oh vraiment ?

La surprise sur son visage me met mal à l'aise. Pense-t-elle que je suis un pauvre mec raté ? Quelque part, si ses pensées sont ainsi, elle n'a pas totalement tort, ma vie est devenue un enfer.

— Ma mère m'a forcée à faire de la danse, mais j'étais tellement mauvaise qu'elle a abandonné l'idée au bout de six mois. Je me sentais mieux avec des crayons et des pinceaux entre les doigts, me confie-t-elle.

— Quand as-tu commencé à dessiner ? m'intéressé-je.

— Je me suis vraiment penchée sur le dessin à quinze ans. Mes parents n'arrêtaient pas de se disputer pour un oui ou pour un non, c'était une échappatoire. Une façon à moi de retranscrire un mal être et je ne me suis jamais arrêtée, même après leur divorce.

Un sourire forcé se forme sur son visage. Je m'approche d'elle quand je perçois que ses yeux se brouillent de larmes. D'une main tremblante, elle dépose son mascara sur la tablette au-dessus du lavabo et reste figée face au miroir. D'un geste tendre, je lui saisis la taille et la fais pivoter vers moi. J'entoure mes bras autour de son corps et un sanglot s'échappe de sa gorge. Je pose ma tête sur le dessus de la sienne et je la laisse se libérer de sa douleur. Je ne sais pas si elle pleure à cause de ses parents ou de son ex, mais, peu importe, je tente comme je peux de l'apaiser.

Aliona s'écarte doucement, je ne la retiens pas. De mes pouces, j'essuie ses joues avec douceur, puis lentement je glisse jusqu'à sa lèvre inférieure.

— Embrasse-moi, Alex.

Une douce chaleur traverse ma poitrine à sa demande. Je n'hésite pas longtemps et accepte sa requête. Un soupir sort de sa bouche lorsque la mienne se pose sur la sienne, puis comme les deux fois où cela est arrivé, je perds le contrôle. Je la dévore avec avidité, je veux me perdre en elle. Ce que je ressens est si puissant que c'en est douloureux. Lorsqu'elle gémit en accentuant son baiser, j'imagine qu'elle apprécie autant que moi. Ses mains se glissent sous mon blouson que je n'ai pas pris la peine de retirer. Je brûle de l'intérieur, je la veux tellement que tout mon corps est crispé à l'extrême. Cette envie d'elle, j'en suis certain ne sera jamais rassasiée. C'est elle qui rompt notre échange, son souffle est aussi rapide que le mien. Je ne déchiffre pas son regard à ce moment-là et la peur de la perdre à nouveau m'envahit. Alors, je m'éloigne avant de recommencer. Elle n'est pas prête pour une nouvelle histoire et je sais que je suis là uniquement pour panser ses blessures. C'est malsain, mais je l'accepte, juste pour l'avoir près de moi. 

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