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21 octobre, Seongbuk-gu, Séoul

Il s'écoula un laps de temps plus important jusqu'à ce que la lettre suivante de Smoke lui parvienne. Min-ho s'était inquiété. Bien sûr, il savait que Smoke demeurait une superstar. Forcément, il devait être très occupé, surtout s'il préparait son retour sur scène. Il n'avait probablement pas trouvé le temps de s'asseoir pour écrire une lettre. Pourtant, une part de l'étudiant ne pouvait s'empêcher de penser que, peut-être, le chanteur s'était lassé de lui. Ce ne serait pas si surprenant. Min-ho ne se considérait lui-même pas comme une personne très intéressante. Au mieux, il était banal. Il était d'un naturel timide et s'étonnait parfois d'avoir des amis si fidèles alors même qu'il n'avait pas l'impression de leur apporter grand-chose. Il ne savait même pas s'il était véritablement doué en art (malgré les compliments répétés de ses pairs et de ses enseignants). Il n'arrivait même pas à peindre le tableau qu'il voulait présenter à l'examen final ! Il s'était préparé à la possibilité de ce silence. Chaque fois qu'il écrivait une lettre de réponse à Smoke, une petite voix lui soufflait que c'était peut-être la dernière fois. Il s'attendait à ce que ça se termine un jour, même s'il serait déçu, et se considérait déjà très chanceux d'avoir pu profiter de cet échange privilégié avec son bias. Et malgré tout, l'espoir ne le quittait pas, telle une braise ardente qu'il était difficile d'étouffer.

Mais comme chaque fois, la lettre de Smoke finit par atteindre sa boîte aux lettres et son cœur se gonfla de joie. Elle était plus courte que la plupart des courriers qu'ils avaient déjà échangés, ce qui confirma l'hypothèse de l'étudiant selon laquelle Smoke n'avait pas une minute à lui.

Cher Min-ho,

Je suis désolé de ne pas t'avoir écrit plus tôt. Mon emploi du temps a été bien chargé ces dernières semaines. J'ai eu l'accord de mes docteurs pour reprendre les entraînements, alors j'ai passé beaucoup de temps dans le studio de danse. J'ai travaillé avec mon chorégraphe pour remuscler ma jambe et changer quelques mouvements de mes danses pour, dans un premier temps, les adapter à ma condition et mettre moins de poids sur mon tibia. Crois-moi, ce n'est pas de tout repos. Mais je viens de recevoir une excellente nouvelle : l'agence a prévu de mettre des tickets en vente pour une nouvelle série de spectacles !

Tes encouragements et tes lettres me suffisent amplement. J'aimerais te remercier pour ton soutien inébranlable des derniers mois. J'adorerais prendre le temps de cuisiner des avec toi. Alors qu'en dis-tu ? Es-tu libre le 15 novembre prochain aux alentours de 13h00 ? J'aimerais te donner rendez-vous. Je connais le propriétaire d'un restaurant qui accepterait de nous prêter sa cuisine. Je joindrai l'adresse au bas de cette lettre.

Merci encore pour tout,

Smoke

PS : j'aimerais beaucoup t'emmener voir la mer un jour

Les yeux de Min-ho devinrent aussi ronds que des soucoupes. Ses mains tremblaient sur le papier. Échanger des lettres avec Smoke, c'était déjà plus incroyable que tout ce qu'il avait pu imaginer auparavant, mais alors... que le chanteur l'invite à le rencontrer... c'était... juste wouah. Il n'y avait aucun mot pour décrire ce qu'il ressentait. Il avait envie de sauter, de hurler, de crier sa joie sur tous les toits. Même si son enthousiasme fut vite accompagné d'une grande vague de stress : qu'est-ce qu'il allait porter ? De quoi allaient-ils parler ? Est-ce que ce serait bizarre ? Et si Smoke était différent de celui qu'il était dans ses lettres ? Ils n'avaient fait que s'écrire jusqu'alors. Ils ne s'étaient même jamais parlé au téléphone. Min-ho se mit à paniquer à la perspective de cette rencontre. C'était quelque chose de parfaitement surréaliste. Aucun autre fan n'avait l'opportunité de rencontrer son bias. Et l'étudiant était terrorisé à l'idée d'ennuyer le chanteur ou de se montrer trop fan. Mais il serait aussi fou de passer à côté de cette occasion extraordinaire à cause de ses incertitudes personnelles, alors bien sûr, il allait accepter. Il n'avait même pas hésité une seconde.

Devait-il le dire à Ji-ha ? Peut-être pas... Ça lui faisait mal de cacher des choses à sa meilleure amie, surtout qu'elle aussi était fan de Smoke, mais Ji-ha avait parfois du mal à garder les secrets. Il avait promis de ne rien dire. L'idol lui avait confié des choses intimes. S'il disait à Ji-ha que Smoke l'avait invité à aller cuisiner dans un restaurant, elle poserait assurément des questions sur la façon dont ils en étaient arrivés là et Min-ho n'aurait pas le cœur de lui mentir. Il valait sans doute mieux se taire.

Il ruminait toujours ces pensées quand il se retrouva dans l'atelier de l'école en fin d'après-midi. Plusieurs fois par semaine, après les cours, l'université ouvrait les ateliers de peinture pour les étudiants souhaitant se perfectionner ou bénéficier de soutien particulier. Il arrivait que les enseignants restent pour superviser les sessions. Puisque Min-ho ignorait encore ce qu'il allait faire pour l'examen, il était assidu concernant ces périodes de perfectionnement.

— Quelque chose vous tracasse, Min-ho, je ne sais pas ce que c'est, mais cela transparaît sur votre toile.

Il manqua de sursauter quand il entendit la voix de son professeur derrière son dos.

— Pardon, Si-Woo kyo-su-nim ...

— Vous nous avez offert un dessin très sombre dans le cours de la dernière fois aussi, mais il y avait quelque chose en plus, une sorte de luminosité qui se dégageait de cette obscurité. En revanche, cette toile est complètement sombre et je ne ressens rien en la regardant. Vous m'aviez habitué à un style plus lumineux.

Si-Woo donnait à la fois le cours de dessin et de peinture. Tandis qu'il lui parlait, l'étudiant essaya de garder un visage neutre même si, à l'intérieur, il se décomposait sous les mots de son professeur. Il se mordit la lèvre en jetant un regard de biais à sa toile. Il ne voulait même pas essayer de se défendre : il savait que son enseignant avait raison. Min-ho baissa la tête.

— Quelque chose me tracasse, avoua-t-il sans développer.

— Alors, assurez-vous que ça ne vous tracasse plus le jour de l'examen.

Il se contenta de hocher la tête, puis quand son professeur s'éloigna, il entreprit de ranger ses affaires : rincer ses pinceaux, ôter son tablier et laver ses mains pour faire partir les taches de peinture jusqu'à ce que ses doigts soient ridés sous l'eau chaude. C'était inutile de s'obstiner davantage ce soir. Cette toile ne pourrait pas être sauvée... Il remettrait une couche de blanc... ou la jetterait la prochaine fois qu'il passerait à l'atelier.


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