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10 novembre, Hannam-dong, Séoul

Après avoir passé plusieurs semaines à ne rien faire (littéralement), Yeongi avait presque oublié à quel point les entraînements étaient difficiles. Comment avait-il fait pour survivre aux dix heures d'entraînement journalier pendant dix ans ? Le chanteur voyait à peine le soleil et le bleu du ciel. Il se levait aux aurores et quand, tard le soir, il sortait du studio, le ciel s'était déjà obscurci. Mais le plus frustrant était qu'il avait l'impression de n'accomplir aucun progrès dans sa rééducation. Malgré les nombreuses heures passées avec la kinésithérapeute, il ressentait toujours une douleur à la jambe dès qu'il s'agissait de faire des mouvements nécessitant une plus grande flexibilité, essentiels en danse. Il avait aussi ces migraines persistantes, directement liées à la commotion cérébrale, qui pouvaient le prendre à n'importe quelle heure du jour, menaçant de le rendre fou. Il se gavait d'aspirine en espérant qu'elles disparaissent.

Il cachait cette douleur à tout le monde, réprimant des grimaces quand son tibia ou sa tête le faisait souffrir, puisqu'il avait rapidement compris que s'il se plaignait, on ne le laisserait jamais remonter sur scène. Or, il avait réussi à convaincre son entourage des progrès de son état, autant physique que mental, et les billets pour une nouvelle série de spectacles avaient été mis en vente. Tout le monde, dont les fans, se réjouissait de son retour sur scène et, selon les dires de Chung, les tickets s'étaient arrachés en quelques dizaines de minutes sur les billetteries en ligne. Ce n'était donc pas le moment de faire défaut à l'agence. On comptait sur lui et il n'allait pas les décevoir.

Pour être honnête, quand le psychiatre lui avait prescrit des antidépresseurs et des anxiolytiques, il était persuadé de pouvoir s'en dispenser. Il avait repoussé cette éventualité le plus possible, mais à force d'enchaîner les journées intensives d'entraînement en studio et confronté à la lenteur, voire l'absence de progrès chez la kiné, ainsi que la pression de performer et d'être au top pour les dates de spectacle à venir s'il n'avait pas accepté de prendre les antidépresseurs, Yeongi était certain qu'il aurait fini par craquer. La découverte de sa correspondance par Chung ayant entraîné un bris de son intimité (son agent insistait à présent pour vérifier tout le courrier qu'il recevait), ne l'avait en rien aidé à mieux aller. Alors, il avait dû suivre son traitement pour réussir à tenir debout.

— J'aurais dû être plus vigilant... J'ai la clef de ta boîte aux lettres, c'est moi qui vais vérifier le courrier à partir d'aujourd'hui, avait dit Chung quelques jours après la découverte, on ne sait jamais ce que tu pourrais recevoir après tout et si ton adresse a été diffusée... L'agence m'a demandé de garder l'œil ouvert.

Et bien sûr, Yeongi n'était pas en mesure de s'y opposer même si cette atteinte à sa vie privée lui était insupportable. Ce ne serait hélas pas la première fois que l'agence s'introduisait dans son intimité. À vrai dire, ça avait toujours été comme ça et, à force, il était devenu fataliste. KO Entertainment gérait tout, de son alimentation à ses fréquentations en passant par son emploi du temps. Mais cette fois, sans qu'il parvienne exactement à mettre le doigt sur la raison pour laquelle il se sentait ainsi, cet abus de pouvoir le touchait davantage. Non seulement on surveillait le courrier qu'il pouvait recevoir de Min-ho, mais ses journées étaient tellement chargées qu'il ne trouvait plus le temps de lui écrire ! Un jour, Chung en avait même rajouté une couche en disant :

— Tu sais, les docteurs déconseillent que tu passes de longs moments à écrire à cause de la commotion, tu devrais prendre une pause.

Qu'allait penser son correspondant ? Il allait probablement songer que Yeongi s'était désintéressé, alors que ce n'était pas du tout le cas. Cette situation le rendait fou.

Par chance, son traitement lui permettait de tenir le coup. Au final, il ne regrettait pas sa décision. Les anxiolytiques avaient des effets plus directs que les antidépresseurs. On l'avait prévenu : les antidépresseurs prendraient de deux à six semaines avant de faire correctement effet, mais ce n'était pas assez rapide au goût de Yeongi. Quand il sentait qu'il allait perdre les pédales et le contact avec la réalité, il recherchait un soulagement immédiat. Bien que ce ne fut pas conseillé, quand ça n'allait vraiment pas, il augmentait sa dose d'anxiolytiques pour être en mesure de tenir jusqu'au soir.

Le seul point positif dans tout cela, c'étaitque les médicaments avaient remplacé la cigarette. Armé de quelques patchs denicotine, il ne fumait presque plus. Il n'en avait plus que rarement l'occasionde toute façon. Il passait sa vie au studio et n'était jamais seul. Il nepouvait fumer devant qui que ce soit puisque c'était interdit par la politiquede l'agence en plus d'être mal vu par les fans. Enfin, ce n'était pas bon pourson cardio et il avait besoin de toute la capacité pulmonaire à sa dispositionpour enchaîner les entraînements éprouvants. Quand il rentrait à sonappartement, il se couchait sans demander son reste, trop épuisé pour fairequoi que ce soit d'autre.


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