16 : Format A4
Cette journée m'a paru interminable, non en fait elle l'a été. Je n'en peux plus de Ching et ses exigences. Il est en train de me foutre en retard sur mes autres dossiers, j'ai d'autres chats à fouetter. Mon père me pousse au cul pour un projet qui nous rapporterait un max et sur lequel je ne peux pas avancer vu que je coincé ici. Et Allyson qui a fait des allusions sexuelles, ou alors c'est moi qui aie les idées mal placées quand elle prononce certain mot, comme pénétrer ou encore humide.
Bref, nous sortons enfin, du bureau du client et longeons le couloir, cette garce tortille son petit cul parfait devant moi et je jure qu'elle va regretter ce déhancher dans quelques secondes. En trois enjambées, j'attrape sa taille et entre dans la première pièce sur ma droite. Elle pousse un petit cri de surprise, alors que je la plaque contre ce qui semble être une photocopieuse.
— Qu'est-ce que tu fais ? râle-t-elle.
— Arrête de m'allumer, tu vas te brûler !
— Oh... Tu commences à perdre le contrôle ? minaude-t-elle.
Oui, complètement même, je suis prêt à la foutre à poil et la choper sur la machine. Ma queue souffre le martyre enfermé dans mon pantalon, et elle va finir par péter ma braguette. Allyson bouge son bassin contre le mien et je ne peux retenir ce grognement qui sort du fond de ma gorge. Sans plus attendre, je m'empare de ses lèvres avec fureur, je ne suis pas un brutal, enfin si ça m'arrive. Mais putain là, elle va me rendre chèvre à défaut du lapin.
— Si tu ne stoppes pas de suite ton petit cinéma, je te prends sur la photocopieuse et j'en ai rien à foutre si ton cul se retrouve sur un format A4.
Elle rit en me défiant du regard. Je n'ai pas prévu notre première fois de cette manière, d'ailleurs je ne l'ai jamais prévu puisqu'elle ne m'intéressait pas au vu de sa couleur de cheveux. Mais maintenant, je veux lui prouver que je suis un homme bien. Elle en doute toujours, alors je ne dois pas déraper et faire le con. En temps normal, je m'en serais moqué. J'ai chopé tellement de femmes dans des endroits improbables, mais je ne veux pas agir ainsi avec elle.
Je suis en train de changer ! Est-ce que c'est grave ?
Peut-être que je devrais consulter un psy, c'est à la mode en ce moment. La porte s'ouvre derrière nous, je tourne la tête et découvre un homme qui nous fixe étrangement, son visage de jeune premier vire au rouge écrevisse.
— Je... pardon... je vais... revenir... bafouille-t-il.
— Inutile, nous avons terminé.
J'attrape la main de Allyson, puis avant de quitter la pièce, je ne peux m'empêcher de lancer une réplique pour le mettre encore plus mal à l'aise.
— La vitre du scan risque d'être un peu humide, désolé, c'est une vraie fontaine, souris-je en lui désignant Allyson.
Son visage se décompose, puis il rive son regard sur la machine tandis que je reçois une tape sur le bras. Je reporte mon attention sur celle qui vient de me flageller, ses yeux me fusillent sur place et moi, je me marre comme un gosse face à sa connerie. Allyson presse le pas en direction du hall, je la rejoins alors qu'elle franchit les portes coulissantes. Une fois dehors, elle se tourne si brutalement que je manque de lui rentrer dedans. Non pas que cela me déplaise, puisque j'ai découvert récemment, l'effet qu'elle me procurait juste en me frôlant. Elle croise ses bras sur sa poitrine, ce qui la fait légèrement remonter, mon regard dévie dessus.
— Riley, gronde-t-elle.
— Oui ?
— Regarde ailleurs !
— Évite de faire remonter tes seins de cette manière dans ce cas.
— Tu es impossible, souffle-t-elle en levant les yeux au ciel.
— Mais tu aimes bien, avoues.
Elle soupire d'exaspération, et je prends ça pour un oui. Nous marchons côte à côte jusqu'à la voiture de location. Je lui ouvre la portière et elle s'engouffre à l'intérieur sans un mot. Je suis peut-être allé un peu trop loin, il n'y avait pourtant rien de méchant. Je démarre le véhicule, puis m'engage sur la route. Je reste silencieux durant tout le trajet, tandis que mon assistante contemple la ville qui défile sous ses yeux.
Arrivé à l'hôtel, je jette les clés au voiturier et cours derrière Allyson qui ne me calcule même pas. Oui, oui, je cours après pour la rattraper et savoir ce qu'elle a. D'ordinaire, j'en aurais rien eu à faire, mais pour une raison que j'ai encore du mal à comprendre, là ce n'est pas le cas. Elle m'a envoûté, je ne vois que ça pour agir de cette manière avec elle.
C'est peut-être un exorciste que devrais aller voir et non un psy.
Je me faufile de justesse dans l'ascenseur et je suis déçu de voir que nous ne sommes pas seuls. Je l'aurais bien plaquée contre l'une des parois, relever sa jupe trop serrée contre ses hanches et glisser mes doigts sous sa culotte ou son string ou... bon sang, si ça se trouve elle est nue, dépourvue de tissu à cet endroit. Rien que d'y penser, mon pantalon ne va pas tarder à se déformer, ah non, en fait il est déjà trop tard. Je cale mes mains devant moi, et me cale dans un coin de la boite métallique. Je jette un œil à mon assistante, qui sourit légèrement en fixant mes paumes jointes. Lorsque les portes s'ouvrent, elle se faufile entre les gens et je fais de même en prenant le soin de les saluer, par pure politesse. Arrivée devant sa porte, Allyson se tourne vers moi et pose son regard sur mon entre-jambes.
— Tu vas prendre une douche froide ? se moque-t-elle.
— Non, je vais me soulager en pensant à toi.
Je fais volte-face et entre dans ma chambre, satisfait de ma petite réplique. Un dernier regard sur mon assistante dont la bouche est légèrement entrouverte, puis je referme la porte derrière moi.
Je déboutonne ma chemise tout en me dirigeant vers la salle de bain. Je croise les doigts pour tout se déroule correctement au restaurant. Une fois nu, je me glisse sous le jet d'eau tiède et ferme les yeux afin de faire le vide de cette journée épuisante et non, je ne m'adonne pas au plaisir solitaire.
***
Mes yeux dévient sur Alysson, alors que nous marchons en direction de l'entrée du restaurant. Je dois avouer que sa tenue n'a rien à voir avec ses jupes strictes et droites, elle aurait aussi pu me faire le coup du short en jean ultra court, mais non, elle a revêtu une jolie robe d'été blanche lui arrivant au-dessus des genoux. Certes, c'est simple, mais je trouve que ça lui va tellement bien, elle est jolie.
— Tu es... ravissante, finis-je par lui dire.
— Tu n'es pas mal non plus, réplique-t-elle en me détaillant de haut en bas.
— Merci.
Nous avons réussi à avoir une micro conversation sans nous rembarrer, c'est un miracle !
Nous pénétrons dans le restaurant, une serveuse se dirige vers nous puis nous conduit jusqu'à notre table qui se trouve en terrasse avec vue sur la mer. Allyson s'installe sur la chaise que je lui tire, puis je prends place face à elle. Les menus nous sont donnés et nous en profitons pour prendre commande de nos apéritifs. Je saisis la carte, alors que j'aperçois Allyson grimacer devant celle-ci.
— Quelque chose ne va pas ?
— Je suis allergique aux crustacés et cela a l'air d'être la spécialité ici.
Confus, je reste comme un con à la dévisager comme si elle venait de me dire que Dieu et la vierge Marie sont installés à la table d'à côté. Je n'ai pas pensé un seul instant à une potentielle intolérance aux petites bêtes de la mer.
— Je vais leur demander s'ils font des pâtes, ou un bon morceau de viande.
Je m'apprête à appeler la serveuse quand un léger sourire nait sur son visage. Elle se fout de moi, bien sûr !
— Ça t'amuse, n'est-ce pas ?
— Si tu avais vu ta tête ! J'aurais dû te prendre en photo.
— Tu es insolente, Allyson.
— Mais tu aimes ça, non ?
— Tu es en manque de répartie pour piquer les miennes ? la taquiné-je.
Elle hausse les épaules. Cette petite blague passée, la jeune femme m'assaille de questions sur ma famille, alors que nous passons commande de nos plats.
— J'avais six ans quand j'ai été adopté. Mes vrais parents étaient militaires, ils sont morts lors d'une attaque aérienne, j'ai très peu de souvenirs d'eux. Le seul qui me reste se trouve dans mon bureau, un tableau qui me suit depuis toujours.
— Celui de l'enfant avec le ballon ?
— Oui, celui-ci, confirmé-je en buvant une gorgée de whisky.
La serveuse dépose le plateau de crustacés au milieu de la table, je la remercie avant qu'elle s'éclipse. Allyson continue de me poser des questions, auxquelles je réponds avec un certain plaisir. Le fait qu'elle s'intéresse à ma vie me plaît bien. Je fais de même avec elle, mais elle me répond par un simple haussement d'épaules.
— J'ai un frère qui sort de l'adolescence. Non, en fait, il y est encore, rectifie-t-elle.
— Quel âge a-t-il ?
— Vingt ans, il est en étude de médecine, mais il ne fout rien au grand dam de mes parents.
— J'étais pareil à son âge.
— Cela n'a rien de rassurant quand on te voit aujourd'hui.
Je ricane, elle aime me tacler et j'aime la taquiner. Si notre relation, enfin si c'en est une, dure, cela promet de bons moments entre nous. Nous ne risquons pas de nous ennuyer. Le reste du repas se passe dans une bonne ambiance, sereine avec parfois quelques petits piques par ci par là. C'est plus de l'amusement qu'autre chose, j'en oublie même ce foutu défi qui n'en est plus un pour moi. Tyler gagnera pour une fois, et cela ne pose aucun problème. Cette femme, assise face à moi, est intelligente, intéressante et charmante, mais aussi chiante et fatigante. Un cocktail que j'aime beaucoup, une personnalité qui me correspond tout à fait.
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