Chapitre 10
La tête toujours posée sur ces cuisses, je les enroule de mes bras et lui tiens fortement la jambe comme une bouée de sauvetage. Je ne voulais pas me noyer dans ces souvenirs plus que perturbants.
Prenant mon courage entre deux mains j'entreprends de parler, mais aucun mot ne réussit à franchir le seuil de ma bouche. J'avais l'impression d'avoir des facultés mentales atrophiées. Aspirant une grande bouffée d'air, je me décide à me confier.
— Tu sais Claus, je n'ai pas eu la chance d'avoir une mère aimante et joyeuse comme la tienne. Ma mère était... désolée, en réalité elle est toujours une obsédée de la perfection. Elle a sans cesse couru vers l'excellence et elle chérissait l'idée que je sois sa copie conforme. Mais malheureusement, je suis le portrait craché de mon défunt père. Je me souviens encore de ces réprimandes. « Alexandra ne mange pas cela ou tu risques d'être grosse, abstient toi de parler en présence d'adultes, car ton avis n'intéresse personne. Reste à ta place et évite de détourner ton père de ces objectifs. Tu passes en second lieu pour moi Alexandra, d'abord mon boulot et ensuite toi »...
Tout ce que j'entreprenais était une catastrophe à ces yeux et aujourd'hui même l'homme que j'ai choisi ne lui convient pas. Ma mère est une personne stricte qui peut en venir aux mains seulement pour imposer ces règles...
Fermant les yeux fortement, je me sens projeté violemment dans un monde qui n'est plus le mien.
« Je saignais encore un peu, le goût salé dans ma bouche me donna un haut-le-cœur. Mais cela ne me stoppe pas dans ma course. Mon corps se meut sans que je ne puisse le contrôler. J'avais à mes trousses ma mère et mon père. L'un désire me sauver et l'autre veut absolument que je comprenne une erreur qui n'en ait pas une selon moi. Épuisé, le souffle court et les poumons se compressant, je décide de freiner un instant. Malencontreusement, je fus saisi par ma génitrice.
— Je t'avais pourtant interdit de te goinfrer comme une araignée ! Sais-tu qu'une araignée ingurgite entre 400 et 800 millions de tonnes d'insectes par an, soit plus que les humains ne consomment de viande et de poisson ? Non ! Et cela simplement parce que tu n'es qu'une bonne à rien Alexandra. Maintenant que la fermeture éclair de ta robe neuve est coincée comment comptes-tu nous accompagner au gala ?! Tu ne fais aucun effort pour être assez jolie et intelligente. Je regrette sérieusement de t'avoir...
— Ça suffit maintenant Andréa, gronde mon père en courant dans notre direction.
Elle lève la main et d'instinct je détourne la tête, cache mon visage de mes bras pour me protéger. J'attendais impatiemment ces coups, mais rien ne s'abat sur moi. Me languissant de peur j'entrouvre les yeux et tombe nez à nez avec mon père. Ma mère avait disparu. J'étire mon cou de gauche à droite afin de ne pas avoir de mauvaise surprise. Une fois sûr d'être seul avec mon géniteur, je m'écroule dans ses bras et fonds en larme.
Je lui demande à plusieurs reprises pourquoi maman est ainsi, mais lui préfère se cloîtrer dans son silence. Me voyant grelotter sous la brise matinale, il me soulève de terre et moi telle une princesse je me retiens à son col en posant ma tête sur son épaule. Il me porte jusqu'à ma chambre et part chercher la trousse de secours. Assise sur le lit, le regard vide, mille et une questions insensées l'une des autres me traverse l'esprit. Lorsque mon géniteur fléchit les genoux devant moi et qu'il commence à appliquer son coton imbibé d'alcool sur ma lèvre endolorie, je fonds en larme.
— Pourquoi papa ? Pourquoi doit-elle se comporter ainsi ? Depuis mon enfance, je fais face à sa violence en ton absence et en ta présence sous ton silence. J'ai l'impression d'être une progéniture non désirable...
— Ne redis plus jamais une telle absurdité. Tu es la meilleure chose qui me soit arrivée, Alex. Si je ne prends pas parti et que je reste muet, c'est pour te protéger. Mon intervention peut faire croître les sévices de ta mère à ton égard. Ne lui en veux pas, ma chérie. Elle t'aime énormément, mais son défaut est qu'elle ne sait pas comment te le faire voir. Ne pense surtout pas qu'elle te déteste, car elle... »
— Alex... qu'est-ce qui t'arrive ? murmure Claus laconiquement.
Cette voix triste et emplie d'inquiétude me sort de mon moment d'égarement. Soupirant, je redresse ma tête et scelle mes yeux aux siennes. Ces prunelles réconfortent mon cœur et me donnent le courage de tout lui raconter.
— Ma mère est toxique et je l'ai toujours su, mais mon père ne voulait pas que je la haïsse. Il avait une explication plausible au comportement de ma mère. Il la ramenait constamment à la raison. Ma génitrice m'a longtemps reproché de ne pas faire d'effort pour être suffisamment mince, jolie ou intelligente. Lorsque je la dérangeais pendant son boulot pour un quelconque problème qui me concerne, elle m'insulte de tous les noms. Elle est même capable de m'humilier pour un verre d'eau renversé en présence de ces invités. Elle a beaucoup exercé un contrôle maladif sur moi. Je l'ai toujours su, mais je ne pouvais pas la détester, car malgré son mauvais côté elle est ma mère avant tout. Avec elle, rien ne va jamais ! lâché-je avec un sourire neurasthénique.
— Dès l'adolescence, mon poids était au cœur de tous les problèmes : j'étais trop grosse pour qu'elle m'achète des vêtements, trop grosse pour avoir des amis fréquentables, trop grosse pour qu'un garçon s'intéresse à moi ! Alors que je faisais 60 kilogrammes. Elle n'a jamais supporté la complicité que j'ai avec mon père. Elle était si jalouse et paranoïaque qu'elle a quand même insinué à maintes reprises que j'essayais de séduire mon propre père, me remémoré-je sous le regard choqué de Claus. Si je dois te conter chaque humiliation que j'ai subie, tu finiras par détester ma mère et ce n'est pas ce que je veux. Tu sais, elle peut être douce, il suffit de savoir l'apprivoiser...
— Tu rigoles j'espère ? Cette lèvre déchirée et cet hématome sont une preuve de sa douceur n'est-ce pas ? Alex, tu nous as toujours dépeint un portrait parfait de ta mère. Je ne m'attendais pas à une vérité si cruelle !
— Malgré tout ce que j'ai vécu j'ai l'obligation en tant qu'unique enfant de prendre soin d'elle. En la voyant, j'ai réalisé que j'avais une seconde chance pour montrer à ma mère à quel point je l'aime. Je ne peux pas...
— Désolé Alex, mais cette femme ne mettra jamais plus les pieds...
D'un bond, je me remets sur pied et pose mes doigts contre sa bouche pour l'empêcher de terminer sa phrase.
Exhalant un soupir désespéré, il m'attire à lui et m'oblige à m'assoir sur ces genoux.
— Je ne veux pas voir cette femme roder autour de nous Alex.
— Je le sais et je te comprends, mais je ne peux pas l'empêcher de me voir Claus. Je peux la rencontrer hors d'ici, lui rendre visite chez elle sans jamais qu'elle te confronte de nouveau ! Mais je ne peux pas l'abandonner une deuxième fois, ça serait lâche de ma part. Je n'ai plus mon père et elle n'a plus son mari, je me dois de l'épauler, tu...
— Je te comprends, mais est-ce que ta mère en a envie ? Si elle te demande de faire un choix entre elle et nous que feras-tu ? Si elle redevient violente envers toi, que feras-tu ? Ni moi, ni Caleb, ni Julia ne serons présents pour intervenir. Tu seras seule en face d'elle ! Tu comprends ça ? L'hôpital l'a peut-être fait sortir en disant qu'elle va bien, mais personnellement je crois que son kidnapping l'a troublée. Ta mère est psychologiquement instable. Elle a besoin d'aide !
— Je sais Claus, mais elle a plus besoin d'un membre de sa famille pour la soutenir. Je te promets que je réussirai à la convaincre de suivre une thérapie.
La tête tournée sur le côté, il respire un grand coup et finit par capituler devant mon entêtement. Un sourire en coin se dessine sur mon visage, et je crochète son menton pour capturer son regard. Impromptu, je pose mes lèvres sur les siennes. La légèreté du baiser me pousse à oublier la douleur que je ressens.
Claus glisse son bras autour de ma taille et me ceinture. Plus rien n'a d'importance pour nous, seul le baiser que nous partageons nous enivre entièrement. La douceur de ces lèvres brume mes pensées et me trouble. Je voulais plus qu'un baiser, mais malheureusement Claus met fin à ce moment magique.
Le front joint au sien, nos souffles s'entrechoquent et réchauffent les parcelles de notre épiderme. Omerta totale. Seuls les tambourins de nos cœurs ambiances l'atmosphère qui nous entoure. C'est ça que l'on appelle la paix. Comme le dit Véronique Rivers « aimer, c'est entendre les silences de l'autre, ce souffle léger, ces petites perles invisibles cachées au creux des lèvres, des mots étouffés blottis dans un regard que seul l'amour sait voir... »
Soupirant, il se lève avec moi dans ces bras et nous fait glisser délicatement sous les draps. Posant quelques baisés dans ma chevelure, il essaie de me bercer.
— Dort Alex, repose-toi un peu cette journée à très mal commencé et elle n'a pas encore tiré ça révérence. Profite de cet instant de répit pour te remettre les idées en place, chuchote-t-il en me serrant fortement contre son torse.
Je hume son arôme et me laisse transporter sur notre cumulus de tranquillité. La paix intérieure que j'éprouve en ce moment est comparable à celle que tu ressens en pleine prairie. C'est lui et moi contre tous et cela restera ainsi pour l'infini. Ma mère c'est mon affaire, ma famille vient avant elle, mais une partie de moi sera toujours accrochée à elle. C'est sur ces dernières pensées que mes yeux abandonnent la bataille contre Hypnos.
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J'espère vraiment que ce chapitre Vous plaira 😘😍merciii à vous de me suivre 😍😍
Désolé pour les fautes j'ai relu le texte tellement de fois que je le connais par coeur 😂😂
Dite moi ce que vous pensez réellement de cette fin ? 😘😘😘😘
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