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nek
- Mais t'es débile ou quoi? Je te dis faut brosser en faisant un rond, un ROND
Je me retourne et lui balance la brosse dans la tronche pour exprimer mon mécontentement, elle commence à me gonfler la Cherko.
- C'est pas comme si c'était important, pestais-je
- T'en sais quoi? C'est comme si je te disais comment fallait que tu rappes, zéro rapport abruti
À peine 12h que j'étais là et je me noyais sous ses insultes. Mais elle avait pas tord. Elle était en train de m'apprendre à brosser un poney, une angoisse. Si les gars savaient ça, ils se moqueraient à vie. Je n'avais jamais imaginé à quel point c'était compliqué et long de rendre une telle bestiole propre.
- J'arrive
Je continue de brosser la fameuse Saturne. De ce qu'elle m'a dit, elle allait prendre "l'affreuse jument" de sa sœur et me laisse son "incroyable bébé". Les deux bestioles étaient attachées devant leurs boxs, côte à côte.
Cherko revient rapidement avec deux selles, deux filets, et d'autres trucs toujours en double. Elle met rapidement tout ce qu'il fallait où il fallait et me tend un casque.
- C'est quoi cette horreur ?
- Tu vas pas monter avec une casquette Seine Zoo, alors tu mets une bombe
- La seule bombe que je vois ici c'est toi, je réponds au tac au tac
Elle arque un sourcil avant de me balancer un "Disquette". Elle part un peu plus loin prendre un tabouret et me le met du côté gauche de l'animal. Elle prend soin de régler ce qu'elle m'a dit être une sangle.
- Allé monte
Je soupire, comme si j'avais le choix. Je monte sur la tabouret et enjambe le cheval.
- Putain c'est pas agréable !
Elle rigole et me force à tendre la jambe et règle un étrier et me dit de mettre mon pied dedans puis fait de même de l'autre côté.
Avant de monter à son tour sur la jument blanche de sa sœur, elle caresse la sienne et l'embrasse sur le front.
- T'as vachement gaga
- Tu fais la même avec tes albums j'suis sûre
- Pas faux, d'ailleurs pour me venger compte sur moi pour te forcer à rapper en stud quand tu rentreras à Paname
- J'ai pas envie de te voler la vedette à être meilleure que toi
- Quelle arrogance
- Sans ça tu t'ennuierais, elle me fait un clin d'œil
*
On était au pas tranquillement depuis déjà une demi-heure dans les champs. C'est incroyablement relaxant ce calme et cette nature verdoyante. Je commence même à apprécier le bruit des sabots cliquetant sur le sol.
Je commençais à réapprendre à connaître Cherko. Je me souviens maintenant qu'on se voyait souvent à la bibliothèque, moi pour lire et elle pour fuir sa mère qui ne faisait que l'engueuler.
- J'arrive pas à croire que tu t'es rasée le crâne et fait une teinture juste parce que ta mère t'a dit de ne pas le faire
- Ah gars, je lui en voulais tellement de me forcer à rester sur Paname pour le collège puis le lycée ! J'aurais préféré rester ici, je haïs Paris
- Mais comment c'est possible ? J'ai un amour presque physique pour Paris, c'est ma muse première
Elle me regarde et hausse les épaules. C'est vrai que Paris est une ville merveilleuse où j'ai absolument toute ma vie et tout mon crew. Tout me rappelle toujours à la capitale.
- J'viens de la campagne écoute... tu veux pas qu'on trotte un peu?
Et avant même que je réponde que je n'avais vraiment pas envie, elle se met au trot et Saturne suit gaiement Olympe sans que je lui demande quoique ça soit. J'étais secoué dans tous les sens et ça faisait bien rire Cherko. Elle me donnait plusieurs conseils pour que cette première expérience se passe au mieux.
Après encore une dizaine de minutes à être balancé dans tous les sens, on repasse au pas et on entre calmement dans un petit bois. On s'y enfonce et elle me dit de descendre de sa jument.
- Garde Olympe deux minutes, j'ai envie de taper une pointe
Je ne comprenais rien mais elle monte sur sa jument, règle les étriers et part assez loin au trot. Je la voyais à peine dans le sillon de tous les arbres. Quand elle était assez éloignée à son goût, je ne sais pas ce qu'elle a fait mais son affreuse bestiole est partie au grand galop. Je n'entendais que le sifflement du vent entre les arbres et le bruit des sabots martelant le sol qui se rapprochaient. Elles allaient à une vitesse folle et se retrouvent rapidement à ma hauteur en revenant au trot puis au pas.
- Waouh! Ça fait un bien fou
Elle avait le sourire jusqu'aux oreilles et caresse fortement sa jument avant de descendre.
- Bon on laisse les deux grosses se reposer un peu
Je m'allonge dans l'herbe, profitant du calme et du soleil. On n'entendait que les chevaux qui mangeaient l'herbe avec amour. On reste un moment comme ça, dans le silence coupé par les gazouillis des oiseaux de temps à autre.
- Tu m'as pas dit ce que tu faisais dans la vie ? je finis par demander
- Je suis ingénieure chimiste spécialisée dans les matériaux renouvelables dans une entreprise sur Paris, Saint Gobain
- Ah ouais, madame est ingé
Je suis assez impressionné surtout qu'on venait d'un lycée éclaté.
- Et fière ! Je te dis pas comment j'ai sué pour l'être
- Comment ça ?
Elle ne répond pas tout de suite mais me dit de remonter à cheval après un moment de silence. Elle règle de nouveau les étriers à ma taille. C'est seulement quand on sort du petit bois qu'elle reprend la parole.
- Pour la faire assez court j'ai eu deux années de prépa pas très glorieuses, en école d'ingé j'étais catégorisée comme la "riche blondasse" parce que je suis cavalière et que je viens de Paris, le blondasse j'ai jamais compris parce que j'suis pas blonde et après c'est pas évident de s'imposer dans une entreprise principalement masculine. Tout ce que je veux c'est briller dans mon taf mais les connards qui me font des remarques sexistes avec qui je bosse me prennent pour une incompétente
Avant même que je sache quoi lui répondre elle était partie au trot en me disant de la suivre.
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