18.


18.

10 novembre, Hannam-dong, Séoul

— Tout est en ordre. Et tu as joint ton identifiant KakaoPay pour recevoir le montant aussi.

Yeongi sortait d'une séance de rééducation épuisante quand, près de la porte du local, il surprit Chung en train de parler au téléphone. Sans trop savoir pourquoi, le chanteur se pressa contre le mur et il tendit l'oreille sans divulguer sa présence. Il avait une drôle de sensation au creux de l'estomac. À qui son agent pouvait-il bien parler ? C'était sans doute une affaire de contrat, probablement rien d'important, mais il fut incapable de s'empêcher d'écouter la suite de la conversation.

— C'est parfait. Dans ce cas, le virement va partir cet après-midi. Merci beaucoup, Min-ho.

Min-ho.

Le cœur de Yeongi s'arrêta.

Est-ce que c'était sa médication qui le rendait aussi paranoïaque ? Pourtant, il était certain d'avoir bien entendu. Chung avait fait exprès de passer ce coup de fil pendant qu'il le croyait encore à son rendez-vous. D'habitude, son agent ne se gênait pas pour parler au téléphone devant lui.

Pourquoi Chung parlait à Min-ho ? Il avait mentionné un virement... pourquoi ? Il n'y comprenait rien. Est-ce qu'ils se connaissaient ? Depuis quand ? Il avait prévenu Chung... Il lui avait dit que Min-ho ne faisait pas partie de leur univers ! Rapidement – sans doute trop rapidement – le cerveau du chanteur s'activa, tourna et assembla les pièces du puzzle.

C'était vrai... Chung n'avait pas paru si énervé après sa découverte de leur correspondance. Yeongi aurait pensé qu'il serait beaucoup plus en colère et qu'il n'accepterait pas qu'il continue de lui écrire, mais à la place, ils avaient conclu le pacte du silence.

C'était Chung qui lui avait apporté la toute première lettre de Min-ho. Oui, il y en avait eu d'autres avec elle, mais celle de Min-ho se distinguait... De toute façon, ça n'avait aucune importance. Peut-être que les auteurs des lettres étaient tous dans le coup ou qu'ils n'étaient qu'une seule et même personne... ou peut-être que son agent avait découvert depuis beaucoup plus longtemps son échange de courrier avec le jeune homme.

Et si c'était le cas...

Peut-être... peut-être que Chung payait Min-ho depuis le début pour entretenir cette correspondance. Autrement, pourquoi seraient-ils en train de parler d'argent ? En y repensant, il prit conscience qu'il n'avait reçu aucune lettre du jeune homme en réponse à celle qu'il lui avait envoyée deux semaines plus tôt au moins. Il s'était dit que le garçon était sûrement très occupé avec ses examens et ses travaux, mais... c'était peut-être aussi parce qu'il n'avait pas encore reçu son paiement. Ou peut-être qu'il discutait du supplément qu'il allait recevoir pour le rencontrer en personne ? Perdre un après-midi à faire de stupides pâtisseries avec un chanteur dépressif... qui voudrait faire ça de toute façon, hein ? Yeongi avait l'impression de s'être fait poignarder dans le dos. Lui qui était si excité à l'idée de son rendez-vous avec Min-ho qui devait avoir lieu cinq jours plus tard, il n'avait plus du tout envie d'y aller à présent. À quoi bon s'y rendre si Min-ho avait été payé depuis le début ?

Tout faisait sens désormais.

Pourquoi quiconque prendrait le temps de lire et de répondre à ses lettres remplies de choses déprimantes sans être payé pour le faire... ?

Yeongi posa la main sur son cœur en se laissant glisser contre le mur. Il se sentait... trahi. Il avait fait confiance à Min-ho. Il lui avait confié des choses intimes et personnelles. Mais il s'était trompé... Depuis tout ce temps, son correspondant était payé par Chung. Tout cela avait été manigancé dans son dos.

Ses mains tremblaient et ses yeux brûlaient.

— Merde..., murmura-t-il.

Une larme coula le long de sa joue, puis une deuxième.

Il se sentait idiot, tellement stupide d'avoir cru un instant qu'une personne pouvait s'intéresser à lui pour autre chose que la célébrité ou l'argent. On s'était joué de lui. On l'avait manipulé dans le seul but que son état s'améliore et qu'il retrouve l'envie de monter sur scène. Tout compte fait, ça n'avait rien de nouveau... l'agence contrôlait sa vie, alors était-ce vraiment surprenant ? Depuis le départ, il était un pantin entre leurs mains. Rien de plus.

D'un seul coup, c'était comme si toute sa motivation s'était envolée. Le fragile château de cartes qu'il s'efforçait d'assembler et de faire tenir en équilibre depuis des semaines venait de brutalement s'effondrer.

Il n'avait plus envie de se relever.


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