Alors il compte réellement partir. Je prends une grande inspiration. Je sens que je ne vais pas dormir de la nuit de toute façon donc autant avoir cette conversation.
- Je vais me faire un café, tu en veux un ?
- J'ai changé d'avis Sacha.
Je marque un temps d'arrêt.
- C'est con mais me retrouver là avec vous tous ce soir comme une vraie famille je... j'ai eu l'impression d'en faire parti. Et je me suis senti bien. Je n'ai plus trop envie de m'en aller. Et puis, je n'ai nulle part où aller de toute façon donc autant rester ici en sécurité non ? Fin si tu acceptes que je reste.
- Ça me ferait très plaisir Martin. Mais je peux te poser une question ?
- Oui vas-y.
- Et nous dans tout ça ? Fin je n'ai pas envie d'espérer si toi de ton côté c'est fini tu vois. Je t'ai attendu cinq ans. J'ai toujours des sentiments pour toi mais je ne supporterais pas que tu joues avec moi.
- Sincèrement, je n'ai pas la réponse à ta question Sacha. Je viens tout juste de sortir de prison. Je dois d'abord me réhabituer au quotidien, me trouver un travail, un appartement, régler tout le côté administratif. Je ne suis pas prêt pour ces choses là. Peut-être un jour, mais là c'est beaucoup trop tôt, je ne sais pas.
- Je comprends. En tout cas, tu sais que je suis là.
Je l'entends soupirer un "je sais". Je n'y prête pas attention. Il s'installe sur le canapé. Pendant ce temps, j'en profite pour nous faire couler deux expressos. J'allume la télé histoire d'avoir un fond sonore. Je crois que c'est le bon moment.
- Comment tu te sens ?
- Franchement j'en sais rien. Ça me fait tellement étrange d'être ici. Il y a encore quelques heures j'étais dans ma cellule... Celle que je n'ai pas quitté depuis la dernière fois que l'on s'est vu.
- Tu sais, j'ai bien vu que ça n'allait pas tout à l'heure dans la salle de bain. Si tu as besoin que ça sorte, tu sais à qui t'adresser hein.
- Putain Sacha... Bien sûr que je le sais. Tu n'arrêtes pas de me le répéter depuis que je suis sorti. Ce qu'il s'est passé en taule doit rester en taule. Je n'ai aucune envie d'en parler. Jamais. Tu as compris ?! s'énerve-t-il.
- Ok, ok. Je disais ça pour t'aider moi c'est tout. Pas la peine de hausser le ton.
- Excuses-moi mais tu ne sais pas ce que j'ai vécu là-bas et crois-moi tu ne veux pas savoir. En parler c'est au-dessus de mes forces. Même là rien que d'y repenser, je suis à deux doigts de craquer. Je veux juste oublier.
Sa voix tremble. La prison a l'air de l'avoir traumatisé. Ça me fait de la peine de le voir comme ça. Lui qui était si fort avant. J'ai l'impression d'avoir retrouvé mon taiseux encore plus fragile qu'avant. Je me cale auprès de lui sur le canapé tout en soufflant sur mon café.
- Tu veux qu'on se regarde un film ?
- Si tu veux oui.
Cela fait une petite demie heure que nous sommes devant la télé. Je commence à piquer du nez. Je crois bien que Martin aussi. Nous devrions aller nous coucher. Surtout que demain on va devoir marcher. Je prends la télécommande pour éteindre la télévision. Il sursaute. Il met quelques secondes à comprendre ce qu'il se passe. Je lui souris et lui fais signe qu'il est temps d'aller au lit. Nous nous levons tous les deux. Lui s'arrête au premier tandis que je monte tout en haut rejoindre mon fils. En espérant que je ne le réveille pas. Bien qu'il fasse ses nuits depuis des années maintenant, j'ai toujours cette hantise qu'il se réveille au beau milieu de la nuit et qu'il ne se rendorme pas. Je prends soin d'ouvrir la porte délicatement. Heureusement, mon petit ange dort sur ses deux oreilles ce soir. Je m'assois au pied de son lit pour l'observer. Il est beau mon fils. Il me fait tellement penser à Ashley lorsqu'il est endormi. Elle aussi elle dormait sur le côté avec une jambe en dehors de la couette. Dommage qu'elle ne soit plus là pour voir ça. Elle serait fière elle aussi. J'espère que de là haut elle continue de veiller sur nous. Je n'ai pas encore aborder le sujet de sa mort avec mon petit ange. Je sens pourtant que le moment est venu. Il est en âge de comprendre où se trouve sa maman. Je lui fais une petite caresse sur le front et me glisse sous mes draps. Peut-être que demain j'aurais le courage de parler à mon fils. Je lui ai juste dit que sa maman habitait au ciel et que c'était pour ça qu'il ne la voyait pas. Il est temps que je lui raconte l'histoire de sa maman. Je repense à la longue lettre qu'elle m'a laissé pour Adam avant de nous quitter. Si émouvante... la première fois je n'ai pas réussi à la lire jusqu'au bout. L'émotion était trop forte. Rien que d'y repenser, j'ai peur de faire couler quelques larmes.
Quelqu'un toque timidement à plusieurs reprises me sortant de mes tristes pensées. J'allume la lampe de chevet et ouvre la porte. À ma plus grande surprise, Martin se trouve devant moi.
- Oh c'est toi... Tu m'as fait peur. Ça ne va pas ?
Il se gratte derrière la tête. Il n'a vraiment pas l'air dans son assiette.
- Hmm... Est-ce que je... fin tu peux dire non hein je comprendrais que tu trouves ça bizarre... mais le silence tout seul dans la chambre ça m'oppresse... est-ce que je pourrais dormir avec toi cette nuit ?
Je souris bêtement. Je repense à la première fois où il m'avait fait la même demande. C'était à Malte dans notre chambre d'hôtel. Le premier soir où il s'est confié à moi. Ce soir là je lui ai promis que je serai toujours là pour lui. Et cinq ans après, c'est toujours le cas. Il pourrait me demander n'importe quoi, je serais prêt à tout.
- Oui viens. Juste pour te prévenir, Adam c'est un lève-tôt. Il risque de nous réveiller vers 6h30 pour prendre son petit-déjeuner.
- Oh tu sais il n'est que 23h30, en prison je dormais à peine trois heures par nuit. Ce n'est pas Adam qui va me réveiller ne t'en fait pas pour ça.
Nous nous glissons dans le lit. J'éteins la lampe de chevet et lui souhaite une bonne nuit. Une vieille habitude revient. Sa respiration devient plus profonde. Les papouilles dans les cheveux, le meilleur des remèdes pour s'endormir...
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Ils sont mignons hein ^^
La suite Vendredi !
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