14.


14.

24 octobre, Hannam-dong, Séoul

Yeongi avait réussi à convaincre Chung et l'agence qu'il était prêt à remonter sur scène. Il avait menti et prétendu que sa santé autant mentale que physique était au point, qu'il ne ressentait plus aucune douleur et que ses pensées n'étaient plus aussi sombres. Ce n'était pas vrai. Pourtant, depuis qu'il avait repris les entraînements et commencé la rééducation, son humeur s'était améliorée. Pour de vrai cette fois. Ça lui faisait du bien de sortir de chez lui et de reprendre toutes les activités qu'il pratiquait sur une base régulière avant l'accident. Il n'avait plus le temps de penser ni de se morfondre. Son emploi du temps débordait et l'agence avait recommencé à s'occuper de chacun des aspects de sa vie. Il passait à nouveau beaucoup de temps avec Chung et, forcé de remarquer ses nets progrès, il avait été décidé de de fixer de nouvelles dates de spectacle pour remplacer ce qui avait dû être annulé suite à sa chute.

Dans un premier temps, Yeongi avait été trop morose pour répondre à Min-ho, mais quand il s'était senti redevenir lui-même, il avait écrit un court message. Songeant que les mots ne suffiraient pas à remercier son correspondant, il s'était dit qu'un rendez-vous en chair et en os ferait sans doute très plaisir à Min-ho. Il avait fixé leur rencontre pour dans quelques semaines, durant un de ses seuls jours de repos, juste avant les premières dates de show. Il avait eu le sentiment d'être un adolescent inexpérimenté face à son premier amour en attendant la réponse de l'étudiant. Et s'il déclinait l'invitation ? Il essayait de ne pas trop penser à cette éventualité.

En tenant la lettre qui contenait la réponse tant espérée entre ses mains, Yeongi pouvait presque sentir son cœur battre dans chacun de ses dix doigts. Elle était arrivée vite, plus vite que les précédentes. Il prit une grande inspiration avant de l'ouvrir.

Smoke Hyung,

Ça me ferait vraiment plaisir de vous rencontrer ! Je serai présent le 15 novembre sans faute. Et je vais m'entraîner à préparer les meilleurs Hodu Gwaja possibles ! C'est la pâtisserie idéale pour l'automne.

Tout de suite, Yeongi sentit la pression quitter ses épaules. Il laissa le bonheur l'envahir, un grand sourire plaqué sur le visage. Il ne se souvenait pas de la dernière fois où il avait souri de cette façon, un vrai sourire qui ne soit ni forcé pour les caméras ni pour les docteurs ou l'agence. À bien y réfléchir, peut-être la fois où il s'était arrêté à la pâtisserie pour acheter des gâteaux au riz.

Au même moment, il sursauta quand la porte de son appartement s'ouvrit sur Chung. Il n'eut pas le temps de cacher la lettre ni de masquer son sourire. L'homme avait tout vu.

— Qu'est-ce que tu lis ? Pourquoi tu souris comme ça ? l'interrogea Chung avec une curiosité sincère.

Merde... Trop tard pour se défiler. Ce n'était pas la première fois que son agent débarquait à l'improviste chez lui (après tout, il avait la clef), mais Yeongi ne s'attendait pas à le voir à cette heure.

— Ah... rien, rien, juste un truc perso.

Curieux – et sans le croire –, Chung s'approcha et lui arracha la lettre des mains.

— Allez, montre-moi ce que c'est !

L'agent parcourut la lettre des yeux avec un étonnement croissant.

— Tu as rendez-vous ? Qui est ce Min-ho ? Ce n'est pas quelqu'un de ta famille...

— C'est un ami, se défendit-il.

— Tu ne m'en as jamais parlé.

— Je ne te parle pas toujours de tout... c'est une amitié récente. J'ai bien le droit d'avoir un jardin secret, non ?

Chung était méfiant. Il se mit à faire les cent pas, sentant la nervosité le gagner. Cela faisait des mois que Yeongi se cloîtrait chez lui. Le chanteur n'avait pas d'amis à proprement parler, peu de contacts avec sa famille, presque aucun lien avec son frère. Il connaissait le jeune homme depuis qu'il avait quatorze ans. Les seuls amis qu'il avait eus étaient les membres de 5MONSTERS. S'il avait eu un ami du nom de Min-ho, Chung l'aurait su. Il connaissait tout de la vie de Yeongi Park. Il était alors évident que quelque chose clochait dans cette histoire.

— Récente comment ? Depuis combien de temps est-ce que tu échanges des lettres avec cette personne ? Sais-tu seulement qui elle est ?

— Quelques mois. C'est un étudiant en art.

Chung était sur le point d'exploser. Il n'arrivait pas à croire que cette situation ait pu se dérouler juste sous son nez durant tout ce temps !

— Mais qu'est-ce que tu as dans le crâne, bon sang ?! Tu pourrais être en train de parler à un journaliste ou à une personne malintentionnée.

Yeongi fronça les sourcils.

— Ce n'est pas un journaliste et Min-ho est tout sauf malintentionné. C'est toi qui m'as apporté ces lettres de fans. Tu t'en souviens ? C'est toi qui voulais que je les lise pour me remonter le moral après que je suis sorti de l'hôpital.

Chung se pinça l'arête du nez en poussant un soupir.

— C'est un fan, donc ? Tu échanges depuis plusieurs mois avec un fan ?! Qu'est-ce que tu lui as raconté ? Qu'est-ce que tu lui as dit ? Tu es conscient qu'il pourrait tout faire fuiter dans la presse ?!

— Min-ho n'est pas comme ça, s'entêta Yeongi.

Il le défendrait bec et ongles.

— Tu as gardé une trace de vos échanges ? J'ai besoin de tout voir, Yeongi. Tu vas remonter sur scène d'ici quelques semaines. Il faut absolument que cet échange cesse. On peut peut-être encore sauver la situation...

— Il n'y a rien à sauver, Chung ! Je fais confiance à Min-ho. Si je vais mieux, c'est grâce à lui. À personne d'autre.

L'idol fit le tour de son appartement et ouvrit un tiroir de l'un des meubles du salon. Il sortit l'intégralité des lettres que lui avait envoyées son correspondant depuis la toute première. Il déposa la liasse sur la table basse en face du canapé.

— Tout y est, déclara-t-il en croisant les bras, tu peux regarder. Je n'ai rien à cacher.

Bien sûr, il aurait préféré ne pas montrer ces conversations intimes à son agent, mais s'il n'arrivait pas à lui prouver que Min-ho était inoffensif et honnête, Chung le forcerait à interrompre sa correspondance et, ça, il ne le permettrait pas.

— Bon sang, tu as tout gardé... mais pourquoi ?

Chung s'approcha de la table et commença à parcourir les nombreuses lettres des yeux, complètement sous le choc de sa découverte.

— Ces lettres sont précieuses pour moi, répondit-il simplement. J'aurais préféré ne pas avoir à te les montrer, mais je veux que tu comprennes que Min-ho n'est pas dangereux pour ma carrière ou pour l'agence. Je n'arrêterai pas de lui écrire, Chung, ces lettres sont les seules choses qui m'ont empêché de sombrer à un certain moment, les seules choses qui me faisaient sortir de chez moi pour descendre à la boîte aux lettres. Tu ne pourras pas m'empêcher de lui parler.

Son agent soulevait une lettre après l'autre. Il n'avait pas l'air de savoir quoi faire, totalement pris de court par la situation. Après de longues minutes de silence, il finit par secouer la tête. À l'agence, on ne lui avait jamais appris à gérer ce type de crise...

— Cet échange défie le bon sens... Ça aurait pu mal tourner pour tout le monde, Yeongi. Ces lettres... et celles que tu as envoyées en retour – et Dieu seul sait ce que tu as pu mettre dedans – ne doivent jamais être diffusées publiquement. Tu m'entends ? Jamais.

— Je n'ai pas l'intention de les rendre publiques. Cela me mettrait très mal à l'aise... Personne n'était supposé les lire, pas même toi.

Le chanteur n'avait aucune envie de voir sa vie privée exposée au grand jour. Mais il sentait qu'il pouvait faire confiance à Min-ho.

— Si ça devait s'ébruiter, ça ruinerait ta carrière et ta réputation. Tu sembles proche de ce jeune homme, presque intime... les gens pourraient... se faire des idées, tirer des conclusions hâtives. Tu sais comment les rumeurs se propagent.

— Si tu m'empêches de lui écrire ou de le rencontrer, je pense que l'agence va devoir reporter mes dates de spectacle...

Chung le fusilla du regard.

— C'est une menace ?

Yeongi secoua la tête. Il ne pouvait pas se payer le luxe de se mettre son agence à dos. Durant de longues années, il s'était plié au moindre de leurs désirs, les laissant gérer sa carrière et sa vie de la manière dont ils l'entendaient. Il ne demandait pas grand-chose, juste de pouvoir poursuivre une correspondance qui le rendait de meilleure humeur.

— Non, dit-il à voix basse, cela fait des années que je n'ai rien ressenti de similaire à ce que je ressens quand je reçois une lettre de Min-ho. Je ne veux pas renoncer ce sentiment... tu comprends ?

Chung se prit la tête entre les mains et soupira pour la énième fois. Il finit par se redresser et fixa Yeongi.

— Si... si l'agence et moi décidons de tolérer cet échange parce que, en effet, tu me sembles aller mieux grâce à elle, peux-tu me promettre que tu n'en parleras jamais ?

— Je ne dirai rien. Je n'ai presque jamais rien demandé, Chung, accorde-moi au moins ça.

L'agence avait du mal à donner son accord pour des vacances, alors ils pouvaient bien lui laisser ce petit plaisir. Ça ne leur coûterait pas le moindre won.

— C'est bon. Je devrais être en mesure d'arranger quelque chose. Tu es conscient que je ne pourrai pas le cacher à l'agence, hein ?

Chung leur disait toujours tout. Et Yeongi le savait.

— Je n'ai même pas osé penser l'inverse. Je sais que tu couvres tes arrières. Mais s'il te plaît, ne les laisse pas intimider Min-ho... Il n'est pas... il n'est pas comme ça, il ne fait pas partie de ce monde-là. Il ne mérite pas ça.

Yeongi avait parfois eu vent d'histoires semblables, d'histoires où l'agence intimidait les ex-petites amies de ses idols (s'ils en avaient déjà eu) pour éviter qu'elles ne parlent et ne révèlent des détails indiscrets au sujet du chanteur. Parfois, c'était purement de l'intimidation cachée derrière une jolie lettre signée de la main d'un avocat et, d'autres fois, on se contentait d'acheter leur silence.

— Je le leur dirai.

Un frisson parcourut l'échine de Yeongi. La réponse de Chung était loin d'être rassurante.


🎼

Si cette histoire vous plait, pensez à mettre une ⭐ et un commentaire 💬

Vous pouvez aussi venir me suivre sur Instagram et TikTok : dana_blue_pensina

Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top